‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 4 sur 84 · MORTIFIÉE · texte numérisé non relu

MORTIFIÉE

Carnaval court la prétantaine, Nous entrons dans la Quarantaine, Temps aussi morne et roupieux.

Qu'il est dévot, saint et pieux, 5 Temps austère, fâcheux et maigre.

Qui ne rend point l'esprit allègre, Il n'importe, toutefois, pas :

Car malgré ses tristes repas, Qui n'échaufent le corps, ny l'ame, 10 Je vaisrymer pour Vous, Madame; Si pis, ou mieux, si mal, ou bien.

C'est ce que je ne sçay pas bien :

Mais, ennn, quoy qu'il en arive.

Princesse, agréez ma Missive.

Gomont ^^ Mondidicr, le Gouverneur, Gentilhomme Dont d'être aimé j'ay le bonheur,

dïdïiïe ^^ *''^' ^® ^'^"^^ ^ Rome, 'ro/! ^ Pour (étant prudent Gentilhomme,

Et bien digne de cet Employ)

20 Remercier, de par le Roy,

Quantité d'illustres Personnes, Et des Ministres de Couronnes, Qui, professeurs de l'équité, Se sont mis de nôtre côté,

2 5 Et pris le Party de la France Contre l'incroyable arogance De certaines Gens emportez Qui nous ont dans Rome insultez.

Je luy souhaite heureux voyage,

;o Car c'est un généreux, un sage, Un Courtizan de probité, Et qui sert bien sa Majesté Avec ardeur, zélé et franchize :

Je ne suis pas seul qui le dize.

) j Mardy, l'heureux Marquis d'Atin, Chéry du Ciel et du Destin, (Sans que personne y mit obstacle) Epouza ce charmant miracle, Ce divin Paradis des yeux,

40 Ce rare Chef-d'œuvre des Dieux,

Février i66j. — Livre XIV. Lettre VI.

Cette Demoizelle excellente, Mortemar, ou Thonneins- Charente, (^u'on ne scauroit voir sans amour.

Fille d'un aes Ducs de la Cour,

4$ Et d'une autant aimable Mère C^'il en soit sur nôtre Hémisphère.

C^t, donc^ à ce noble Seigneur, De bien uzer de son bonheur:

Car en possédant cette Belle,

50 De toutes grâces le modelle, Et de sa Maizon Fomement, S'il n'aimoit pas uniquement Les agrémens de sa jeunesse, Sa vertu, douceur et sagesse,

55 Et ses adorables apas.

Il ne la mériteroit pas.

Le soir de ce Mardy-là*mesroe, Veille du langoureux Caresme, Toute la Cour se travestit^

60 Et tant le Grand, que le petit.

En prenant des atours fantasques, Voulurent s'ériger en Masques, Ayans pris le Palais-Royal Pour leur Rendez- vous général,

6$ Où furent pluzieurs Gens illustres, Pluzieurs Personnes à balustres, Pluzieurs judicieux Barbons, Trois, pour le moins, de nos Bourbons.

Et d'autres Testes couronnées,

70 Si très-finement atoumées,

Qu'on n'ût pu dire, en ce temps-là, (?est celle-cy, c'est cétu^-là.

Enfin, pour avoir droit d'entrée Dans cette Royale contrée,

75 II étoit assez mal-aizé A moins que d'être déguizé ; Et l'on faizoit, dit-on, des frasques Aceuxqui n'avoient loups, ny masques.

Cela fit que je n'y fus pas,

80 Et qu'ailleurs je tournay mes pas ; Car je suis si plein de franchize, Que jamais je ne me déguize.

Au lieu que Gens, en quantité.

Tant Gens de Cour, que de Cité,

8 s Qui métent la feinte en uzage front le cœur tel que le vizage, Et cent fois plus que de raizon Sont masquez en toute saizon.

Enfin, sur iceile matière,

90 M'étant assez donné cariére.

Sur Pégaze étant à cheval, Ne parlons plus du Carnaval.

Durant ce temps de pénitence.

De prières et d'aostinence,

95 Le Louvre a pour Prédicateur ^^^ÊtePue^ Ce ^rand et fameux Orateur, d'Acq^s^' Jadis, l'ornement et la gloire Des saints Prestres de rOratoire, Et pour avoir des mieux presché,

1 00 Maintenant, pourvu d'Evesché.

Si les Courtizans qui l'entendent.

En l'oyant prescher ne s'amendent, Ils seront pires que des sourds:

Car outre que ses saints discours

10$ Charment les cœurs et les oreilles.

Ils persuadent à merveilles.

Ces Sujets traîtres et félons Q^u'on peut traiter de Ganelons, Qui contre le Roy Britanique 1 10 Méditoient maint complot tragique, J'entens les derniers Conjurez, De tous Gens-de-bien abhorez, Pour punition de leurs vices, Ont soufert de cruels suplices.

1 1 j Plaize-à-Dieu que leurs partizans,

Dont la plus part sont Artizans, Et Ministres preschans aux Temples, Fassent profit de ces exemples.

On m écrit de ce Pays-là 1 20 L'Historiette que voila.

Dans Londre,un simpleGentilhomme, ^«^Sr Mais fort brave et fort galant Homme, Ricvdj Et de Françoize Nation, Ayant gagné l'afection,

1 2 5 Par son esprit et bonne grâce,

D'une Angloize d'illustre Race, Pucelle d'un mérite exquis.

Et fille du premier Marquis Ma^q^uis

De cet Etat triangulaire, winchester.

130 Autrement, Royaume Insulaire, Fut, enfin, receu pour Epoux ; Dont quantité d'Anglois jaloux, Iritez de ce Mariage, Vomissans sur luy fiel et rage,

1 3 5 L'en ont voulu débaptizer.

Et, mesmes, des-nobilizer :

Mais luy, nonobstant leur rancune.

Jouit de sa bonne fortune, Qui d'amour est un pur éfet, 140 Et dont il est fort satisfait.

Si l'Histoire que je raporte A mes Lecteurs semble peu forte, J'allègue, pour toute raizon.

Qu'une certaine Loùison

La Muzb historique. — Février i66).

Mr.de Gotnbaud.

145 Dont j'aime les lys et les rozes, M'a fait écrire icelles chozes :

Outre qu*un de nos beaux Esprits Fameux par ses rares Ecrits, Et que, certes, je considère,

I {0 M'en a fait, aussi, la prière.

On nous a mandé d'Amsterdam, De Flessingue, et de Roterdam, Que les Eaux, des airs décenduës.

Ou, plutôt, des néges fondues,

1 5 { Pluzieurs Rivières grossissant,

Et pluzieurs Digues renversant, Ont, par leurs étranges ravages, Inondé quarante villages, La plus-part, des mieux habitez, 160 Et cauzé dans maintes Citez, Etonnement, frayeur et trance.

Et sans la sage prévoyance Des Hommes de ce Pays-là, Qui sont fort sujets à cela,

16 j Ces torens d'eaux inexorables

Eussent bien fait des mizérables; Mais horsmis deux ou trois Sergens, (Il est assez de telles Gens) Et quatre Valets de Ministres,

170 A qui les eaux furent sinistres.

Pour s'être un peu trop fourvoyez, Peu d'Hommes y furent noyez.

Il est bien vray qu'une Blondine, Jeune, fraîche et de bonne mine,

17; S'amuzant trop à ses joyaux, Qu'elle vouloit sauver des eaux, En fut, tout soudain, entourée, Et, sans doute, y fût demeurée Avec tous ses atraits charmans ;

180 Mais quatre ou cinq de ses Amans, Qui ne quitoient, que peu, la belle, Hazardans leurs beaux jours pourelle, La retirèrent du danger Des flots qui l'alloient submerger.

185 Las ! ces Amans la garantirent.

En sûreté son corps ils mirent.

Et c^est à leur ardant amour Qu'elle doit la clairtè du jour; chacun d'eux se montra fidelle:

190 Mais qui récompensera -t'elle ?

Durant ce périlleux moment Us l'ont servie également, Tous quatre ou cinq l'ont dégagée.

Tous quatre ou cinq l'ont obligée,

195 Selon, pourtant, le sens commun.

Elle n'en peut guerdonner au'un, Un seul doit posséder ses cnarmes,

Les autres n'auront que des larmes.

Si j'étois Fille, et non Garçon, 200 J'agirois bien d'autre façon :

Car, comme mon cœur combustible De tendresse est fort susceptible, D'un seul jeferois mon Epous, Mais j'aurois amitié pour tous.

205 Icy, se dit un cas étrange.

Que des Gens de boue et de.fange^ (On ne doute point qu'ils soient tels) Ont donné tant de coups mortels.

Par dépit, fureur, ou vengeance,

2 1 A l'un des Amis de la France, Sçavoir le Duc Cézariny, Qu'enfin sa vie en a finy.

Ce Seigneur, ce généreux Homme, N'étant pas sûrement à Rome,

2 1 j Où l'on l'avoit persécuté Avec grande sévérité, Se retira dans Parthenope, Napies.

Un des plus beaux lieux de l'Europe, Où douze perfides masquez,

220 Sans qu'il eût iceux provoquez.

Cruellement l'assassinèrent, Puis, froidement se retirèrent, Comme si de rien n'ût été.

Justes-Dieux ! quelle cruauté !

225 Quelle rancceurl quelle furie !

Ou plutôt, quelle barbarie !

Qui sont donc les infâmes Gens Qui se servent de tels agens ?

Hà les Cieux sont trop équitables

2)0 Pourcacher long-tempscesCoupables !

Je croy qu'il les découvrira.

Et çiue maint Pendard en mourra :

Mais laissons ce discours funeste.

Car j'ay bien peu de temps de reste.

2 3 5 Altesse qui, pour beau talent, Avez un Esprit excélent.

Orné d'une rare mémoire, Et qui, sur- tout, aimez l'Histoire Des Princes et des Potentats,

240 Des Royaumes et des Etats, Qui vous divertit, d'ordinaire, Au temps que vous n'avez que faire, La faizant are par vos Gens Qui sont les plus intelligens.

245 Si cette Lettre n'est pas telle Que vous la dussiez trouver belle.

Ma Princesse, pardonnez-moy, La Muze étoit en dézaroy Par de certains traits d'infortune,

2)0 Dont ie souvenir m'importune ; Ezcuzez si je parie ainsy, Et si je vous suplie, icy, (Ayans grand bezoin de finances)

Février 166}.— Livre XIV. Lettre VII. 19

De me signer deux Ordonnances.

2 5 5 Fait au mois de Février, le dix, N'ayant pas trois Maravedis.

LETTRE SEPTIÈME

Du [samedi] dix-sept Février.

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