‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 45 sur 84 · MONASTIQUE · texte numérisé non relu

MONASTIQUE

Princesse génêreuze et franche.

Princesse, de teinture blanche.

Qu'avec des yeux plus que ravis.

Aux Feùillans, Mercredy, je vis,

5 A oui, par devoir et décence.

Je fis profonde révérence.

Et qui, d'un afable regard, Me dites (je croy) Dieu-vous-gard.

Lizant ces miennes fantaizies,

1 Ces naturelles Poêzies, Qu'avec peu de contention Je fais pour Vous d'afection, Si les nouvelles n'y sont drues, (Dont il en court peu dans les rues)

1 5 Voyez, toutefois, de bon œil, S'il vous plaît, ce nouveau Recueil, Qu'à Vôtre Altesse je dédie.

Et permétez que je vous die Qu il n'est personne, en bonne-foy,

20 Plus vôtre Serviteur que moy.

Crussol, de trés-noble naissance^ Le Fils du premier Duc de France, Et l'un des mieux faits de la Cour, Prit pour Epouze, Tautre-jour, 25 L'unique, aimable et chère Fille De la trés-illustre Famille De Montozier, dont le beau Nom Mérite un immortel renom,

Et dont les deux Chefs, Père et Mère,

30 Sont des Gens que l'on considère Dans tout le Royaume Gaulois, Pour leurs vertus, pour leurs Emplois, Pour leur esprit, pour leur sagesse, Et pour leur antique Noblesse,

3 5 Bref, dont les Reines et le Roy, (Et j'en jurerois bien ma-foy) Dans leur ame haute et sublime.

Font une singulière estime, Puis-qu'ils leur ont, à cette fin,

40 Confié Monsieur le Daufin.

En Cour, toute Personne sage Discourant sur ce Mariage, L'aprouve avec contentement, Y voyant un assortiment

45 D'excélentes chozes ensemble.

Que viziblement il assemble ; Sçavoir une conformité De naissance et de qualité, De crédit, grandeur et courage,

50 D'honneur, d'afection et d'âge, Tant de mérites infinis Rendans deux cœurs bien mieux unis.

Les Gens de daiz et de balustre, Tous les Nobles» tous les Illustres,

5 j Qui dans Paris font leur séjour. Ou venus exprés de la Cour, Sont allez, pour cette Alliance,

Mars 1664. — Livre XV. Lettre XII.

Témoi^er leur réjoûyssance A ces deux nouveaux Mariez

60 Si dignement apariez.

Pour moy, qui suis une personne Dont l'ame est , dit-on, assez bonne, Mais qui ne fais que rarement Aux Grands, vizite, ou compliment,

^{ Sans aller montrer mon vizage A ce Couple de haut Parafe, Vizage, qui depuis maint ]our N'est pas trop vizage de Cour, A ces deux Amans je souhaite

70 Une joye entière et parfaite.

Car, depuis des ans plus de deux, J'ay toujours fait grand état d'Eux.

Paris est en inquiétude Touchant cette dévote Prude,

75 La Marquise de Sénecé, Dont le corps débile et cassé Ne réziste plus qu'avec peine Aux traits de la Parque mhumaine, Dont aucun ne se peut sauver,

80 Et qui voudroit nous l'enlever :

Le Ciel qui veut de cette Dame Posséder, dans peu, la belle Ame, Et le triste centre des Morts La terre, demandant son corps,

85 II faut, quoy que bien joints ensemble, Que le trépas les dézassemble Par un sort sans remission ; Et cette séparation Ne pouvant être que cruelle,

90 Prions Dieu qu'il ait pitié d'elle :

Que si, selon nôtre dézir, Cétoit, pourtant, son saint plaizir De prolonger la vie, encore, De cette Dame que j'honore,

9$ La remétant, oar sa bonté.

Dans une solide santé, Je serois volontiers l'Oracle Qui parleroit de ce Miracle ; Cette nouvelle, assurément 100 Donneroit du contentement.

Car je sçay de la Renommée Qu'elle est dans la Cour fort aimée.

Ce parfait Miroir de Bonté, Cette pieuze Majesté, 105 L'auguste et sage Reine-Mére, Que de tous cotez on révère.

Pour les biens qu'en Elle on connott, Jeudy, veille de Saint Benoit, S'enferma dans le Val-de-Grace,

1 10 Sainte Maizon qui, de sa grâce, Et par les soins qu'elle en a pris, Est un des plus rares Pourpris, Pour Convent, Cloître, ou Monastère, Qui soit dans toute l'Hémisphère.

115 La Reine et Monsieur le Daufin, Qu'on y porta pour cette fin, Le lendemain la vizitérent.

Et d'un saint plaizir transportèrent Les chastes Servantes de Dieu

120 Qui sont dans cet illustre Lieu, Dont trois sont de ma connoissance, L'une, de très-noble naissance, ^^^J^^^^^ Les deux autres, dont le départ Perça mon cœur de part-en-part,

1 2 5 Et rendit mon ame bourue.

Sont deux Filles de nôtre rue.

Dont les cœurs remplis de dédains Pour le Monde et pour les Mondains, En tenans en main de blancs cierges,

1 ^o Ont fait vœu d'être toujours vierges.

Une Dame du Parlement, Femme de grand entendement, Et laquelle on remarque et note Pour être pieuze et dévote,

I ) 5 L'autre-jour, de sa propre main, Dansle grand Faux-oourg St Germain, (Dont le Patron est Saint Sulpice) En qualité de Fondatrice, Poza le premier fondement

140 D'un Monastère, ou Bâtiment, Où les Filles Bénédictines Chanteront Vespres et Matines ; Etant en iceluy Saint Lieu Erisée en l'honneur de Dieu,

145 Et de la Divine Marie, Une célèbre Confrairie, Qui dans Paris est en crédit, Avec le titre (m'a-t'on dit Dans un billet, ou lettre expresse)

1 )o De Nôtre- Dame de Liesse : Laquelle chrétienne action.

Ou (si Ton veut) pozition De la Pierre fondamentale, Par permission Pastorale,

155 Se fit, à ce qu'on m'a conté, Avec toute la piété.

Le zèle et les soins charitables, Qu'on requiert en chozes semblables.

L'article prézent n'aura pas

1 60 Pour les Lecteurs de grands apas.

Les événemens Monastiques Ne sont nulement Poétiques;

Epouze de

Mr Foucaut,

Conseiller

delà

£rand'anbre.

La Muze historique. — Mars 1664.

Important, ou non important, Celuy-cy passera, pourtant, 16$ Son agrément n'est pas extrême, Mais quoy ! c'est un fruit de Carême.

J'ay lû dans un certain Journal, Qu'Astalj, §[rave Cardinal, Que l'on pnzoit pour son mérite,

170 Est décédé de mort subite,

Regrété de Gens maints et maints, Tant Gens d'Espagne, que Romains ; Et j'ay sçeu par la mesme vo^^e, Que dans Rome on a grande joye

175 De l'heureux Acommodement Qu'on a traité si prudemment Dans la noble ville de Pize, Au ^ré général de TEglize^ Ratifié, de bonne-foy,

180 Par le Saint-Pére, et par le Roy, Et la choze est assez notoire Que dans le premier Consistoire^ Monsieur le Cardinal Chizy, Sur tous autres, sera choizy

185 Pour s'en venir Lésât en France, Touchant cet Acora d'importance, Qui comble d'exultation Toute chrétienne Nation.

Cazimir, Prince redoutable,

190 Actif, vaillant, infatigable, A prézent fameux loin et prés, Fait toujours de si beaux progrés Sur ses Voizins les Moscovites, Dont il a passé les limites ;

195 II prend par d'assidus éforts Tant de Villes et tant de Forts ; Bref, remplissant tout de vacarmes, Il fait si bien valoir ses armes.

Que si le Grand-Duc, dézormais,

200 Ne demande bien-tôt la paix Pour éviter plus de dommage.

Il n'agira pas trop en sa^e.

Toutefois, certain Rézident Qui me semble habile et prudent,

20 { Ira dit qu'il n'en a point d'envie, Et que ron lève en Moscovie Si grand nombre de Cavaliers, De Soldats et de Fuzeliers, Qu'il se promet, vaille-que-vaille,

310 Dans quelque temps donner bataille.

Pour mieux décider leur débat Par un grand et sanglant combat.

Le Bassa de Transylvanie, mj.

Dont la grande ame étoit munie

2 1 5 D'acortize et de jugement.

Et qui servoit si dignement Par sa valeur et sa sagesse, Celuy qu'on nomme Sa Hautesse, Subissant les communes ioix,

220 Est mort, dit-on, depuis un mois; Pour le Divan, perte sinistre, Car c'étoit un prudent Ministre, Laborieux et vigilant.

Et Général brave et vaillant :

22 j Je croy, pourtant, que la Hongrie

De sa mort sera peu marie.

Pluzieurs jeunes Gens de la Cour, Qui pour la gloire ont de l'amour, Et pour les exploits militaires, 2)0 En qualité de Volontaires,

S'en vont bazarder leurs beaux jours, Se mélans avec le secours Qu'ordonne le Roy nôtre Sire Pour la défense de l'Empire.

23 5 Hà que leur gènéreuze ardeur

Promet à leurs noms de splendeur; Pour contenter leurs grands courages.

Ils quitent femmes et ménages.

Les douceurs, les jeux et les ris,

240 Tant de la Cour, que de Paris, Préférans à tant de délices Les rudes travaux des milices.

Les fatigues et les bazars Du périlleux Métier de Mars ;

245 Hà qu'ils méritent que l'Histoire Fasse mention et mémoire Du glorieux et beau dessein Que l'honneur leur met dans le sein.

Que j'aime cette Noblesse !

250 Et qu'avec bien de l'allégresse Je prétens parler de leurs faits Dans l'exercice que je fais, Si-tôt Que j'auray connoissance De quelques traits de leur vaillance.

2 5 5 J'écrirois encore, mais, las !

Je suis si fatigué, si las.

D'avoir cette Lettre construite Sans prendre haleine et tout de suite, Que presque j'en suis étourdy :

260 Princesse, donc, adieu vous dy.

Adieu, Muze, plume, écritoire ; Servante, un petit coup à boire.

Ecrit en sept heures de temps.

Le beau premier jour de Printemps.

Mars 1664. — Livre XV. Lettrb XIII.

LETTRE TREIZIÈME

Du [samedi] vingt-neufiéme Mars.

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