‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 35 sur 84 · LETRE (QUARANTE- HUIT · texte numérisé non relu

LETRE (QUARANTE- HUIT

Du [samedi] huit Décembre.

RESPECTÛEUZE.

Altesse, à qui je suis voué, Dont Dieu, cent fois, en soit loué, Revenant du divin Service, Puis-qu'il faut que pourVous j'agisse, 5 J*allois grimper dessus ce Mont Où pour Rymer les Autheurs vont :

Mais ce Mont n'est qu'une chimère, (Ce me dizoit, jadis, ma Mère) Hélicon, les Muzes, Phébus,

10 Sont des sornettes de Bibus:

Si dans le Monde est en essence Ce Mont d'honneur et de science, Où des Vers on aquiert le don, Ce n'est pas Saint Cloud, ny Meudon,

1 5 Ce n'est non plus celuy du Tartre, Ce n'est Argenteùil, ny Montmartre; Il n*est point dans le Dannemarc, Ny dans les Terres de Saint-Marc, Dans la France, ny Tltalie,

20 Mais (ce dit-on) en Thessalie.

Que Diantre irois-je faire-là ?

Hâ ne songeons plus à cela, ' Q^uitons cette antioue métode.

Ce Mont-là n'est plus à la mode,

25 II ne faut pas chercher si loin Les chozes qui me sont bezoin :

Ma chambre, encore qu'un peu basse, Me tient lieu de Mont de Parnasse, De Feau fraîche plein un flacon

30 Est ma fontaine d*Hélicon, Pluzieurs Voizines que je prize, Sont les Muzes que je courtize, Bref, le bon-Anse Protecteur Que m'a donné le Créateur

^ 5 Pour me garder de tout insulte, Est Apollon que je consulte :

Ainsi, trêve de fictions Impropres aux Relations, Et, sans nous amuzer aux fables,

40 Dizons des chozes vray-semblables.

Hier, j'apris d'un bon Compagnon, I

Que deux Députez d'Avignon Avoient fait, dés l'autre-semaine, A la Majesté Souveraine,

45 Le Serment de fidélité Au nom de toute leur Cité, Et qu'en la Harangue çiu'ils firent Ces Messieurs-là, ce dit-on, dirent Qu'ils recevoient d'afection

50 La nouvelle Sujétion

Qui les unissoit à la France, Et qu'ils avoient ^ande espérance De se voir à jamais heureux Sous un Maître si généreux.

5 5 Nôtre Illustre Porte-Couronne, Le Roy, dont l'Ame est belle et bonne (Comme il paroît à tout moment) Leur répondit obligeamment.

Et d'une si sage manière,

60 Qu'iceux, faizans le pié derrière, s'en allèrent, en vérité.

Fort contens de Sa Majesté.

Du diférent, ou discordance D'entre la Cour de Rome et France,

65 Dont on parloit tant, tous les jours, On ne fait plus aucun discours, Qui du moins, jusqu'à-moy parvienne Et dont mon Esprit se souvienne, C'est pourquoy, depuis quatre mois

70 Je n'en ay pas parlé deux fois;

Que l'on m'en loue, ou qu'on m'en blâme, Je voudrois, de toute mon ame, Dans mes Lettres n'en mètre rien.

Sinon en dizant, tout va bien :

7j Tout-de-bon, d'assez grand courage, Je tiendrois iceluy langage, Mais, pour en parler franc et net.

Je ne suis pas du Cabinet.

Ce détestable Personnage 80 Qui prètendoit dans du potage Faire, par un fatal poizon.

Décembre i66j. — Livre XIV. Lettre XLVIII.

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Mourir tous ceux d'une tnaizon, 'p^-^r* ^^^^ '* Maîtresse, et dont le Maître ^^ribre. Sont, autant que Ton le peut être, 8$ Personnes de bien et d'honneur; Ce lâche, dis-je, Empoizonneur, quoy qu'il eût pris soudain la fuite, On a fait si bonne poursuite, Que le mal-heureux Garnement

90 Est prizonnier prézentement, En atendant que la Justice Ait décidé de son suplice, Pour avoir (du Diable tenté) Avec perfidie atenté

9$ Aux jours d'un des plus rares Hommes Du siècle où maintenant nous sommes, Et depuis quinze ans bien-faiteur De cet énorme forfaiteur.

Après un si barbare crime,

100 Qu'on peut nommer atrocissime.

Je ne puis, sans étonnement, Sonçer au peu d'entendement Qu'il montra de se laisser prendre, Pour se faire rouer, ou pendre :

10$ Mais le Grand Dieu de l'Univers Aveugle souvent les pervers.

Afin que d'eux les félonies Ne demeurent pas impunies.

Ce fut le Brave Grand-Maizon,

no Que d'estimer on a raizon, Et le Sieur Picard, Commissaire, Homme de cœur, Homme d'afaire.

Qui l'ayans bien sceu remarquer Etant tout prêt de s'embarquer,

115 A Diépe, dit-on, l'arétérent.

Et dans un cachot le serrèrent.

Où je croy qu'il est bien âché D'avoir fait un si grand péché.

L'Empereur, en propre personne, 120 Vient en grand Train à Ratisbonne, Pour à la Diète assister, Et luy-mesme soliciter Les Princes et Grands d'Alemagne, Pour, dans la prochaine Campagne, 125 Luy donner un secours puissant Contre l'infidelle Croissant, Qui dans la saizon printaniére Doit s'avancer sur la Frontière Avec de nombreux Règimens^ 1)0 Et d'èfroyables Armemens D'Europe, d'Azie et d'Afrique, Pour aux Chrétiens faire la nique.

Assurément en ce temps-là, (Et je m'imagine cela.

1 5 5 Sans me mêler d'être Astrologue)

Le Dieu Mars aura grande vogue ;

On verra bien des êtendarls.

Des dagues, des êpieux, des dards,

Des piques et des nalebardes, 1 40 Des mousquets, canons et bombardes,

Bien des murs seront assaillis,

Bien des lauriers seront cueillis ;

Les cent voix de la Renommée,

Déesse qu'on tient emplumée, 145 Les Autheurs et les Ecrivains,

Soient Alemans, soient Transylvains,

Soient intéressez, soient fidelles.

Ne manqueront point de nouvelles,

Ny les nouvelles de ces lieux, 1 50 De Lecteurs, ny de Curieux :

Mais n'anticipons point les chozes,

Atendons la saizon des rozes.

Et voyons les arbres fleurir

Avant qu'en vouloir discourir.

1 5 5 Lesdits Turcs, sur ceux de Venize, Ne font plus aucune entreprize, Ny les Vénitiens sur iceux.

Non, pourtant, qu'ils soient paresseux.

Mais souvent l'ardeur martiale

160 Cède à la saizon glaciale.

J'ay sceu d'un homme de Calais, Et de deux Marchands du Palais, Qu'on mande icy de Varsovie, Que le Grand-Duc de Moscovie 165 Avec Cazimir, instamment, ^ ^^y

Souhaite un Acommodement : * ** ***"* Mais touchant les points qu'il propoze.

Je n'en sçay pas la moindre choze.

Des Anglois, autrefois Bretons,

170 Les uns sont doux comme moutons, D'autres ont des humeurs atroces Pires que des bestes féroces ; Le Monarque de leur Etat Est un excellent Potentat,

175 C'est un Souverain légitime, Il est sage, il est magnanime.

On le tient des plus modérez ; Toutefois, ces dénaturez Que, sans doute, Satan inspire,

180 Murmurent contre son Empire; Et ces barbares, ces félons Sont comme un Hydre de Brouillons, Qui, plus on abat de ses testes.

Plus on luy voit lever ses crestes :

185 Les suplices, ny les douceurs

La Muze historique. — Décembre 166).

Ne font rien snr ces Agresseurs ; Hâ que cette lâche vermine Ménte bien qu'on l'extermine.

Les Danois et les Suédois 190 Et, mesmes, les sieurs Holandois, N'ont, dit-on, sur Mer, ny sur Terre, Contre personne aucune guerre :

Mais ce qui les fait enrager Ce sont les Corsaires d'Alger, 195 De Maroc, Tunis et Bizerte,

Cette Engeance étant fort experte A faire, avec leurs Brigantins, Sur les derniers, de grands butins.

Non seulement dans la Castille, 200 Pals, qui de Braves fourmille.

Mais dans le Pais des Flamans, Dans le Pals des Alemans, Dans Sicile, Milan et Naples, (Qui ne ryme qu'au beau Canaples) ao5 Dans Grenade et dans Aragon, Dont je n'entens point le jargon.

Dans la Catalogne et Galice, On lève des Gens de Milice, Pour, d'un Armement sans égal, 2 1 Guerroyer dans le Portugal ; Voila bien des forces ensemble ;

Pour Lisbone, presque, je tremble :

Mais si Philipes, auart du Nom, Prince Illustre et de grand renom, 2 1 5 A droit, comme son Peuple prftne.

De reprendre ce noble Trône, Et que Dieu l'assiste en cela.

Nous n'avons rien à dire-là.

A Turin, Madame Royale, 220 Dont on craignoit l'heure fatale, A bravé la fiére Cloton, Et revient en santé, dit-on.

Ma Princesse, ma Noble Dame, Aujourd'huy, jour de Notre-Dame,

22 { Il m'a falu, sans héziter.

Au divin Service assister.

Si bien que de cette journée.

Fort courte étant l'apresdinée.

Et, d'ailleurs, que l'on conolt bien

230 Que je ne sçavois quazi rien, J^y tait cette Lettre un peu brève.

Et c'est *icy que je l'achève, Espérant mieux quelqn'autrefois, Vous divertir par mon patois.

2 } 5 J'ay fait ces Vers, je le confesse, L'huit de Décembre après la Messe.

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