‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 48 sur 84 · GÊNÉE · texte numérisé non relu

GÊNÉE

J'ay ce sort assez inhumain, Que quand je prens la plume en main Pour écrire une Lettre en Rime, A l'Altesse que tant j'estime, Loin d'avoir un instmc plaizant,

Mon entendement est géné^ 10 Confus, languissant, étonné; Ce que j'ay d'esprit s'évapore, Et je SUIS, lors, pis que pécore; Cela ne me manque jamais, J'en ateste tous les Dieux, mais iS Quand je voy que le temps me presse, Malgré mon froid et ma paresse.

Je sens mon cerveau s'échaufer, Je commence à philozofer.

Je m'excite, je m'encourage, 20 Et j'achève, enfin, mon Ouvrage:

Dieu vuêille qu'il en soit ainsy, O Chers Lecteurs! decetuy-cy.

Monsieur Joly, ce saint Oracle, Qui fait des Sermons à miracle,

25 Rt l'un d'entre tous nos Prêcheurs Qui touche le mieux les pécheurs, (Comme le Roy, nôtre cher Maître, Sçait les grands Hommes reconnaître) A, pour avoir si bien presché,

;o Pr&entement un Evesché, Sçavoir Agen sur la Garonne, Que libéralement luy donne (A son mérite ayant égard) Ledit Roy, que Dieu sauve et gard.

] ) Quantité de bonnes Ames !

Courtizans et Grandes Dames !

Peuple de Saint Nicolas !

Qui, dit-on, n'étiez jamais las Irécottter la sage éloquence

40 De ce Curé de conséquence, Que vous perdes un Trézor

Cent fois plus précieux que l'or!

Paris, que ce Diocéze Dont il ocupera la Chaize,

4j Doit estimer un tel Scavant I Et qu'il va bien, d'or en-avant.

Possédant ce grand Personnage, Profiter de vôtre dommage !

Touchant le précédent discours,

50 Depuis environ douze jours, Je sçavois cette circonstance.

Mais par une pure oubliance, A quoy je suis un peu sujet, Je ne traitay point ce sujet.

{ { Madame de Nemours-Vendôme, Qui tenoit dans nôtre Royaume, Par la Noblesse de son Sang, Entre les Dames un haut rang, Depuis six jours est trépassée,

60 Et de son corps débarassée, Par un éfet contagieux De ce mal qu'on craint en tous lieux ; Qu'on nomme petite-Vérole, Pire cent fois que la Rougeole.

Nulle de sa condition N'avoit tant de dévotion, N'étoit plus prude, plus pieuze.

Plus sage, ny plus vertûeuze; Ce qui nous fait croire aizément

70 Qu'elle habite prézentement Du Ciel, la demeure étemelle.

Elle laisse au Monde, après Elle, Deux dignes Fruits de ses amours.

Et de feu Monsieur de Nemours,

7 j Sçavoir un couple de Princesses, Deux Filles, deux jeunes Altesses, Qui tiennent de la main des Dieux Tout ce qui peut charmer les yeux.

Bref, dont les esprits adorables, Rt les grâces incomparables Mériteroient d^être vainqueurs Des plus hauts et 9ubUme$ coeurs,

La Muze historique. — May 1664.

Ciel ! qui les fîtes si belles, Ayez de l'amitié pour Elles,

85 Hà ne les abandonnez pas; Mais, sur tout, gardez leurs apas De ce mal étrange et sévère Dont est morte Teur noble Mère, Mal,^ui pour les plus beaux aspects

90 N'ût jamais d'yeux, ny de respects.

Après un décez si tragique Qui cauze une douleur publique Dans presque toute la Cité, Le défunt Corps fut transporté

95 Aux Filles de Sainte- Mane, Maizon Qu'elle avoit fort chérie, Où, soudain, il fut inhumé.

Et son Cœur, jadis, consumé De fiâmes saintes et divines,

100 Fut porté dans les Capucines.

Ses deux Filles, dont les beautez Sont autant de vives clairtez.

Par ordre de leur-dite Mère, Entreront dans un Monastère

105 Qui leur servira de séjour Jusques au favorable jour Où le Ciel et la Destinée Ordonneront leur Hymenée:

Mais de l'une et de l'autre Sœur,

1 10 Dignes d'un sort plein de douceur.

Pour leurs vertus et pour leurs charmes, Il faut laisser couler les larmes En atendant un autre temps Plus sortable à leur beau printemps.

1 1 5 C'est tout ce que je sçay de France, Et telle est aujourd'huy ma chance.

Que j'ay peu d'avis importans Pour rendre mes Lecteurs contans ; J'ay quelques Billets sur ma table,

1 20 Mais dont la longueur fatigable.

Loin d'éclaircir 1 entendement.

L'obscurcissent entièrement, Et quand de semblables matières (Qui ne sont pas trop gazetières)

125 Se viennent à moy prèzenter, J'av raizon de les rebuter, Plutôt qu'avec de vains langages En remplir toutes mes trois pages.

Je voudrois pouvoir obliger

1 30 Ceux qui m y veulent engager;

Mais les Lecteurs (dont j'aurois honte) N'y trouveroient pas trop leur compte, Et pouroient, de oelle-hauteur, Improuver l'Ouvrage et l'Autheur.

1 } 5 Avec assez de complaizance,

De respect etcondécendance, Envers ceux dont je parle icy, J'ay pris pluzieurs fois le soucy De les insérer et les mettre

140 Avec honneur, dans n6tre Lettre^ Depuis quatre ou cinq mois passez, Qu ils se contentent, c'est assez.

Je laisse, donc, iceux Mémoires, Icelles prolixes Histoires,

145 Comme un trop embarrassant soin, Et je vais parler de plus loin.

Cette Déité messagère, A courir par tout si légère, Dèité d'assez grand renom,

1 30 Dont la Renommée est le nom.

Nous aprend, avec ses cent bouches.

Que le preux Général de Souches, Dont la France est la Nation, Par force, ou compozition,

1 5 j A pris Neutra, Ville guerrière, • Qui de Moravie est frontière.

Et dont les Turcs, assurément.

Ont un dèplaizir véhément; C'est le bruit de cette semaine :

1 60 Mais ce n'est pas choze certaine Que le Château, scis sur un Roc, Au susdit de Souches soit hoc.

Ainsi que pluzieurs Gens prétendent ; Soixante canons le défendent,

165 11 est, tout autour escarpé.

Et celuy sera bien hupé, Et fort Drave Guerrier doit être.

Qui s'en rendra Seigneur et Maître ; On croid, pourtant, qu'on le prendra,

1 70 Mais l'avenir nous l'aprendra.

Pour Caniza,ron croid, sans faute.

Qu'il faudra, dans peu, qu'elle saute, Chacun v meurt pres(]ue de faim.

Une seule livre de pain,

1 7 $ Selon le taux, selon la réele, (Ne fût-il, mesmes, que de sègle) Etoit, illec, vendu, dit-on.

Dès l'autre-mois un Ducaton.

La livre, un auart de Richedale,

1 80 De chair de cheval, ou cavale.

Vingt sols un foye, et douze un œuf, Cent sols un aloyau de bœuf, Seize sols la bote de raves, Dont à peine en ont les plus Braves,

183 Quatre rrancs sont le juste prix De quatre litrons de pois-gris.

Un lapin, sans nule hiperbole.

May 1664. — Livre XV. Lettre XXI.

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Y vaut une bonne pistole, Une siboulette, six-blancs,

190 Un cochon de lait, douze francs, Le vin, trente sols la chopine, Pour coroborer la poitrine:

Bref, le reste à proportion ; C'est ainsi qu'en font mention

195 Des Lettres qui viennent de Spire, Et d'autres endroits de l'Empire, Parlans de la nécessité (^u'on void dans icelle Cité, Où l'on fait peu souvent ripaille:

200 Mais où, pourtant, vaille-que-vaille.

Les Soldats et les Commandans, Qui sont assiégez là-dedans, Témoignent bien de la constance, Et font fort grande rézistance.

205 Je souhaiterois de bon-cœur Que Serin en fût le vainqueur; Mais comme onsçaitqueSaHautesse En cette afaire s'intéresse Par émulation d'honneur

210 Ordinaire à tout grand Seigneur, Je ne voy que peu d'aparence Qu'il la perde par négligence ; En ce cas paroitre impuissant Seroit faire tort au Croissant.

215 Je n'ay quazi plus rien à dire ; Mes amis, prés cle nôtre Sire,

(Cela veut dire si j'en ay) Aucun avis ne m'ont donné (Qui pour moy seroit une grâce)

220 De ce qu'à la Cour il se passe :

Toutefois, un Quidan m écrit, (Et ce Quidan a bon esprit) Que le Comédien Molière, Dont la Muze n'est point asniére,

225 Avoit fait quelque plainte au Roy, Sans m'expliquer trop bien pourquoy, Sinon que sur son HypocrilCy Pièce, dit-on, de grand mérite, Et très-fort au gré de la Cour,

2)0 Maint Censeur daube nuit et jour.

Afin de repousser l'outrage Il a fait coup sur coup voyage.

Et le bon droit reprézenté De son travail persécuté :

2 ) j Mais de cette plainte susdite N'ayant pas sceu la réussite, Je veux encor être en ce cas Disciple de Pithagoras, Et sur un tel sujet me taire,

240 Ne sçachant le fonds de l'afaire, Qu'on poura dire en temps et lieu ; Et sur cela. Princesse, adieu.

Ecrit en May, le vingt-et-quatre.

C'est un point qu'on ne peut débatre.

Comédie morale.

LETTRE VINGT-UNIÈME

Du [samedi] trente-unième May.

PŒUREUZE.

Grâce à la Déesse qui vole De l'un jusqucs à l'autre Pôle, En racontant les faits divers Qui se passent dans l'Univers, 5 Aujoura'huy nôtre chère Muze Ne peut alléguer pour excuze Qu'elle n'a pas dequoy jazer :

Je vais, donc, sans temporizer, En revizitant mes Mémoires.

10 Et regardant mes Répertoires, En suite de ce Compliment, Poétizer prézentement.

Pour cette Altesse aimable et bonne,

Qui de nos Vers est la Patronne ;

1 5 Afin d'acomplir ce projet, Je ne manque point de sujet, Je ne manque point de matière Pour cette Ephn Gazetiére^ Que je vais mètre par écrit :

20 Mais je crains de manquer d'esprit.

Ce Quatrième fléau du Monde Ce mal qu'on peut nommer immonde, Ce mal ner et pernicieux Ennemy du teint et des veux.

Oui des fraîches fleurs a'un vi:

2J Qi

vizage

ao4

La Muzb historique. — May 1664.

Fait souvent un triste ravage, Ce mai, dont depuis douze jours Mourut Madame de Nemours, A pris, aussi, la hardiesse

^0 D'ataquer cette jeune Altesse, Mademoizelle d Alençon ; Toutefois, de telle façon, Oue si sur son aimable face Il arive quelque disgrâce

3 5 Qui fasse outrage à ses apas, Du moins elle n'en mourra pas.

Sa perte seroit un dommage Oui toucheroit trop son Lignage ; Elle est de haute Extraction,

40 Elle a mainte perfection, La vertu brille en sa Personne, Elle est'généreuze, elle est bonne, Chacun conviendra de cela, Et, pour de l'esprit, elle en a

4{ Comme en avoit jadis Minerve; Dieu la console et la conserve..

Ce Lorain brave et généreux.

Dont tout Paris est amoureux.

Et qu'en tous lieux on timpanize, 50 Sçavoir Monsieur le Duc de Guize, Depuis dix jours n'a pas été En trop belle et bonne santé; Une fièvre ardante et maligne S'emparant d'un Prince si digne,

5 5 Dans son lit l'avoit abatu,

Avoit exercé sa vertu.

Sa patience et son courage :

Mais comme c^eût été dommaee Que d'un Duc si Noble et vaillant, 60 Et dont le sort est si brillant, La belle et glorieuze vie Fût au Monde si-tôt ravie, Dont bien des Gens auroient bezoin.

Le Ciel, de nos vœux, prenant soin,

6 s Nous rend ce Prince ma^anime,

Di^e d'une étemelle estime, Pnnce courtois, Prince charmant, De la gloire toujours Amant, Bref, d une humeur douce et civile, 70 Et qui, selon le bruit de Ville, N*est plus en état, aujourd'huy.

Que l'on doive craindre pour luy.

Le Roy, qui de ce Prince aimable Fait un cas presque inestimable,

7 5 Comme il est le meilleur des Rois,

L'a fait viziter pluzieurs fois:

Et Monsieur, le meilleur des Princes,

Qui n'a pas de sentimens minces,

Pour les Gens-d'honneur, de bonté, 80 De naissance et de qualité,

A, par des Personnes expresses,

Témoigné souvent des tendresses

Durant le mal inc^uiétant

De ce Prince fébncitant, 85 Dont Ton tient, pour choze assurée,

La langueur si bien modérée,

Que cet Illustre et Grand Lorain

Se lèvera, dit-on, demain.

Ce Romain de haute importance,

90 Monsieur Chizy, Légat en France, Est (m'a dit un Homme sçavant) En France déjà bien avant.

Le Duc de Mercœur, dans Marseille, L'a receu, dit-on, à merveille,

95 Avec Pile, noble Seigneur, Dudit Marseille, Gouverneur, Et les Echevins de la Ville, Qui d'une façon trés-civile.

Et mesme avec beaucoup d'éclat,

100 Régalèrent ce Grand Prélat ; Il rat, avec magnificence, Traité proche d Aix en Provence:

Dans Aries, Clercs, Bourgeois, Seigneurs, Luy firent d'extrêmes honneurs ;

105 De-là, comme une route aizée.

Ce Cardinal prit sa brizée, Non pas justement vers Médoc, Mais vers le charmant Languedoc, Belle et spacieuze Province

1 10 Que gouverne un illustre Prince, Assavoir Armand de Bourbon, Prince du Sang, dévot et bon.

Touchant ce célèbre Voyage Je n'ay rien apris davantage,

1 1 5 Mais ae Gens plus d'un million Assurent qu'il est à Lyon, Où l'on dit que cette Eminence Fera quelques-jours rézidence.

Tant pour y prendre du repos,

1 20 Que aautant qu'on trouve à propos De donner aux autres Contrées Le temps de songer aux Entrées Qu'on prépare à cetuy Légat, Digne un jour du Pontificat.

125 Cet illustre et Grand Personnage, Si bon, si vertueux, si sage, Sçavoir Monsieur de Montozier, Est party, ce dit-on, dés hier.

Afin d'aller en diligence

1 30 Au devant de cette Eminence, Ayant été choizy du Roy

May 1664. — Livre XV. Lettre XXI.

Pour un si glorieux Einploy, Pour son bon sens et sa conduite, Et, mesmesy menant à sa suite

1 3 $ Une assez grande quantité D'Oficiers de Sa Majesté, Pour servir et faire grand'chére A ce cher Neveu du Saint-Pére, Qui vient icy l'Olive en main

140 De par ce Pontife Romain.

Je quite nôtre Territoire, Pour dire deux mots de l'Histoire (Suivant quelques avis certains) De Pays un peu plus lointains.

145 Cette prudente Souveraine Qui des Polonois est la Reine, Ayant grièvement été Intéres^ en sa santé Jusques à cauzer bien des larmes,

1 50 Et mètre sa Cour en alarmes.

Au gré de tous les Gens-de-bien, Se porte prèzentement bien :

Et touchant la j^uerre obstinée Qui dure depuis mainte année

1 5 { Entre Varsovie et Moscou, Où maint s'est fait casser le cou (Car de la guerre c'est la mode) On croid que le tout s'acommode.

Qui seroit, oour ces Nations,

160 De grandes Dénédictions.

On void quelques motifs de guerre Entre l'Holande et l'Angleterre, Mais ces Peuple^, selon mon sens.

Et celuy de plus de cinq cens, 165 (Quoyqu'ilsnesoient pas Catholiques) Sont, toutefois trop Politiques, Et trop intéressez ailleurs Pour s'atirer de tels malheurs.

Neutra, ce Château formidable, 170 Oue l'on tenoit presque imprenable, S^est au Preux de Souches rendu.

Et Messieurs les Turcs l'ont perdu.

Je voudrois çiue la Renommée Par nouvelle bien confirmée 175 (Et j'en donnerois un Florin) DU que le Comte de Serin Eût aussi Caniza conquize:

Hà, je voudrois qu'elle fût prize !

Je croy que les Mahométans 180 Ne la reprendroient de longtemps.

Lecteur, ces dernières nouvelles Ne sont trop rares, ny trop belles,

Ma Muze en est au dézespoir:

Mais cette autre que tu vas voir 185 Le doit-ètre encor moins, sans doute.

Qui voudra l'écouter, l'écoute.

Un Expert Faussaire, un Matois,

Qui depuis douze ans et deux mois,

En chozes de Chancelerie 190 A fait mainte friponerie.

Par fines supozitions.

Et par mille expozitions

D'artificieuzes quitances

Du Marc-d'or et d'autres finances, 195 Dont de maint Client indigent

Le Galant droit grand argent :

Pour faire un profit punissable

Son adresse étoit admirable ;

Il poussoit les plus fins à bout, 200 II imitoit, ou cnangeoit tout,

Faizoit de subtiles ratures,

Contrefaizoit des écritures,

Enlevoit des Sceaux, par son art.

Pour les ajuster autre-part ; 205 Et par cet indigne commerce

(Vray talent d'une ame perverse)

A fait cent et cent traits hardis.

Et cent fois plus que je n'en dis.

Monsieur le Chancelier de France, 2 10 Surpris de telle manigance,

Comme(soientGrands,ou soient petits)

Il hait fort les Gens pervertis,

A voulu qu'une telle peste

Périt par un trépas funeste, 2 1 5 Pour à de pareils Gamemens

Faire craindre tels châtimens.

Pour découvrir sa forfaiture

Il a soufert double torture.

Dans laquelle il a confessé 220 Combien il avoit mal-versé:

Bref, par un Arét équitable ^f

Il fit hier amande-honorable leshuSni

Devant le Palais, ou l'Hôtel <*««

De ce grand et sage Mortel, de JïîSêf.

225 Et pour pénitence finale

D'une avarice déloyale.

Selon le juste Arét rendu.

Il fut publiquement pendu ;

Et quoy qu'une fin si trafique 2)0 Rende souvent mélancolique

Tout spectateur, tout assistant.

Aucun ne le plaignit, pourtant.

Lecteur, excuze cette Histoire

Que t'ofre icy mon ècritoire :

2 } 5 J'avois dessein de la laisser.

La Muze HiSTORiQ^uE. — Juin 1664.

Mais je n'ay pu m'en dispenser.

Princesse, une autre-fois, possible, Quelque Lettre un peu plus plauzible Poura celle-cy réparer;

240 Du moins, on le peut espérer.

Le dernier May ces Vers j'achève Voyant la Lune qui se lève.

LETTRE VINGT-DEUXIÈME

Du [samedi] septième Juin.

REGRBTÉE.

En revenant d'une Maizon Qui (pour parler avec raizon) N'est pas tout-à-fait à la mode, Mais SI plaizante et si commode, 5 Que l'on y peut, au gré des sens, Goûter cent plaizirs innocens, On y voit de vastes prairies D'une rare façon fleuries, On voit des rangs, dans les vergers,

10 De grenadiers et d'oraneers, On voit dessous les verds feuillages Mille délicieux ombrages; On y peut oûyr, dans le bois, Seize Rossignols à la fois,

I { Que dis-je, seize ? plus de trente.

Dont la voix cent fois excélente Qui fait un agréable bruit, Vous charment le jour et la nuit ; On y voit tout plein de statues,

20 De beaux habits blancs revêtues Et proches d'elles un jet d'eau.

Qui retombant dans un rondeau, D'une chute toujours fluide, La comble d'un cristal liquide

25 Jusqu'aux bords, qui sont de gazon.

Frais et verd en toute saizon.

Et scis au milieu d'un parterre, Qui quantité de fleurs enserre :

Bref, pour achever le tableau

30 D'un lieu si riant et si beau.

On y voit des Ames polies.

On y voit des Nympnes jolies, Inspirans par leur cner aspec L'amour, restime et le respec.

} 5 Outre ce bon-heur délectaole. On y tient toujours bonne table.

Les mets y sont délicieux ;

On boit, on mange, on dort, des mieux.

On joue, on rit, on cauze^ on dance:

40 Enfin, c'est un lieu de plaizance.

C'est, donc, de cet heureux séjour Qu'étant à prézent de retour Dans nôtre Taudis ordinaire, Je m'en vais essayer de faire

45 A la Princesse que je sers Une nouvelle Lettre en Vers.

Tous les honnestes Gens de France Avoient conceu quelque espérance De voir un retour de santé

50 A Monsieur de Guize alité; J*en parlay de cette manière A peu prés dans nôtre dernière:

Tout Paris s'en rèjoûissoit, Et de-bon-cœur. Dieu bénissoit,

5 5 D'alonger cette illustre vie, La Cour, mesme, en étoit ravie:

Mais comme en ce Monde, souvent, L'aparance n'est que du vent.

Et que la plus-part des symptômes

60 Sont d'incertains et vains fantômes.

Le Destin, quelauefois pervers.

En jouant d un de ses revers, A la liaizon, arachée.

Dont son ame étoit atachée.

6{ Il eut en ses derniers momens Tout le zèle et les sentimens D'un véritable Catholique, Il receut le Saint Viatique, Et depuis, l'Extréme-Onciion,

70 Avec tant de dévotion.

De foy, d'ardeur et de courage.

Qu'il ne se peut pas davantage.

C'est ce que m^a dit, en pleurant.

Juin 1664. — Livre XV. Lettre XXII.

Sjinî Jean ea Grève.

En sanglotant et soupirant,

7$ Le Sieur Flote son Domestique, De tous (je croy) le plus antiqne, Au deuil le plus abandonné, Et le plus atectionné; Ennn ce Duc comblé de gloire,

80 Ce Prince d'heureuze mémoire^ Pour qui l'honneur eut tant d'apas, Passa de la vie au trépas, Et du Ciel devint nouvel Hoste, La lendemain de Pentecoste,

8{ Ensuite, c'est la vérité.

Qu'en dépôt il fut transporté Avec grand deuil et grande angoisse, Dans PEglize de sa Paroisse, Par les âercs et Prestres du lieu,

90 Psalmodians et prians Dieu,

Faizans pour luy des vœux sincères.

Avec six vingts Révérens Pérès Du saint Ordre des Capucins, La plus-part blons comme bassins, 95 Pour qui ce Prince d'importance, Eut toujours de la bienveillance.

Les connoissant bons et pieux, Et dautant qu'un de ses Ayeux, Assavoir Ange de Joyeuze,

100 Dont la mémoire est glorieuze.

Et dont l'Ame est en Paradis, Fut de ce grand Ordre, jadis.

Ce Défunt, l'un des dignes Hommes Du siècle où maintenant nous sommes,

105 Et si fameux par ses bien-faits, A ma Muze ne fit jamais, Pour adoucir nôtre fortune.

Gratification aucune, Bien aue nous ayons, toutefois,

110 Ecrit de luy cent et cent fois; Il faut qu'encor, pourtant, je dize De cet aimable Duc de Guize, Quoy que de sa grande Maizon Soient sortis des Gens, à foizon.

Il { De vertu, de valeur, de marque, Quand ils ont fléchy sous la Parque, Aucun jusques aujourd'huy.

Ne fut jamais tant plaint que luy.

Comme il est vrajr que le commerce 120 (Qu'aux Pays lointains on exerce.

Produit dans quantité d'Etats Des profits et des biens à tas, Quantité de Gens d'importance Pressent pour introduire en France 125 Et le fond et le fondement D'un pareil établissement,

Pluzieurs concourans, de Iei|r force, A ce dessein de haute amorce, Dont le Roy, de belle-hauteur,

1 }o Se rendra le grand Protecteur:

Acordant à la Compagnie Une multitude infinie D'octrois, grâces, immunitez, Privilèges et libertez :

I ) 5 Et comme, de tout-temps, le lucre Est estimé plus doux que sucre, Maint notable Homme est diligent D'y hazarder son bel argent.

Dans une espérance certaine

140 De voir centupler leur domaine.

Ainsi que le tiers et le quart Je voudrois tenter le hazard :

Mais, hélas ! je n'ay de finance Que pour l'habit et la pitance,

145 La Servante, et le logement, Encore assez petitement.

Quoy qu'infinité de Personnes En trouvant mes Gazettes bonnes, (Et jusqu'en l'Archipelago)

150 S'en divertissent à gogo.

Je n'en suis pas plus à mon aize :

. lUfaut, pourtant, que je m'en taize, Car certaines petites Gens, De lumière assez indicens,

1 5 5 Et qui n'ont pas grande sagesse, Dizent que je me plains sans cesse:

Maiscommequoy ? quand ? comment?

Hâ, je me plains très-rarement:

Mes amis ne connoissent mie

160 En moy l'esprit de Jérémie; Tel rolet point ne me convient.

Et je prens le temps comme il vient.

Mais cecy, ne sont pas nouvelles, . Ce sont de pures bagatelles,

165 Redoutant le Qu'en dira-t'on ?

Parlons, donc, sur un autre ton.

Icy, l'on ne dit point encore (Ou, si Ton le dit, je l'ignore) Que Caniza se soit rendu :

170 Mais j'ay bien cent fois entendu Qu'il est pressé de telle sorte, Qu'il fauara qu'il ouvre la porte; Et, mesmement, dans peu de jours.

S'il ne luy vient un grand secours;

17 5 De tous cotez ce bruit s'épanche, Et que Neuhauzel branle au manche, Avec sujet, avec raizon :

Car on tient çiue la Gamizon, Triste, languissante, efrayée.

La Muze historique.— Juin 1664.

180 Est mal nourie et mal payée.

Messieurs les Turcs sont étonnez

De se voir ainsi mal-menez;

Car dans cet an, soixante-et-quatre,

Les Hongrois n'ont fait que les batre, 185 Ils sont les méchans à leur tour :

Mais, aussi, garde le retour.

Par tout, où Monsieur Chizj passe.

On le reçoit de bonne grâce: Par les Champs et les autres Lieux

190 On le régale à qui mieux-mieux.

Et j'ay sceu d'aucuns amis nôtres, Que Pierre, Prince des Apôtres, Ne seroit pas plus honoré Que ce L^at a lateré.

195 Par des dépenses sans pareilles Chaque Ville fait des merveilles:

Mais je prétens bien que Paris Sur tout autre emporte le prix ; J'ay sceu de maint et maint langage

200 Que cet éminent Personnage

Doit (que le temps soit laid, ou beau) Ariver dans Fontainebleau, Avec un Train nombreux et grave.

Deux ou trois jours après l'Octave,

205 Qui sera (comptant par mes doigts) Le vingt, ou vingt-et-un du mois ; C'est ce que m'ont dit plus de mille.

Mais je revien en cette Ville.

Avo^^t Monsieur de Marillac, demain, ^ Grand"' Doitépouzer,dans S^Germain l'AuierroU. Cooteu. Sarron, Demoizelle excélente.

De Monsieur d'Haligre Parente, Et l'un de ces Objets charmans Dont les Dieux pouroient être Amans,

2 1 5 Fille charmante, blonde et belle, .

Et, mesmes, si spirituelle.

Qu'on ne sçait qui charme le mieux Ou son esprit, ou ses beaux yeux.

Je ne sçay quelle est sa richesse,

220 Mais étant en fleur de jeunesse, Etant un précieux amas De perfections et d'apas.

Ayant des douceurs admirables.

Ayant des vertus adorables,

225 On pouroit dire (et plus encor) Qu'elle-mesme est un beau trézor, Et quiconque l'aura bien vue.

De tant d'atraits divins pourvue, Soit femme, fille, homme, ou garçon,

2)0 En jugera de la façon.

Cet Epoux, à qui le Ciel donne

Cette aimable et chère Mignonne, Possède aussi de son côté Mainte excélente qualité; 2 } 5 II est d'un illustre Lignage, ^'^^-^'^ Il est vertueux, il est sage, des Gardes Il est assez Jurisprudent <|f » p^"'"

r* «A-. r»-^ • j ^ de France.

Pour un jour être Prézident,

On ne sçait ce que Dieu luy garde,

240 De bon œil Thémis le regarde, Et l'honorable et digne Employ D'Avocat Général du Roy, Marque, déjà, grande sagesse Dans sa florissante jeunesse,

245 Et aue par les Talens au'il a Il n'en demeurera pas-là.

La plus charmante Cour du Monde, Où tout honneur et gloire abonde.

Pour qui j'ûs toujours grand soucy,

250 Est en bon état, Dieu-mercy.

Le Ciel en cet état maintienne Toute la Maizon Trés-Chrestienne, C'est-à-dire les Majestez, Altesses et Principautez,

2 5 5 Qui sont du noble Sans de France, Ou qui leur touchent d Alliance:

Mais, sur-tous. Monsieur le Daufin, A qui, sans doute, le Destin, (EUnt Fils d'un si vaillant Père)

260 Promet un quart de l'Hém/sphére, En qualité dfe Trioniiant.

A propos de ce noble Enfant, Pour qui de zélé je me pique.

Sur ma-foy, sa Troupe Comique,

26 { (Qui ne sont pourtant que Ragots) Avec leurs surprenans échos.

Leur danses et leurs mélodies.

Pastorales et Comédies, Se font (foy d'Ecrivain loyal)

270 Admirer au Palais Royal, Où le plus petit de la Troupe, Et guéres plus haut qu'une coupe.

Dansant, récitant, annonçant.

Est si rare et si ravissant,

275 Qu'on le pouroit, entr'autre choze, Nommer le petit Belle-Roze.

A n'en point mentir, sans les voir, On ne sçauroit bien concevoir Comme ces Ra^tins s'aauitent

280 Des jolis endroits qu'ils débitent,

Et (sans à faux en discourir)

Tout Paris y devroit courir,

Car je ne croy pas que personne Plaignit l'argent que Ton leur de

donne.

Juin 1664. — Livre XV. Lettre XXIII.

285 Grande Princesse de Nemours, le vais finir ce mien discours Par l'Eloge de cette Troupe.

Ma SarvantCy trempez ma soupe.

Daté par moy, le sept de Juin, 290 Durant qu'on me tiroitdu vin.

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