‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 32 sur 84 · GAILLARDE · texte numérisé non relu

GAILLARDE

les

Ambasu-

deurs

des Cantons.

PRiNCESSE,aujourd'huyySurlesbraSy Je ne manque point d'embaras, J'ay mainte, mainte, et mainte afaire, Que je ne sçaurois toutes faire; 5 Je suis mandé de piuzieurs Gens Pour quelques cas assez urgens; Un certain amis me convie D'aller chez-luy faire la vie; Un Quidam me prie, aujourd*huy,

10 De voir un Avocat pour luy; On m'atend sur le Quay de Gévre; Il faut aller chez un Orfèvre, Et, de-là, chez le Messager, Pour d'un mien paquet le charger :

1 5 La curiozité m'invite^ Et pressamment me solicite.

D'aller lorgner, à pas comptez, Des sieurs Suisses les Députez, La pluspart montez sur des Barbes, Portans, je croj, de grandes barbes.

Qui doivent ariver ce soir, Et qu'il fera, dit-on, beau voir :

Mais, enfin, ce qui plus me presse , C'est de rymer pour Vôtre Altesse,

2 ; Sur piuzieurs et divers sujets.

Trêve, donc, des autres projets.

Je ne sçaurois y satisfaire; Et m'atachant au nécessaire, Je leur vais donner du dessous, 30 Et n'agir quazi que pour Vous.

Ce Prince, excélent entre mille.

Depuis huit mois en cette Ville, Cet illustre Duc Aliemant, Si bien fait, d'aspec si charmant,

3 5 Yssu de ces Races Royales,

Qui des Hérules et Vandales, (Brave et guerrière Nation) Avoient la Domination, Et dont Son Altesse dérive 40 En ligne droite et successive,

(Dont piuzieurs Titres sont témoins)

Depuis quinze cens ans du moins; Bref, pour dèzigner davantage Ce haut et fameux Personnage,

4; Monsieur le Duc de Meklèbour, Qui se convertit, l'autre-jour, Poussé d'un instinc an^lique, A la Sainte-Foy Catholique, Fut fait, Dimanche, en bel aroy,

50 Chevalier des Ordres du Roy; Et piuzieurs Gens firent remarque Que cet auguste et cher Monarque Conféra ce splendide honneur A ce magnanime Seigneur,

5 5 D'une façon toute obligeante.

Et, certainement, si touchante Que ce Prince tant estimé Avoit lieu d'en être charmé.

Son Eminence Barberine, 60 Dont la Soutane est purpurine, Dit, en grande dévotion, La Messe, en cette ocazion.

Assisté de deux Gens à Mitres, Et qui le sont, à justes titres;

6 5 Les Reines, Monsieur, mesmement, ^^'{"f

Virent avec contentement, Péngutux.

En belle et grande Compagnie Cette digne cérémonie, Qui se fît en solennité 70 Au Palais de Sa Majesté, Dont ledit Prince Germanique Receut la marque magnifique Que les autres Chevaliers ont, Avec un respec très-profond,

7 { Qu'on vid parottre sur sa face ;

Et, certes, de si bonne grâce, Soit debout, ou soit à genoux, Qu'il en fut admiré de tous; Il fit le serment ordinaire 80 Qu'en semblable cas on doit faire, Puis, ravy de son beau destin, Il fut au somptueux Festin Qu'avec ordre et magnificence

MrsXs Eresqcei

àt

Novembre 1665. — Livre XIV. Lettre XLIV.

Luy fit la susdite Emminence,

85 Et, mesme, aux Prélats assistans, Et, parmy ces Gens importans, Au sieur L&-Coc, esprit sublime, Digne de louange et d'estime, Et qui, prés du Prince susdit,

90 S'est mis tout-à-fait en crédit Par sa prudence, par son zélé, Et par rafection ndelle Dont il a bien sceu ménager Le cœur de ce noble Etranger,

95 Ayant été cauze, en partie, Que son Altesse est convertie, Par ses salutaires avis Et ses judicieux devis : Mesmes, je me suis laissé dire

100 Que ce fut luy, dont nôtre Sire, Quelques jours après la Saint Luc, Pour donner avis audit Duc, Dans son Domicile ordinaire.

De Phonneur qu'il luy vouloit faire

105 Touchant le céleste Cordon Dont il luy fit Dimanche don.

Mercredy, se fit le Service, Autrement, le funèbre Ofice De feu Monsieur le Cardinal,

110 Qui fut envers moy libéral,

Que cet Homme, à erande cervelle, Qui Monsieur de Coïbert s'apelle, A fondé libéralement Pour le dire annuellement,

1 1 s Dans cette Eglize d'importance.

Qu'on nomme Saint Denis en France, Où pluzieurs Gens de qualité, D'Alliance et de Parenté, Avec grand respec assistèrent,

120 Et, sans doute, encor regrétérent Le trépas de ce Grand Romain, Dont l'esprit êtoit plus qu'humain, A qui je souhaite, avec zélé, Du Ciel la demeure étemelle.

12$ Comme je luy suis obligé, Si pour luy des tendresses j'ay.

Si |e révère sa mémoire, Si j'en parle dans nôtre Histoire, Puis-que du bien il me voulut,

1)0 Si je souhaite son salut, Si sa gloire j'afectionne, Cela ne fait tort à personne, Et Ton sçait, ou l'on doit sçavoir.

Que je ne fais que mon devoir.

135 Ce mesme Mercredy, la Reine,

Cette charmante Souveraine, Fut chez Madame de Beauvais, Pour, de son aimable Palais, Voir les merveilles étonnantes,

140 Et les raretez surprenantes.

Certainement, Sa Majesté En admira fort la beauté; Et mainte Dame et Demoizelle, Qui pour lors étoient avec elle,

14; Dans sept charmans apartemens, Virent tant d'enrichissemens, Tant de belles orfèvreries, Tant d'éclatantes pierreries, Tant d'agrèmens aélicieux,

1 50 Tant de vazes si précieux,

Tant de bustes et tant d'images.

Enfin, tant d'excellens ouvrages, Qu'elles croyoient voir le Trèzor, Du Grand Kam, ou du Grand Mogor.

1 5 5 Bref, l'Auguste et belle Térèze, Qui de vertus a plus de treize, Loua très-fort et par raizon, La Dame de cette Maizon, Dans laquelle l'on voit enclozes

1 60 Tant de miraculeuzes chozes.

Par le soin d'un de mes Amis J'y fus pareillement admis:

Mais il ne faut pas qu'on demande Si ma surprize, alors, fut grande.

16$ Justes Dieux ! que je fus ravy Des rares chozes que j'y vy.

Certes (à parler sans mensonge) Je crûs d'abord faire un beau songe, Ou bien être chez un Grand Roy :

170 Mais, enfin, revenant à moy, J'apris que tant de chozes belles Etoient vrayment essencielles:

Et quoy qu on m'ût dit de ce lieu.

Je vous jure ma foy-de-Dieu,

175 Que cette Maizon excellente Passa mille fois mon atente, Et je jugeay que ce Palais Très-joly, s il en fut jamais, Est par sa beauté sans-pareille,

1 80 De Paris autant la merveille, Que.par ses omemens divers Paris l'est de tout l'Univers.

Hier, les Ambassadeurs des Suisses, A qui les Destins soient propices 1 8 s Pour les biens qu'on dit être en eux.

Après un Banquet poissonneux.

Où, dans le Château de Vinceines, On vûida maintes tasses pleines,

La Muzb historique. -^ Novembre 166}.

La plus-part gras et bien nouris,

190 Firent leur Entrée à Paris Tout-à-fait de la bonne sorte, Ayans pour glorieuze escorte Une incroyable quantité De Gens ae Cour et de Cité,

195 Gens-d'honneur et de conséquence, Entre lesquels je vy (je pense) Monsieur le Maréchal d'Aumont, De Bonnœil, Giraut et Goroont, Plus de cent cinquante Ordinaires,

200 Plus de douze cens Volontaires ; Le preux Colonel Molondin, Monté, non pas sur un Guildin, Mais sur un Cheval de Manège, Un des beaux d'iceluy Cortège, Allant en teste, bravement, Des Oficiers du Régiment .

Les M'> de l'Hôtel de Ville, Où l'on void maint Bourgeois habile, Monsieur le Prévôt des Marchands, Qui n'aime pas les Gens méchants, Et fort prude en Magistrature, Faizoient illec, aussi, figure.

Messieurs les Cent Suisses du Roy Paroissoient en moult noble-aroy :

2 1 5 Enfin, tout ëtoit assez leste, Mais je distinguay peu le reste, Ne m atachant, à tout moment Qu'aux Ambassadeurs seulement.

Dont aucuns, dans leurs pas, ou mar-

220 Avoient mines de Patriarches, [ches, Et quoy que simplement vêtus.

Comme êtoient Caton et Brutus, Trés-zélez pour leur République Dans le siècle, ou saizon antique,

2 2 5 Pluzieurs d'entr'eux grand esprit ont, Ce m'a dit Monsieur de Gomont, Qui d'une obligeante manière Les acûeillit sur la Frontière, Et selon les Ordres du Roy,

2)0 Qui luy donne souvent Employ, Les fit traiter sur leurs passages.

Régimeot

Gardes Susses.

Aux Bourgs, aux Villes et Villages, Dans la mesme solennité Qu'on eût fait pour Sa Majesté.

235 Comme je n'ay point de Mémoire, Billet, Etat, ny Répertoire, Ce seroit un cas hazardeux De parler davantage d'eux ; Mais le Chef du Bureau d'Adresse,

240 Avec plus d'ordre et plus d'adresse.

En doit faire un discours plus long ; Lecteurs, ayez-y recours, donc :

Car, pour à mon repos complaire.

Je ne fay point d'Extr'ordinaire.

245 En Angleterre, les Mutins Agissent en vrais Diablotins, Ces âmes archi-déloyales Forment sans cesse des cabales Pleines de fiel et de poizon

250 Contre la Royale Maizon ;

Mais avans un maudit principe, Le Ciel permet qu'on les dissipe.

Et leurs noirs complots, jusqu'icy.

N'ont point eu d'étet, Dieu-mercy.

2 5 5 Comme je suis très-las d'écrire.

Des Turcs je ne sçaurois rien dire ; Que si jamais ils sont poussez, S^ls sont rossez, s'ils sont chassez.

Si l'on a sur eux avantage,

260 En quelque combat ou passage.

Très-volontiers j'en jazeray :

Mais, jusques là, je m'en tairay, Ne sçachant rien cette semaine.

Qui d'en parler vaille la peine.

26 5 Vers, de bonne ou mauvaize humeur, Courez vite chez l'Imprimeur, Puissortans de l'Imprimerie, Allez chez l'Illustre Marie.

Fait la veille de Saint Martin, 270 Où tous les Courtauts font festin.

Novembre 166}. — Livre XIV. Lettre XLV.

LETRE QUARANTE- GIN (i

Du [samedi] dix-septiéme Novembre.

BLVETIENNE.

Princsssb, d'admirable Esprit, En commençant ce mien Ecrit, Je confesse que nôtre veine Plus Qu'à l'ordinaire est en peine ;

5 On ma donné de mainte part, Les uns t6t^ et les autres tard, Pluzîeurs sujets, afin qu'en Rime Je les expoze et les exprime.

Dont (ce qui me fait grand'pitié) Je n'en puis dire la moitié ; Sans mentir, cela m'est sensible:

Mais, la choze étant impossible.

Quiconque sera mon amy, Et ne le fût-il qu'à demy,

I $ Me tiendra bien plus, en son ame Digne d'excuze, que de blâme; Je voudrois obliger chacun.

Mais si j'en croy le sens commun, Tel bon -heur (choze très-certaine)

20 Excède la puissance humaine.

Dimanche, onze du prézent mois, Ce grand Oracle de nos Loix, Cet Homme d'extrême importance, Chef de la Justice de France,

25 Enfin, Monsieur le Chancelier, D'un soin exact et singulier.

Traita les Ambassadeurs Suisses Par cinq grands et complets services, Contenans mille mets divers,

^0 Et (ce dit-on) deux cens couvers, Y joignant la douce harmonie D'une agréable sinfonie;

Sui par ses délicieux tons larma ces Messieurs des Cantons.

^ $ Dans le Louvre après ils allèrent, Et les Majestez saluèrent.

Qui leur firent, d'un air joyeux.

Un acûeii des plus gracieux.

Presque avec mesme déférance 40 Ils virent le Daufin de France, En luy tenant quelques discours,

Mais qui furent succints et courts, Ausquels l'illustre Gouvernante wtdMie Fit une réponce charmante, Montauzier.

45 Dont cette Minerve du temps Les rendit tout-à-fait contents.

Le lendemain, en grande joye.

Un Prince du Sang de Savoye, Monsieur le Comte de Soissons,

;o En cent et cent nobles façons.

Comme leur Colonel en France, Leur montra tant de bienveillance, Et les traita, dit-on, si bien, Aux dépens de son propre bien,

j S Que cette Nation fidelle Admira mille fois le zèle, Et le traitement solennel Que leur fit ce Grand Colonel.

Le fruit, sur-tout, fut admirable,

60 Le bufet fut incomparable, Et de richesses mieux pourvu Qu'aucun qu'ils eussent jamais vu.

Ensuite, ces Ames loyales Virent les Altesses Royales,

65 Qui receurent leur compliment Civilement et galamment :

Car on sçait que ces deux Personnes, Ce beau Couple, issu de Couronnes, Ont l'honneur de plaire et charmer,

70 Et de se faire à tous aimer.

Ce sage et fameux Capitaine, Le Grand Monseigneur ae Tureine, De Mardy dernier, prit le jour Pour les fétoyer à son tour,

7 5 Mais d'une si belle manière, Et d'une chère si plèniére, Qu'on m'a dit, encor^ aujourd'huy, Qu'ils se louèrent fort de luy.

Ce jour que si bien ils dînèrent,

80 Monsieur le Prince ils vizitèrent.

Et Monsieur le Duc, mesmement.

Chacun dans son Apartement, Qui leur montrèrent bon vizage,

La Muze historique. — Novembre i66).

Et leur rendirent témoignage 85 Qu'ils avoient ^ande afection Pour leur guerrière Nation.

Le matin de ce jour-là mesme, lis avoient pris un soin extresme De voir, en son particulier,

^d'Eut'" ^^ ^8^ Monsieur le Tellier; Et rendirent aussi vizite A cet autre Homme de mérite, En cent grandes chozes expert, Que Ton nomme Monsieur Colbert.

95 Le Duc de Gramont, dont la gloire A grande part dans nôtre Histoire, D'un cœur franc^ d'un cœur èbaudy, Leur fit un Banquet Mercredy, Avec tant de magnificence,

100 Qu'on en admira l'excellence; Puis, quand on les eut desservis, Ils furent ensuite ravis (Après, je croy, quelque Muzique) D'un divertissement Comique,

10$ Suivy d'une Colation Aprètée en perfection, Et comme pour dernier service.

D'un surprenant Feu d'artifice.

Qui lors que commença la nuit»

1 1 o Fit en l'air un merveilleux bruit.

Cet autre Maréchal de France, Qui sans vanité, ny jactance, Se peut dire depuis maint jour.

Un des plus prudens de la Cour,

1 1 5 Vileroy, dont chacun estime L'entendement plus-que sublime.

Les régala Jeudy passé.

D'un Festin, certes, compassé Avec tant d'ordre et tant d'adresse,

1 20 Tant d'éclat et de politesse.

Et d'alimens délicieux, Qu'on ne pouvoit pas faire mieux.

Hier, jour de Carpes et de Truites, De Brochets et de Soles frites^ GouTtroeur Monsieur le Maréchal d'Aumont, * '"*• Plus brave et fier qu'un Rodomont, Seigneur d'élite et de remarque.

Un des Grands d'auprès le Monarque, Leur fit aussi dans son Hôtel,

1 30 Un Festin rare, et qui fut tel,

Qu'encor que ce fût un jour maigre, chaque Invité parut allaigre.

Et, tout-de-bon, fort satisfait Et de la table et du bufet,

1 3 5 Du bon ordre et de la conduite; Et voila six Banquets de suite.

Je sçay que je ne jaze pas

De ces six plantureux Repas Avec des termes assez dignes,

140 Ny, mesme, avec assez de lignes :

Mais pour bien discourir de tout, Qui pouroit en venir à bout? [vives, D^aiUeurs, touchant ces grands con- Ou profuzions excessives,

145 Aucun ne s'est mis en devoir De me convier à les voir; Ainsy, c'est à moy beaucoup dire.

Et ce que j'en dy doitsufire.

Dimanche dernier, aux Feûillans, ijo En prières toujours veillans.

Nos deux Reines bonnes et sages Furent rendre à Dieu leurs hommages, Assistans, en dévotion, A la commémoration

1 5 j D'un Institut de Confrairie

Du trés-saint Epoux de Marie.

Là, le Père Provincial, Remply d'un zélé cordial, Assisté d'octante Confrères, 160 Tant Novices, qu'anciens Pérès, Ayans tous le cierge en la main, Avec un respec plus qu'humain.

Aussi-tôt qu ils les aperceurent, Lesdites Majestez receurent,

16 j Desquelles le Saint Sacrement

Fut adoré très-humblement.

Fort contentes de leur voyage.

Et je n'en sçay pas davantage.

Le Mardy, justement suivant, 170 Monsieur de Pile, Abbé sçavant.

Prêcha, dit-on, au Val-de-Grace, Avec tant d'esprit et de grâce.

Sur tous les Saints que Ton connoist Etre de l'Ordre Saint Benoist,

17 j Que la dévote Reine-Mère

Etant lors audit Monastère, Et tout plein de grands Auditeurs, Tant Gens de Cour, que GensDoaeurs, Admirèrent la Rétorique 1 80 De son rare Panégirique.

Vervins, riche et noble Seigneur, Homme de courage et d'honneur, D'extraction et de naissance, Gendre d'un Maréchal de France, 185 Premier Maître d'Hôtel du Roy, De la Parque a suby la loy.

Autant regrété de son Maître Qu'un bon Serviteur le peut être :

Novembre 166}. — Livre XIV. Lettre XLV.

Il fut aimé des ComtizanSy 190 II n'avoit que trente-et-deux ans:

Mais ny la Noblesse, ny Tàge, N'adoucirent jamais la rage De ce Monstre d'énorme aspec, Qui n'a ny pitié, ny respec, 195 Monstre sans yeux et sans oreilles, Dont les rigueurs sont sans-pareilles, Monstre sans grâce et sans apas»

Et qu'on nomme Mort, ou Trépas.

LesTurcs,qu'un bon sort acompagne,

200 Raudent toujours dans la campagne ; Et comme ils sont Gens rigoureux, Font, dit-on, bien des mal-heureux Dans les Bourgades et Villages, Par leurs courses et leurs pillages.

205 Serin et Montécuculj,

Qui n'ont pas le cœur avilj.

Mais dont chacun est en estime De vaillant et de magnanime, En les observans d'assez prés,

210 Eludent souvent leurs progrés :

Car pour conserver les Frontières ils ont bien des Troupes guerrières.

Qui ne demanderoient pas mieux Qu'à vaincre les victorieux :

21 ( Et c'est dans leur puissante Armée

Sue, convoiteux de renommée^ ï lecoinie °^^^^'' '^ Comte de Séry, us^M- Qui l'honneur a toujours cnéry, A^BM. Et le Chevalier son cher Frère, 220 Dignes Enfans d'un brave Père, Atendent impatiamment De campement, en campement, Quelaue entreprize noble et belle, Afin ae montrer en icelle, 225 Et dans les Combats hazardeux, Combien ils sont hardis tous-deux.

D'Angleterre, la jeune Reine, Pour qui l'on étoit bien en peine, Dautant c\ue de Sa Majesté

230 Dèpèrissoit fort la santé.

Est, ce dit-on, quazy remize.

Au grand plaizir de la Tamize; Et, si le bruit n'est point trompeur, On n'a plus pour Elle de peur :

235 Or, comme elle est bonne Chrestienne, Dieu la conserve et la maintienne.

Depuis environ quinze jours, J'ay vu dans un certain discours, Envoyé d'une main bien chère,

240 La Nouvelle Extraordinère D'accidens si prodigieux, Arivez dans de lointains lieux, Que ce seroit une matière Pour nôtre Lettre Gazetiére,

245 Et matière, infailliblement, A cauzer de l'ètonnement :

Mais j'ay depuis eu tant d'afaires, A mon intention contraires (Non sans en avoir grand ennuy)

2 jo Qu'encor je ne puis aujourd'huy Dans mes Nouvelles, ou mélanges.

Insérer ces chozes étranges :

Mais ce sera quelqu'autre jour Qu'elles auront je croy leur tour,

2 5 5 Et possible, l'autre-semaine.

Dans nôtre Lettre en Vers prochaine.

Princesse, en atendant ce temps.

Le Ciel rende vos vœux contents :

Et moy, quitant ces propos graves, 260 Je vais manger des bettes-raves.

Ecrit par moj oui plus n'en sçait, En Novembre le dix-et-sept.

La Muze histork^ub. — Novembre 166).

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