INFERTILE
a Méroie
De mon devoir étant forcé, Le jour étant bien avancé, Altesse, d'Esprit admirable, Puis-qu'il est plus aue raizonnable ) De faire pour Vous le début De mon ordinaire Tribut, Je ne préambuleray guéres.
Pour sortir vltement d'afaires.
La Parque, ce monstre odieux,
10 Craint de tous, excepté des Dieux, Et dont les atentats rebelles N'épargnent ny laides, ny belles, Du Monde enleva, Tautre-jour, Un Objet d'estime et d'amour,
I { Sçavoir une beauté Liégeoize, Qui n'étoit pas simple Bourgeoize, Mais Dame de condition, Et de fort noble Extraction, Enfin, d'une Maizon illustre, Qui, jadis, avoit bien du lustre.
Et dans la Paix et les combats, De grand renom aux Pays-bas :
Cette admirable, cette belle, Fut i'Epouze chère et fidelle
2( Du Baron du Hamal, Seigneur Remply de mérite et d'honneur, Qui regréte encore, avec larmes, La perte de ses défunts charmes ; Mais, certes, c'est avec raizon :
]o Car quand en sa jeune saizon, La cruauté du sort barbare Inhumainement nous sépare D'une aimable et chaste Moitié, Dont on possède l'amitié,
]^ Je ne croy pas qu'il soit possible De soufnr rien de plus sensible :
Je n'ay jamais passé par-là, Mais je jurerois de cela.
La noble Dame de Brienne, 40 (La jeune, et non pas l'ancienne)
Que la Cour connoissoit assez, Est morte, aussy, ces jours passez, Et la Parque injuste et cruelle, Fit mourir et périr en elle,
4 S Bornant ses ans jeunes et verds.
Multitude d'apas divers.
Dont cette Comtesse bien née Etoit viziblement ornée :
Jereceus d'elle un don, jadis,
50 Dieu luy donne son Paradis.
La trés-lUustre Reine-Mére, Le Roy (mesme) et Monsieur son Frère, Allèrent, tous trois, l'autre-jour.
Dans saint- Germain, le grand fauxbour,
; 5 Qui vaut seul une bonne Ville, Pour y voir le beau Domicile Qu'a fait faire, depuis la Paix, La sage Dame de Beauvais ; Tous trois ce locis vizitérent,
60 Et, tous trois, dit-on, admirèrent Avec bien du contentement.
Chaque lieu, chaque apartement, Les cabinets, chambres et sales, Dont ces trois Personnes Royales
65 Louèrent la construction; Et le tout de l'invention De cette Dame, d'eux aimée.
Et, dans la Cour, fort estimée.
Dame ayant maint rare talent,
70 Et dont l'esprit très-excellent, (Où bien desclairtez sont enclozes) Se connoit fort aux belles chozes :
Laquelle leur fit voir, aussy, Par-cy, par-là, par-là, par-cy,
75 Tant de difèrentes merveilles, Tant de raretez sans pareilles, Tant de Tableaux bien colorez.
Tant de brillans Lustres dorez.
De Porcelaines et de Vazes,
80 Qui pouvoient cauzer des extazes, Et le tout si bien agencé.
La Muze historique. — Novembre 1663.
Le sieur
d'Orbay.
excellent
Architecte.
La Reyne Uén.
Monsieur le Duc de VemeQil, Abbé de S. Germain des Prez.
Et si proprement compassé, [mes^ Que le Roy, Reyne, et Monsieur, mes- Y prirent des plaizirs extresmes,
85 Sortans d'illec aussi contens Qu'ils Tavoient été de lonc-temps.
Mais, ma-foy, ce que nôtre Lire Vient icy de chanter, ou dire.
N'est qu'un rien, en comparaizon
90 De cette charmante Maizon ;
Bref, quelqu'un m'a-dit que ces lignes D'un tel logis sont fort indignes, Tant il est de beautez pourvu:
Mais aussy ne l'ay-je pas vu.
95 Ladite trés-dévote Reine, Cette pieuze Souveraine, Qui se plaît, en tout temps et lieu, [ravancer la gloire de Dieu, Alla cette mesme journée
100 (Ce fut, je croy, la matinée) En ce nouveau Temple sacré.
Que les Pérès de Prémontré, (Ordre prudent et débonnaire^ Dans ledit Faux-bourg ont fait faire.
Dont D'Orbay fut fabricateur, Dont Dieu sera le Protecteur, Et la Reine, la Protectrice, Comme elle en est la Fondatrice, Laquelle Eglize, en vérité,
1 10 Y prézente Sa Majesté, En moult belle cérémonie Fut solennellement bénie Par le Sufragant sage et bon De M^ Henry de Bourbon, Prince illustre par sa naissance, Et l'un des grands Abez de France.
Ce saint Bâtiment est donc fait.
Et, je croy, mesmement, parfait, (Par les soins de ces Solitaires, Qui, selon leurs Régies austères, Ne font que de maigres repas) Mais leur Cuizine ne l'est pas.
Et c'est à quoy les charitables, Les Princes, les Grands, les Notables,
1 2 5 Et tous Gens-de-bien, que Dieu-gard, Auront, s'il leur plaît, quelque égard.
Dans Bruxelles, fort belle ville, La Duchesse de Boumonville, Dés le vingt-deux de l'autre-mois, 150 D'Atropos a suby les lois.
Sans qu'en elle cette tygresse Ait respecté rang, ny noblesse, Dont Monsieur le Duc son Mary
Est douloureuzement màry.
I } 5 C'êloit une Dame excellente, Aimable, pieuze et prudente, Généreuze en perfection.
Et tirant son extraction De l'illustre Maizon de Ligne,
140 Qui de gloire fut toujours digne, Et dont les Princes et Seigneurs, Prélats, Guerriers et Gouverneurs, Sont, dit-on, des plus héroïques Qui soient dans les climats Belgiques.
145 Les Ambassadeurs des Cantons, Sérieux comme des Gâtons, Qui viennent pour, avec la France, Renouveller leur Alliance, Etans arivez, ce dit-on,
1 50 Au fameux Bourg de Charanton, Au nom de toute leur Contrée Doivent faire icy leur Entrée, Ainsi qu'en tels cas il convient, Pas plutôt que Jeudy qui vient,
1 5 5 Ayans, iceux francs Personnages, Eté receus sur leurs passages Avec grande solennité, Par l'ordre de Sa Majesté, Porté par deux siens Ordinaires
1 60 Qui ne sont pas des Gens vulgaires, Mais Gens de mérite infinj, Sçavoir Gomont et Dorsigni. ^"^^^^ Dans LangreSjVille noble et oelle, ordiLlrs Et oui ne fut jamais rebelle, ^,^^ f/,„
165 M^ de Choizeul, Gouverneur, Les receut avec tant d'honneur, Et d'icelle Cité le Maire, ^^^;
Homme d'esprit extr'ordinaire.
Et qu'on tient grand Homme-de-bien,
170 Les régala chez-Iuy si bien, Et d'une façon si charmante, Qu'iceux, étans plus de quarante, Furent infiniment ravis D'être si dignement servis.
175 J'ay vu dans une Lettre en Proze Qu 'on fit dansChaumont mesme choze.
Ensuite, l'Abbé de dairvaux, Logeant chez-Iuy Gens et Chevaux, (A ce qu'un saee Homme raporte)
180 D'une admirable et belle sorte.
Les traita plus d'un jour chez-soy, Et le tout, pour l'amour du Roy.
Quand ils arivèrent à Troye, Li>ut<raic:
Dieu sçait avec combien de joye ^"j^^°>
185 Du noble Marquis de Pràlin, ProtmcH* Qui d'un beau zélé est assés plain, Champagne
Novembre i66}. — Livre XIV. Lettre XLIH.
Des Bourgeois, Echevins et Maire, Pour à Sa Majesté complaire, Iceux Etrangers envoyez,
190 Furent receus et fétoyez.
En bel ordre et sans nuls vacarmes.
On fiit au devant d'eux en armes, Non point en indignes ^rédins, Mais en si braves Citadins,
195 Qu'on admira leur lestitude, Aussy bien c^ue leur multitude, Et firent si bien leur devoir Qu'on étoit charmé de les voir.
Cette Ville considérable
200 Leur fit un festin admirable, Où, parmy les solennitez, Ils burent les chères santez, En allégresse cordiale, De toute la Maizon Royale,
205 Les gros canons de la Cité Rézonnans sur chaque santé; Bref, la chère, à divers services, Que l'on fit ausdits Seigneurs Suisses, Coûta, ce dit-on, à peu prés,
210 Mille écus sans les menus frais :
Enfin, on y fit des merveilles, On y vûida bien des bouteilles, Et, toutefois, quelqu'un m'a dit (Et c'est un Homme de crédit)
2 1 ( Qu'afin d'éviter les oprobres, Ils se piquent d'être tort sobres, Ne bûvans, dans tous leurs repas, Que par mézure et par compas.
Et Ton croid que leur République
220 Par un instinc de politique, Leur a donné cette leçon.
D'agir chez-nous de la façon.
Mais, icy, se tarit ma veine Pour eux, jusqu'à l'autre-semaine.
22$ Les TurcSi par deçà Newhauzel, |
Font un ravage universel De vins, de grains, de choux^ de raves, De bœufs, de chevaux, et d'Esclaves:
Mais assez souvent leurs Partis
2;o Quoy que d'Hommes bien assortis, Craignans de mortelles secousses Quand les Chrétiens sont à leurs trous- Paroissent, dit-on, plus légers [ses, A fuir, qu'à chercher les dancers.
2 3 $ D'ailleurs, les Troupes d'Allemagne Se grossissans dans la Campagne Par quantité de combatans.
On croid que les Mahométans N'auront plus le cœur, ny l'audace,
240 D'ataquer aucune autre Place :
Mais que pour tenter loin, ou prés, D'autres Sièges, d'autres progrés, Nouvelles forces ils atendent; C'est ainsi, qu'à peu-prés, le mandent
24s Les Fils du Comte Saint-Aignan, Absens d'icy depuis un an.
Qui, depuis deux mois Volontaires, Aimans les exploits militaires.
Hardis, généreux et loyaux,
250 Sont au Camp des Impériaux, Métans bien-souvent en uzage L'ardeur de leur jeune courage.
Qui fait, en mainte ocazion, Honneur à nôtre Nation.
2 5 5 Princesse, dont j'aime la gloire, J'ay bien, encor, queloue Mémoire, Mais il faut ces Vers aoréger; Car voulant iceux alonger. Si J'allois jazer d'avantage,
260 II faudroit retourner la page.
Ecrit le jour de âaint Marceau, Par moy Normand, et non Manceau.
La Muzb historique. — Novembre 166).