INTERDITE
Une fluxion corrozive
Qui me tombe sur la gencive,
Un des plus fâcheux accidents
Qui puissent ariver aux dents,
5 Aujourd'huy semble m'interdire
L'Art de compozer et d'écrire.
Puisque soufrir et compozer Ne peuvent pas sympatizer :
Toutefois, quoy que véhémente 10 Soit la douleur qui me tourmente.
Février 1664. — Livre XV. Lettre V.
Qai me force, non de jurer, Mais de me plaindre et murmurer, Loin de murmurer et de plaindre, Je vais, maintenant, me contraindre
I ) Dans une sensible afliction, Pour faire démonstration Du beau zélé qui m'intéresse A servir cette illustre Altesse^ Q^ui voit, avec des yeux contents,
20 Mes Vers depuis assez longtemps.
Lundy dernier, dans l'Oratoire, Où l'on solennizoit la Gloire Et les Grandeurs du Fils de Dieu, Les Reines furent en ce Lieu,
2^ Comme trés-devotes et sages.
Rendre leurs trés-humbles nommages.
Avec zélé et grande ferveur, A ce cher et divin Sauveur.
Cet Evesque, de conséquence,
]o Ce rare Torrent d'éloquence.
Monsieur d'Acqs fit un Sermon Digne du célèbre renom (^iril s'est, en prêchant l'Evangile, Aquis en Cour et dans la Ville,
]5 Où, tout-de-bon, Leurs Majestez, Les Prélats, les Principautez, Les Personnes scientifiaues, Les Errans et les Catholiques, Les Courtizans et les Bourgeois,
40 L'ont admiré cent et cent fois.
Dans un Salon, ou grande Sale, *ix.T?. Dç jj noble Maizon Royale,
Un Balet fut dansé, Mardy, Duquel, icy, rien je ne dy.
45 Je m'y coulay, non pas sans peine, Un peu devant qu'entrât la Reine :
Mais n'ayant pas été placé Aussi bien que j'avois pensé.
Je n'oûys point la mélodie,
50 Je n'y vy point la Comédie, Ny le Balet entremêlé, Nv ce qu'on en avoit moulé :
c'est pourquoy j'en sortis, belle-erre.
Et quoy qu on ne vît Ciel, ny Terre,
)5 Je revins chez-moy, promptement.
Sans voir ce divertissement.
Jeudy, ma chance fut meilleure.
Car m'y rendant d'assez bonne-heure, La saee Dame de Beauvais,
60 Dont beaucoup d'estime je fais, Et que l'on chérit et révère Dans la Cour de la Reine Mère,
M'y fit entrer, m'y fit placer.
Dieu l'en veuille recompenser :
65 Enfin, par la bonté d'icelle.
Ayant pour siège une bancelle, Tantôt assis, tantôt debout.
Je vy bien, et de bout-en-bout Ce plaizant Balet qui se pique
70 De muzical et de comique.
Et voicy deux mots du sujet.
Un Jaloux charmé d'un Objet Ravissant et de belle taille.
Veut l'èpouzer, vaille-que-vaille,
7 j Ou, du moins, il promet cela Aux Parens de cet Objet-là :
Mais connoissant que sa Maîtresse Est plus Coquette, que Tygresse, Redoutant, comme un CTand mèchef,
80 Le fatal pennache du chef, S'êtant aégagé vers le Père, Il arive, enfin, que le Frère, Qui paroit doux comme un mouton, Le contraint à coups de bâton,
85 De conclure le Mariage,
Ce qu'il fait, dont son ame enrage ; Mais ce que je dy du Balet Ne vaut f>as un coup de siflet, Ou,dumoins,cen'estpasgrand'choze,
90 Ny de la Comédie en proze.
Qu'on peut nommer certainement Un exQuis divertissement.
Je ne dis rien des huit Entrées, Qui méritent d'être admirées,
95 Où Princes et Grands de la Cour, Et nôtre Roy digne d'amour, En comblant nos cœurs d'allégresse, Font éclater leur noble adresse ; Je laisse les Concerts galans,
1 00 Et les habits beaux et brillans,
J'obmets les deux Egiptiennes Madcmoi- Ou, si l'on veut, Bohémiennes, Begwd, Qui jouèrent audit Balet M«demoi-
Admirablement leur rolet, d/snc
10 j Et parurent assez charmantes
Avec leurs atours et leurs mantes :
De la Du-Parc, rien je ne dis.
Qui rendoit les Gens ébaudis Par ses apas, par sa prestance,
1 1 o Et par ses beaux pas et sa dance ;
Ennn, je ne décide rien De ce Balet qui me plût bien :
Cette Pièce assez singulière Est un In-promptu de Molière; 1 1 5 Et comme les Bourgeois, un jour, Verront ce spectacle à leur tour.
La Muze historiq ue. — Février 1664.
Où l'on a des plaizirs extresmes, Ils en pouront juger eux-mesmes :
Mais prézentement écrivons 1 20 Autres chozes, si nous pouvons.
Mercredy, le Roy nôtre Sire, A qui de longs jours je dézire, Dans Versaille traita la Cour; Et quoy que ce fût un beau jour,
12 j On n'y fit point, dit-on, de chasse, Machine Mais le plaizir de la Ramasse, rnvcntion.* Plus rapide que hazardeux,
Les divertit une heure, ou deux.
Le jeune Comte de Brienne, I jo Touché d'une ferveur chrétienne.
Ayant, pour les plaizirs mondains, Conceu de généreux dédains, S'est retiré dans l'Oratoire, Pour y servir le Roy de Gloire,
1 3 5 En atendant que son Destin
Le rejoigne quelque matin A son Epouze chaste et belle, Dans la Rézidence étemelle.
Monsieur le Comte de Soissons, 140 Triste pour deux grandes raizons.
Depuis trois jours s'est mis en voye Pour aller en Cour de Savoye Mêler ses justes déplaizirs, Ses regrets, sanglots et soupirs, 145 Aux larmes de nllustre Prince Souverain d'icelle Province, Dont il plaint le sort inhumain, Et dont il est Couzin germain.
Or comme ce Duc est fort triste, 1 50 Dieu le console, Dieu l'assiste, J'en fais de bon cœur le souhait ; Car il est certain qu'il a fait.
Par deux morts des plus déplorables.
Deux pertes presque iréparaUes.
1 5 5 Pluzieurs Gens du Louvre m'ont dit.
Gens notables. Gens de crédit.
Que ce Démêlé d'importance, D'entre les Chizis et la France, Qui menaçoit d'un si grand feu^
160 Est acomtfiodé depuis peu ; Si cette Paix n'est pas jurée, On la tient du moins assurée :
Mais par quelles conventions, Mais à quelles condition$,
165 (Que sçavoir je serois bien aize) Ilraut qu'à prézent je m'en taize,
Et ce m'est un faire le faut ; Car Messieurs du Conseil d'Enhaut, Par négligence, ou par prudence, 170 Ne m'en ont pas fait confidence.
Un Gentil-homme de Bayeux, Extrait de fort nobles Aycux, Et de Race fort ancienne.
Qu'on nommoit Monsieur de Vienne,
175 Des erreurs de Calvin, coifé, Et Huguenot franc et fiéfé.
Ayant dans toute sa jeunesse Préféré le Prêche à la Messe, Se sentant au lit atrapé,
1 80 Et de ce cruel mal frapé.
Qui tant de vizages dézole, Qu'on apelle Plate-vérole, Publiquement, et non sous-main, Se fit Catholique Romain.
185 Ses Parens, tous grands Calvinistes, De son beau dessein êtans tristes, Voulurent unanimement Y métré de l'empêchement :
Mais leurs défenses furent vaines,
190 Ils y perdirent soins et peines.
Ce Fils abjura leur erreur.
Ce qui les mit presaue en foreur, L'un en murmure, l'autre en pleure; Et luy, se sentant d'heure-en-neure,
195 Aprocher des derniers momens.
Il receut tous ses Sacremens, Et fut mis (après la mort dure) En honorable sépulture, Avec des funèbres honneurs
200 Qu'on ne fait qu'aux plus Grands Seigneui Tous les Prestres et tous les Moines, Avec quantité de Chanoines, En larmoyant, Payans conduit Au funeste et dernier réduit,
205 Ou nos corps ne sont plus que cendre :
Voila ce que je vien d'aprendre (J'en puis jurer ma foy-ae-Dieu) D'un Billet venant de bon lieu, Sçavoir d'un Prézident illustre, jj^J,";";;'
210 Dont le Fils, dans un digne lustre, ^ts^^x Fils dévot et judicieux, Est Evesque dudit Bayeux.
J'aysceud'unYXomroéMattreEstienne, Que dans la Cité de Vienne, 2 1 5 Qui vaut cinq fois celle du Mans, On a si peur des Otomans^ Que pluzieurs otlt plié bagage Pour ailleurs fixer leur ménage,
Février 1664. — Livre XV. Lettre VI.
Quoy que Ton prenne des grands soins 220 D'en fortifier tous les coins, Les Bastions et les Courtines ; On y creuse des Contre-mines, On y fait des Canons si gros, . Qu'un seul peut tuer dix Héros 225 Avec un boulet de cent livres; On y voiture bien des vivres, Tant pour hommes, que pour chevaux:
De plus, outre tous ces travaux.
On y met des Faux-bours par-terre, 2;o Qui ne sont pas bons pour la guerre.
Enfin, si ladite Cité, Vers le Printemps, ou vers TEté, Etoit par lesdits Turcs bloquée, Enceinte, assaillie, ataquée,
235 Messieurs les Généraux Hongrois En feroient crever plus de trois :
Et si le Grand Seigneur aspire A la conquête de 1 £mi)ire, Selon l'atente et le dézir
240 De son fameux Premier Vizir, Les Germains, les Auxiliaires, Etans contre iceux Aversaires D'une juste ardeur embrazez, N'auront pas lors les bras croizez.
245 Comme icy nôtre Verve cesse.
Je prens congé de ma Princesse.
Fait le jour de la Chandeleur, Sentant aux dents quelque douleur.
LETTRE SIXIÈME
Du [samedi] neuf Février.
COÛTUMIÉRE.
Trêve, au jourd'huy, de cartes fines, Trêve de Voizins, de Voizines, Trêve de conversations.
Lectures et distractions,
5 Trêve d'Amis et d'aversaires, Trêve de chagrins et d'afaires, Trêve d'aller et de venir.
Il me faut fixer et tenir.
Tant que durera la journée,
10 Dans un coin de ma cheminée.
Il faut m'atacher au travail.
Et comme en un naïf détail, A ma Noble Princesse écrire Ce que je sçay par oûir dire ;
M II est bien vray que pour ce coup Je n'en sçay ma-toy pas beaucoup.
S'il n'en vient cette apresdinée, Ma Uttre sera trés-bornée :
Mais, pour d'autant plus avancer,
20 Je vais toutefois commencer.
Beaufort, ce Duc plein de courage, Qui vient d'un si noble Lignage, Qui pour l'Etat est si zélé, Est, dit-on, en Provence allé, ^ Pour, entr'autres grandes afaires,
Déclarer la guerre aux Corsaires De Tunis, de Maroc, d'Alger, Qui font les Marchands enrager Sur cette Mer un peu bornée,
30 Qu'on nomme Méditéranée.
Je pense l'avoir déjà dit.
Si ce brave Prince susdit, En reprimant leurs brigandages, Obtient sur eux des avantages,
3 5 J'instruiray la postérité, Du los qu il aura mérité.
Car ce fut toujours ma coutume Qu'une assez belle ardeur m'allume Lors que j'ay l'aimable bon-heur
40 De discourir des Gens d'honneur:
Et comme ce Prince s'employe Avec vigueur, ardeur et joye, Ses armes, ses soins et ses bras, Pour tirer de tout embaras,
45 Dans le haut Employ qu'il exerce.
Ceux oui font sur la Mer commerce, Le Ciel, par sa toute bonté, Bénisse son Admirauté.
Cette Feste, où la Sainte-Vierge 50 De ses Dévots reçoit maint Cierge,
La Muze historiq^ue. -*. Février 1664.
On fit avec dévotion, Au Louvre une Procession, Avec tant d'éclat et de pompe.
Que nv peu, ny point je me trompe,
j 5 Quanci je dy qu'en iceluy jour Nôtre illustre et Royale Cour, Que par tout l'Univers on vante, Parut tout-à-fait éclatante, Tout étant des mieux concerté
60 Dans icelle Solennité.
Le Roy, la Reine, et pluzieurs Princes, Pluzieurs Gouverneurs de Provinces, Ayans chacun un Cierge blanc, Y marchèrent selon leur rang,
6{ Avec les Chevaliers de rOrdre, En cérémonie et bel ordre.
C'est ce que l'on m'a raconté ; Car, à dire la vérité.
Comme c'ôtoit mon jour d'écrire,
70 Jen'allay point chez nôtre Sire.
Ce Révérend Père Feuillant, D'esprit si rare et si brillant, Dom Cosme, dont la renommée, Dans toute la France est semée,
75 Et qu'on ne peut trop honorer.
Ce jour-là s'y fit admirer.
Par un Sermon scientifique, Dont la Doctrine Evangelique, Et la sainte moralité
80 Plurent fort à Sa Majesté.
La nouvelle n'est que trop vraye.
Que Monsieur de la Meilleraye Acheva hier, vers le matin.
Son triste et languissant destin;
8j Ainsi peut-on nommer sa vie.
Depuis pluzieurs ans asservie Sous ce mal cruel et quinteux Qui fait nommer les Gens goûteux.
Il fut autrefois, dans la guerre,
90 Apréhendé comme un tonnerre.
Il fut actif, prompt et bouillant, Intrépide, hardy, vaillant,.
Il étoit un des plus habiles A siéger et prendre des villes,
95 II eut, dans son cœur indompté.
Tant d'atache et de fermeté A servir son Prince et la France, Que, certainement, sa constance Durant le mizérable temps 100 Des factieux et mal-contens, Etoit un roc inébranlable .Du côté du Roy, toujours stable.
Toujours zélé pour sa Grandeur,
Et grand ennemy du Frondeur.
io{ Enfin, ce Seigneur d'importance.
Maréchal, Duc et Pair de France, De la Bretagne Gouverneur, Homme d'Etat, Homme-d'honneur, Homme de conseil admirable,
1 10 Bref, ce Seigneur considérable.
Dont le sort, jadis, fut si beau.
Est maintenant dans le tombeau, Ayant en son heure dernière Eu tant de foy, zélé et lumière,
1 1 ; Qu'on le croid être au divin Lieu Où le très-bon et très-haut Dieu, De tout temps rézerve une place A quiconque meurt en sa grâce.
Sans doute, la France, aujourd'huy,
1 20 Perd un grand Personnage en luy, Je vous en donne ma parole:
Mais ce qui fait qu'on s'en console.
C'est qu'il laisse après son trépas Un cher Fils, qui suivant ses pas
125 Dans les beaux sentiers de là gloire.
Fera revivre sa mémoire ; C'est un Seigneur pour qui la Cour A de l'estime et de l'amour.
Il a vertu, cœur et prudence,
I ;o II est prude, par excélence Rien n'est comparable à sa foy, Il est grand Serviteur du Roy, Et c'est pour toute la Noblesse, Un vray modelle de sagesse.
1)5 Je compatis à sa douleur Touchant ua si récent malheur ; Car, comme il eut pour son feu Père Un naturel toujours sincère, Il est probable que sa mort
140 L'inquiète et le touche fort :
Mais, a cela prés, sa fortune Certainement n'est pas commune, Car outre tant de dignitez, Charges, candeurs et qualités
145 Que cet aimable Duc possède.
En richesse à nul il ne cède; Et pour comble de son bon-heur.
Il est par un Hymen d'honneur Possesseur d'un Objet si rare
1 50 Qu'aux pluscharmans on le compare, Objet, où brille à tout moment Un noble et touchant agrément.
Et c'est-tout-dire (aue je pense) Quand je dy, c'est la belle Hortense,
I ) 5 Qu'il dèzira, qu'il demanda.
Et qu'à ses vœux on acorda, 'SrdîiJ Au gré d'un Oncle grand et sage uu»^
Février 1664. — Livre XV. Lettre VI.
Qui souhaitoit ce Mariage.
J'ay vu dans un Billet Anglois, 160 Qu'en poursuivant, selon les Loix, Les Pertubateurs d'Angleterre, Dans des prizons on les enserre.
Et que plus de trente d'iceux.
Avec des licous angoisseux, 16$ Ont été, pour des cas iniçiues, Etranglez en places publiques.
Et leurs corps privez de tombeaux, Expoze? aux becs des corbeaux:
Le Ciel veuille que tels suplices 170 Rendent plus sages leurs complices :
C'est, ce me semole, être bien fou Que se faire serrer le cou.
Cazimir, Roy vaillant et sage, A, dit-on, eu grand avantage
17$ Dans l'Ukraine et dans d'autres lieux, Sur tout-plein de Gens factieux.
Qui par des desseins illicites Favorizent les Moscovites, Dont le Grand -Duc, sur eux régnant,
iSo S'humilie un peu maintenant: •»
Et devant que l'Hyver s'achève, Voudroit qu'on fit ou paix, ou trêve, Craignant, pour surcroît d'embaras.
De se voir Stokolm sur les bras.
185 Messieurs les Princes de l'Empire Craignans que le Grand-Turc aspire A les viziter au Printamps Avec d'infinis combatans, De ses hauts desseins se couroucent,
190 Et tous leurs Peuples se trémoussent Pour défendre, un de ces matins, Contre ces mécréans Mâtins, Leurs fruits, leurs grains, leurs vins,
[leurs bières Leurs erandes jumens poulinières,
i9( Leurs fleuves, passages et ponts, Leurs poules, poulets et chapons, Dindons,moutons,chévreauxetvaches9 Leurs mirabolans, leurs pistaches.
Leurs formages, leurs vétemens,
200 Leurs lits et leurs emmeublements^ Leurs cervelats poudrez d'épices.
Leurs saucissons et leurs saucisses, Leurs sausses, leurs salmigondis.
Leurs jambons gras et rebondis,
205 Leurs canards, ieursiapins, leursoyes, Leurs chanvres,leurs lins et leurs soyes, Leurs prez, leurs boisetleurs moulins,
Leurs remparts et leurs ravelins, Leurs godiveaux, leurs béatilles, 210 Les pucelages de leurs filles ; Car tout ce que je dis icy.
Or, argent, et joyaux aussy, Sont, enfin, par toute la terre.
De bonne pnze, en temps de guerre.
2 1 5 Ledit Grand-Seigneur, après-tout.
Ayant sceu que de bout-en-bout Toute l'Allemagne, en alarmes.
Se prépare à prendre les armes, Pour avec des soins généreux,
220 Avec des apréts vigoureux
Et de grandes marches précizes.
Contre carer ses entreprizes.
De ses projets se relâchant, Ne fait plus si fort le méchant;
225 Sa bile, ce dit-on, se tempère, Son orgueil, dit-on, se modère, Et pluzieurs dizent, mesmement, Qu il parle d'acommodement.
Mais, à Ministres de l'Empire,
230 Ecoutez ce que je vais dire :
» Comme on vous a, diverses fois, i> Leurrez d'un semblable patois, > Ne croyez que de bonne sorte 3> Les discours qu'on vous en raporte,
235 > Oyez les propozitions, 2» Mais craignez les évazions, » IceuxTurcs,quoyqueGensEtniqufes, » Sont de rafinez Politiques.
Mais je suis un peu fou, ma foy,
240 J'instruits des Gens plus fins que moy:
Germains, Nation fidelle, Excuzez, s'il vous plait^ mon zèle.
Un de mes Amis, aujourd'huy, (Beaudoùin est le nom d'iceluy)
245 Homme d'esprit et de science.
De sagesse et de conscience.
Et pour tel, dans Paris, connu, Dans la Sorbonne a soutenu En l'une de ses grandes Sales,
250 Des Questions Tnéologales, Avec tant de solidité, Avec tant de capacité.
Qu'il a, par son docte génie.
Fort satisfait la Compagnie,
255 Pluzieurs Gens me l'ont dit ainsy.
Et je l'en félicite icy.
Bon-soir, Princesse, adieu la Muze, Le temps qu'il est me sert d'excuze,
La Muze historique. — Février 1664.
D'écrire, mes doigts sont lassez; 260 Et tous, 6 mes Vers, qui passez Deux cens et plus d'une trentaine, Allez courir la prétantaine.
Le neuf du mois, par moy Rîmeur, N'étant pas en trop bonne numeur.
LETTRE SEPTIÈME
Du [samedi] seize Février.
HAZARDÉE.
Madame, quoy que peu sçavant.
Il faut, dans l'Article suivant.
Que d'un beau sujet je discoure, Ou, du moins, que je le parcoure; { Ce n'est pas mon intention De faire une Description Régulière, pléniére, entière, Du susdit sujet, ou matière.
Ce me seroit trop de tracas :
10 Mais comme, en de semblables cas.
C'a toujours été ma coutume D'hazarder quelques traits de plume.
Sans m'amuzer aux longs discours Sans un'œuvre de pluzieurs jours,
I { Je n'y vais employer au'une heure.
Et c^t assez que je 1 éfleure.
Mercredy, fut le premier jour Où le beau Balet de la Cour, Agréable par excélence,
20 Avec grande magnificence.
Au Palais Royal fut dansé, Où le Commandant, Charnassé, Gentil-homme digne d'estime, A la prière d'un intime,
25 Qui Ten requit obligeamment, M^y fit placer commodément.
Et tout contre, par bonne chance.
D'une Belle, de connoissance.
Ce Balet des mieux compozez,
jo S'intitule Amours Déguizez, Après la première Muzique Qui fut tout-à-fait harmonique, Mercure, Pallas et Venus, Sur le Téatre intervenus,
) 5 Firent, entr'eux, un Dialogue, Qui du sujet est le Prologue, Ob ces belles Divinitez, En Vers par elles rédtez,
Prétendent donner la victoire,
40 L'une à l'Amour, l'autre à la Gloire :
Pallas, avec son sage Esprit, Le parly de la Gloire prit, (Seul but des Lettres et des Armes;) Et Venus avec ses doux charmes
45 A qui tant de cœurs font la cour, Ne parla qu'en faveur d'Amour, Chacune dfans leurs controverses, Alècuant des raizons diverses :
Enfin, ne pouvant s'acorder,
50 Mercure, sans rien décider, Leur fait accepter pour Arbitre Louis, qui mérite le titre Du Roy le plus judicieux Qui soit sous la rondeur des Cieux,
S 5 Roy, qui dans la fleur de son âge Est aussi charmant qu'il est sage.
Et dont ces trois Divinitez Prônans les hautes qualitez, A son honneur cent chozes dizent
60 Et ses Vertus immortalizent.
L'excélent Acteur, Floridor, J^-}.
Qui vaut mieux que son pézant d'or, ort'^ Dans son héroïque figure, ^^\
Réprezenta le Dieu Mercure. **"
65 Mademoizelle Des- Œillets, Qui dans ses Rolles, ou RoIIets, A paru toujours admirable, (D'autres dizent incomparable) Ayant, et lance et coutelas,
70 Faizoit la Guerrière Pallas, Et du sieur Monfleury la Fille, Qui d*un air assez charmant brille.
Et mieux que ses riches atours^ Etoit la Mère des Amours,
7 ) Dont tous trois de l'honneur aquirent.
Et firent bien tout ce qu'ils firent.
Le Ballet après commença,
Février 1664. — Livre XV. Lettre VII.
OÙ nôtre Monarque dansa
Avec cette grâce Royale 80 (^ui dans l'Europe est sans égale.
Après luy. Monsieur d'Orléans,
Fut le plus Galant de léans.
Montrant une si noble adresse^
Que par le bel air et justesse, S5 Dont ses pas étoient animez,
Pluzieurs beaux yeux furent charmez.
MaintPrince, Duc et Pairde France,
Qui sçavent aussi bien la dance.
Que le Métier de guerroyer, 90 Lors que Mars veut les employer,
Audit Balet se signalèrent,
Et fort galamment y dansèrent,
Etans Gens d'élite et de choix.
Mais qui plus, qui moins, toutefois, 95 Enfin, mainte Personne illustre
Parut, illec, dans tout son lustre.
La jeune Reine mesmement.
De la Cour le cher Ornement,
De mille grâces assortie, 100 Voulut être de la partie.
Avec cette douce nerté.
Naturelle à Sa Majesté,
Qui marque sa naissance Auguste,
Y dansa fort bien et fort juste.
105 Pluzieurs autres nobles Objets,
Dont bien des cœurs sont les sujets,
Augmentans, comme des miracles,
La pompe et l'éclat des spectacles.
Avec un parfait agrément, 110 Y dansèrent pareillement;
Et comme elles sont toutes belles,
Je vais spécifier icelles
Dans un stile simple et naïf,
Et non d'un ton superlatif 1 1 $ Sans afecter, mesme, aucun ordre,
De peur qu'on y trouvât à mordre,
Ny relever leurs qualitez
Par pointes et subtilitez.
De leurs Noms voicy, donc, la liste, 120 Comme ils viendront à Timproviste,
Sans y chercher d'autre façon;
On ma donné cette leçon.
Primo, cette aimable Princesse,
Qui de Soissons est la Comtesse, 12$ Un des beaux Esprits de la Cour,
Digne d'honneur, digne d'amour,
Et (ce qui vaut mieux qu'un Domaine)
Sur-Intendante chez la Reine.
D'Elbeuf la Fille, et non la Sœur, ijo Dont les yeux ont ^ande douceur.
Dont la face est claire et seraine.
Et qui vient du Sang de Loraine.
Mademoizelle de Nemours, Qui, dans la fleur de ses beaux jours,
I ; ^ Est un amas de belles chozes.
Et, sur tout, de lys et de rozes.
Sa Cadette, dont l'air charmant, *''*^*,f]J*'" Pouroit d'un Dieu faire un amant, d'Aumaie.
Blanche et fraîche comme une Aurore,
140 Et qui-là reprézentoit Flore.
La noble Dame de Créqui, Adorable Duchesse, et qui Peut passer, dans toute croyance, Pour un des beaux Objets de France.
145 La jeune Madame de Foix, Dont chacun dit, à haute voix.
Que dans tout le Monde habitable On ne voit rien de plus aimable.
L'agréable et jeune Sully,
1 50 Au vizage frais et joly.
L'incomparable de Luynes, Dont les beautez presoue divines.
Les yeux, la gorge, et I en-bon-poînt Blessent et ne guérissent point.
1 5 5 Vilequier, Marquize excellente, Spirituelle, intelligente, Dont la Personne a des apas.
Et qui, sur-tout, fait de beaux pas, Etant parée, ou non parée,
160 En dançant toujours admirée.
L'agréable de Montespan, Que l'on peut nommer un beau plan De toutes les grâces touchantes Qui rendent les Dames charmantes.
165 La jeune Dame de Vibray, Laquelle, pour dire le vray, Et tien parler comme il faut d'elle, A la gloire d'être fort belle; D'honnêtes Gens m'ont dit cela,
170 Car je ne la vis pas bien-là.
Montauzier, digne et rare Fille, En qui la vertu toujours brille, L'esprit, la prudence et l'honneur.
Qui n'est pas un petit bon-heur, Brancas, dont l'angélique face L'éclat des plus beaux lys éface.
Fille qu'on aime, avec raizon.
Et d'illustre et bonne Maizon.
Grancé, belle et jeune Normande,
180 Des plus aimables de sa bande.
Et qui, parmy ces aualitez.
Est fort noble des aeux cotez.
Castelnau, beauté singulière, Douce fleur, roze printaniére,
185 Dont le Père, Homme martial,
La Muze HistoRiquB. — Févriet 1664.
En mourant fut fait Maréchal.
Mademoizelle de la Mothe, Pour qui maint noble cœur sanglote, Ayant des mérites assez,
190 Pour atacher les mieux sensez.
Dardennes, Fille ravissante, D'humeur belle et divertissante, Et qui porte dans ses beaux yeux Dequoy charmer des demy-Dieux.
1 9 j D'Arquien.dontresprit est fort sage, Et dont les yeux et le vizage Ont je ne sçay quoy d'assez doux Pour mériter un digne Epoux.
Cologon, la belle inhumaine,
200 Qu'on estime fort chez la Reine, Et qui par ses charmes vainqueurs Se peut asservir bien des cœurs.
De-Pons, illustre Demoizelle^ De l'Honneur vizible modelle,
205 Trés-digne du doux Sacrement, Et qui dance admirablement.
J ay pensé faire une folie, En oubliant cette jolie.
Cette pucelle Sévigny,
2 10 Objet de mérite infiny ;
Certes, moy, qui Tay deux fois vûé De divins agrémens pourvue, Et d'une très-rare beauté.
Aux Balets de Sa Majesté,
2 1 ) Si quelqu'un s'en venoit me dire,
Et fût-ce le Roy nôtre Sire,
As-tu rien vu de si mignon i
Je dirois hardiment que non.
Outre ces Beautez éclatantes,
220 La plus-part Dames importantes.
Cinq ou six FiUettes, encor.
Chacun valant un Trézor, Fort joliment s'y trémoussèrent.
C'est-à-dire très-bien dansèrent,
225 Mais leurs noms êtans oubliez Ne sont point icy publiez.
Il s'y nt des Concerts si rares
Qu'ils eussent touché des Barbares, On chanta quatre ou cinq Récits
2)0 Qui tenoient tous nos sens surcis.
Ces trois aimables Demoizelles, Qui sont si bonnes Chanterelles, Dont tu vois les noms â côté, *Huf r° N'avoient jamais si bien chanté, cercama^-
2 j j Les habits ôtoient admirables, ^,^"°- Les perspectives agréables, '**"
Riches et beaux les omemens, Et, merveilleux, les changemens.
Mais étant pressé de conclure,
240 Par mon Imprimeur qui murmure.
En me dizant, hola, noia, Je suis contraint de brizer-là.
Non pas sans dire male-peste; Aprenez de Balard le reste,
245 II en a fait un Imprimé
Par qui tout Paris est semé; Et, de plus, la Gazette en Prou En raporte aussi mainte choze.
Du moins ce beau Balet Royal,
2;o Et sérieux, et jovial,
Si par hazard je l'estropie Dans cette imparfaite Copie, II se peut vanter qu'aujourd'huj Je n'ay discouru que de luy :
2 5 5 Enfin, je suis fort las d'êcnre.
Et ne croyois pas en tant dire.
Haute Princesse de Nemours, Pardonnez à ce long Discours.
Achevé, dont je suis bien aize, 260 Du second des mois, le jour seize.
APOSTILI
Cher Lecteur, je crains que ces Vers Ne soient par toy vus de travers.
Comme dignes de tes censures :
J'ay fait de meilleures peintures.
Février 1664. — Livre XV. Lettre VIII.
LETTRE HUITIÈME
Du [samedi] vingt-trois Février.
PRÉLUDÉE.
Noble Altesse, pour qui je fais A tous momens vœux et souhais, Encore que je pusse mettre Dans nôtre précédente Lettre $ Pluzieurs particularitez Qui me vindrent de tous cotez.
Je n'y pus, toutefois, écrire Que du Balet de nôtre Sire; Je ne prétendois pas, d'abord,
10 En faire un si vaste raport, Mais insensiblement ma Muze Fut, ce jour-là, pour luy profuze, J'en discourus de bout en bout, Et je ne dis, pourtant, pas-tout ;
15 li s'y trouva quelque méconte Dont, tout-de-bon, j'ûs de la honte, Et que cessant de préluder.
Je vais un peu r'acommoder Dans les miennes lignes suivantes,
20 Qui seront bonnes, ou méchantes.
Je vous dy donc, de bonne-foy, Qu'en pariant du Balet du Roy, Je fis dans ma Lettre dernière, Une faute absurde et grossière, 2) Et que n'ût pas commize un beuf, Des deux Demoizelles d'Elbeuf, Princesses d'illustre Famille, J'écrivis la Sœur pour la Fille ; Il est certain qu'icelle Sœur
10 A de l'esprit, grâce et douceur :
Cest ce que j'en dis dans ma Pièce, Mais c'ètoit, toutefois, sa Nièce, (Un jeune Seigneur me le dit)
Qui parut au Balet susdit,
11 Décent et cent atraits pourvue.
Lecteurs, excuzez ma bèvûè.
Dont dans cette Relation, Jevous fais réparation.
Le susdit Balet harmonique, 40 All^orique, magnifique,
A, &rant des soin, ou des nuits.
Eté dansé cinq fois depuis, Où Verbec, fille assez jeunette.
Et, mesmement, assez brunette,
45 A toujours enchanté les yeux Des spectateurs jeunes et vieux; Et, sans parier oar complaizance, On la tient la fille de France Qui fait ses pas du plus bel air,
$0 Et qui scait mieux caprioler; Je dy cela volontiers d'elle.
Car quand je voy que l'on excelle En quelque art, ou profession.
J'en parle avec afection,
j j Et ce fui toujours ma coutume D'en donner quelque trait de plume.
Mardy, le dix-neuf de ce mois.
Dans la Royale Abaye-au-bois, Illustre et fameux Monastère,
60 Où Dieu, nuit et jour on révère.
Et la retraite et le séjour De pluzieurs Dames de la Cour; Du Duc de Mortemar la Fille, Sur le front de laquelle brille
65 La douceur, la pudicité, La modestie et la beauté.
D'une façon toute joyeuze Prit l'habit de Rehgieuze,
Et consacra son jeune cœur 70 A Dieu son céleste vainqueur,
Qui seul (tant elle est pure et belle)
Etoit digne d'être aimé d'elle.
Ceux qui m'en ont fait le débit,
Dizent c{u'elle prit cet Habit 75 D'une si charmante manière,
Que ses beaux yeux pleins de lumière
Bien loin d'en être contristez,
En redoublèrent leurs clairtez ;
Et toute la noble assistance 80 En voyant sa sainte constance,
Dit qu'ailleurs on ne pouvoit pat :
Voir tant d'adorables apas
La Muze HiSTORiquB. — Février 1664.
Qu'elle en fit ce jour-là paroitre Dans cet auguste et pieux Cloître,
85 Heureux d'avoir en son pourpris Un Jojau de si rare prix.
Mais ce qui davantage étonne Mainte remarquable Personne, Evesques, Docteurs, Courtizans,
90 C'est ^u'en un âee de seize ans, Cette incomparaole Pucelle A tant d'esprit et de cervelle, Et, par un merveilleux destin, Sçait tant de Grec et de Latin,
95 Que les plus sçavans Personnages, Les plus solides, les plus sages, Admirent ses Dons excélens.
Comme autant de rares talens, Et de qualitez plus-qu'humaines.
100 Monsieur, Madame, et les deux Reines Se trouvèrent audit saint Lieu, Pour voir sacrifier à Dieu Cette belle et pure Victime, Si digne d'amour et d'estime,
10} Non sans avoir, en ce moment, Au cœur, un atendrissement.
De voir cette Vierge innocente De leur Louvre à jamais absente.
Cent Dames de condition
1 10 Virent aussi cette Action.
Le Duc, Père de la Pucelle, De sa Fille, aprouvant le zélé, A tout l'apareil assista.
Et, possible, s'en atrista :
1 1 5 Mais l'aimable et dolente Mère, A laquelle elle étoit très-chére, Ayant peur de la pâmoizon, Se tint cloze dans sa maizon.
Le Roy, qui chérit la Famille,
1 20 Et Père et Mère, et Fils et Fille, Envoya, de son propre instinc, (A ce que m'ont dit plus de cinq) Illec, sa Muzique Royale, Qui fut un précieux régale
I a ) Aux Mères et Sœurs du Convent, Qui ne l'entendent pas souvent.
Enfin, pour couronner l'Ouvrage, Ce Prélat si docte et si sage Monsieur l'Evesque de Noyon,
1)0 Y fit une Exortation,
Non seulement haute et sçavante.
Mais tout-à-fait tendre et touchante, Ayant ce noble don des Cieux De discourir toujours des mieux.
I ) 5 Moy, mizérable Créature, Je ne vis point cette Vèture,
C'est, toutefois, la vérité.
Qu'une Dame de qualité, Qu'une Duchesse d'importance
140 Des plus nobles qui soient en France, A la Feste me convia Par un des siens qu'elle envoya :
Mais ma parole étant donnée D'aller ailleurs cette journée,
145 Où j'étois ençagé d'honneur, Je fus privé de ce bonheur.
Dont un juste instinc me convie D'avoir regret toute ma vie.
en 106:.
Messieurs les Citadins de Blois
1 50 Se remémorans qu'autrefois Le feu Duc de la Meilleraye (Et cecy n'est point une baye) Passant par icelle Comté, Et remarquant que la cherté
1 5 5 Y faizoit d'étranges ravages.
Et dézoloit pluzieurs Ménages, Qui pour une angoisseuze faim Y périssoient, faute de pain, Avoit par des soins charitables
\6o Si bien aidé ces mizérables,
Que pluzieurs, tant grands, que petits, De la mort furent garantis.
Iceux, donc, de laaite Ville, Gens d'humeur courtoize et civile,
165 Se souvenans, en sénéreux, De ce qu'il avoit fait pour eux, Sçachans que la Mort furibonde L'avoit enlevé de ce Monde, Excitez par leur Gouverneur,
170 Qu'on tient par-tout Homme-d'honneur, Firent faire pour sa belle Ame Un Service dans Nôtre-Dame, ^'"« ^cs Où tout le Peuple se rendit, ^1;^'/ Qui presque en larmes se fondit, <*« biois
17 j De sçavoir que la destinée
De ce grand Homme étoit bornée.
Qui de ses biens et chantez Les avoit si bien assistez.
Cette piété solennelle
1 80 M'a semblé si bonne et si belle.
Que j'ay voulu la mètre en Vers Pour l'aprendre à tout l'Univers.
Dans Avignon, la noble Ville, La Comtesse de Mérinville, 185 Dont l'Epoux est, avec honneur, Du Climat d'autour Gouverneur, Fut receué, avec allégresse, Presque à l'égal d'une Princesse,
Février 1664. — livrk XV. Lettre VIII.
Signe qu'elle et sondit Epous 190 Y sont assez aimez de tous.
Par un Arét du Sort inic^ue, De l'Empereur, le Frère unique, D'un âge pas trop avancé, Est dans Lints, dit-on, trépassé:
195 C'est pour sondit Frère une perte Qui rend sa Famille dézerte; Un Frère, à telles Gens que luy, Est souvent un solide apuy, Je vous en donne ma parole.
200 Dieu, par sa bonté, l'en console, Et luj donne force et -vigueur Contre l'apareil belliqueur Que le Grand-Turc, sans dire gare.
Contre luy, maintenant, prépare ;
205 Perdre son Frère et les Hongrois, Ce seroit trop perdre à la fois.
Je ne sçay pas tout à fait comme Est l'Acord de France et de Rome, Mais, selon mon plus grand souhait, 210 On dit, pour certain, qu'il est fait, Dont nos Majestez Souveraines, Sçavoir le Roy, sçavoir les Reines, En ressentent à tout moment Un sincère contentement.
iG«:3jia. Je jj'ay point encor vu la Foire, Mais j'ay sceu deGens qu'on doit croire, Qu'on y voit de tous les cotez Cent plaizantes diversitez, Car, outre les orfèvreries,
220 Outre les riches pierreries.
Quantité de Bijoux fort beaux Q^ui brillent le soir aux flambeaux, Outre mainte belle Marchande, Outre les Toiles de Holande,
225 Les beaux rubans, les fins mouchoirs, Les porcelaines, les miroirs.
Les tableaux et les antiquailles,
Qui ne sont pas pour des canailles, Les confitures et douceurs,
230 Marionnettes et danseurs, .
Outre les animaux sauvages.
Outre cent et cent batelages, Les Fagotins et les guenons, Les Mignonnes et les Mignons,
235 On voit un certain habile Homme (Je ne sçay pas comme on le nomme) Dont le travail industrieux Fait voir à tous les curieux, Non pas la figure d'Hérodes,
240 Mais du grand Colosse de Rhodes, Qu'à faire on a bien du temps mis.
Les hauts murs de Sémiramis, Où cette Reyne fait la ronde; Bref, les sept Merveilles du Monde,
245 Dont très-bien des jeux sont surpris, Et que l'on void à juste prix.
Adieu, Princesse bonne et franche.
Je m'en vais manger d'une tanche.
Fait, d'un stile assez droiturier, 2J0 Le vingt-trois du mois de Février.
APOSTILE.
Une excellente Demoizelle M'avoit fait part d'une nouvelle Fort propre à dire maintenant Qu'on est a Caréme-prenant :
2 5 5 Cette Personne de mérite Me l'avoit plaizamment écrite D'un stile assez bien compassé, Dés le quinze du mois passé :
Mais par la paresse, ou malice,
260 D'un certain malheureux Jocrice, Qui n'a pas bien fait son devoir.
Je ne fais que la recevoir :
Ainsi, Lecteurs, ne vous déplaize.
Il faut qu'icy, donc, je m'en taize.
La Muzb historiqub. — Mars 1664.
LETTRE NEUFIÉME
Du [samedi] premier Mars.
MASCARADIZÉE.
Princesse, de mérite extrême Quoy que nous soyons en Carême, Depuis environ quatre jours :
Je vais faire quelques discours, j Dans les miennes Rymes suivantes, Non pas de matières méchantes, Mais de chozes, encor tenant Du temps de Carême-prenant, Auquel temps ce seroit folie
10 D'engendrer de mélancolie.
Dans la rué, ou dans la maizon.
Car ce n'en est pas la saizon; Mais de faire, vaille-que-vaille, Avec ses bons Amis, ripaille.
1 5 En chassant tout fâcheux soucy.
Ledit temps l'ordonnant ainsjr :
C'est, donc, ce qu'il faut que j'écrive Dans cette naissante Missive, Puis faudra changer d'entretien,
20 Et parler un peu plus Chrétien.
Pour finir les réjoùyssances, Les M6mons et les belles dances.
De ce qu'on nomme Carnaval, Mardy dernier, se tint un Bal
25 Au logis de la Reine Mère (^ue mon ame toujours révère, Qui donna les grands Violons Dans le plus charmant des Salons, Lieu d'Architecture à la mode,
}0 Fort rezonnant et fort commode, Dont l'accez êtoit fort aizé, Pourvu que l'on fut déguizé :
Car aux Figures naturelles Quoy qu'avantageuzes et belles,
i 5 Ivayans point le minois couvert, L'huis ne fut nulement ouvert.
Durant cette aimable soirée Admirablement éclairée.
Et mieux que n'a jamais été
40 Un de ces ardans jours d'Eté, Qui dorent les vastes Campagnes,
Les près, les bois et les montagnes.
Où ne luU qu'un Astre brillant, Ebloùyssant, hâlant, brûlant,
45 Et bien souvent insuportable; Au lieu qu'en ce soir délectable, Pour un Astre, pour un Soleil, Dont l'éclat n'est que trop vermeil.
Outre nos deux Illustres Reines,
50 On en voyoit-là des centaines, Cauzans ae doux ravissemens, Et non des ébloûyssemens.
Certes, dans cette conjoncture.
Comme il est vray que la Nature,
55 En sa féconde activité Se plaît en la diversité, On avait un plaizir extresme D'admirer en ce beau lieu-mesme Ce soir de Carême-prenant,
60 Les Masques, allant et venant.
En cent aparences diverses, Des Turcs, des Chinois et des Perses, Des Espagnols et des Flamans, Des Polonois, des Allemans,
65 Des Gens graves, des Gens alaigres.
Des Topinambous et des Nègres, Des Indiens, des Afriquains, Des Hurons, des Américains, Des Moscovites, des Sauvages,
70 Des Héros, des fous et des sages.
Des Habits-courts, des Habits-longs, Des Trivelins, des Pantalons, Des Harlequins, des Scaramouches, Des vieilles, des Saintes-n'y-touches,
75 Des Philozophes, des Docteurs, Des Vénitiens, des Sénateurs, Des Modestes, des Harangéres, Des Pastoureaux et des Bergères, Et, bxd, de toutes les façons,
80 Que les Filles et les Garçons, Pour l'ordinaire, ou pour la dance, S'habillent,tantaiUeurs,qu'en France; Bref, sous des masques si divers
Mars 1664. — Livre XV. Lettre IX.
Camus, barbus, noirs, gris,bleus,verSj
85 Qu'il faudroit trop de patience Pour en faire la aiférence, Dont je yeux, comme sage Autheur, En soulager l'Amy Lecteur.
Louis, nôtre Souverain Maître,
90 Nôtre cher Sire, en voulut être.
Travestissant Sa Majesté, De trois, seulement, escorté.
Les Reines, aussi, qui masquèrent.
D'infinis joyaux se parèrent.
9$ Monsieur, Madame, mesmement, Eurent part au déguizement.
Tous les Princes et les Princesses, Comtes, Marquis, Ducs et Duchesses, Les Courtizans, jeunes et vieux,
100 Les folâtres, les sérieux,
Cent et cent Mignonnes charmantes, Teus les Galans et les Gulantes, Quitans lors tout autre soucy, s'en voulurent mêler aussy ; [me,
1 05 Moy-mesme qui parle, oûy, moy-mes- Dans un empressement extresmft.
Sans héziter, ny biaizer Je voulus mascaradizer ; Et, sans erande cérémonie,
1 10 J'entray dans une Compagnie (Puissay-je mourir si je mens) Qui ne manquoit point d'agrèmens, De charmes, de lys, ny de rozes, Ny d'autres fort aimables chozes.
1 1 $ Nous entrâmes les miens et moy, Au Louvre, aussi bien que le Roy, Nous fûmes receus dans la Salle, Qui brilloit de splendeur Royale :
Car ainsi que j'ay déjà dit,
120 Les seuls Masques avoient crédit D'avoir facilement entrée Dans cette éclatante contrée :
On m'y lorgnoit à chaque pas ; Mais afin ^u'on ne connût pas
U5 Quelle étoit ma propre Personne, Je me fis vêtir en Mignonne; Et, jamais, tant ailleurs, que-là, On ne m'auroit pris pour cela.
riB«
M-le( fîan.
^sx Filles >S'< Marie
*t<|Be»
Mademoizelle de Lionne, Belle, jeune, et sage Personne, Dimanche, durant que pluzieurs Tant Demoizelles, qut Messieurs, Par des desseins vains et fantasques, S'acommodoient d'habits de masques.
En prit un, dans un dévot lieu. De Pille consacrée à Dieu :
Cette charmante Créature
Changea donc, ainsi, de vêture:
Mais avec tant d'égalité, 140 De constance et de fermeté.
Qu'on remarqua bien qu'un vrai zélé,
Qu'une ardeur innocente et belle.
Avec une sainte vigueur
Agissoient dans son chaste cœur.
145 Ce noble Prélat, ce rare Homme,
Q^ue Monsieur de Noyon l'on nomme.
Sur ce beau Sujet y prêcha.
Et Quantité de cœurs toucha
De la belle et bonne manière, 1 50 Par l'éloquence singulière
Qui parolt en tout ce qu'il dit.
Et que tout le monde aplaudit
Dans la Sorbonne, où la science
Est dans sa plus haute excellence, 1 5 5 Hier, Monseigneur le Duc d'Albret,
Vray Miroir d'un esprit discret,
Yssu de Maizon Souveraine,
Neveu de Monsieur de Tureine,
Et plein d'un sçavoir singulier, 1 60 Pour être receu Bachelier,
Soutint, en termes spécifiques.
Des Questions Téologiques ;
Mais si bien et si doctement,
Qu'il combla de ravissement 165 Tous les Messieurs qui l'entendirent.
Lesquels, unanimement, dirent
Qu'en des Sujets si sérieux
Un franc Docteur n'ût pas dit mieux.
L'Archévesque de cette Ville, 170 Q^ui d'être un Prélat fort habile
A, par-tout, k'éputation,
Prézida dans cette Action
(Etant Provizeur de Sorbonne)
Comme on dit, en propre personne.
1 7 5 Nos trois Princes du Sang Roval, p^j*'^^*
Que Dieu prézerve de tout mai , iir itoic,
D^un bon et grand cœurs'y trouvèrent, ^^^^
Pluzieurs Ducs les acompagnérent; de^Coniy.
Divers Ambassadeurs prudens, 180 Des Envoyez, des Rézidens,
Qui sçavent la Langue Latine,
Furent admirer sa Doctrine,
Et tous les Prélats, mesmement,
?ui sont icy prézentement, parurent tous comme ensuite Du Cardinal plein de mérite, ^^^
De vertu, d'éclat, de renom, Eminence
Dont tu vois à côté le nom. **'dSui*'"
I Bref, on dit que tout l'Auditoire Anthoine.
La Muze historique. — Mars 1664.
1 90 Prôna cent chozes à la gloire De ce jeune illustre sçavant, Qu'on doit juger d'or-en-avant.
Digne, par sa science exquize, Des plus hauts grades de TEglize.
Le grand
Balet
des Amours
Déguizez.
Palais Royal.
Ce Balet si bien ordonné.
De divers agrémens orné, Et d'invention singulière, Avec l'ordinaire lumière, Fut vers le soir, Jeudy passé, Pour la dernière fois dansé; Et comme il est très-véritable Que j'aime fort le délectable, rallay dans cet aimable Lieu, Le revoir, et luy dire adieu ; Et dautant que par bon rencontre J'étois placé presque tout contre.
Le considérant de plus prés, J'en remarquay mieux les atraits.
De la Reine, et de chaque Belle, Qui faizoient Entrée avec Elle.
Sans mentir, c'est avec raizon Que l'on prône en toute saizon L'aimable et nombreuze abondance Des beautez de la Cour de France ; Certes, il n'est point d'Etranger, Fût-il ou d'Egipte, ou d'Alger, Et ne l'ût-il (qu'une fois vue De tant de miracles pourvue, Qui ne la préférât toujours A toutes les plus nobles Cours, Par sa valeur et par ses armes.
Par ses apas et par ses charmes :
Mais je ne puis en ce moment En discourir plus amplement, Il faut qu'un peu je me récrie Sur une afaire de Hongrie.
Trente ou quarante Heïducs, Jeunes Soldats et non caducs, Sçachans que des Turques fort belles, 230 Ayans cent Chevaux avec elles.
Lesquels avoient commandement
De les escorter sûrement; Durant que d'assez bonne grâce Elles s'èffayoient sur la glace,
2)5 Ces Heïoucs preux et hardis.
Et plus encor que je ne dis.
Par une soudaine pousuite Mirent les Cavaliers en fuite.
Et favorizez du Destin,
240 Firent un précieux butin Des susdites Mahométanes, Brillantes comme des Dianes, Qui, loin d'aller en leur maizon.
Furent conduites en prizon.
245 De ces Dames, la principale.
Dont le vizage est en ovale.
Est Maîtresse d'un grand Seigneur, Qui, mesmement, est Gouverneur De Neuhauzel la forte Place,
2J0 Lequel ayant sceu la disgrâce, (Aimant cette Dame d'amour) En enrage vingt fois le jour.
Et, durant la nuit, plus de trente. Tant sa douleur est véhémente :
255 Mesme on dit qu'il ofre, en tout cas.
Plus de six-vingts mille Ducats, Et d'Esclaves une trentaine.
Pour recouvrer sa belle Héleine, Métant sa rançon à haut prix,
260 Car on dit que jamais Cypris, Q^uelque peinture qu'on en fasse, N'ût tant de beauté, ny de grâce.
Tant son corps est blanc et parfait ; C'est le récit qu'on m'en a lait,
265 Qu'en cette Missive j'insère, Dans un raport net et sincère.
Par où je tînis aujourd'huy.
Adieu Princesse, noble apuy De nôtre Muze peu sçavante, 270 Mais tout-à-fait Vôtre Servante.
Le premier Mars, n'ayant encor Déjeuné que d'un harang-sor.
Mars 1664. — Livre XV. Lettre X,
LETTRE DIXIÈME
Du [samedi] huitième Mars.