‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 33 sur 84 · ALLIÉE · texte numérisé non relu

ALLIÉE

Mr

k Cardinal Antoine.

NAlre-Dame de Paris.

PRiNCESSEyhonneur de mes travaux, Par qui je vaux ce ({ue je vaux, Comme à peine un jour peut sufire A dire ce au'ii me faut dire, 5 Bien loin aètendre mes discours, Je les feray succintset courts :

Comme ce sont chozes publiques, D'autres Ecrivains Historiques En parleront plus amplement, 1 Et, mesme, avec plus d'ornement.

Enfin, le Traité d'Alliance, D'amitié, de corespondance D'entre la France et les Cantons, Ménagé par pluzieurs Catons,

1 5 C'est-à-dire par Personnages Trés-judicieux et trés-sages, Dimanche avec solennité, (Y prézente Sa Majesté) Fut, avant Vespres et Vi^les^

20 Juré sur les saints Evangiles, Que tenoit de sa propre main Antoine, l'illustre Romain, Ayant proche du Rov séance Comme Grand Aumônier de France.

Cette mémorable Action, Au gré de chaaue Nation, Se passa dans la Catédrale, Où toute la Maizon Royale, (Excepté Monsieur le Daufin)

p Alla se rendre à cette fin.

Monsieur, comme j'en fis remarque, Fut à côté droit du Monarque, Condé, d'Anguien, Princes du sang, Etoient placez selon leur rang,

) { D'Etat, les quatre Secrétaires, Comme Personnes nécessaires.

Les formes le voulans ainsy, Montèrent sur le Trône, aussy ; D'Ormesson, vieillard honorable,

40 Homme fort sage et fort capable, Et Doyen du Conseil d'Etat,

Cti'

de R:i

n Sus»

Se rangeant prés du Potentat, Y fit le glorieux Ofice Du Premier Chef de la Justice, ^^^ 4 5 Dont, non pas l'esprit , mais le corps, Etoit indispozé pour lors; Ce rare esprit, cet habile Homme,

SueMonsieurdela Bardeon nomme, ''^;^^ aranguant sur l'utilité

50 Que pouvoit cauzer ce Traité, En fit voir par son éloquence, Si dignement la conséquence, Que, vray comme je vous le dy, Il en fut de tous aplaudy.

j j Avant cette cérémonie.

Par un beau Te Deum finie.

De Chartres, l'Evesque, ou Prélat, Dont les vertus ont de l'éclat.

Et fort prizé pour sa sagesse,

60 Y célébra la Sainte Messe, Sur le grand et premier Autel, A la gloire de l'Immortel, Qu'en récitant mes Patenôtres, J'entendis comme pluzieurs autres :

65 Car un des Braves de la Cour, Sçavoir Monsieur de Romecour, Me fit entrer, de bonne grâce.

Dans le Chœur, où, mesmes, j'ûs place Auprès d'une jeune Beauté,

70 Pleine d'esprit et de bonté.

Qui me charma par son langage Aussi bien que par son vizage.

Après tant de solennitez Les Sieurs Suisses furent traitez,

75 D'une façon toute Royale, Dans la Sale Archépiscopale, Où le Banquet fut aprèté Aux dépens de Sa Majesté :

Aux dépens du Roy nôtre Sire,

80 C'est assez, ce me semble, dire Que jamais iceux Envoyez Ivavoient été mieux fétoyez.

Novembre 1665. — Livre XIV. Lettre XLVL

Le lendemain, l'Hôtel de Ville, Dépensant des francs seize mille,

8^ Leur fit un autre grand Repas ; Mais comme, illec, je n'entray pas Pour bien considérer les chozes, Ayant trouvé les portes dozes, Je n*en puis, comme il faut, jazer,

90 Ny rien particularizer.

Ils

On dit que ce fut ce jour-mesme lue par l'ordre du Diadesme ifs receurent leurs chaînes d'or, Prizes dans son propre Trézor, 9^ Ayant au bout une médale Où brille sa face Royale,

?ù!Si Q?^ '^"^ P^^^ Monsieur du May,

it Qu'avec un vizage assez gay, ifCoibeit. Qes bons Alliez acceptèrent, 100 Et (je croy) l'en complimentèrent, Monsieur de la Barde ètant-là.

Qui leur fit agréer cela.

Lesdits Ambassadeurs Confrères, Que le Roy nomme ses Compères,

105 Furent Mardy, le jour d'après.

Par un nouveau Festin exprès.

Traitez au Château de Vinceine; Puis, la journée étant sereine, S'allans promener dans le Parc,

1 1 Long de deux ou trois cens traits d'arc, Le Roy leur fit voir sous les armes Ses Chevaux-légers, ses Gens-d'armes, Ses Mousquetaires, ses Daufins, Ayans bouquets de plume fins,

115 Ses Régimens François et Suisses, Bref, toutes les braves Milices, Qui, dans toute fidélité, Sont Gardes de Sa Majesté.

Les Chefs de ces Troupes guerrières,

120 Tant Piétonnes, que Cavalières, Avec des vétemens divers Etoient si richement couvers, Qu'à mes chers Lecteurs je proteste Qu'on n'ût pu rien voir de plus leste:

12$ Mais, entre tous, Sa Majesté, (Ayant Monsieur à son côté) Avoit la mine si Royale, Si hautaine et si martiale.

Qu'on dizoit, d'un ton ingénu,

1)0 > Voila le Dieu Mars revenu, Tant son admirable prestance Nous inspiroit cette crojance.

Durant le matin dudit jour.

Le Soleil commençant son tour,

1 3 5 Avoit caché son beau vizage Sous l'épaisseur de maint nuage :

Mais pour voir ce rare apareil.

Cet Astre en clairtez sans-pareil, Eclaircit si bien sa carrière

1 40 Par son adorable lumière.

Que depuis je ne sçay combien Il n'avoit pas brillé si bien.

De sorte qu'en la belle Plaine Du grand enclos dudit Vinceine,

14J Là, parcourant de bout-en-bout, On vid parfaitement bien tout.

La Duchesse de Longueville, Prude, belle, sage et civile, Dame, par-tout en bonne odeur,

1 50 Pour son mérite et sa Grandeur, Qui des vertus fait ses délices, Fètoya lesdits Seigneurs Suisses, Comme Dame de Neufchatel, ^"°^ll^^^ Mercredy, dans son noble Hôtel, le Pays

1 5 5 Avec tant de magnificence, des Suisses.

D'ordre, d'éclat et d'opulence, î^Mrs^de* De politesse et d'ornement, Longueviiie.

Que le simple aspec seulement De tant de chères friandizes,

160 De tant de raretez exquizes.

Et de tant de mets précieux, Auroit flaté le goût des Dieux.

Le Fils de cette Dame Illustre, ^r le Comte

Pour donner encor plus de lustre,

165 Plus de charmes et plus d'apas, A ce délicieux Repas, A ce Repas incomparable, Y fit les honneurs de la Table, ( Dont, comme unAnge,ou demy-Dieu,

170 II ocupoit le plus haut lieu) Mais de façon si singulière.

Mais d'une si belle manière.

Mais avec tant de jugement.

Tant d'esprit et tant d'agrément,

17 j Que, certes, toute l'Assemblée Fut d'admiration comblée De voir ce Prince ravissant Si parfaitement agissant :

Il bût les santez capitales,

180 Et, surtout, les santez Royales, (D'une savoureuze liqueur) Avec tant de zèle et de cœur, Qu'on vid bien que ce Prince aimable.

En tout et par-tout, admirable,

185 A bien de la oropension A les servir d afection, Mais sur-tout, le Roy nôtre Sire :

MO

La Muze histork^ui. — Novembre 1663.

Et ce n'est point par oûir-dire Que j'avance icy tout cela,

190 Car en personne j'étois*Ià; Et comme on me fit cette grâce De m'y procurer une place, Tantôt assis, tantôt debout, Je vis et considéray tout;

195 J'entendis les confus mélanges De cent diférentes louanges Que de ce jeune généreux Les regardans dizoient entr'eux, Et cent spectatrices charmantes

200 Admirans les grâces galantes De cet Illustre Jouvenceau, Si sage, si bon et si beau, De leurs belles bouches de rozes En dirent mille rares chozes.

20 j O Suisses, dont tant de Festins Ont régalé les intestins, Fidelles Amis, dont la France A toujours chérv la vaillance, Intimes Alliez du Roy,

2 1 o Gens de courage, Gens de foy.

Nation cordiale et franche, Dont par-tout le renom s'épanche, Vous avez pris congé de nous, Je prens aussi congé de vous ; [ces,

2 1 5 Les Dieux vous soient toujours propi- Adieu, sages et braves Suisses.

Aujourd'huy, je n'ay pas loizir De rien dire du Grand-Vizir, Ny de sa Nation Barbare :

220 Je n'en ay rien apris de rare.

Si l'on leur donne sur les doigts.

J'en parleray quelqu'autre fois.

Tout-à l'heure, je vien d'aprendre, D'un Billet au'on m'est venu rendre,

2 2 j Des éfets fâcheux et malins Arivez dans les Gobelins, Chez ce Peintre, ou second Appelle, Que Monsieur Le Brun on apelle.

Dix Personnes de sa Maizon

230 Ont pensé mourir d'un poizon, Oui par inavertance, ou rage, S^êtoit glissé dans un potage De choux blancs, ou verds, compozé, Qu'on avoit sur Table expozé,

235 Dont quelques animaux moururent, Et ces dix personnes en furent (Des susdits choux ayant tâté)

Malades à l'extrémité.

Dudit Le Brun l'aimable Epouze 240 En vomit des fois plus de douze,

Et Madame sa mère aussj,

Mais qui commencent Dieu-mercy,

A recevoir quelaue alégeance ;

Et l'on conçoit Donne espérance 245 Que de ce nmeste Repas

Aucun des dix ne mourra pas.

Monsieur Le Brun, par son absence,

Esquiva cette violence,

Qui nous eût bien cauzé des pleurs, 250 Etant allé dîner ailleurs.

Je sens ma Muze qui décline,

Adieu mon illustre Héroïne.

J'aj fait, sur des Sujets divers Le Vingt-quatre du Mois, ces Vers.

APOSTILE.

2 5 ; Sur la fin de cette Révûé, Que j'ay tantôt dit avoir vûê.

Et qui uans Vincéne se fit.

Un certain Mémoire m'a dit.

Qu'un Soldat sot, acariâtre,

260 Qu'on devoit batre comme plâtre, Métant la flâme au bassinet.

Tira sur le teint pur et net D'une charmante Demoizelle, Qu'on m'a dit être aimable et belle.

26; Le mousquet n'a voit point de plom, Mais, toutefois, ce coup félon, Cet inopiné coup de foudre Imprima sa maudite poudre Autour de la bouche et des yeux

270 De ce jeune Objet gracieux.

Qui faizoit tort à la figure De cette chère Créature :

Mais le fameux sieur d'Alencé, En son bel Art, Mattre passé,

275 A tiré cette graine noire

De ce teint qui paroît d'yvoire, Avec tant de dextérité Que cette agréable Beauté Si blanche et si bien fabriquée,

280 N'en sera nulement marquée:

Mais pour vous aprendre le nom De cette Belle de renom, Dont cent et cent biens on raconte, C'est la Fille du sieur Le-Comte,

285 Demeurant auprès du Pont-neuf, s»*' j« J Et que l'on m'a dit être veuf. Még!»

Décembre 166}. — Livre XIV. Lettre XLVIl.

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LETRE Q UARANTE-SEPT

Du [samedi] premier Décembre.

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