‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 46 sur 84 · HALETANTE · texte numérisé non relu

HALETANTE

Haute Princesse, en qui rézide Une Ame belle, un Cœur candide, Depuis Dimanche, en vérité.

Je n'av pas eu trop de santé ; ) La pâleur peinte en mon vizage, A mis Tallarme au voizinage^ Où, sans icY déguizer rien.

Je suis aime des Gens^e-bien; Ma langueur n'est pas excessive^

10 Mais d'apétit elle me prive.

Je ne fais, quand il faut dormir.

Que haleter et aue gémir.

Je suis pézant ae ma personne, Et, de temps en temps, je frissonne :

I { Mais mon mal dût-il s'augmenter.

Je vais au travail m'apréter.

Il faut rêver, il faut écrire.

Je ne m'en sçaurois pas dédire.

Et si mes Vers n'en sont meilleurs,

20 J'espère faire mieux ailleurs.

Madame de la Meilleraye, Dont l'ame maintenant essaye Combien on a le cœur màry.

Quand on a perdu son Mary,

25 Dame (dis-je) sage et fidelie,

Toujours charmante et toujours belle.

Nonobstant ses sombres atours. Ayant passé quarante jours.

Et par coutume et par tendresse,

]o Dans une assez sombre tristesse.

Où, par honneur et par devoir.

Tout le Grand-monde la fut voir :

Mercredy, cette aimable prude.

Abandonnant sa solitude,

} 5 Pour commencer ses complimens^ Vizites et remerclmens, Alla voir nos deux grandes Reines, Qui très-bonnes et trés-humaines, Luy firent un bénin acûeil,

40 Et rentretindrent sur son dûeil.

D'une façon toute engageante,

C'est-à-dire toute obligeante.

Sans mentir, j'entens tous les jours Faire de bons et beaux discours

4j Touchant l'exemplaire sagesse De cette excélente Duchesse :

Et comme Elle a de la beauté De la vertu, de la bonté, De la douceur, de la constance,

jo De l'esprit et de la naissance.

Avec tout le grand-bien qu'elle a, Sans doute cette Dame-là Inspire, dans l'état de Veuve Où maintenant elle se treuve,

j 5 Plus de dézir, aue de pitié, Etant si digne a'amitie, Qu'on peut dire que bien des Filles Belles et d'illustres Familles, Pour la grâce et pour les apas,

60 Luy pouroient bien céder le pas.

La Maizon, qui n'est que trop pleine.

Des Filles de la Madeleine, Où, captif, contraint, combatu, Le péché se change en vertu,

6j Autrement les Madelonnettes, Par la quantité de ses debtes, Manquemens et nécessitez.

Indigences et pauvretez, Etant prézentement réduite,

70 A la peur de se voir détruite Par la dizette, par la faim.

Et faute de bien et de pain :

Ce Convent, dis-je, ou bien retraite, Où la Fille au vice est soustraite,

75 Se recommande aux charitez Des Gens de toutes qualitez, Et, sur-tout, des Grands et des riches.

Qui ne doivent pas être chiches Vers cette pieuze Maizon,

80 Fondée^ avec tant de raizon, Refuge, Azile, ou Séminaire^ Dans Paris plus que nécessaire,

La Muze historique. — Mars 1664.

Et au'on peut nommer un saint-Ueu, Où Ton prie à toute heure Dieu,

8j En dizant Messes et Services, Pour bienfacteurs et bienfactrices.

Cette Maizon (je n'en mens point) Est nécéssiteuze à ce point, Que les Marchands et les Marchandes

90 D'étofes, de bois, de viandes, Ne veulent plus, à ce qu'on dit, Leur faire grâce, ny crédit; Et la pluspart des Enfermées, Par la faim souvent animées,

95 Demande, d'un ton emporté.

L'aliment ou la liberté.

Que si les cœurs bons et sincères Ne sont touchez de leurs mizéres.

Si personne ne prend le soin

100 De les assister au bézoin, Il poura survenir entr'elles, Des confuzions, des querelles, Et des débats tumultueux :

Ainsi, Dévots et Vertueux,

10 j Roy, Reines, Princes et Princesses, Marquizes, Comtesses, Duchesses, Bref, toutes sortes de Chrétiens, Sçachez, en donnant de vos biens, Que vos charitez déployées

1 10 Ne sçauroient mieux être employées Qu'à soulager cette Maizon De pénitence et d'oraizon.

Outre les aumônes prézentes Qu'on peut faire à ces Indigentes

1 1 5 Pour réparer leurs manquemens, On pouroit, dans les Testamens, Par des donations réelles, Avoir, aussi, mémoire d'elles.

Sur-tout, en ce temps de pardons,

120 Pour du Ciel obtenir les dons, Et les indulgences valables Qu'il concède aux Gens charitables.

le Miiord D'Angleterre, l'Ambassadeur, ^ "' Avec un Train dont la splendeur

12 { Brilloit de la belle manière,

Eut son Audience première, ca Laje. Qes Majestez, à Saint-Germain, Qui luy firent acûeil humain.

On tient qu'iceluy personnage 130 Est magnifique, haSileet sage, Et qu'ilfait dans sa fonction Grand honneur à sa Nation.

Depuis, quelqu'un m'est venu dire Qu'il a vu le Roy nôtre Sire

1 3 j Dans le Louvre, et que mesmement

la Ducseue Moatozief.

Il fit au Daufin, Compliment, Qu'il receut de façon jolie.

Instruit par l'illustre Julie:

Enfin, l'on dit que ce Miiord 140 Aparemment admira fort La grâce, l'esprit et l'enfance De ce cher Mignon de la France, Qu'on ne peut voir, certainement, Qu'avec joye et ravissement.

de Nôirt-

! 4 J Hier dans TEglize Catédnde, de pTns

On fit, pour Madame Royale, Mrrr de

Un Service qui fut chanté îl°slw' «

Avec grande solennité.

Du Sang, les Princes et Princesses, 1 50 Et quantité d'autres Altesses,

Y furent en atours exquis

Ainsi qu'en tels cas est requis ;

Monsieur d'Orléans prit la peine

De s'y trouver avec la Reine, 1 5 5 Pour voir et dicemer à l'œil

L'apareil et pompe du deuil ;

Mesdames les Cours Souveraines,

De Prélats deux ou trois douzaines,

La Ville, l'Université, i6o Et des Moines en quantité.

Qui par zèle, oui par ofice,

Assistèrent audit Service.

Monseigneur de Rouen, Prélat

D'esprit, de naissance et d'éclat, 165 Prononça rOraizon funèbre

De cette Défunte célèbre.

Propre Tante de nôtre Roy ;

Et quelqu'un m'a juré sa foy,

Qu'en faizant son Panégirique, 170 Son admirable Rétorique

Parfaitement s'en aquita.

Et grand honneur en r'emporta.

Voila tout ce que j'en puis dire.

Car, hier, étant un jour d'écrire, 175 Je ne pus me transporter-là,

Pour oùir et voir tout cela.

Les maudits Mutins d*Angleterre, Que la fiévre-quartaine serre, Atendans qu'un honteux licou

180 Puisse serrer leur chien de cou.

Par des entreprizes iniques.

Desseins et complots fanatiques, Voudroient tout mètre en dézaroy, Et ne considérans du Roy

i8( La justice, ny la clémence.

Prennent la damnable licence De semer en cent et cent lieux

Mars 1664. — Livre XV. Lettre XIII.

Des Libelles séditieux

Pour remplir les champs et les villes

190 De fureurs et rages civiles:

Plus les Prévôts et Magistrats Atrapent de ces scélérats, Contre qui les Gens-de-bien pestent, Plus les autres se manifestent,

195 Et ce Peuple rude et bouillant Est un Hydre si puluiant, En faveur de Dame Discorde, Que pour deux qui soufrent la corde, Que pour trois qui sont fustigez,

200 Plus de cent font les enragez.

Et grondent plus que le tonnerre; C'est, dit-on, l'état d'Angleterre.

Touchant les fameux démêlez De ces deux Princes signalez,

205 Le Turc et le Chef de rEmpire, Ce n'est pas le temps d'en écrire :

Mais si ces deux puissans humains Enviennentycommeoncroid^aux mains Durant une Campagne entière,

210 On aura lors de la matière De discourir en maint endroit Possible plus qu'on ne voudroit.

Lors-que nôtre jeune Noblesse, Qu'un dézir d'honneur intéresse,

2 i 5 Demande au Roy permission D'aller en cette ocazion.

Comme ce Prince est magnanime.

Il montre pour eux tant orestime^ Que chacun se sent obligé

220 De requérir aussi congé:

Si bien qu'après ces bonnes Pestes, Sans, de Mars, craindre les tempestes, Emportez de ce beau soucy.

Bien des Gens partiront d icy.

22) Tel, pour cette grande Campagne, Laisse sa charmante Compagne, Elle a beau pleurer, sangloter,

Cela ne le peut arèter.

Tels autres, quoy que leurs Maltresses

230 Puissent faire par leur tendresses.

Par leurs charmes, par leurs apas.

En hâtent d'autant plus leurs pas, Quitent leurs seins plus blancs qu'yvoire.

Pour aller au sein ae la Gloire;

2) ( Et c'est ce qu'au premier beau jour Feront pluzieurs Galans de Cour.

Je crains. Princesse que j'estime, Que cecy soit fort peu sublime.

Le vingt-neuf Mars, tout en rêvant, 240 J'ay fait les Vers de cy-devant.

APOSTILB

ou Remercîment à Monsieur,

Monseigneur le Frère du Roy, L'autre-jour se souvint de moy ; Et comme sa Royale Altesse (Que Dieu maintienne en allégresse)

245 A de la ^énérozité.

Et certain instinc de bonté Pour les Ouvrages de ma Veine, Qu'il voit et lit chaque semaine; En suite de quelques bienfaits

2Ç0 Que ce Prince m^a déjà faits, Pour acheter Livres, ou vivres.

Il me fit Don de trois cens livres, Sans que d'aucun il ait été Pour tel Prézent solicité.

2 5 5 Prince, aimé des plus galans Hommes, Délice du siècle où nous sommes, Digne d'honneur, digne d'amour, Second Ornement de la Cour, Sérénissime Fils de France,

260 Pour marquer ma reconnoissance, Je vous en fais publiquement.

Un trés-humble remerctment.

La Muze historiqjuk. — Avril 1664.

LETTRE (QUATORZE

Du [samedi] cinquième Avril.

DÉVOTIEUZE.

Il est extrêmement midy, Je suis, toutefois, ètourdy D'un pressant sommeil qui m'acable, Et me jetant aux yeux du sable, 5 Les voudroit encore fermer Pour dormir, et non pour rimer.

J'ay lu de l'Histoire Romaine Trente feuillets tout d'une haleine; J'ay lu le Régne scélérat

10 Du barbare Trium-virat,

Et, tout du long, celuy d'Auguste, Qui devenant, enfin, plus juste.

Des Romains mérita l'amour:

Bref, j'ay lu jusqu'au point du jour,

1 5 Ma teste en est toute pezante, Mon ame toute languissante, Je baille en roidissant les bras, Et j'ay peine à sortir des draps.

Cependant il faut que j'écrive

10 Quand dies Veneris arive.

Tel est l'ordre de mon destin Que chaque Dimanche au matin.

Par une diligence expresse, J'envoye, ou porte à ma Princesse,

2 { Un Recueil d articles divers Dans une Lettre écrite en Vers ; Afin, donc, que j'y satisfasse, Cher Apollon, fay-moy la grâce De m'ouvrir, tout prézentement,

)o Et les yeux et l'entendement :

Car, touchant ce que je vais faire.

L'un et l'autre m'est nécessaire.

Dans un billet assez mignon, Qui me vint Jeudy, d'Avignon,

) S On fait sçavoir à nôtre Muze Que Monsieur le Comte de Suze, Brave et Noble en perfection, Et de haute Condiuon, Epouza, dans icelle Ville,

40 L aimable et jeune Mérinville, Dont les beaux yeux l'avoient blessé,

Le vingt-et-trois du mois passé.

Cette Alliance est belle et oonne, II est bien-fait de sa Personne,

45 II a de la gloire et du cœur.

De l'esprit et de la vigueur.

Son bien est grand, et non pas mince.

Il est aimé dans sa Province, Il y paroit splendidement,

jo Et, par un noble assortiment.

Son Epouze sage et fidelle Est parfaitement Demoizelle, Est un Objet rare et charmant.

Digne de cet illustre Amant ;

j 5 Bref, sans mentir, son beau vizage A tant de grâces en partage, Qu'on peut dire, avec vérité.

Que c'est un Astre de Beauté. Le Gouverneur de la Provence,

60 Mercœur, Prince de conséquence.

Qui prétend au Cardinalat, (Di^ité d'éminent éclat) D'ailleurs, célèbre Personnage, Fut prézent audit Mariage;

65 Et le Premier Prézident d'Aix, MrdOpéde Habile, s'il en fut jamais.

Et fort prizé pour sa sagesse, Avec tout plein d'autre Noblesse, Assistèrent, pareillement,

70 A ce digne et beau Sacrement.

Dans cette Lettre grifonnée Je parle de cet Hymenée (Certainement) trés-volontiers.

Car depuis quatorze ans entiers

75 J'aime, j'honore et je révère.

De l'Epouze, les Père et Mère , Gens ae mérite, Gens-d'honneur, Et Parens de feu Monseigneur Le grand Schonberg, qui de ma veine

80 Fut, jadis, l'illustre Mécène,

De tous les Gens-de-bien, l'amour.

Un rare exemple dans la Cour, De fidélité, de courage.

Avril 1664.— LivRK XV. Lettre XIV.

Et, bref, qui fut un Personnage 8j Généralement admiré.

Et de Gens infinis pleuré, Quand son incomparable vie Fut icj-bas trop-tôt ravie.

Le bruit court, et dés l'autre mois, 90 Que les Généraux Polonois Ont défait quelques Ezercites De leurs voizins les Moscovites:

Mais le bruit qu'on en a semé N'étant pas autant confirmé 95 Que nôtre Muze le dézire, Je ne sçaurois encor qu'en dire.

D'Angleterre, le Parlement, S'est r'étably nouvellement, Pour, avec des soins nécessaires,

ioo Donner ordre aux grandes afaires De ce triple et puissant Etat, Dépendant d'un seul Potentat :

Les Factieux et Fanatiques Y deviennent plus pacifiques,

105 Ont le sang plus froid et r'assis, Et paroissent plus adoucis Envers les Personnes Royales, Et, sur-tout, au Pais de Gales, Et dans d'autres Ressorts divers,

110 Où les mutins et les pervers.

Par des complots et manifestes, N'agissent plus comme des Pestes.

Les Turcs semblent prézentement Vouloir quelque acommodement:

115 Mais les Souverains de l'Empire, Qu'une noble prudence inspire, A leurs discours de faux-aloy N'ajoutent croyance, ny foy, All^ans, ces sages cervelles,

120 Que la qualité d'infidelles, Depuis mainte et mainte saizon.

Leur est due avéques raizon :

Ainsi, sans écouter leurs ruzes, De crainte de passer pour buzes,

12$ Les Alemans, à communs frais, Lèvent (juantité de Gens frais.

Pour faire à leur haute puissance Une héroïque rézistance.

On mande, toutefois, du Nord,

1)0 Qu'on n'est pas encore d'acord Pour le choix importantissime D'un qui soit Généralissime, Lequel auroit, absolument.

Sur tout autres commandement.

I ) 5 Des Agens de chaque Province, L'un, veut tel Duc. l'autre, tel Prince, Et cela, vray-semblablement.

Peut cauzer du retardement:

Mais, pour terminer ces pratiques,

140 Pourauoyles Etats Germaniques, Dans leur générale terreur N'élizent-ils leur Empereur?

u pourquoy , plein d'ardeur extresme.

Ne se choizit-il pas luy-mesme i

145 De ces bruits graves et divers Qui divertiroient l'Univers, De ces Nouvelles importantes.

Considérables, éclatantes, Je n'en sçay plus, ny peu, ny point,

I $0 Et je suis réduit à ce point

Que pluzieurs Personnes me dizent (Qui de ce peu se formalizent) Que pour les Lecteurs contenter, J^ devrois moy-mesme inventer ;

155 Et je répons, presque en colère.

Que mon ame droite et sincère

4 Ne se sçauroit assujétir A décevoir, feindre et mentir.

Que j'ay toujours fait conscience,

160 D^uzer de semblable licence, Et que tromper avec apas Est un talent que je n'ay pas :

Je n'avance pomt de nouvelles Si je ne les croy bien réelles ;

16$ Et je vivrois un siècle entier Dans mon laborieux Métier, Que pour un boisseau de pécune.

Je n'en voudrois forger pas-une.

Toutefois, Lecteurs bien-aimez,

1 70 Pressé de Gens bien informez, Aujourd'huy la peau me démange D'en conter une assez étrange.

Contenue en certain discours Qu'on m'a montré depuis deux jours,

17s Et dont la scène est à Bologne, ^ Bologne Comme un Imprimé le témogne. vuie Papale.

Certain jeune Soldat Hongrois

Ayant dézertè pluzieurs fois

De ces Milices que, n'aguère, 180 Entretenoit nôtre Saint-Père,

Après mainte remission

Du crime de dèzertion.

Fut, dans sa dernière escapade.

Pris avec un sien camarade, 185 Tous-deux liez et r'amenez.

Et tous-deux à mort condamne^ :

La Muzi histork^ub. — Avril 1664.

Mais Fun d'eux, comblé de détresse, Ainsi qu'il ëtoit à confesse Le jour que, sans plus héziter,

190 On le devoit exécuter, Cédant à la funeste crainte De voir bien-tôt sa vie éteinte.

Avec un ton plein de douceur Dit à son Père Confesseur

195 Qu'elle étoit véritable Fille, Qui ne pouvant dans sa famille D'un cruel beau-pére endurer, Avoit voulu s'en retirer.

Et que pour cacher la retraite

200 Que de chez-elleelle avoit faite Le jour d'après qu'elle en sortit, En franc Soldat se travestit, Et, nonobstant le sexe et l'âge, Durant trois ans et davantage,

205 Avoit à la suite de Mars

Couru cent dangereux bazars, Rendant maint et maint témoignage Qu'elle avoit valeur et courage.

Et, mesme, ajant par grand bon-heur

210 Conservé toujours son nonneur; * Qu'enfin, s'ètant mize en campagne Dans un Régiment d'Alemagne, Compozé de Gens bien choizis.

Pour servir Messieurs les Chizis,

2 1 j Lasse du Métier Militaire, A son sexe si fort contraire.

Voulant encore dézerter, Fuyant, on la fit arèter, Et l'autre Soldat avec elle,

220 Ayans quité leur sentinelle.

Le Confesseur, d'âge assez gris.

Ayant ladite Histoire apris, Partit, et s'en alla, grand'erre, L'annoncer au Conseil de guerre,

22$ Qui, pour ne rien précipiter.

Firent tout soudain viziter Cette courageuze Amazone, Par une honorable Matrone, Qui confirma la vérité

230 Du sexe et de l'intégrité.

Les grandes Dames Bolonoizes Envers cette Fille, courtoizes.

Demandèrent sa liberté.

Et par leur libéralité

2}{ La revêtirent, la dotèrent.

Et, mesmement, la marièrent.

Par le conseil d'un Directeur, Au Camarade dèzerteur, A qui, dans Bologne-la-grasse,

240 On fit, aussi, donner la grâce.

J'ay dans ma chambre un Imprimé Par qui ce cas est confirmé:

Ainsi, mon aimable Princesse, A qui cette Histoire j'adresse, 245 Ne doutez nulement du fait ;

Bon-soir, Madame, adieu, c'est fait.

J'ay décrit cette Historiette, Le cinq d'Avril, dans ma chambrette.

APOSTILE AUX LECTIURS

Faire des méditations,

250 Des prières, des stations, Des examens de conscience.

Et des actes de pénitence.

Doivent par-tout, en ce temps-cy, Des Chestiens être le soucy :

2 s S C'estpourquoy, Lecteurs débonnaires De mes Ouvrages ordinaires, Nuls de mes Vers vous verrez Qu'après quinze jours expirez.

On doit, en cette conjoncture,

260 Faire de meilleure lecture ; Il faut mètre sur le tapis Le Livre de Thomas Kempis, Qui, soit en Vers, ou soit en Proze, Me semble une divine choze ;

26 { Il faut, de soir et de matin.

Lire Monsieur Saint Augustin, Qui d'aimer Dieu nous persuade, Saint-Paul, Philotée et Grenade.

Maintenant, 6 mes chers Lecteurs,

270 Préfèrez-moy ces grands Auteurs; Ensuite, huit jours après Pasque, Sans, pourtant, retourner cazaque.

Vous me lirez, s'il plaît à Dieu :

Mais jusques en ce temps, adieu.

Avril 1664. — Livre XV. Lettre XV.

LETTRE (QUINZIÈME

Du [samedi] diz-neufiéme Avril.

ÉPINEUZS.

Mon aimable et Grande Princesse, Ayant promis à Vôtre Altesse De réécrire dans quinze jours De tous frais et nouveaux discours ;

$ Maintenant et sans plus atendre, C'est ce que je vais entreprendre :

Mais n'ayant de long-temps rimé.

J'en suis si dézacoûtumé.

Que j'ay presque oublié la trace

10 Q^ui conduit au Mont de Parnasse, Sur lequel étant arivé On a l'esprit plus élevé, Plus remply d'agréables frazes, Et plus sujet aux beaux extazes ;

I $ Mais je croy que pour aujourd'huy Je n'iray qu'au pié d'iceluy, Et que n'allant pas sur sa cime, Où tout est plus pur et sublime, L'Ouvrage où je vais travailler

20 Ne sera pas trop du bel air.

Je n'exerceray point ma Plume Sur la bonne et sainte coutume Qu'ont, vers Pasques, nos Majestés De signaler leurs piétez ; 2) Ces piétez sont remar(juables, Mais commeelles sont immanquables,

)o Quatorze ou quinze ans tout de suite; Toutefois, leurs dévotions, Et leurs chrétiennes actions, N'étans pas des chozes communes, Je vais parler de quelaues-unes,

H Mais seulement de celles-là Dont je puis dire, j'étois-là.

Nôtre Cour, donc, des plus célèbres.

Entendit deux fois les Ténèbres Dansles Feuîllans, un des saints Lieux

40 Qae nôtre Prince aime le mieux, Lieu toujours, sur tout en Carême,

D'édification extrême.

Où six-vingts Chantres excélens

Exerçans leurs nobles Talens,

4^ Charmèrent par leur harmonie Toute l'auguste Compagnie:

Mais, sur-tout, au nomore de trois, Ces belles et charmantes voix Cercamanan, la Barre, Hilaire,

{o Toutes trois si dignes de plaire.

Avec de doux et tristes sons Chantans les premières Leçons, Par les divins frédons qu'ils firent Tous les cœurs dévots atendrirent,

5 { Cauzans un grand ravissement.

Soit ensemble, ou séparément:

Chacune de ces trois est rare.

Mais, ce jour, l'aimable la Barre Eut, certainement, le bon-heur

60 De r'emporter bien de l'honneur.

Après ces trois Leçons premières.

Dignes de louanges plèniéres.

Une jeune et sage Beauté, Mademoi-

Dont j'ay mis le nom à côté, du chemia.

6j D'autant de traits d'esprit pourvue Que d'atraits à charmer la vue, Cette jeune Beauté (vous dis-je) Qui vient d'une autre belle Tygc, Par un soin chrcstien et pieux,

70 Charmantles cœurs,charmantlesyeux Avec des grâces merveilleuzes.

Quêta pour des Rèligieuzes, En s'aaressant, modestement.

Au Monarque premièrement,

7{ Qui, ravy de sa bonne grâce, Mit quantité d'or dans sa Tasse, Et convia ceux d'alentour, Assavoir les Grands de sa Cour, De leurs chantez faire montre,

80 Et l'imiter en ce rencontre ; Ce que Monsieur fit volontiers, Ensuite, le ouart et le tiers.

Fouillèrent dans leur escarcelle.

iS8

La Muze historique. — Avril 1664.

Moitié pour Dieu, moitié pour Elle.

85 C^uand on donne dans un saint Lieu, Ce ne doit être que pour Dieu ; Mais quand on voit un beau Vizage, On donne toujours davantage.

Témoin la Mignonne Brancas,

90 Dont les traits sont si délicats, Dont la grâce est toute admirable, Et la blancheur presque adorable, Qui quêta de sa propre main Dans l'Eglize de Saint Germain,

9 5 Chacun remarquant en icelle Une glorieuze étincelle, Un rayon brillant de dairté, De la souveraine Beauté ; Sa douceur, ses grâces mignonnes, 100 Excitèrent tant de Personnes, C^ue la belle, au teint de satin, Fit un assez ample butin D'argent, de cœurs, et de franchizes, Sans épargneras Barbes grizes,

105 (^ui ne pouvoient voir sans amour cet Astre plus beau que le jour.

Le Jeudy saint. Monsieur de Digne, Prélat trés-sçavant et trés-digne, Selon la coutume du jour,

1 10 Prêcha le Roy, prêcha la Cour, Donna l'Absoute générale Kn vêture Pontificale, Et de tout s'aquita fort bien Au gré de tous les Gens-de-bien.

115 Le Vendredy, ce docte Père Que tout son saint Ordre révère, Le Père Dom-Côrae, Feuillant, Où, comme en un esprit brillant, Mille lumières Ton découvre,

120 Prêcha la Passion au Louvre; Ce Sujet est fort abondant, Vaste, profond, et cependant En moins d'une bonne heure entière, S 'étendant sur cette matière,

125 II eut grand aplaudissement.

Et satisfit si plainement Sur cette pitoyable Histoire, Les Messieurs de son Auditoire, Qu'il en fut loué d'un chacun,

130 Et du Roy, plus que de pas-un; Auquel il fit une Apostrofe D'une si fine et sainte étofe, Que cet Illustre et Grand Bourbon En parut touché tout-de-bon.

I ] j Durant ce temps, la Rdne-Mére

4e-Gracc

Etoit dans son beau Monastère, Méditant sur la. Passion Avec grande dévotion.

La Muzique y fit des merveilles 140 Au gré de très-bien des oreilles; Mais je parle peu de cela, Dautant que je n'ètois pas-là.

Le jour de la Feste Pascale,

De toutes, la plus joviale, 145 (Car seize cens ans il y a

Que l'on y chante Alleluya)

Nos trois Majestez Trés-Cbrètiennes,

Comme bonnes Paroissiennes,

Furent entendre toutes trois, 1 jo Dedans Saint-Germain l'Auxerrois,

La Messe et les Vespres chantées.

Par pluzieurs voix oien concertée.

Et le Sermon presque divin,

Du Père Louis, Augustin, u^SL

1 5 { Qui là, dans un travail extrême, ^^""*

Avoit prêché tout le Carême.

Sans mentir, ce Religieux,

Outre qu'il est bon et pieux,

A tant d'esprit et de science, 160 Tant de lumière et d'éloquence.

Qu'on le tient, de belle-hauteur.

Pour excèlent Prédicateur,

De convertir les Gens, capable.

Zélé, fervent, infatigable, 165 Et qui fit, durant ce jour-là.

Briller les beaux talens qu'il a.

Il apostrofa nôtre Sire,

Mais je ne sçaurois en rien dire,

Car j'êtois au Sermon allé 1 70 D'un autre Orateur signalé.

Digne de louange et de gloire.

Digne Prestre de l'Oratoire,

Sçavoir le Père Mascaron,

Qui comme un sacré saint Clairon, 175 Propre à trompeter l'Evangile,

Fait un erand oruit en cette Ville;

Tous les oeaux Esprits d'aujourd'huy,

Dizans très-bien du bien de luy.

Que personne ne leur conteste; 180 II est de prestance modeste,

Ses discours ont de l'ornement.

Il débite agréablement,

Il est sçavant, il est solide,

Succint, agréable et fluide, 185 Bref, tel qu'il faut, pour, à senteur.

Etre Prédicateur de Cour.

Comme de la part du Saint-Pére,

Avril 1664. — Livre XV. Lettre XV.

Ce Prélat que Paris révère A prézent, comme son Pasteur,

190 Et dont je suis fort serviteur, A receu, dés l'autre-semaine, Vers la fin de la Quarantaine, Au gré des Grands et des petits.

Ses Bules, ce dit-on, gratu.

195 Puis allant, plein d'un humble zélé, En porter au Rov la Nouvelle, Il en fit à Sa Majesté Le Serment de fidélité, Ensuite d'une sainte Messe,

200 Dans saint-Germain nôtre Paroisse; Et Monsieur de Chartres, Lundy.

(Je me reprens, ce fut Mardy) Prézens pluzieurs de ses Confrères, Et quantité de bénotts Pérès, E-îjEgiize Le Pallium luy prézenta,

»s Jacobins -^ ^ • 1' Li« •-.

ri^o'utz. Dont chacun le félicita,

s* HoôorI ^^ '*®" ^'^ V^^ Pautre-semaine (J'entens parler de la prochaine; La Messe et Vespres il dira, 210 Et comme Archévesque agira Dans TEglize de Nôtre Dame, Où, sans doute, mainte bonne ame S'en ira, par dévotion, Courir sa Bénédiction, 21 { Dont ce Prélat plein de sagesse, Doit faire alors grande largesse.

JusquMcy, ces Vers, à mon sens.

Ne sont pas trop divertissans, Etant encor prés de la Feste,

220 Je ne puis tirer de ma teste Que des sujets de piété.

Et non de curiozité ; Je vais, donc, encore icy dire Que la Mère de Nôtre Sire,

22$ (Pour qui souvent des vœux je fais) Plus libérale que jamais

L'ait été nule Ame Royale, Ces jours passez fit un Régale (C'est- à-aire un don de sa main)

230 A l'Eglize de Saint Germain, D'omemens Eccléziastiçiues, Si somptueux, si magnifiques, Que je CToj qu'autour des Autels On n'en a jamais vu de tels.

2 3 $ Comme il faut plutôt qu'on admire Ce beau Prèzent que le décrire.

En ce lieu je ne prétens point De figurer de point en point Son exquize manufacture,

240 Ny sa brillante contexture, Et j'assurerai seulement Que pluzieurs Gens m'ont fait serment (Et ces Gens-là n'ëtoient pas yvres) Qu'il coûte deux cens mille livres.

245 II faut dire la vérité, Que cette Auguste Majesté, Qui de rares vertus est pleine.

Est une généreuze Reine, Est une Ame dont la Grandeur

250 Ne peut agir qu'avec splendeur Qu'icy-bas aucune Mortelle N'a fait si bien la Reyne qu'Elle, Qu'Elle peut tous les cœurs charmer, Et qu'on ne sçauroit trop l'aimer.

2 5 5 Plaize au Ciel, plaize aux Destinées, De luy donner longes années.

Car, comme j'ay dit en maints lieux, La France n'en vaudroit que mieux.

Toute Ame, vray'ment bien sensée, 260 Sans doute, aura cette pensée.

Et je croy bien. Madame, aus^.

Que vous en jugerez ainsy.

Le dix-neuf du mois, jourde pluye, Celuy des temps qui plus m'ennuye.

La Muze HiSTORii^UB. — Avril 1664.

LETTRE SEIZIÈME

Du [samedi] vingt-sixième Avril.

CATÉREUZE.

Auparavant que de construire La Lettre que je vais écrire, Je conjure par ce discours L'Illustre Dame de Nemours, 5 Avec tous ceux et toutes celles Oui s'atachent à mes Nouvelles, D^excuzer quantité d'endroits, Qui sembleront, sans doute, froids, Car je n*ay pas Tame embrazée 10 Aujourd'huy d'une flàme aizée,

Sui, pour mon cas mieux débiter, e vienne ardamment agiter; J'ay l'entendement un peu trouble, De belle humeur, pas pour un double:

1 5 Par le moyen de vents-coulis Je suis quazi torticolis.

Ayant la teste douloureuze D^une fluxion catéreuze; Il faut m'aquiter, toutefois, 20 Du tribut qu'au monde je dois, Et c'est ce qu'il faut que je fasse Ensuite de cette Préface.

Quoy que j'en eusse un grand dézir, Samedy, faute de loizir,

25 Je ne pus ranger dans ma Lettre L'Histoire que je vais y métré, Assez extr'ordinaire elle est, Et vous la lirez, s'il vous plaist.

Madirae Une Dame de cette Ville, Bouunger. y^g^éable, sage et civile.

Femme, par mérite et bon-heur.

D'un Magistrat, Homme d'honneur.

Roulant un soir dans son Carosse, Une Troupe avide et féroce

3 5 De Brigands, au cœur inhumain, Ayans le pistolet en main, Le susdit Carosse arëtérent, Renièrent et menacèrent ; Et la Dame, en ce cas urgent,

40 N'ayant point sur elle d'argent.

Ces voleurs, brutaux à merveilles.

Luy prirent ses Pendans-d'oreilies, De deux mille écus de valeur, Et du susdit vol, ou mal- heur,

45 On n'ût, durant quelques semaines.

Aucunes nouvelles certaines :

Mais avant Pasques, quelques jours.

Avec un sincère discours, Un certain Prestre, une bonne ame,

50 Vint trouver la susdite Dame, Et luy dit » Madame, voila » Les beaux Pendans qu'on vous vola, » Ayez en gré de les reprendre, » On m'a cnargé de vous les rendre,

5 5 » Sans exiger de vous nul don, 9 Et l'on vous demande pardon » Du dèplaizir que vous réceûtes, » Desgrandesfrayeursquevous eûtes, » Et des chagrins et des ennuis

60 > Que vous en avez eus depuis.

La Dame sage et bien aprize Intérieurement surprize Du susdit butin raporté, Comme elle a grande charité,

6$ Dit bénignement à ce Prestre :

» Mon cher Monsieur, il pouroit être » Que ce vrayment Homme-de»bien » Qui me renvoyé ainsi mon bien,

> Auroit bezoin de quelque choze; 70 » Et c'est pourquoy je me propoze

» De iuy faire par vous tenir » Q^uelque areent pour luy survenir.

Elle, ensuite ae ces paroles, Luy prézenta quelques pistoles,

7 5 Pour porter au restituteur ; Mais cet honneste Raporteur Dit à cette aimable Personne:

» Madame, vous êtes trop bonne, » Gardez, s'il vous platt, vôtre argent,

80 » Indigent, ou non indigent,

> Ceiuy qui devers-vous m'envoye 1 Pour vous restituer sa proye,

» (Sans décliner îcy le Nom)

Avril 1664. — Livre XV. Lettre XVI.

» Ne demande de vous, sinon

8^ » Que vous fassiez à Dieu prière

» Pour sa conversion entière,

> Qu'il cesse d'être débauché,

> Qu'il abandonne le péché,

> Qu'il suive une meilleure trace ; 90 » Obtenir du Ciel cette grâce

» Est son but unique, aujourd'huy, 3 Madame, priez Dieu pour luy.

Après ce peu de rétorique, Cet nonneste Eccléziastiqne

9$ De la Dame se sépara, Qui cette avanture admira.

Et qu'en un jour de bonne Feste, J'apris d'une fort sage teste, Autrefois, mondain confirmé,

100 Mais, maintenant, si réformé, Si modeste, pieux et sage.

Qu'il ne se peut pas davantage.

Dimanche, de ce mois le vingt, L'Illustre Reine Mère vint

10s (A l'heure de None précize) Oûir la Messe en nôtre Eglize, Et dévotement assista A la première que chanta L'Aboé Félix, tout nouveau Prestre,

iio Mais, certes, très-digne de l'estre, Etant prudent, étant bien nay.

Etant des mieux moriginé, Qui des plus pieux exercices Fait ses ordinaires délices,

ï 1 5 El qu'il cultive avec bon-heur, La sainte Vigne du Seigneur, Puis-que souvent il moralize.

Enseigne, prêche et catéchize.

Agissant comme un vray chrétien

120 Pour nôtre salut et le sien; Bref, cet Abbé plein de sagesse Communia cette Princesse, A cela s'êtant préparé.

Dont il se tint très-honoré ;

12$ J'en puis parler, êtant-là, comme Si j'ûsseêté quelque honneste homme, C'est-à-dire, étant invité Par Billet chez-nous aporté.

\]o De Monsieur, l'Altesse Royale Fit, l'autre-jour, un grand Régale En son agréable Saint-Clou, Séjour ^ay, séjour charmant, où Les trois Majestez se trouvèrent, Collationnérent, soupérent,

I n De mets triez sur le volet.

Eurent Comédie et Balet, Et, bref, des yeux et des oreilles S'y divertissans à merveilles, Admirans les Apartemens 140 Et les rares Ameublemens Dont est richement embellie Cette Maizon plus-que jolie.

Monsieur TArchévesque de Sens, Prélat illustre et de grand sens^

14$ Et doué de prudence exquize, L'autre-jour, consacra l'Eglize (A l'honneur et gloire de Dieu) Des Capucins du susdit lieu, Par des sentiments catholiques

150 Aprouva les saintes Reli(]ues Qu'on aporta, le mesme jour.

De Saint Pierre (prochain Faux-bour) Dans cette Eglize consacrée Qui d'icelles fut honorée,

155 Fit une Prédication Sur cette consécration.

Que les seuls doctes écoutèrent, Que les seuls doctes admirèrent, Car c'êtoit en langage fin,

160 Et du plus pur et Deau Latin.

Après que la Cérémonie Fut solennellement finie, Selon un mémoire que j'ay.

Il régala tout son Clergé

165 (Et pareillement les bons Pères) capucins Avec de somptûeuzes chères :

Car cet Archévesque excélent.

Outre qu'il est très-opulent, Parmy les vertus qu'il pratique,

170 A toujours été magnifique.

Pluzieurs de nos jeunes Guerriers Convoiteux d'immortels lauriers, (La pluspart passant par la Brie) Sont partis d'icy pour Hongrie,

17$ S'en allant, volontairement.

Incorporer dans l'Armement Que nôtre incomparable Sire Envoyé au secours de l'Empire.

Quoy qu'un peu lent et paresseux,

1 80 Si je connoissois tous iceux J'en ferois un long répertoire.

Que j'écrirois dans mon Histoire:

Mais ignorant, de la plus-part.

Les qualitez et le départ,

185 Je doy les passer sous silence, (Dont je fais, pourtant, conscience) J'en sçay seulement quelques-uns,

Grand M« de la

Garderobe du Roy.

La Muzb HISTORIQ.UB. — May 1664.

Mr le Comte d'Auvergne.

Grand

Oiambellan de France

Qui ne sont pas des Gens communs :

Quitry, dont la valeur insigne Irun étemel renom est digne.

Le jeune et Brave Vileroy, Toujours si bien auprès au Roy.

Les Fils du Duc de L'Ëdiguiéres, Enclins aux fonctions guerrières, Quoy qu'aucun d'eux, n'ait, ce dit-on, Un seul poil de barbe au menton.

Le Duc ae Bouillon et son Frère, Qui sont tels qu'on les considère Par la sublimité du Rang, Par la noblesse de leur Sans, Et pour leurs beaux titres d Altesses, Qui quitent de grandes richesses ; Daine, sur- tout, qui chez le Roy Possède un glorieux Employ, Est Epoux (Tune aimable Femme, Qui l'aime de toute son ame :

Mais dans un noble instinc qu'il a.

Il préfère à tous ces biens-là Les rudes travaux de la guerre, Pour essayer d'avoir sur terre, Par mainte et brillante action, La mesme réputation Qu'ont,en servant les Rois nos Maîtres, Aquis ses glorieux Ancêtres.

Enfin, quantité sont partis

Par&itement bien assortis D'armes, de chevaux, d'équipage, Et, sur-tout, d'un ardant courage.

Je souhaite à ces Généreux, 220 Chaque jour des succez heureux, Et des progrez d'une vaillance Digne d'eux, digne de la France.

Le Cardinal Maldachinj,

Voyant précizément finj 225 Le temps qu'il devoit être en France,

Pour laquelle il a bienveillance,

Après ses honnêtes adieux

Dans le Louvre et maintsautreslieux,

Soit qu'il morde, ou non, à la grape, 2}o S'en est retourné vers le Pape,

Partant Jeudy, pour cet èfe^

De Paris assez satisfait.

Princesse, le fâcheux caterre Qui me livre à prézent la ^erre, 2) j Ma fait, étant trop inhumam.

Tomber la plume de la main.

Mais, pourtant, je l'y vais remettre Seulement pour dater ma Lettre.

Le vingt-six d'Avril, par malheur, 240 Sentant au cou grande douleur.

LETTRE DIX-SEPTIÉME

Du [samedi] troisième May.

BATIZâE.

Dire, d'abord, je suis malade, Tel commencement seroit fade.

Dire qu'on m'a saigné, drogué, Ce discours ne seroit pas gay; j Sans, donc, qu'en ce lieu rien je die De santé, ny de maladie.

Et sans pousser le compliment.

Je vais. Madame, en ce moment, Nouvellizer pour Vôtre Altesse, 10 De tous mes Vers l'unique adresse.

Ce Prince d'immortel renom, Dont Louis Quatorze est le Nom, Ce Grand Patron de nôtre Barque,

Cet incomparable Monarque, 1 5 Sur tant de Peuples dominant. Et qui, sans doute, maintenant A bien plus d'un soin dans la teste.

Fut, en Cortège moult honneste, Mardy dernier au Parlement, 20 Pour y faire maint Règlement, Par sa prèzence et sa prudence.

Sur des chozes de conséquence, Que j'obmets dans ce mien Travail, Car je n'en sçay pas le détail.

2 j Monsieur,qui n'estpasdecesPrinces Dont les Grandeurs sont assez minces.

Mais Frère d'un Grand Potentat,

May 1664. — Livre XV. Lettre XVII.

Et le Tiers Prince de l'Etat, Avec une Suite fort belle,

30 Fut dans la Chambre qu'on apelle Chambre des Comptes, auquel lieu, Honoré comme un demy-Dieu, Avec une grâce infinie, Il harangua la Compagnie,

)j Déclarant de Sa Majesté Les ordres et la volonté Sur pluzieurs chozes nécessaires Touchant les publiques afaires :

Bref, par son rare entendement,

40 II s'aquita trés-dignement De cette Action d'importance, Rézervée aux seuls Fils de France.

Monsieur le Prince, en mesme jour, Futdans cette autre Chambre, ou Cour,

4f Que la Cour des Aydes Ton nomme, Où ce Héros, où ce Grand Homme, Leur ezpoza, de bonne-foy, Pluzieurs intentions du Roy, Qu'avec respec ils écoutèrent,

)0 Aprouvérent, vérifièrent.

Ce que c'étoit, je n'en s^y rien ; Mais sur ce sujet, je croy bien

Sue du Roy les Maîtres Libraires, est, Imprimeurs ordinaires, j$ Dansquelque-temps,soitt6t,soittard, Aux curieux en feront part.

^Mcfe"* Mardy dernier, le Roy, la Reine, Fut le Parain, fut la Maraine, Par un assez obligeant soin, 60 Du propre Fils de Monsieur Bloin ; Et c'est une évidente marque Qu'il n'est pas hay du Monarque, Car chacun n'a pas le bon-heur D'être digne d'un tel honneur.

65 Ces deuxGrandesMajestez,mesmes, Confites en bontez extresmes, Jeudy dernier, à jour préfis, Tindrent, pareillement, le Fils De cette Dame aimable et sage

70 Prézentement dans le veuvage Par l'arét des cruels destins, Sçavoir^ Madame de Vervins.

De Contv, la Belle Princesse Après une neureuze grossesse, 7$ Ayant, mesmement, tout-de-bon, Acouché d'un petit Bourbon, Cet Enfant, encore assez mince.

Eut pour Parain Monsieur le Prince,

D'iceluy, l'Oncle Paternel, 80 Digne aun renom étemel ;

Et Madame de Longueville,

Dont la belle ame est un azile.

De piété, vertu, douceur.

Du susdit Grand Prince la Sœur, 85 Sœur trés-illustre. Sœur trés-chére,

En fut volontiers la Commère,

Etant crande la liaizon

Dans r une et l'autre Maizon.

Autre nouveau Bâtesme, encore ; 90 Lundy dernier, un jeune More

Bien instruit, bien catèchizè.

Fut publiquement bàtizè,

Par un sort, pour luy bien propice.

Dans l'Eglize de Saint Sulpice :

95 Cela se fit avec éclat.

Monsieur d'Acqs, illustre Prélat,

Oficiant, illec, luy-mesme,

Luy conSféra le saint Bâtesme,

Ayant auparavant été 100 (Comme déjà je l'ay noté)

Instruit par de Révérens Pères, Çjjf JJu*"

Pauvres, mais dévots et sincères, s ^Germain!

Rècolets, de profession,

Et d'Iriandoize Nation, 10^ Qui par une doctrine habile

Catéchizent dans cette Ville,

Sous la protection du Roy,

Quantité d'Errans en la Foy,

Etans icy Missionnaires 1 10 Pour les Etrangers Insulaires,

Dont pluzieurs, tant ^ands, que petits.

Ont été déjà convertis.

Le Parain fut un notable Homme,

Qui Monsieur Barallon se nomme,

1 1 j (Son nom étant ainsi conceu

Dans un billet que j'ay receu) Et lequel noble Personnage, Comme Magistrat aussi sage Qu'il en soit dessous le Soleil, 120 Est Conseiller au Grand-Conseil.

La Maraine, fut cette Belle Qui contient tant d'apas en elle, La Marquize de Montespan, Le merveilleux modelle, ou plan,

1 2 5 D'un extrêmement beau vizage.

D'une Dame charmante et sage, Où les Grâces font leur séjour.

Que, depuis quelque temps, la Cour Met au nombre de ses Miracles, I )o Et qui de ses Bals et spectacles, Est, par ses divins agrémens,

La Muze historique. — May 1664.

Un des plus parfaits Ornemens.

On vid à ta cérémonie Une nombreuze Compagnie

1 3 5 De diverses autres Beautez, Et Gens de toutes qualitez; Bref, pour honorer davantage Cette Action, ce saint Ouvrage, Et rendre encore plus contans

140 Tant d'honorables Assistans, L'Abbé Bossuët, cet oracle, Ce sçavant, qui prêche à miracle.

Comme il est bon et vertueux, Y fit un Sermon fructueux,

145 Et digne de la rénommée Qui de luy par tout est semée.

Le Sous-Doyen du Parlement, Homme de grand entendement, (Dont la mort bien des Gens aflige) I jo Assavoir Monsieur de Lartige, Du monde étant débarrassé, Est, depuis fort feu trépassé, Soit de fièvre, soit de caterre.

Et l'on le met, demain, en terre.

I ) $ Monsieur l'Abbé de Montgaillard, (Je ne sçay si jeune, ou vieillard) Dont l'Ame est, dit-on, sage et bonne.

Et l'un des Docteurs de Sorbonne, Est, par don de sa Majesté,

160 Pourvu d'une Episcopauté, Digne d'une fort belle Mitre, Et dont Saint-Pons est le beau Titre, Dans le Pays du Languedoc :

Ce Prélat est de noble Estoc,

165 II a mérite, il a naissance.

Et de l'esprit en abondance; Chacun, tel bien luy souhoitoit^ Et n'a que ce qu'il méritoit.

Par autre don du mesme Prince, 170 Et (ce croy-je) en mesme Province, Monsieur Tubeuf, docte et prudent.

Propre Frère du Prézident, Nay sous de favorables Astres, Est nommé pour celle de Castres, 17) Ayant par sa capacité

Ce beau Prézent bien mérité.

De plus ayant un sage Frère, Qui sert des mieux la Reine-Mére.

Comme tout ce qu'icy j'écris 180 Ne sont que chozes de Paris, Courons un petit la Campagne,

Mais seulement en Alemagne, Où, nonobstant la fluxion Par qui je soufre passion, 185 Je vais, pour dernière ressource, Faire quelque petite cource.

On n'y parle, de tous cotez.

Que des Armemens aprétez Par quantité de Rois et Princes,

190 Etats, Communautez, Provinces, Contre le Grand-Turc, ou Sultan, C^ue l'on craignoit plus que Satan, Mais Qu'à prézent peu l'on redoute.

Considéré mainte déroute

195 De ses grands Convois et Partis, Qui sont souvent anéantis :

Bref,lesbruitsquide-lànous viennent. Et qui d'iceux nous entretiennent.

Par Couriers de de-là le Rhin,

aoo Dizent bien que le preux Serin Les bat, les défait, (es harcelle:

Mais on n'a ny vent, ny nouvelle, Que les Turcs prennent, aujourd'huy, Aucune révancne de luy.

ao5 Touchant Pologne et Moscovie, Qui de combatre ont grande envie, Ce qu'on dit d'une et d'autre-part.

Ne sont que des bruits de hazard, Qui sont (soit faux, ou véritables)

a 10 Si mal-fondez, si dissemblables.

Que l'on ne scauroit qu'en penser, Ny que prendre, ny que laisser.

Atendons dans quelques semaines.

Des nouvelles, donc, plus certaines,

215 D'exploits, ou combats hazardeux.

Pour discourir des Turcs, ou d'eux.

Jeudy, nôtre Cour éclatante.

Toujours belle, toujours charmante, Partit, pour entre chien-et-Iou,

220 Ariver, dit-on, à Saint-Clou,

Maizon qui, sans mentir, est telle, Qu'on peut dire qu'elle est fort belle; Puis, Lundy, l'on en partira.

Et dans Versailles on ira,

225 Autre Maizon brillante et rare,

Etqu'aux plus beaux lieux on compare, Où, durant ces jours de Printemps, On doit si bien passer le temps, Que les délices tant prizées

2)0 Des précieux Champs-Elyzées, L'imaginaire Paradis Des Poètes du temps jadis.

May 1664. — Livre XV. Lettre XVIII.

N'ètoient que pures bagatelles Auprès de cent chozes rort belles,

235 Qu au susdit Versaille verront Les heureux qui s'y trouveront :

Mais, las ! nôtre Muze de baie N'aura point part à ce Régale ; Car pour, illec, me transporter,

240 Pour j séjourner et glter,

A moins que coucher sur la dure, Je n'ay chambre, lit, ny voiture.

Et mon âge ne permet pas, Que je fasse à pié tant de pas,

245 Ny de dormir dessus des selles.

Sur des bancs, ou sur des bancelles.

Malgré la douleur de mon chef.

Qui n'est pas un ptiix méchef.

Et dont à bon droit je me fâche, 2 jo O Princesse, j'ay fait ma tâche.

Priant Dieu pour Vous instamment, De vous garder d'un tel tourment.

Fait le tiers jour du mois de Flore, Par moy Chrétien, et non pas More.

LETTRE DIX-HUITIÉME

Du [samedi] dixième May.

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