INCROYABLE
Sîr
'*-:'ûst.
NÔTRE Muzette, ou nôtre Lire, Des Suisses n*a plus rien à dire ; Sans presque avoir rien oublié, J'ay discrètement publié S Les qualitez et le mérite De ces Gens de choix et d'élite:
En deux diférens pelotons ie les ay tirez des Cantons, Je les ay fait^ sur la Frontière,
10 Recevoir de belle manière, i'ay dit comme en pluzieurs Citez On les avoit des mieux traitez ; Qu'on leur a fait en nôtre Langue Mainte et mainte honnête Harangue;
ij J'ay marqué dans les miens Ecrits Leur notable Entrée dans Paris, Paris, où plus de peuple abonde Qu'en aucune Ville du Monde, Et dont l'Illustre Gouverneur, Et d'Humiéres, Noble Seigneur, Les premiers d'iceux côtoyèrent Soudainqu'auFauxbourgils entrèrent:
J'ay dit comme en solennité Ils avoient juré le Traité ;
^ i'ay compilé dans nôtre Histoire Tous les Grands qui les ont fait boire.
Princesse, que par devoir Pluzieurs d'entr'eux allèrent voir. Pour à Vôtre Altesse sublime
10 Montrer leur zèle et leur estime; Enfin, depuis un mois^ ou deux, i'ay si bien fait mention d'eux.
Que je n'avois aucune envie
D en plus discourir, de ma vie :
11 Toutefois, un Amy de Cour, Que je chéris depuis maint jour.
M'en fait, encor, par complaizance, Alléguer cette circonstance.
Dimanche, le vingt-cinq du mois, 40 Six d'entr'eux, de grave minois, Députez des autres Confrères
s. Thomas du Louvre.
Pour de leur part être Compères,
Furent les Parains, tout-de-bon,
Du Fils du sage Sieur d'Abon, 45 (Trézorier Général de Suisse)
Le nommant Eugène-Maurice,
Noms dignes d'un lustre éternel,
Qui sont ceux de leur Colonel.
Il eut, mesmement, pour Maraine, 50 Olimpe, riliustre Romaine; M»d«me
Lequel Baptesme, des plus beaux, deSoissons.
Se rit vers le soir aux flambeaux, en TEgUse
Où se trouva grande afliience
De Personnes de conséquence, 5 S Ayans la curiozité
De voir cette solennité:
Après quoy ledit d'Abon, Père,
Avec, prescjue, la mesme chère
Qu'on feroit à des Souverains, 60 Traita la Maraine et Parains,
Leur témoignant un zèle extresme ;
Mais c'est assez sur ce Baptesme.
J*apris Jeudy, prés de mon feu,
Que chez Madame, depuis peu, 65 Mademoizelle de Dampierre^
Une des Filles de la Terre
Qui mérite plus de bon-heur,
Est au rang des Filles-d'honneur,
Où cette Princesse Royale, 70 En perfections sans égale.
L'admît, dit-on, dernièrement,
Civilement et tendrement,
En la place d'une autre Belle,
Qui de la mort fiére et cruelle 75 A suby les sévères lois
Depuis, ce me semble, deux mois.
Cette Fille-d'honneur nouvelle,
Cette charmante Jouvencelle,
A, ce dit-on, assurément, 80 Grand esprit et grand agrément,
Et n'ayant que dix-sept années,
Avec les Filles les mieux nées
La Muze historique. — Décembre 166).
Pour entrer en comparaizon ; Elle est de fort bonne Maizon, 8j Et propre Soeur, par sa Naissance,
aMaféchaie ^'"^^ Maréchale de France, de Foucaut. Dame d'honorable renom, Dont tu vois â côté le nom ; Cette Demoizelle excellente . 90 Etant aussy proche Parente De ce Héros comblé d'honneur, LefeuGrandSchonberg,monSeigneur, Et de pluzieurs autres encore Que dans le Royaume on honore, 95 Pour leur mérite non commun, Et dont le Chancelier est un.
Ayante donc, ce noble avantage D être d'un si digne Limage, Je fais volontiers mention 100 D'elle et de sa Condition.
On parle fort d'un Mariage De deux Amans de grand Lignage, L'un desquels est Prince du Sang, Et l'autre (digne d'un haut Rang, 10$ Considérable en cent manières) Seconde Et ja belle Anne de Baviéres :
Fille de feu ^ . , , . '
Mr le Prince On cspére dans peu de jours Palatin. De voir réùssir leurs amours,
(Que Dieu, par sa grâce, bénisse) 1 10 Eti'on m'a dit qu'à saint Sulpice.
Selon les soins acoûtumez, Leurs Bans sont déjà proclamez.
Dans ma chambre bien cloze et coye, Je vien d'aprendre avéque joye,
1 1 j D'un mien voizin que j aime bien.
Que depuis je ne sçajr combien, Cette prudente Demoizelle Dont l'ame est si noble et si belle, La sçavante de Scudéry, 1 30 Au langage toujours fleury, A receu oe nôtre Monarque Une assez glorieuze marque De l'estime, qu'en vérité, En doit faire Sa Majesté,
1 2 j Aussi bien que toute la France ;
Cette marque est une Ordonnance Qui contient le Don important De quatre cens écus comptant, Dont ce Grand Prince, nôtre Maître,
1 30 A souhaité de reconnaître
(Comme en l'Ordonnance est écrit) Ses services, son bel esprit.
Et la vertu qui toujours brille En cette généreuze Fille,
I ) 5 Dont les illustres qualitez
Sont en honneur de tous cotez.
Et de qui l'excellence est telle, Qu'on ne peut trop bien parler d'Elle.
Roy, le plus digne des Rois,
140 Qui sçavez faire un juste chois De ceux dont le rare mérite A leur donner vous solicite, Jamais vous n'avez fait de Don, Jamais de grâce et degjuerdon,
145 Où Vôtre Majesté propice Ait témoigné plus de justice :
Tous les Gens d'esprit et d'honneur, Qui, de connoitre, ont le bon-heur, Cette incomparable Personne
I jo Où tant de sagesse rayonne, Dés le moment qu'ils le sçauront, A jamais vous en béniront ; Et moy, qui chéris vôtre gloire, J'en fais, exprés, icy, mémoire
1 5 5 Pour en instruire, dans mes Vers, Tous les Peuples de l'Univers, Cette action étant si belle.
Qu'elle est digne d'être immortelle.
Je demande aux Lecteurs pardon
1 60 De parier si tard de ce Don, N'en ayant rien apris, je meure, Que depuis seulement une heure.
J'ay sceu d'un Jouvenceau de Cour, Qu'hier, Monsieur le Comte d'Harcour
165 Ayant un mal apopléxique, Avoit pris du Vm hémétique, Qui l'humeur pécante purgea.
Et tout-à-fait le soulagea; Ce qui fait (ju'enfin on espère
1 70 Que cet accident mortifère, Que de tout temps on a crû tel, Ne seroit pas pour luy, mortel.
Dieu veuille que sur ce bon Prince De long-temps, la Parque ne pince,
17 j Sa mortcauzeroit de l'ennuy, Car la Cour fait grand cas de luy.
Ne sçachant que peu de nouvelles Proches d'icy, qui soient fidelles.
Et dignes d'ocuper mon soin,
180 En voicy qui viennent de loin.
Pour Nouvelle, donc, étrangère,* Du Comte de Serin le Frère, A, depuis quelque mois en ça, Fait au Seigneur Kemtig, Bassa,
i8{ Une si furieuze guerre.
Que de ses Gens il mit par terre.
Dans un choc des plus hazardeuz.
Décembre i66}. — Livre XIV. Lettre XLVIL
ïj}
Environ mil soixante-et-deux.
Qui pour leur dernière disgrâce
190 Demeurèrent morts sur la place, DesQuels ètoit, à ce qu'on dit, Le ctiers Fils du Bassa susdit, Et d'Agas et de Capitaines, Plus de trois ou quatre douzaines :
195 On 7 çagna douze Drapeaux, Cent ncnes fourures, ou peaux, Mille chevaux, et davantage, Tant de ^erre, que de bagage, Et de pnzonniers^ quatre cens,
200 Tant vieux-Routiers, qu'Adolécens, Avec des Tentes en grand nombre, Où les Turcs se mètoient à l'ombre.
Or dautant que quand FHyver vient, Faire quelque trêve il convient,
20 { On dit que les Partis contraires.
Les Hongrois et leurs Aversaires, Cherchent maintenant des quartiers Afin d'hyvemer volontiers, Atendans la saizon nouvelle, 210 Pour recommencer, de plus belle, Leurs desseins, leurs hostilitez, Dans les Champs et sur les Citez.
Mais voicy bien d'autres afaires ; Ecoutez Lecteurs débonnaires.
2 1 ; A Kébec, habitation
De ceux de nôtre Nation Dans le Pals de l'Amérique, Dessous (je croy) le Pôle Artique, Au temps justement des jours gras,
220 Ariva bien de l'embaras,
Non par sédition, ny par euerre.
Mais par un tremblement ae terre.
Dés les premiers commencemens On oûit des frèmissemens,
22{ De bruits de canons et de cloches.
De bassins, de chaudrons, de broches.
On vid flamboyer dans les airs De très-formidables éclairs, Quantité de maizons crevèrent,
2^0 Des forêts entières dansèrent.
On entendoit d'horibles cris.
On voyoit de hideux esprits,
Degrandsspectres,degrands fantômes, Presque aussy drus aue des atomes ;
235 On vid maint sourcilleux rocher De son centre se détacher.
Et darder ses pointes cornues Jusqu'en la Région des nues, Où paroissoient de tous cotez
240 Des prodiges d*énormitez,
Des tourbillons, des feux de soufre, Exalez de maint large goufre.
Noir, èpouventable et profond, Dont on ne pouvoit voir le fond;
245 On vid les monts changez en plaines.
On vid tarir mille fontaines.
Les rivières changer de cours, Crier les chats, les chiens, les ours, Hurier hautement les Sauvages;
250 Et les Chrétiens beaucoup plus sages, Habituez aux susdits lieux, Haussans toujours au Ciel les yeux, Faire mainte ardante prière, Croyans être à la fin dernière.
2 j 5 Ce tremblement a persisté Tout le Printemps et tout l'Eté, (Mais, toutefois, par intervales) Dans ses secousses infernales.
Et, selon d'aucuns le raport,
260 Personne n'en est pourtant mort, Quoy qu'il ait fait ses incartades Le long de mille et neuf cens stades:
Et l'on nous a mesme, anoncé Qu'on n'en a vu pas un blessé.
26$ Je pourois parler davantage De cet afreux remû-ménage.
Et mesme avec un peu plus d'art; Je ne dy pas le demy-quart De ce qu'on en a dit en proze,
270 Je ne fais qu'ébaucher la choze; Mais il me faut finir icy.
Car la page finit aussy :
Et je prens coneé de l'Altesse A qui ce mien discours s'adresse.
27 5 Fait, nonobstant quelque embaras , Le jour d'après Saint Andréas.
La Muze HISTORIQ.UE. — Décembre 166).