‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 41 sur 84 · PRESSANTE · texte numérisé non relu

PRESSANTE

Outre les manquemens divers Qu'on peut remarquer dans mes Vers, Arivez par pure oubliance, Ou, mesmes, par pure ignorance, 5 On en voit dans l'impression Par défaut de corection Où de révizion exacte, Dont volontiers je prendrois acte.

Et maintiendrois, de bonne-foy,

10 Que cela ne vient point de moy.

Aux Compoziteurs n'en déplaize (Je dy cecy par parantaize) Des Vers qui ne sont pas pointez, Des mots qui sont mal accentez,

1 5 Le trop, ou trop peu de virgules, Font par-fois des sens ridicules; Des Vers ou trop longs, ou trop courts, Ostent la grâce du discours :

Mais je pense, et sans flaterie,

20 Qu'on ne voit point d'Imprimerie Exempte de tels accidents, Qui font souvent grincer les dents; Et, mesmement j'ozérois dire Que celle du Roy nôtre Sire,

2 5 N'a pas, comme la Papauté, Le don d'infaillibilité.

Ainsi, Lecteurs, ainsi Princesse, A qui ce Prélude J'adresse, Quand de tels dètaux vous verrez

]o Mes pauvres Vers des-honorez, Par erreur, ou par négligence.

Ayez pour eux de l'indulgence, Et d'un esprit tranquile et coy Excusez l'Imprimeur, ou moy.

5 5 La jeune Altesse de Savoye, Que 1 on croyoit être la proye (Suivant un aveugle raport] D'une prompte et soudaine mort, Est encore pleine de vie,

40 Dont toute la France est ravie.

Car c'eût été trop de malheur

Pour nôtre Cour et pour la leur.

Trop de perte et trop de disgrâce.

De voir, dans un si court espace,

45 Sucomber sous le coup fatal Deux Princesses de Sang Royal.

Cette jeune et charmante Aurore, Respire, donc, le jour encore ; Un second Courier a détruit

50 Ce premier téméraire bruit; Une pâmoizon létargique Produizit cette erreur publique.

Qui tant icy, qu'en autre lieu, Ne subsiste plus, grâce à Dieu.

{ 5 Ainsi, je change de pensée.

Si j'ay dit Elle est Trépassée, Prézentement, je me dédy De ce que j'en dis Samedy, Et comme elle est propre Couzine

60 Du grand Roy qui sur nous domine, J'en fais la rétractation Avec grande exultation.

Mère illustre. Altesse Royale, Dont la douleur fut sans égale,

6$ Dont l'ame fut en dézaroy Lors-que vous aprîtes du Roy Cette surprenante Nouvelle Que l'on croyoit être réelle, Cessez vos anp;oisseux soupirs,

70 Calmez vos tristes déplaizirs.

Peuples qui fûtes en allarmes, Suspendez le cours de vos larmes.

Ses yeux pleins d'atraits infinis Ne sont pas encore ternis.

75 Ce n'est pas que cette Princesse, Qui du Sort soufre la rudesse, Alt encore, depuis, été En bonne et parfaite santé ; Mais étant en sa primevère,

80 Vray-semblablement on espère Que son beau Corps si promptement N'entrera pas au monument.

Janvier 1664. — Livre XV. Lettre IV.

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Mais, hélas! que vien-je d'aprendre, Je sens en deux le cœur me fendre,

85 Trop véritable malheur !

Cette chère et charmante Fleur, Ainsi qu'une Roze séchée, A, par la mort, été fauchée.

Sans que sa rude cruauté

90 Ait eu d'égard à sa beauté.

France, Piémont et Savoye, Prenez le deuil, quitez la joye, Hâ que vous en avez sujet En perdant un si noble Objet !

9 S En perdant cette dame illustre Dècédée au troiziéme lustre :

Icy l'insensibilité Vous noteroit de dureté; Et Vous, 6 Sœurs, Epoux et Mère,

100 R'entrez dans vôtre angoisse amére.

Plaignez le trop rapide cours De sa gloire et de ses beaux jours, Payez à ses aimables charmes Un abondant tribut de larmes,

105 Regrétez ses jeunes apas, Le Ciel ne vous le défend pas.

Et Vous, ô Princesse excellente, Son Alliée et sa Parente, Et dont le beau Nom dans mes Vers,

110 Est séroé par tout TUnivers, Comme vous témoigniez pour Elle Bien de l'estime et bien du zélé.

Prenez ce que j'en dis en gré, L'article vous est consacré ;

1 1 5 Voyez combien je m'intéresse Au sort de cette chère Altesse, Et comme, en ce fatal malheur, Je prens part à vôtre douleur.

J'apris Mercredy, par la Ville, 120 Qu'un jeune Homme nommé deLisle, Véritable Neveu, dit-on, ^' <«« D'un Ministre de Charanton,

iBCOOr.

Dézabuzè de la croyance

Qu'il professoit dés son enfance,

12) D'Huguenot qu'il avoit été Avec assez de fermeté, S'étoit, de sa propre franchize, Remis au Giron ae l'Eglize, Que nôtre Créateur voulut

130 Etre le seul Port de Salut ; Et que pour se rendre plus digne D'entrer dans cette sainte Vigne Que l'Ecriture, avec honneur, Nomme la Vigne du Seigneur,

1}$ Par une évazion secrète.

Dans les Feûillans il fit retrète.

Où le sage Père Prieur, Coulant dans son intérieur Toute la lumière et le zèle

140 Que doit souhaiter un Fidelle, I^instrûizit si parfaitement Par maint solide ensei^ement.

Et par des argumens sincères Touchant nos célestes Mistères,

145 Qu'enfin étant trés-éclairé Il avoit, illec, abjuré, Comme une chimère, ou fadaize, La foy de Calvin et de Bèze, Es mains du bon Père susdit,

1 50 Dont tout le Convent l'aplaudit.

Je sçay qu'avec cette nouvelle Que pfuzieurs Gens trouveront belle, Je ne fais pas trop bien ma Cour Prés de Monsieur de Drèlincour ;

1 5 5 Le fâcher, point je ne dézire :

Mais c'étoit une choze à dire.

Moy, qui suis du juste Party, Quand je sçay quelqu'un converty.

Cela me réjouit le foye,

160 Et je le publie avec joye.

Depuis plus de neuf, ou dix mois.

Les afaires des Polonois, Ont un destin assez prospère.

Dont Dieu bénit leur Roy sincère.

165 Les Moscovites, dèzormais.

Sont réduits à vouloir la Paix; [| a dèbellè les Cozaques Qui tournent si souvent cazaques, A pris leurs Forts et leurs Citez,

170 Et ne les a point mal-traitez, Ce qui marque avec évidence Que ce Prince a de la clémence, Qui doit être dans les Etats Le lustre des bons Potentats.

17 j Quand un Monarque a du courage, QuMl est judicieux et sage.

Qu'il est actif et vigilant.

Qu'il est brave, qu^il est galant ; Que les sciences il chérisse,

180 Qu'il conçoive une horreur du vice, Qu'il soit amy de l'équité, Et de la magnanimité.

Qu'il ait esprit, sens et mémoire.

Qu'il soit convoiteux de la gloire,

185 Toutes ces augustes vertus

Dont les Grands Roys sont revêtus.

Ont une splendeur singulière; Mais la clémence est la première.

La Muze historique. — Février 1664.

Nos Fantassins et Cavaliers, 1 90 Au nombre de quelques milliers, Avec quelque apareil bellique, Passent au Climat Italique :

Mais de sçavoir précizément Le dessein de cet armement, 195 Ny ce qu'ils prétendent d'y faire, Je suis obligé de m'en taire, Un tel propos m'est interdit, Car la Cour ne m'en a rien dit.

Dans certain Billet on nous mande

200 Q.u'en la Province de Holende, Un Homme assez mal-fagoté.

De je ne sçay quelle Cit^ Ayant une femme assez belle, Un Gaillard fut amoureux d'elle,

205 Qui d'un langage patelin Dit à ce lâche Jobelin :

9 Tu te plais à la bonne chère, x) Et tu n'as point d'argent, Compère, D Pour aller dans le Cabaret

210^ Boire du blanc et du clairet, » Mangeant des saucisses friandes, ]» Et d^utres ragoûts et viandes ; ]i> Ton Epouze a de la blancheur, }» De la Deauté, de la fraîcheur,

215 I» Je sens pour elle en ma poitrine j> Les fiâmes du fils de Cyprine, » Croquant, mon amy, vens-la-moy, » Et je te donneray dequoy 1» Boire du vin et ae la oiére,

2 20 i> Tous les jours une pinte entière.

L'Epoux qui, sans doute étoit fou, Et n'avoit ny liard, ny sou, Luy dit à peu prés ces paroles :

ji J'enrage d'avoir des pistoles,

22 j 1» Je suis gueux à faire pitié,

)> Oûy, je vous vendray ma moitié, }> Quoy qu'icelle soit fort aimable, ^> J^ime moins le lit, que la table; » Mais cher Monsieur, telle quMIe est,

2301) Faizons-la pézer, s'il vous plaist, t» Et, tout-de-bon, je vous la livre 3) A sept sols et demy la livre.

Ledit Galant le prit au mot, Ils burent, il paya l'écot,

2 j 5 Cecy n'est point bilevezée, Ladite femme fut pézée, Et ce franc patron des Cocus En receut prés de trente écus.

La femme quite cet yvrogne,

240 Ce sot, ce fripon, ce Jean-logne, Suivit son amy fanfaron Que l'on tient Marquis, ou Baron, Qui, sur sa jument poulinière, La conduizit dans sa chaumière,

245 Ayant le cœur tout goguenard De laisser son chien de Comard.

Mais quand on sceut, au voizinage, Ce beau marché, ce beau ménage, Ledit Vendeur fut arôté,

250 II fut pris, il fut garoté.

Et condamné dans la Cohuë D'avoir le fouet en chaque rué.

C'est ce que contient le billet.

Je suis au bout de mon rolet.

2 s 5 J'entens l'Imprimeur qui piaille, Princesse, adieu, vaille-que-vaille.

Fait en Janvier, le vingt-et-six, A la clairté de trois châssis.

LETTRE CINQUIÈME

Du [samedi] deux Février.

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