‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 44 sur 84 · MAIGRELETTE · texte numérisé non relu

MAIGRELETTE

Mon esprit est presque en déroute.

Je suis perplex, j'atens, j'écoute.

S'il viendra personne, chez-moy.

Où je suis seuiet, clos et coy.

5 Pour m'aporter quelaues Nouvelles Sérieuzes, ou bagatelles, Dont je suis assez mal-pourvû ; Mais, jusqu'icy, je n'ay rien vft

La Muze historique. — Mars 1664.

Qui me contente et satisfasse :

10 Je fay toutefois la Préface En atendant, à tout-hazard, S'il m'en viendra de quelque-part ; La Préface est peu nécessaire, Mais ma coutume étant d'en faire,

1 { ((^ui n'est pas mon moindre soucy)

Princesse, acceptez celle-cy, Oue de vous plaire je souhaite^ Cest autant de bezogne faite.

Lundy, le dix du prezent mois, 20 La Cour du plus Brave des Rois, Fort splendide, et mesme assez gaye, Partit pour Saint-Germain-en-L2iye, Avec un assez grand concours, Pour y passer pluzieurs beaux jours,

2 5 Qui sont plus purs et plus tranquiles

AuxChamps,quenon pas dans lesVilles; On croid qu'ils reviendront Lundy, D'autres assurent dans Jeudy :

Mais pluzieurs, qui de-là reviennent, ;o Protestent tout haut, et maintiennent Qu'on void lllec trop d'agrément Pour retourner si promptement.

Ce fut, je croy, ce Lundy mesme.

Qu'avec une tendresse extresme

) 5 On célébra le jour fatal Où mourut le feu Cardinal, C'est-à-dire qu'on luy fit faire Dans Vincéne un Anniversaire, Par les soins du Duc Mazarin,

40 Dont il luy coûta maint Florin :

Auquel lieu, pour lors, se trouvèrent, Et de toutes parts arivérent.

Pour à sa Tombe faire honneur, MaintPrince,DameetGrand Seigneur;

45 Et j'ay vu quelau'un qui raconte Que ron y nombra, de bon compte, (Outre maint Abbé qui survint) Des Evesques jusques à vingt.

Si plutôt j'ûsse sceu la choze,

{0 Je jure en Vers, et non en Proze, (Mais en toute sincérité) Que je m'y serois transporté.

Pour joindre, avec celles des autres, Mes Oraizons et Patenôtres^

5 j Au sujet de cet Eminent, Digne du repos permanent Dans l'anguste et céleste Gloire, Et dont, toujours, j'auray mémoire, Puis qu'iceluy faizant état,

60 De mon amour envers l'Etat,

Plus que j)as*un autre de France, Prit du soin de sa subsistance.

On m'a dit que le Parlement Vérifia, dernièrement^

65 L'invention et la structure

D'une Machine, ou bien Voiture, Et qui, sans danger encourir, Onpoura la Poste courir.

Assis, dit-on, bien à son aize,

70 Comme dans un Carosse, ou Chaize, Moyennant certain taux, ou prix ; Vivent, vivent les bons Esprits, Vivent les industrieux Hommes Du siècle où maintenant nous sommes,

75 Et, sur-tout, de cette Cité, Où^ pour dire la vérité.

Toutes sciences réussissent, Etles Arts , plus qu'ailleurs, fleurissent, Sous le re^e d un des Grands Rois

80 Qu'ayent jamais eu les Gaulois.

Je n'ay point encor vu la mine De l'inçénieuze Machine, Sa fabnaue, ny sa hauteur. Pour la dépeindre au cher Lecteur :

85 Mais j'ay sceu d'une Demoizelle Que cette Calèche nouvelle Doit commencer d'avoir son cours Dans dix-huit, dix-neuf, ou vingt jours.

Quiconque voudra sçavoir comme 90 S'est faitrAcord de France et Rome, Les Articles, prèzentement, S'en débitent publiquement :

On sçaura, par cette lecture, Que comme êtoit grande l'injure, 95 Grande est la réparation Qu'on fait à nôtre Nation ; Le Pape jugeant nécessaire Qu'il laut amplement satisfaire Un jeune et puissant Potentat,

100 Qui sera toujours en état De réprimer avec courage Ceux qui voudroient lui faire outrage.

Alexandre a, certainement, Trop d'esprit et d'entendement,

105 Trop de sagesse et de lumière Pour en uzer d'autre manière.

Comme tout Paris, je prètens Que nous verrons dans le Printemps Un Légat faire son Entrée

tio En nôtre agréable Contrée, Pour assurer Sa Majesté, De la part de Sa Sainteté,

Mars 1664. — Livre XV. Lettre XL

D'une subie corespondance Entre le Saint-Siège et la France, 115 Au gré de l'une et l'autre Cour ; Hk que je verray ce beau jour Avec une joye excessive.

S'il plaît à Dieu qu'encor je vive !

On peut mourir à tout moment, 120 Et, comme on dit communément, Il est bien de beaux yeux en teste Qui ne verront pas cette Feste.

Outre le susdit Imprimé Qu'on en a fait, à point-nommé, 125 Qui les articles spécifie, Auquel il faut qu on se confie, Venant des Imprimeurs du Roy, Gens agissans de bonne-foy, D'aujourd'huy, la Gazette en Proze 130 Traite assez amplement la choze :

Pour sçavoir, donc, dudit Traité Chaque particularité, Il faudroit l'un ou l'autre lire.

Ou, tous deux, si l'on le dézire, 135 Car dans ce mien Original Je n'en parle qu'en général.

C'est tout ce dontj'ay connoissance Touchant les nouvelles de France, Je ne veux point en débiter 140 De celles dont on peut douter; Je les laisse, donc, en ariére :

Mais pour fournir nAtre cariére, Voicy des Articles certains Qui viennent de Pals lointains, 14) Discourans un peu des afaires Des Turcs, dangereux Aversaires, Dont la redoutable fureur Cauze en maints lieux grande terreur.

Newhauzel, dont la rénommée

1^0 Dans tout l'Univers est semée.

Est maintenant un triste lieu.

Où les mortels fléaux de Dieu, Scavoir, peste, famine et guerre.

Plus qu'en autre lieu de la Terre,

1^5 Exerce les sévéritez

Des destins contre elle iritez ; De forts bons Bastions la flanquent, Mais comme les vivres lui manquent.

Si ses Soldats en vont chercher,

160 Ils se font en pièces hacher;

Et ceux qui dans ses murs demeurent, (Comme est dit) de la peste meurent, Ou, du moins, plus de la moitié; Et l'on pouroit avoir pitié

16 i De cette disgrâce inhumaine,

Mais ils n'en valent pas la peine.

Un des

Serin, ce Hongrois généreux, ^,„,^^„,^^ Si guemer et si valeureux, l'Empereur.

A sur les Turcs, par son courage, 170 Obtenu maint grand avantage En les guerroyant chaudement.

Et voicy, ce dit-on, comment.

Outre quantité de vacarmes Qu'il leur a causez par ses armes, r75 II leur a pris trente Bateaux, Seize Villes, ou gros Châteaux, (Y compris quelque Citadelle) La plus-part d'assiette assez belle, Gaigné, de fonte verte, ou non,

180 Cinquante pièces de canon,

La plus-part, dit-on, toutes neuves, Rompu quelques ponts sur des fleuves, Qui ne peuvent, quoy que de bois, Etre réparez de six mois;

185 II a pris très-bien des Bagages, Il a détruit mille Villages, Il a délivré de leurs fers, De leurs cachots, de leufs enfers, Plus d'onze cens Chrétiens Esclaves,

1 90 Déchamez, languissans et hâves ; Dans la chaleur, dans les débats.

Des rencontres et des combats, Ses Gens ont de leurs allumelles.

Occis six mil trente Infidelles ;

I9{ Il a par ses exploits heureux, Fait deux mil prizonniers sur eux, Dont quantité des plus notables Sont, ce dit-on, fort rançonnables ; Il a pris en gros et détail,

200 Vingt mille pièces de bétail.

Et trois mil chevaux, ou cavales, Le moindre valant dix richedales.

De chariots, infinité.

Et des Drapeaux en quantité.

205 C'est à peu-près ce qu'on raconte De ce preux, de ce hard^ Comte, Dont le Sultan et son Vizir Voudroient bien qu'on se pût saizir, Sçachans combien ce Personnage

210 Leur fait de honte et de dommage; De l'enclore en avoit dessein, Pour luy percer cent fois le sein :

Car iceux Turcs, cruelle Engeance, Sont fort âpres à la vangeance ;

2 1 5 Mais comme il a sceu leurs projets. De deux Transfuges leurs Sujets, Moins que cy-devant il hazarde.

Et se tient un peu mieux en garde :

La Muze H1ST0RIQ.U8. — Mars 1664.

Et comme les Turcs renforcez 320 De pluzieurs Peuples ramassez Animez contre luy de rage, S'avancent pour luy faire outrage, Ce Brave requiert, aujourd'huy.

Du secours pour ses Gens et luv ; 22$ Et c'est à quoy, vaille-que- vaille, Ratisbonne, dit-on^ travaille.

Princesse, et vous, qui me lizez.

Si vous êtes scandalizez De ce que la Lettre prézente 2 ^o De nouvelles est inaigente,

2ÎJ

Ezcuzez sa stérilité Aussi bien que sa brièveté :

Qu'on m'aprête des avantures, Ma Muze en fera des peintures ; Je ne suis pas encore à sec^ J'ay, ce dit-on, encor bon-bec :

Et comme dit un honnête-Homme, De Paris, et non pas de Rome, (Que je chéris et chériray) 240 Que l'on fasse, et je parieray.

Par moy François, et non Bohême, Le quinze de Mars, en Carême.

LETTRE DOUZIÈME

Du [samedi] vingt-deuxième Mars.

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