‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 53 sur 84 · INCERTAINE · texte numérisé non relu

INCERTAINE

Princesse, à qui Dieu favorable Fit don d'un esprit admirable Qui ne peut être assez loué.

Le mien, qui vous est dévoué,

$ Est prézentement bien en peine De quelle façon nôtre veine Poura dignement s'aquiter Des Vers qu'il faut vous prézenter :

Je croyoîs avoir des matières

10 Pour plus de six pages entières,

Et je suis réduit à ce point De n'en sçavoir ny peu, ny point:

Mais, atendant qu'il m'en anve, .

Si faut-il, pourtant, que j'écrive.

1 5 En l'état que les chozes sont.

Les bruits se font et se défont.

Ce qui rend depuis deux semaines, Les nouvelles presque incertaines.

On tenoit pour tout assuré,

La Muze historique. — Juillet 1664.

20 Que le Légat a latere

Feroit dans Paris son Entrée (Tant remize et tant diférée) Au jour, justement, de Jeudy, En suite, on dizoit, Samedy :

25 On tient, maintenant, dont j'enrage.

Un assez maUplaizant langage.

Que ledit Légat se rezout De n'en point faire icy du tout, Et d'aller droit vers nôtre Sire

jo Luy dire ce qu'il luy doit dire:

Et, mesmes, j'ay sceu d'un Gantier, Que de Vinceine, il partit hier, Avec tout son riche équipage Pour faire son dernier voyage

3 5 Par terre ferme et non par eau, Au Palais de Fontainebleau ; Ainsi, cette Ville est sevrée De voir sa pompeuse livrée, Et moy qui sur tous les Mortels

40 Aime fort des spectacles tels.

Et qui croyois, pour voir sa marche.

Me placer comme un Patriarche, Ayant dix beaux écus promis, Tant pour moj, oue pour deux Amis,

45 Faizant pour icelle ocurence, Trés-volontiers cette dépence, De mon espoir je suis déchu.

Et j'en ay quazy le nez chû.

Tant de balcons, tant de balustres,

50 Pour les Aizez, non pour les rustres, Tant d'échafaux exprés dressez.

Bien couverts et bien tapissez.

Dont on en comptoit prés de mille.

Tant au Faux-bourg, que dans la Ville,

5 5 Qui coûtoient je ne sçay combien.

Las ! ne serviront donc de rien.

Tant de Gens à pluzieurs centaines, Venus des Provinces lointaines.

Pour admirer ce beau Convoy,

60 Seront, donc, frustrez comme moy.

Certes, les atentes humaines Sont la plus-part des chozes vaines !

On void aux projets des Mondains Souvent, des changemens soudains^

65 Et c'est-là ma philozofie,

Qu'on est bien fou quand on s'y fie.

Ces propos simplement conceus, Alléguez par moy cy-dessus.

Sont les bruits qui maintenant courent,

70 C'est ainsi que les Gens discourent; Mais, possible, en un tourne-main, Il en courra d'autres demain:

Car, en peu d'heure. Dieu labeure.

Et je le voudrois, ou je meure.

7 5 Ces jours passez, quelqu'un me dit Que l'illustre Légat susdit, D^aller l'autre-jour, prit la peine.

Dans une des Tours de Vinceine, Pour admirer le grand éfet

80 Qu'illec, une Machine fait Pour élever, à l'instant mesme, Des eaux d'une hauteur extresme:

Il eut en admiration.

Cette excélente invention,

85 Dont le sieur Joly, qui pratique Parfaitement l'Art Hydraulique, Est l'inventeur, le conducteur.

C'est-à-dire, en un mot, l'Autheur.

Ce Prélat, qui par excélence

90 Se connoit en toute science.

Ayant l'esprit rare et poly, Aplaudit fort ledit Joly^ Et par un obligeant régale, Luy fit prèzent d'une Médaie.

9$ J'ay sceu d'un fort sage Garçon, Oue Madame de Maubuisson, ™%^i Abbesse aussi pieuze et bonne Lon^< Que jamais l'ait été personne, A senty, depuis peu de jours,

1 00 De ses ans terminer le cours, Sans, pourtant, en être chargée.

N'étant pas encor trop âgée.

De son Couvent, toutes les Sœurs, Qui de ses aimables douceurs,

105 Conduite et vertus excélentes, Etoient parfaitement contentes, Luy portans grande afection, Sont toutes dans l'afliction, Et pleurent encore à toute-heure

1 10 Cette illustre Supérieure.

Un Quidan, qui m'est inconnu.

Etant dans ma chambre venu, M'a mis en main quelque mémoire Pour exercer mon Ecntoire,

1 1 5 Contenant que Sa Majesté, Par pure libéralité, (Aux vertueux souvent propice) A donné ce grand Bénéfice, Ce Bénéfice Abbatial, j^-jbba

1 20 Ce beau Monastère Royal, ^u>l

A cette excélente Princesse, b^*'^^ Dans ledit Maubuisson Professe, «j^^^p Et dont tu peux voir à c6té FrWém

La Naissance et la qualité. J^ bo

Juillet 1664.— Livre XV, Lbttrb XXIX.

1 2 5 Jadis, cette noble Chrétienne Suivit Terreur Lutérienne^ Mais depuis auelque-temps en-çà^ Pieuzement elle embrassa Par un changement autentique^

I ^o La Religion Catholique, Dans laquelle elle a mérité Du Roy la susdite bonté; Ainsi, cette dévote Altesse Est donc, prézentement, Abbesse,

I ; 5 Atendant que le Roy des Cieuz, Après ce titre précieux, (Sa belle vie étant éteinte) Luy donne au Ciel celuy de sainte.

Que peuvent, tant Grands, que petits,

140 Prétendre tous Gens convertis.

Les Portugais^ sur ceux du Tage, Ont eu, dit-on, grand avantage, Leur ayant pris Alcantara, Valence, mesme, et cetera ;

145 Auquel cetera sont comprizes Douze ou treize Places conquizes.

Qui pour éviter les tracas, Dézoiation et fracas Qu'avec elle la guerre aporte,

1 50 Leur ont chacune ouvert la porte, En leur donnant facile accez, Si bien que tant d'heureux succez Ont bien avancé leurs afaires Dans le Pays des Aversaires.

1 5 5 Des Gens de grand entendement, Traitent d'un Acommodement Pour rendre plus aprivoizées Ces deux Nations aivizées:

Mais l'on croid que les Castillans

160 Qui se piquent d être vaillans.

Et possèdent déjà tant d'Isles, Tant de Royaumes et de Villes, Sur le large Globe Terrien, Voudroient bien être tout, ou rien.

165 Ceux de Holande et d'Angleterre Qui pour se faire aussi la guerre Ont des prétextes maints et maints, Seroient prêts d'en venir aux mains :

Mais d'autres Gens pleins de prudence,

170 Par ambassade et conférence, Travaillent à les r'allier, Et leurs cœurs réconcillier, Et de mille conseils ensemble, C'est-Ià le meilleur, ce me semble.

175 On tient auazi par-tout Paris, Que le fort ae Sénn est pris.

Que les Turcs, forçans cette Place, Sur les Soldats ont fait main-basse, Et, comme ils sont grands carnaciers,

180 Décapité trente Oficiers,

Que la Hongrie est en allarmes.

Que tout est remply <le vacarmes.

Et que les Peuples étonnez Sont plus que jamais consternez.

185 Braves Généraux de TEmpire, Ce n'est donc plus le temps de rire.

Mais d'être alerte, à tout moment.

Et d'agir vigoureuzement Avec tous les Auxiliaires,

1 90 Contre de si grands Aversaires.

Il faloit faire un prompt éfort Pour secourir le susdit Fort Contre cette Engeance infidelle; L'action auroit été belle,

19$ Et vous eût, ou vainqueurs, ou non, Aquis à jamais du renom.

Mais, bon-Dieu ! dequoy memélay-je?

D'où m'est venu ce privilège De donner de froides leçons

200 Qui ne valent pas des chansons, A tant de généreux courages?

Mes Vers, si vous êtes sages, Demeurez-en-là, s'il vous plaist, Laissez le monde comme il est.

20 j Je revien au Légat de Rome,

Si libéral, si Galant Homme, Le bruit le plus fixe, aujourd'huy, Qui coure dans Paris de luy, Est qu'étant party de Vinceine, 210 Sans ne prendre que peu d'haleine.

Il fut hier, vers la fin du jour.

Prendre son gîte à Petit-Bour, Maizon, dit-on, fort agréable, Et fort commode et fort logeable:

2 1 j Mais avant ledit parlement

De son précédent logement, Voulant à ce lieu de plaizance Témoigner sa réconnoissance, D'un Corps-saint il luy fit prézent, ^ s.

220 Qui repoze, illec, à prézent; o«»ve.

Dont le Trézorier du Chapitre Mr Félix.

Digne encore d'un plus grand titre Dans la sainte Eglize de Dieu, Avec les Chanoines du Lieu,

22 s Qui vers-luy, fort bas s'inclinèrent,

Volontiers le remercièrent; Et ce fut ledit Trézorier, Homme sage, Homme droiturier.

Qui fit en nôtre propre langue

La Muzk historique. — Aoust 1664.

Le remerdmenty ou harangue,

Avec esprit et neteté,

Au nom de la Communauté.

Je vien de voir une Missive Qui dit que le Légat arive 2) 5 Dés demain à Fontainebleau, Où je croy qu'il fera fort beau :

C'est ce que dans l'incertitude

Sans m'apliquer trop à Pétade, En rêvant je ne sçay comment^ 240 Je puis dire prézentement.

Bon-soir, mon aimable Princesse, Le jour finit, et moy je cesse.

Le vin^-siXy ces Vers j*écrivi$.

Sur des billets que j'ay suivis.

LETTRE TRENTIÈME

Du [samedi] deuxième Aoust.

CURIEUZE.

Princesse, d'esprit rare et beau.

Revenant de Fontainebleau Dans un Carosse de louage, Quoy que fatigué du voyage, 5 Je vais prendre la plume en main Pour, aujourd'huy mesme, et demain, TAcher à déduire des chozes Qui sont dans ma mémoire enclozes, Des chozes dignes de sçavoir,

10 Qu'on sera bien-aize de voir, Mais oui ne seront pas écrites Selon leurs dégrez et mérites, Ne leur donnant pas ce beau tour Qu'on leur donneroit à la Cour,

1 5 Où l'on me void fort peu parétre.

Et dont je n'ay pas rfionneur d'être, Quoy que j'aye toujours été Trés-zâé pour Sa Majesté, Et plein d'une ardeur sans égale

20 Pour toute la Maizon Royale; C'est ce que pluzieurs Gens-de-bien Sçavent et reconnoissent bien :

Mais, pour décharger ma mémoire, Ecrivons en stile d'Histoire.

25 Monseigneur le Légat Chizy, Vêtu d'un fort beau cramoizy, Avec sa brillante Livrée, Lundy dernier fit son Entrée Dans un éclat pompeux et beau,

30 Au Palais de Fontainebleau.

Monsieur, du Roy le Frère unique.

Prince charmant et magnifique.

Prince digne de tout bon-heur, Acompagné de maint Seigneur,

3 5 Et d'un flot de leste Noblesse, Tous Serviteurs de Son Altesse, Fut (à ce qu'on met en avant) Une bonne lieûe au-devant, Luy donnant, dans toute la Traite,

40 Ce que l'on apeile la Droite.

Mardy, qui fut le lendemain.

Cet aimable Prince Romain, Gardant une sage décence, Eut, du Roy, bénigne Audiance,

45 Auquel humblement il parla Du sujet qui Tamenoit-là.

Ensuite de son doux langjage, Le Roy, qui fit sur son vizage Parétre un air tout engageant,

50 Luy tint maint discours obligeant.

Et receut de fort bonne çrace Deux jeunes Seigneurs de sa Race, Et tous ceux qui Tavoient suivy, (Dont chacun eut le cœur ravy,)

j 5 Evesques, Abbez, Gentilshommes, Qui sont tous de fort sages Hommes, Ayans des esprits non communs; J'en ay pratiqué quelques-uns.

Gens ae mérite et de naissance,

60 Et j'en parle avec connoissance.

Ensuite de ce grand moment.

Il vizita pareillement Nos deux judicieuzes Reines, Nos deux illustres Souveraines,

65 Qui d'un air noble et gracieux

Aoust 1664. — Livre XV. Lettre XXX.

aJ9

L'acuelllirent, dit-on, des mieux; Puis, il vid le Daufin de France, Dont l'aimable et Royale Enfance, La gentillesse et Tagrément

70 Luy pMrent merveifieuzement.

Mercredy, quoy que jour de pluye, Qui volontiers les Gens ennuyé, Ilalla, pour se divertir, (Car je les vis tous deux partir)

7$ A la Chasse avec nôtre Sire, Lequel Légat, qui fort bien tire, Tua quatre ou dnq Lap(e)reaux, Avec autant de Perd(e)reaux.

Sur le soir, une Comédie

80 Trés-abondante en mélodie, Sujet parfaitement joly.

Où les sieurs Molière et Lully, Deux rares Hommes, ce me semble, Ont joint leurs beaux talens ensemble;

85 Lully pavant d'acords divers.

L'autre d'intri^es et de Vers:

Cette Pièce (dis-je) galante.

Qui me parut toute charmante.

Et de laquelle, à mon avis,

90 Les Spectateurs furent ravis, Fut jouée avec excélence Devant cette noble Eminence.

Ces deux Filles qui par leurs voix Ont charmé la Cour tant de fois,

9$ Sçavoir Mademoizelle Hilaire, Qui ne sçauroit chanter sans plaire.

Et La-Barre, qui plainement Dompte les cœurs à tout moment.

Par le rare et double avantage

100 De son chant et de son vizage.

Jouèrent si bien leur rolet Dans la Pièce et dans le Balet, Remplis d'agréables mélanges.

Que, certainement, leurs voix d'Anges

105 Furent dans ces contentemens Un des plus doux ravissemens.

Il ne faut pas qu'on me demande Si la Compagnie étoit ^ande:

Outre un frédon de Majestez,

110 J'y lorgnay cent et cent Beautez, Dont les radieuzes prunelles Eclaîroient mieux que les chandelles; J'ay tort, il faut dire flambeaux.

Car en des spectacles si beaux

1 1 5 Chez les Reines, chez nôtre Sire, On n'uze que de blanche cire.

C'est ce que de Fontainebleau Je puis raconter de nouveau :

Car, pour vaquer à ma Gazette,

120 L% lendemain, je fis retrette.

Et je ne fus, chez un Amy, Audit lieu, qu'un jour et demy.

Ce qu'illec je sceus davantage, C'est qu'OfAo/i, excélent Ouvrage,

1 2 5 Que Corneille, plein d'un beau feu,

A produit au jour depuis peu, De sa plume docte et dorée, Devoit, la suivante soirée.

Ravir et charmer à son tour 1 30 Le Légat et toute la Cour:

Je l'apris de son Autheur mesme; Et j'ûs un déplaizir extresmes Qui me fit bien des fois pester De ne pouvoir encor rester

1 3 5 Pour voir, dudit sieur de Corneille,

La fraîche et dernière Merveille, Que je verray, s'il platt à Dieu, Quelque-jour en quelque autre lieu.

Avant que partir, j'oûis dire

140 Aux Courtizans de nôtre Sire, (Et j'en devins tout ébaudy) Que Monsieur le Légat, Jeudy, Revenant dans cette Contrée, Feroit à Paris son Entrée;

145 Et c'est dequoy, Grands et petits, Tous nos bons Bourgeois j'avertis^ Et je croy que cette nouvelle Sera pour eux joyeuse et belle.

La prize du Fort de Serin, 1 50 Dont on ne doute plus un brin, A produit dans la Germanie Une frayeur presque infinie:

Car iceux Turcs outrecuidez.

Que ledit Fort tenoit bridez,

1 5 5 Maintenant Qu'ils en sont les maîtres,

Ils pouroient Dien traîner leurs guêtres, Et leurs Escadrons r'enforcez.

Dans des Climats plus avancez.

Dudit Fort, le Seigneur et Comte, 160 Qu'un juste déplaizir surmonte, Le comblant quazy de fureur, S'est, dit-on, plaint à l'Empereur, Que les Généraux ses Confraires, Loin d'ataquer ses Aversaires,

16 j Par un combat un peu douteux.

Ont lâché le pié devant eux, Qu'ils n'ont point fait de tentative, Et jiue sur le premier, Oui vive?

Qui leurs oreilles a frape, 170 Ils ont tout soudain décampé; Que de sondit Fort, la défence Etoit d'extrême conséquence.

La Muze historique. — Aoust 1664.

Qu'ils dévoient bazarder un [yu, Et ne pas-tant craindre le feu,

175 Que leur lâcheté non commune Détruit sa gloire et sa fortune, Le rendant gueux comme un Lézard, Et métant l'Empire au hazard.

C'est de cette sorte, et tout comme

180 Queseplaint,dit-on,cegrand Homme:

Sans doute, ce cœur généreux Eprouve un sort trop rigoureux; Mais dans les biens et les disgrâces, Comme chaque choze a deux faces,

18 j Les Chefs dont ils se plaint ainsy Ont (je croy) leurs raizons aussy, Mais à prézent je les ignore.

Et je ne les puis dire encore.

Les Moscovites, Gens têtus, 190 Encor qu'ils soient souvent batus Par les Gens que met en bézogne Le sage et grand Roy de Pologne, Sont, pourtant, toujours obstinez.

Et si mal intentionnez, 195 Que malgré la fortune Averse Qui leurs prétentions renverse.

Ils n'ont à la paix nul penchant.

Ce qui dénote un cœur méchant.

Car, tous les Bons qui sont sur Terre 200 Aiment mieux la paix que la guerre.

Les Ançlois et les Holandois, Se voudroient donner sur les doigts, La peau leur démange, ce semble, Et chacun, ce dit-on, assemble

205 Des Vaisseaux et des Matelots Pour se guerroyer sur les flots Avec le fer et le salpêtre:

Mais comme le Roy nôtre Maître Ofre sa médiation

210 A Tune et l'autre Nation, Déférant à ce grand Arbitre, Dont, Trés-Chrêtien, est le vray titre, Possible qu'ils s'en prévaudront, Et meilleurs Amis deviendront.

215 Si la Holande et l'Angleterre Ont de la pente pour la guerre, Qu'ils la fassent, étans unis, A ceux d'Alger et de Tunis, Engeance maudite et perverse

220 Qui rompt si souvent leur commerce; Cest-là qu'ils sont intéressez, Mais sur ce sujet, c'est assez.

A propos de la Barbarie, Trés-experte en piraterie,

22 j On dit que le Duc de Beaufort A pris Bugie, un certain Fort, Ayant parapets et tenailles.

Assez bien enceint de murailles, Et flanqué de trois grosses Tours:

230 II s'y prézenta du secours

D'habitans des Côtes prochaines.

Mais ils y perdirent leurs peines; On en avoit un cent, ou deux.

Des plus mauvais et hazardeux,

2 3 5 Les autres firent la retraite :

Enfin, après cette défaite.

Ils s'enfuirent, de-ça, de-Ià, Et la Place capitula.

Je vien de trouver sur ma table

240 Un Billet qu'on tient véritable.

Portant que le Roy, l'autre-jour, Les Reines, et toute la Cour, Soussignérent le Mariage De Monsieur Portail, Homme sage,

245 Juge, de bon entendement.

Et Conseiller au Parlement, Avec Chémeraud, Demoizelle Aimable, Noble, jeune et belle, Et qui, jadis, eut le bon-heur

2 jo D'être une des Filles-d'honneur De nôtre Reine Anne d'Autriche, Qui pour rendre encore plus riche Cette Fille de grand renom, Luy donne argent comptant^ ou non,

2 j 5 De vingt mil beaux écus la somme ; Et l'on dit que Monsieur son Homme, Autrement, Monsieur son Êpous, Possède, au jugement de tous.

Tant en Charge, qu'en héritage,

260 Un million, et davantage.

De ce discours assez peu fin, Princesse, voicy la fin.

Le deux du mois, laides ou belles, J'ay rimé toutes ces Nouvelles.

Aoust 1664. — Livre XV. Lettre XXXI.

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