‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 43 sur 84 · SAINTE · texte numérisé non relu

SAINTE

Le Carnaval étant passée Et Carême bien avancé.

Je ne doy plus, dans mes Epttres, Insérer ae plaizans chapitres, ) Ny de danses, ny de mômons.

Car voicy le temps des Sermons :

Il est vray, comme l'Evangile, Qu'on voit dans cette grande Ville, Assez abondante en pécheurs,

10 Quantité d'excellens Prêcheurs, Dont les discours doctes et rares Pouroient toucher des cœurs barbares, Ils font sonner haut la Vertu, Le vice est par eux combatu,

1 5 Et, toujours, leur sa^e éloquence

Recommande la pénitence ;

Enfin, dans ce dessein pieux,

Chacun agit tout de son mieux, D Coîme, ji^jj ç^^^^ jquj çç\yjy ju Louvre,

i-. R. P. OÙ, de jour-en-jour, on découvre ^fï'iln" De particulières clairtez, Parle si bien aux Majestez, Et d'une si sainte manière.

Et, mesme, à la Cour toute entière,

2$ Qu'on a droit de croire, aujourd'huy.

Qu'elle sera, par iceluy.

Non seulement édifiée.

Mais, peut-être, santifiée.

Dieux ! quelle digression

]o Précède ma Relation ?

Elle est longue, je le confesse; Vous, excèlente Princesse, A qui je consacre ces Vers, Aussi oien qu'à tout l'Univers,

}( Je ne pensois, ennuie sorte, Dire ce qu'icy je raporte ; Je n'avois rien prémédité Touchant cette moralité :

Mais lors que j'entre en exercice,

40 Ce qu'on nomme verve et caprice, Selon leur gré me font a^r, Je me laisse par eux régir.

Et leur obéis sans scrupule.

Mais trêve, enfin, de préambule.

Gentilhomme da Pais Mesain.

Deux sincères Feûillans m'ont dit

(Gens envers-moy de grand crédit)

Q^ue Dimanche, aans leur Eglize,

Moyennant la sage entremize

Du Dom Prieur de leur Maizon, 50 Estimé pour mainte raizon.

Le sieur Saint Aubin Vendreville

Que ce Père a rendu docile

Par une longue instruaion^

A voit fait abjuration 55 De sa précédente croyance,

Q^ui n'est quetrop commune enPrance,

Sçavoir (sans aller au Devin)

Celle de feu Maître Calvin,

Que de parole et de pensée, 60 II avoit toujours professée.

Et dont ce noble Converty

S'est heureuzement garanty.

Or comme grand monde vizite

Cette belle Eglize susdite, 65 II s'y trouva lors quantité

De Gens de haute qualité.

Qui l'abjuration bûirent.

Et de bon-cœur s'en réjouirent.

La pieuze Mère du Roy, 70 Qui (j en jurerois bien ma-foy)

Vaut oien, du moins, la Reine Blanche,

Fit ses dévotions, Dimanche,

Au grand Convent des Cordeliers :

Puis, avec des soins singuliers, 75 Cette incomparable Princesse,

Où la vertu Drille sans cesse.

Se mit, avec dévotion.

De celte Congrégation

Q^u'en marge tu peux voir écrite, /^ijyf/^^ç 80 Où bien des Gens de çrand mérite éngéeelua'

Sont saintement initiez, *>J,**J »jjj««

Cela veut dire associez, du PaUîs.

Congrégation de l'immaculée

La Muze historique. — Mars 1664.

En l'honneur de la Sainte Vierge, Qui du Paradis est Concierge.

8j Certes, c'est bien la vérité Que ladite Société, (^ue Ton peut nommer Confrairie De la pureté de Marie, Contient d'admirables statuts

90 Pour bien exciter aux vertus, Et de toutes mondaines fiâmes Purifier les bonnes Ames; J'ay droit d'en faire mention, J'en ay vu l'Institution

95 Très-catholique, trés-morale.

Et de Fondation Royale.

Enfin, ladite Majesté, A laquelle fut prézenté (Selon (jue l'Institut l'ordonne) 100 Une croix, médale et couronne.

Eut grande satisfaction De cette chrétienne action. Et receut une joye extrême De commencer si bien Carême.

105 La jeune Reine, ce jour-là, (Un de ses Gens m'a dit cela) Adorant le vray Roy de Gloire, Communia dans TOraloire, Humiliant Sa Majesté

1 10 Aux pies de la Divinité,

Qui concède à cette Princesse, Outre sa beauté, sa sagesse.

Et cent autres trézors divers.

Un des hauts Rangs de l'Univers.

115 Le Jeudy de cette semaine.

On m'a dit, pour choze certaine, Que l'important et long Traité D'entre France et Sa Sainteté, Fut conclu, l'autre- jour, dans Pize,

1 20 Par la prudence et l'entremize Dç Bouriemont et Raspony, Agens dç mérite infiny, Qui l'Afaire ont si bien menée.

Qu'enfin iceux l'ont terminée

125 Au £ré des François et Romains, Et de pluzieurs autres Humains, Tant d'Espagne, que de l'Empire, Mais, sur tous, du Roy nôtre Sire, Monarque aux vertus adonné,

130 Qui de l'Eglize étant l'Alné, Ne souhaitoit point de querelle Avec les principaux d'icelle.

Si pour cet Acommodement On fait un jour commandement

I } 5 De faire icy des feux de joye,

J'engagerois ma petite oye,

Et me priverois d'un repas.

Plutôt que de n'alumer pas

Dans ma rué un feu d'honnête Homme, 140 En faveur de France et de Rome.

Les Mutins de Religion, „ ^"

Habitans une Région des \\..

Qui dépend du Duc de Savoye, <*« *-jjj'' Ont aujourd'huy l'ame plus coye,

145 Dautant que ce Prince clément, Au lieu d un âpre châtiment Digne de leur immodestie.

Les fait jouir d'un Amnistie.

Pour un pardon si signalé

1 50 Le Roy, mesme, s'en est mêlé, Conjurant la susdite Altesse D'avoir pour eux moins de rudesse.

Si l'on les voit, à l'avenir.

Dans leur devoir se contenir.

1 5 5 Mon Dieu, que la clémenceest belle!

Cette vertu surnaturelle Qui nous fait pancher au pardon.

Est plutôt un céleste Don En une Ame noble et hautaine, 160 Qu'une perfection Humaine.

Etre juste, adroit et vaillant.

Actif, prudent et vigilant, Sont d illustres et dignes marques Qu'on voit en d'autres qu'aux Monarque

16 j Mais quand la débonnaireté

Rézide en une Majesté,

Cette qualité sans égale

Rend son Ame encorplus Royale:

Tels Roys en sont bien mieux aimez, 170 Les sages cœurs en sont charmez ;

Aux Héros les plus mémorables

Ils deviennent, lors, comparables.

Leur auguste et glorieux nom

S'aquiert un immortel renom :

175 Mais je passe plus outre, encore.

D'un culte humain on les adore.

On voit en cette qualité

Un rayon de Divinité;

Bref, r instinc prézent qui m'inspire, 180 M'a fait (ce croy-je) autrefois dire,

Que rien n'aproche tant des Dieux

Qu'un Roy mizéricordieux.

Mais c'est bien l'avis de ma Muze

Qu'il ne faut pas qu'on en abuze.

185 J'ay sceu d'un Père Mathurin,

Que le preux Comte de Serin,

Guerrier, dit-on, des plus habiles.

Mars 1664. — Livre XV. Lettre XI.

A conquis trois ou quatre Villes^ Et qu'en un combat obstiné

190 II avoity mesme, exterminé Plus de trois mil, en sa furie, De Turcs et Gens de Tartarie, Et fait quatorze cens Captifs, Non pas des Fantassins chétifs^

19$ Sans qualité, sans renommée.

Mais de bons Oficiers d'Armée.

De plus, le bruit court, aussi, fort, Qu'ayant pris un assez grand Fort^ Outre les grains, les vins, les bières,

200 Coutelas, mousquets, bandoliéres, Des fourages pour hyvemer.

Et des canons pour canonner, Il saizit, foy de Philozophe, Un incroyaole amas d'Etofe,

205 Dont on faizoit, à tous momens, Aux Ennemis, des vêtemens.

La nouvelle est trés-confirmée Qu'il en revêtit son Armée, (Comme l'on dit) de pié-en-cap,

210 Et qu'il luy resta de ce Drap

Pour en charger, toutes complettes, Deux cens octante et dix charettes.

Mais, las! par un malheureux tour, L'Empire a perdu Clauzembour,

215 Ville forte, Ville importante, La Gamizon lâche et méchante, L'ayant livrée à TEnnemy, Toute entière, et non à demy.

Faute de pay'ment et de solde,

220 Dont Ratisbonne et Léopolde, Et les Hongrois, pareillement.

Ont bien du mécontentement.

Jadis, Messieurs les Moscovites, Passans les confins et limites

225 Du Royaume de Cazimir,

Qu'ils ont fait pluzieurs fois frémir, Y faizans d'assez rudes courses.

Revêtus de peaux d'Ours et d'Ourses, Par un assez juste retour,

230 Sont chez-eux courus à leur tour.

Tant sont aux afaires guerrières Les armes souvent journalières.

Le triple Roy Charles Stùart Veut se mêler, à tout hazard,

23 5 D'acorder le Roy son Beau-frére, (Qui seroit une bonne afaire) Parl'envoy d'un Ambassadeur, Avec l'Espagnole Grandeur, Ou, s'il faut que mieux je m'explique,

240 Avec le Grand Roy Catholique:

On remarque bien, toutefois.

Que ces deux Monarques, ou Rois, Atendans la saizon de Flore, Plus-que jamais sont froids encore,

245 Et c'est à qui mieux armera.

Ils feront ce qu'il leur plaira:

Mais en France, les Champs et Villes Qui sont prézentement tranquiles.

Expérimentent dézormais

2 5 o Que dix ans d'une bonne paix, Sont plus doux par toute la Terre, Qu'un siècle de mauvaize guene.

Princesse, que par devoir Je prétens bien-tôt aller voir, 25 5 Je finis ma Lettre Historique Par ce précepte pacifique.

Fait, assis sur un escabeau, Le huit de Mars, jour clair et beau.

LETTRE ONZIÈME

Du [samedi] quinzième Mars.

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