‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 47 sur 84 · IMMANQUABLE · texte numérisé non relu

IMMANQUABLE

Durant que la plus belle Cour Qu'ait jamais éclairé le jour, Se divertit et se goberge Dans Versaille, Royale Auberge,

5 Dézespéré, confus, chagrin, Je ro'arache, presque, le crin.

Tant j'ay de déplaizirextresme De n'être pas, illec, moy-mesme :

Mais, nonobstant l'emportement

10 Qui m'aeite prézentement,

Di^e Objet de vœux et d'hommages, Pnncesse, honneur de mes ouvrages.

Je m'en vais essayer, pourtant.

De vous satisfaire comptant,

i^ Touchant le Tribut immanquable.

Dont je suis vôtre redevable.

L'ancien Evesque Du Puy, Et qui Test d'Evreux, aujourd'huy, Mérr. Ou qui, dans fort peu, le doit être, 20 Par octroy du Roy nôtre Maître, Prélat qui vaut son pézant d'or, y^ Fit, l'autre-iour, dans Saint Victor, s." En belle et bonne Compagnie,

La célèbre cérémonie 25 De bénir Monsieur du Fresnoy, Qui n'est pas trop connu de moy, Mais qu'on m'a ait être fort sage.

Et, ceruinement. Personnage Orné de talens singuliers.

)o Et trés-digne Abbé de Jouïlliers, Ayant, mesme, une autre épitette, Sçavoir, Prieur de la Villette ; Lequel futur Prélat d'Evreux (Que Dieu garde d'être fiévreux)

3 5 Avoit pour Assistans notables Deux Abbez fort considérables.

Assavoir l'Abbé d'Abecourt, Dont par>tout un bon renom court.

L'autre est Abbé de la Luceme,

40 Que la mesme vertu gouverne, Tous-deux (je croy) Crossez, Mitrez, Et de l'Ordre des Prémontrez.

La Bénédiction autentique De ce prude Ecdéziastique

45 Se fit (à dire vérité) Avec grande solennité.

Et pluzieurs Gens de conséquence L'honorèrent de leur prèzence:

Bref, ladite illustre Action,

50 Qui dans nôtre Relation Est assez simplement déduite.

Se fit, dit-on, par la conduite D'un honorable Homme-de-bien, Qui fit que tout alla fort bien,

5 5 Homme orné d'une assez belle ame.

Bénéficier dans Nôtre-Dame, Digne d'Epigramme, ou Sonnet, Et qu'on nomme Monsieur Sonet.

La Muze historique. — May 1664.

Selon la teneur et substance

60 De pluzieurs Lettres d'importance, Monsieur de Coligny, guerrier, Assez convoiteux du laurier.

Et qu'on a fait par sa vaillance Général des Troupes de France,

65 Lesquelles vont de par le Roy Pour guerroyer, de oonne-foy, Contre les Turcs et les Tartares, Qui poussez de desseins barbares, Veulent, avec hostilité,

70 Faire insulte à la Chrétienté :

Ce brave Coligny (vous dis-je) Qui de valeur est un prodige, Est, enfin, arivé dans Mets, Où l'on voit filer dézormais

7j Pluzieurs François Auxiliaires, Tant enrôliez, que volontaires, Et comme ils sont pleins de vigueur.

Et que pour bien payer de cœur Ils ont des ardeurs sans-pareilles,

80 On espère d'eux des merveilles.

Serin, ce Brave Belliqueur, A, dit-on, bloqué de grand cœur, Caniza, Ville et Forteresse Apartenant à Sa Hautesse:

8f Selon le bruit universel

Elle est autant que Newhauzel Pour son assiette inexpugnable, Importante et considérable ; Et si ce généreux Seigneur

90 En peut venir à son honneur, Et qu'elle soit par luy conquize, L'Aigle, par cette heureuze prize, (Qui seroit un fait ravissant) Auroit barre sur le Croissant.

95 Les grandes Forces de l'Empire^ A qui tout bon-heur je dézire, Ont rendez-vous dans Altembour, De ce mois le quinzième jour.

Lequel écheoit (choze certaine)

100 Le Jeudy de l'autre-semaine :

Ainsi, dans quel(}ue temps apré^ On poura sçavoir les progrés.

L'avantage, ou la décadance.

De l'une, ou de l'autre Puissance,

105 Qui vont être dans peu de jours L?entrctien de toutes les Cours; Et, mesmement, les exercites Des Polonois et Moscovites, Dont les Etats envenimez

1 10 Sont l'un contre l'autre animez:

Car pour Lisbone et pour l'Espagne, On croid que dans cette Campagne Il ne se feront pas grand mal.

Et l'on dit que le Portugal

115 N'a d'autre but, quoy qu'il arive, Que d'être sur la défensive; Et l'on s'imagine cela Que peut-être dans ce temps-là^ Ou, paravant que l'an s'acnéve»

120 Ils feront la Paix, ou la Trêve; Tel cas se pouroit espérer, Mais je n'en voudrois pas jurer.

D'Angleterre les Fanatiques Font souvent de sourdes pratiques

1 2 5 Pour tâcher de brouiller l'Etat, Mais on n'en fait pas grand état Dautant qu'un si bon ordre on donne Pour réprimer l'humeur félonne De ces nouriçons de discords, Qu'ils sont méchans,mais non pas forts.

1 3 Foy de Catholique et bon Homme, Je n'ay rien à dire de Rome, Sinon qu'on tient, pour assuré, Que le Légat a latere^

I ) 5 Dont la Suite sera très-belle.

N'est pas encor party d'icelle.

Le grand équipage qu'il fait N'étant pas ny fait, ny parfait.

Autre nouvelle de Venize 140 Ne sera dans ma Lettre mize, Sinon qu'illec on n'obmet rien Pour se défendre en Gens-de-bien, En cas que l'Averse-partie Veuille entrer dans la Dalmatie.

145 De nouvelles je suis à sec.

Cela me clos quazi le bec :

Car de la feste de Versaille Je ne puis rien dire qui vaille.

Malgré les douleurs de mon col,

1 50 Dont j'êtois quazi pis que fol.

Je me mis en quelque équipage.

Je pris un cheval de louage, Et fis un dessein courageux De voir ses pompes et ses jeux:

1 5 5 Mais, de ce oeau Château, l'entrée Ne fut point par moy pénétrée; Dés la première, ou basse Court, Un Suisse m'arêta tout court.

Humble, je fis le pié derrière, I 160 Mais il me dit à sa manière^

May 1664. — Livre XV. Lettre XVIII.

D'un ton qui n'ëtoit pas trop doux, 3 0, Par-mon-foy, point n'entre fous; Si bien qu'avec plus de trois mille^ Tant des champs, quede cette ville,

16; Qui furent (non pas sans émoy) Rebutez aussi bien que moy, De loin, la Maizon regardâmes, Et soudain nous rétrogradâmes, Grinçant cent et cent rois les dents

170 De n avoir pas entré dedans.

Enfin, tant d'admirables chozes Etans pour moy des Lettres clozes, Qui voudroit (en ma place) ozer Prendre aucun soucy d'en jazer?

175 Mais, toutefois, veuille, ou non veuille, Puis-qu'il faut remplir nôtre feuille, Je vais sur le raport d'autruy En dire deux mots aujourd'nuy ; Et sans, pourtant, observer d'ordre,

180 Dût-on sur moy dauber, ou mordre, Mais rien que généralement.

Ne pouvant pas faire autrement.

La première des trois journées A cette Feste destinées,

185 (Le propre jour, en vérité, Où moy, pauvret, fus rebuté) Dans un lieu plus étroit que vague, Se firent des Courses de Bague, Avec des habits fort galans,

190 D'argent, de soye et d'or, brilians.

Dont le Brave et beau La-Valliére, Par son adresse singulière, Devant plus de deux cens beaux yeux.

Emporta le Prix glorieux,

19J De valeur extraordinère,

Qu'il receut de la Reine-Mére. ^ Vraiment I trop heureux Humain !

D'avoir d'une si oelle main, Si blanche, et mesmes si Royale,

200 Obtenu ce riche Régale, Assavoir Epée et Baudrier, Propres pour un jeune Guerrier.

Illec, les quatre Ages parurent, Qui, de tous, trés-admirez furent,

205 Et les quatre Saizons aussi.

Non pas, certes, cossi, cossi, Mais dans une admirable Place, Avec tant d'art et tant de grâce.

Tant de pompe et tant de beauté,

210 Que l'on croyoit être enchanté :

Mais entre tant de raresxhozes.

Le Printemps avéques ses rozes, Avec ses œillets et ses lis. Qui sembloieiit fraîchement cueillis.

2 1 5 Son vizage et sa riche taille,

Charmèrent, dit-on, tout Versaille.

Puis, le soir, on fit un Repas Si plein de superbes apas, Qu on n'a, dans pas-un siècle antique,

220 Rien vu qui fiit si magnifique:

Car, enfin, on n'a jamais sceu, Ny dans nul Autheur aperceu Que sans miracles, ou maries, On ait vu deux mille bougies Eclairer, par profuzion, Une seule Cotation.

Le second jour, la Comédie, Par le sieur de Molière ourdie, Où l'on remarqua pleinement

230 Grand esprit et grand agrément, (Cet Autheur ayant vent en poupe) Ocupa, tant luy que sa Troupe, Avec de célestes Récits A toucher les plus endurcis,

2 ) 5 Animez des douceurs divines De deux rares voix féminines, Qui sont (comme j'ay dit un jour) Les Rossignoles de la Cour, Que personne ne contrecarre,

240 Assavoir l'Hilaire et la Barre.

Le troiziéme jour, aux flambeaux, Un grand Balet, et des plus beaux, Dont étoit, en propre Personne, Nôtre digne Porte-Couronne,

245 Avec maint Prince et Grand Seigneur, Et d'autres Gens, qui, par honneur.

Comme ëtans Personnes de marque.

Sont dans les plaizirs du Monarque, Fut admirablement dansé;

2J0 Et quand ce plaizir fut passé.

On finit toutes ces délices Par des Feux, par des artifices Allumez sur de claires eaux, Si radieux et si nouveaux,

2 5 5 Que si les bruits sont véritables On n'en vid jamais de semblables.

Enfin, tant de ravissemens.

Tant de pompeux contentemens.

Courses de Bague, magnifiques,

260 Carouzels, spectacles comiques, Mille feux brilians dans les airs.

Tant de Festins, tant de Concerts, Et, dans des Marches rayonnantes, Tant de Machines surprenantes,

26$ Bref, tant d'aprèts délicieux, Avoient pour titre spécieux Les Plaizirs de l'isle enchantée, Que l'Arioste a tant chantée,

La Muze historiq^ub. — May 1664.

Où quantité de Paladins,

ayo Des plus Preux, et des moins gredins, (Sans alors se soucier d'armes) D'Alcine idolàtroient les charmes; Et c'étoit-là le fondement De ce grand Divertissement,

275 Dont ce cju'icy je vien d'écrire Est, quazi, comme n'en rien dire, N'ayant qu'en termes mal conceus Passé légèrement dessus,

Par un défaut de connoissance, 280 D'Amis et de corespondance,

Dont je n'ay pas trop, Dieu-mercy ; Et je finis ma Lettre ainsy, Souhaitant bon-soir à l'Altesse Dont si belle et blonde est la tresse.

285 Le Dix de May, Mois le plus doux, El le plus verdoyant de tous.

LETTRE DIX-NEUFIÉME

Du [samedi] dix-septiéme May.

AVERTISSANTE.

Ha que j'ay de peine à me mettre A faire aujourd'huy nôtre Lettre!

Hà Princesse, aue j'ay de peur (Si mon préjugé n'est trompeur) 5 Q^ue loin de vous rendre contente, Et de répondre à vôtre atente, Qu'elle n'aye rien d'assez doux Pour la Cour, ny mesmes pour Vous.

Ma Veine n'est pas bien ouverte,

10 Elle n'est peu, ny point dizerte; Et j'ay, par un fatal revers, Plus de oeine à faire deux Vers, Que je n ay, dans d'autres semaines.

Pour en compozer deux douzaines.

1 5 Oûav, que veut donc dire cela?

Quel caprice étrange est-ce là?

D'où vient que j'ay l'esprit si beste?

Toutefois, en gratant ma teste, Je suis à ce point arivé

20 Que mon Prélude est achevé.

Mais je conjure ceux et celles Qui, dans les suivantes Nouvelles Auront quelque intérêt, ou part, D'avoir quelque petit égara 25 A cette humeur toute de glace Que j'alé^e dans ma Préface, Car je puis dire, en vérité.

Que c'est avec sincérité.

Quand je pariay, vaille-que-vaille, )0 L'autre-jour, un peu de Versaille,

Faute d'avis, faute d'amis.

Dans nôtre Lettre en Vers j'obmis Une choze assez de remarque; Assavoir que nôtre Monarque,

j 5 Qui d'adresse, en pluzieurs façons, Pouroit faire à tous des leçons.

Etant nay pour bien des conquestes, Obtint en la Course des Testes Le trés-riche Prix destiné

40 Pour le bras le plus fortuné:

Mais par une bonté Royale, Que 1 on peut nommer sans égale.

Ce Prix qu'il avoit mérité.

Par luy ne fut point accepté;

45 *Et ce Roy que chacun honore. Voulant qu'on recourût encore.

Monseigneur le Duc de Coàlin, D'un trés-noble Père, orfelin, Et qui, d'esprit et de courage,

50 Possède le doux avantage.

Si bien courut, et disputa.

Qu'en fin finale il l'emporta; Lequel Prix étoit (que je pense) Un Diamant de conséquence,

5 5 Valant des Louis maints et maints, Et donné par d'illustres mains. <> ^^1^

Comme ma Muze a grande estime Pour iceluv Duc magnanime, J'aurois plutôt parlé de luy,

60 Mais je n'ay sceu, que d'aujourd'huy.

Cette précieuze victoire.

Dont il aquit bien de la gloire.

May 1664. — Livre XV. Lettre XIX.

jce.

Mercredy, lors qu'à Saint-Denis, (Où furent Gens presque infinis)

65 Comme on a coutume de faire, On céiébroit l'Anniversaire De feu Louis Treize du Nom, Roy (comme onsçait)desrand renom, Pour sa justice et sa vaillance,

70 Et qui fit prézent à la France, De deux admirables Enfans, Dans nos cœurs toujours trionfans, Dont Tun, sur les François domine.

Brave, bien-fait, de bonne mine,

75 Aux grandes chozes adonné; Et l'autre, assavoir son Puîné, Est le Cadet le plus aimable Qui soit sur la Terre habitable.

Durant, donc, iceluy jour-là,

80 L'Auguste Reine-Mére alla ^'- Dans le plus beau des Monastères, Ordonner aussi des prières.

Pour rendre Dieu propice et doux Audit défunt Roy son Epous:

85 Ensuite, avec des cœurs sincères, Elle receut l'adieu des Mères Epouzes de Nôtre- Seigneur, Qui, de six mois, n'auront l'honneur De revoir cette Grande Reine:

90 Car, depuis, elle a pris la peine D'aller avec toute la Cour Habiter ce pompeux séjour Dont la Rézidence est si belle.

Et qui Fontainebleau s'apelle.

95 J'ay sceu d'un excélent Auteur, Que Monsieur d'Arqué, Sénateur, Du Parlement de Rotomage, Que l'on tient être prude et sage, Et, mesroement, docte et sçavant,

100 Ayant professé, cy-devant,

(Non pas sans quelque sindérèze) La Foy de Calvin et de Béze, Par divine inspiration.

En a fait abjuration

105 Depuis des jours environ douze, Et Madame, aussi, son Epouze, Tous deux instruits sufizamment.

Et tous leurs Enfans, mesmement:

Laquelle Action autentique,

110 Autant que sainte et catholique, Se fit avec assez d'éclat, M . vche- Entre les mains de leur Prélat ^ H^u?a. (Des plus fameux qui soient en France) bans Gaillon, Maizon de plaizance,

1 1 5 Et l'un des séjours plus cnarmans.

Qui soient dans les Climats Normans ; Lequel Prélat, remply de zèle, Prèzenta ce nouveau Fidelle, Dans Versaille, au Roy, l'autre-jour, 120 Où, lors, ètoit toute la Cour:

Lequel Roy montra grande joye De le voir dans la bonne voye, Luy promit sa protection, Aveques protestation

1 2 5 D'en donner des preuves puissantes

Dans les occazions naissantes, Luy dizant (mesmes) sçavoir bien Qu il ôtoit fort Homme-de-bien, Qu'il étoit prudent et capable, I ;o Juge et Magistrat équitable, Et que pour le Party Royal Il fût toujours droit et loyal ; Lesquels mots de ce Grand Monarque, Charmèrent fort ledit Sieur d'Arqué.

1 3 5 Quand il eut vu Sa Majesté,

La Reine- Mère eut la bonté De voir le susdit Personnage, Qu'Elle receut d'un bon vizage; Et Monsieur d'Orléans, aussy,

1 40 Eut un mesme et pareil soucy :

Auquel un Réligionnaire, Qui n'est pas un Homme vulgaire, Dit » Il faut ûue ce Converty » Dèzertant ae nôtre Party,

145 » Ait eu mainte raizon expresse V De quiter Marot pour la Messe :

» Car, enfin, je suis assuré > Qu'il étoit fort considéré 1 Pour la valeur de sa Personne

150 i> Des Eglizes qu'il abandonne.

A peu prés, voila ce qu'il dit; Et j'ay sceu au'on luy répondit Que le favoraole langage Qu'il tenoit de ce Personnage,

1 5 5 Venant de luy, valoit, du moins, Deux douzaines d'autres témoins.

Après cecy, fatit que je die Qu'on m'a mandé de Picardie, Que VEpiscopus de Noyon,

160 Le vray modelle, ou le cra^ron D'un Prélat remply de mérites.

Et continuant ses vizites.

Pour, de propos chrétiens et saints, Instruire ses Diocézains

165 Touchant les points plus salutéres De nos adoraoles Mystères, Fut avec joye et grand'amour, Receu dans Chauny, l'autre-jour,

La Muzë HiSTORiq.UE. — May 1664.

Où tous les Corps d'icelle Ville,

170 Avec mainte Harangue habille Et des discours judicieux, Le complimentèrent des mieux:

Il déploya son éloquence Devant une grande aflûence

175 De Gens venus des environs,

Tant Manans, Bourgeois, que Barons, Et de ses mains Episcopales, Avec des ferveurs sans égales.

Il en confirma quantité

180 Qui ne l'avoient jamais été :

Enfin, il prêche, il catéchize, Il s'adonne tout à TEglize, Vaauant souvent à Toraizon; Et l'on luy donne, avec raizon,

185 L'un et l'autre titre honorable.

D'éloquent et d'infatigable.

Mes chers Lecteurs, grands et petits, Soyez, s'il .vous plaît, avertis Comme d'une choze certaine,

190 De la Grossesse de la Reine, Qui dans cet an, et vers la fin.

Doit donner à son cher Daufin Une Sœur, ou, possible, un Frère :

Je souhaite d'un cœur sincère,

195 Quand arivera ce moment.

Qu'elle en acouche heureuzement.

Un nommé Monsieur de la Vauve, Noble Breton, ou Diou-me-sauve, Fut, l'autre^jour, à peu de bruit,

aoo Qu'il étoit dix heures de nuit, Ataqué par trois drôles d'hommes.

Qui ne luy trouvant nules sommes.

Bijoux, diamans, ny rubis.

Se saizirent de ses nabits,

20 j Et l'ayant mis nud en chemize.

Par raillerie, ou eaillardize.

L'escortèrent civilement.

Jusqu'à l'huis de son logement.

Près de ce Pal&is admirable,

210 (Jusqu'à cette heure, incomparable) Nommé le Palais d'Orléans, Et quand il fut entré léans,

Ces trois Messieurs se retirèrent; Mais sur leurs pas ils retournèrent, 2 1 5 Et heurtans avec le marteau.

Rendirent pourpoint et manteau.

Chapeau, cordon, chausses, jartiére, A Madame sa Chambrière, Luy donnant un billet en main, 220 Qui dizoit > (^ue le lendemain, > Aux Cordeliers, et sans remize.

Et sans minuter de surprize, Son Maître portât à tous trois Trente Loûis-d'or et de poids.

Que l'un d 'eux prendroit en cachette.

Et les mètroit dans sa pochette, A c6tè droit du bènoltier, Ou,qu'autrement,pointdeqttartier.

Ledit Monsieur n'y manqua mie, 2}o Y fut deux heures et demie, Et nul d'iceux ne vint, pourtant. Prendre ledit argent comptant.

Le jour suivant, autre message.

Portant, à peu prés, ce langage, 2)5 Que d'un pas vite et diligent On leur portât ledit argent.

Sans bruit, sans escorte et sans armes, Entre les Chartreux et les Cannes.

La Vauve, assez prompt et soumis, 240 Avec douze de ses amis,

Au rendez-vous se transportèrent, Mais personne n'y rencontrèrent, Et ce Gentilhomme Breton Atend un tiers Billet, dit-on.

C'est une charmante personne Qui l'avis de cecy me dfonne.

En termes cent fois plus jolis Que ces Vers, Lecteur, que tu lis :

Mais si j'ay compris son mémoire.

C'est ainsi que nnit l'histoire.

que

Princesse, digne de bon-heur.

J'espère bien avoir l'honneur D'aller dans vôtre Rézidence Vous faire, en bref, la révérence.

2 5 $ Le dix-sept May, jour pluvieux.

Dont les Champs s'en trouveront mieux.

May 1664. -— Livre XV. Lettre XX.

LETTRE VINGTIÈME

Du [samedi] vingt-quatrième May.

Page 1