PROFITABLE
Altesse, à qui, depuis sept jours.
Ma Muze n'a fait nuls discours, Si vous n'avez point d'autre afaire.
Ecoutez ceux qu'elle va faire, Tant que s'étendront deux feuillets:
Ou bien, Vous-mesmes, lisez-lés.
La Rejrne Mère-
Cette Princesse, sans seconde, La meilleure Reine du Monde, La Mère du meilleur des Rois,
10 (J'en jurerois plus de cent fois) Le premier jour de la semeine Partit tout exprés de Vinceine, Pour, en carosse de relais.
Aller droit à Villers-cotrais,
I j (Avec elle ayant mainte femme) Pour y voir Monsieur et Madame, (^ui dans cet aimable séjour Tiennent prézentement leur Cour.
Il ne faut pas qu'on me demande
20 Si la joye alors y fut grande ; Car comme cette Majesté A de l'amour en quantité.
Des douceurs, des bontez estresmes Pour ses Fils, et pour ses Brus mesmes,
25 Outre cent et cent petits soins, Ses Fils et ses Brus n'ont pas moins Ny de tendresse naturelle, Ny de bienveillance pour Elle.
Après mille bons traitemens,
30 Devoirs, respects et complimens.
Cette obligeante et bonne Reine Dés Jeudy, revint à Vinceine; Et n6tre Sire, après cela.
Qui pour courir par-cy, par-là,
J5 Est toujours prompt, alerte, et souple.
Doit aussi voir ce charmant Couple:
Mais après pluzieurs Gens je dy Que ce ne sera que Lundy,
Durant que la triste Hongrie 40 Des Turcs éprouve la fiirie,
Et que leurs Escadrons armez Rendent bien des Gens allarmez, Le Pape, ou Saint Père Alexandre, Pour au monde faire comprandre
4$ Les grandeurs et la dignité.
Les vertus et la sainteté Du très-pieux et Saint Noiasque, Nay pas trop loin du Pays Basque, Et premier Fondateur, aussy,
jo Du grand Ordre de la Mercy, Ordonne qu'on le solennize.
Et veut que dans toute l'Eglize On célèbre et dize, aujourd'huy, Un Ofice exprès fait pour luy:
$ $ Ce que (dit-on) depuis n'aguéres Duoit Ordre les dévots Pères, En invoquans ce Saint, souvent.
Ont commencé dans leur Convent, En consacrant cette pratique
60 Par un Te Deum en Muzique, Lequel, avec solennité.
Fut préalablement chanté Par eux, à l'immortelle gloire De ce Saint d'heureuze mémoire,
65 Qui fut toujours sage et pieux, Bénin, mizéricordieux, Actif, veillant, infatigable A secourir le mizérable, Et, bref, qui par sa charité
70 Retira de captivité,
Et de leurs rigoureux entraves.
Un nombre innombrable d'Esclaves, Qui fut son employ de jadis; Et maintenant en Paradis,
75 Dans les étemelles Lumières, Il assiste de ses prières.
Prés du brillant Tr6ne de Dieu, Les mal-heureux de ce bas-lieu.
Ainsi, durant nos infortunes,
80 Aux Mortels toujours si commanes.
Nous pouvons dire et chanter tous, Saint-Nolasque, priez pour nous.
Septembre 1664. — livre XV. Lettre XXXVII.
J'ai sceu d'une mienne Commère,
Sue Quand ladite Reine-Mére la droit à Viliers-cotrais, Elle fut traitée à grands frais, A Dammartin sur son passage, Par ce Prézident vrayment sage,
^^î* u"' Q."^ ''^'^ nomme Monsieur Tubeuf, a7mbre Non pas de mouton, ny de bœuf, ^^^^ Mais de quantité de viandes, °^'^ Mille et mille fois plus friandes; Et, certainement, ce Festin Qu'il luy fit audit Dammartin, 95 Fut si rare et si magnifique.
Que nôtre Muzetîe Historûjue, Voulant son zélé signaler, A crû qu'elle en devoit parler. '
De Meklebour, le brave Prince,
100 Est de retour de sa Province, Ayant, dit-on, dés l'autre-jour. Rendu ses respects à la Cour :
Et comme il a fait dans la France Pluzieurs Afaires d'importance,
105 On peut quazy dire, aujourd'huy , Que la Cour de France est pour luy (Sans fiction, ny flaterie) Comme une seconde Patrie.
lUec, il a changé de Foy,
110 II est considéré du Roy, 11 a pour Epouze fidelle Une Duchesse illustre et belle:
Mais quoy qu'avec ce beau Party Il y soit des mieux assorty,
1 1 5 II doit encor faire un voyage Vers Meklebour son héritage, Où l'on souhaite chaque jour D'y voir l'Objet de son amour.
Pour cent et cent honneurs lui rendre,
1 20 Et faire à son Altesse entendre, Au fort de leurs contentemens, Quantité de beaux complimens.
Ce matin, on m'est venu dire Que les Généraux de l'Empire
125 Avoient quelque dessein sur Cran, Ville qui croid à l'Alcoran:
Mais seroit-ce point trop d'audace De vouloir prendre cette Place?
Puis-que les Turcs, en un bezoin,
I )0 Qui de-Ià ne sont pas trop loin, Pouroient avec leur grande Armée Réduire ce Siège en fumée; Car comme on a bien suputé, Les Chrestiens n'ont de leur côté
I } 5 D'Hommes, qu'environ trente-huit mille.
Pour ataquer ladite Ville,
Et les Ennemis, tont comptant,
En ont plus de deux fois autant.
L'audace est forte (à le bien prendre, 140 Mais ce qui leur fait entreprendre.
C'est qu'iceux ayans emporté
D'assaut, ou non, cette Cité,
Elle couvre de telle sorte
Newhauzel, autre ville forte, 145 Qu'il faut qu'elle vienne à jubé.
Lors que Cran aura sucombé.
Serin, ce grand Homme de guerre, Dont les Turcs ont pillé la Terre, Comme il est Brave et discoureur,
I $0 Ayant suplié l'Empereur
Avec des propos d importance, De luy donner quelque assistance.
C'est-à-dire luy concéder Des Troupes qu'il pût commander,
1 5 5 Pour recouvrer, avec courage.
Quelque coin de son Héritage, Et se vanger des Animaux Dont il a soufert tant de maux.
Sa juste requête, ou semonce,
160 N'ût pas de trop bonne réponce:
Car le Conseil du Souverain Ayant pour luy le cœur d'airain.
Par raizon, ou par politique, Luy fit entendre, pour réplique,
165 Que ce qu'il avoit demandé Ne luy pouvoit être acordé; Que 1 on vouloit (bien au contraire) Qu'il devint un peu sédentaire.
Et que l'on trouvoit à propos
170 Qu'il prit chez-luy quelque campos.
Par une prudente retraite.
Qu'il a (ce dit-on) déjà faite, Non en murmurant, ny pestant, Mais le cœur fort outré, pourtant.
175 Ce Comte a grande bienveillance Pour les François et pour la France, Et quelqu'un m'a dit, aujourd'huy.
Qu'il avoit fêtoyé chez luy, Avec abondance et largesse,
1 80 Avec estime, avec tendresse, Joye, honneur et civilité, Une assez bonne quantité De nos Guerriers et Volontaires, Et, par ses vertus militaires,
185 Et son sort digne de pitié, Gaigné toute leur amitié.
Tout ce qu'icy je vien de mettre,
ajo
La Muze historique. — Septembre 1664.
Je Pay recûeilly d'une Lettre Ecrite en stile cavalier^ 190 Par un certain particulier;
Et comme il fait-là sa campagne Pour le secours de l'Alemagne, Je prézume que ce qu'il dit Doit avoir chez-nous du crédit.
1 9 ; Samedy, j'oubliay de dire Que les Gens du Roy nôtre Sire Qui sont dans l'Afrique à prézent, (Et je l'avois sceu d'un Exempt) Allans à la petite guerre,
200 Mirent bien des Mores par-terre:
Mais par un sort mal-encontreux, Cinquante, ou soixante d'entr'eux Avoient en icelle journée Finy leur noble destinée,
205 En combatans avec ardeur Pour l'intérêt et la grandeur Du plus illustre et digne Maître Que la France ait jamais fait naître :
Mais le plus regrété de tous,
2 1 Pour son Esprit prudent et doux, Pour sa Naissance et son Lignage, Pour sa valeur, pour son courage.
Pour ses vertus, pour ses bontez, Bref, pour ses générozitez,
2 1 5 Las! ce fut Monsieur de la Châtre, Qui de cette gloire idolâtre Qu'on aquiert au métier de Mars, Ne craignoit ny boulets, ny dards.
Ce brave Prince, à teste blonde, 220 Vaillant sur la Terre et sur l'Onde, Sçavoir Monseigneur de Beaufort, Digne d'un favorable sort, Se fortifie et s'autorize Dans la Ville qu'il a conquize; 225 Et, pour remuer le terrain, On dit que nôtre Souverain, Sans épargner or, ny monoye, A ce généreux Duc envoyé.
Outre, encor, pluzieurs Mariniers, 2^0 Quinze, ou seize cens Pionniers, Qui par des pics pointus et croches Y creuzeront terres et roches.
Pour métré la Place en état De ne craindre aucun atentat.
23 5 Pour nouvelles toutes certaines, Je dy que les Cours Souveraines, Tant de Rouen, que de Paris, Ayans solidement compris Les grands profits du grand commerce
240 Que le Roy veut que l'on exerce.
Secondant les intentions De ses deux Déclarations, Sur ce sujet notifiées, Les ont deûement vérifiées,
245 En vertu (ce dit-on) dequoy, S'associans avec le Roy, D'entr'eux les plus habiles Hommes, Y fourniront de grosses sommes.
Pour, avéques Sa Majesté,
250 Avoir part à l'utilité
Qu'un trafic de telle importance Peut aporter à nôtre France.
Comme les profits en sont clairs, Les Princes et les Ducs et Pairs,
2 5 ( Marchands, Magistrats, Gentilshommes, Et cinquante autres sortes d'Hommes, Tant Gens lettrez, que Gens des Arts, Prétendent bien, à tous hazars.
En fouillant dans leur tire-lire,
260 S'y faire, tout-de-bon, écrire.
Les Russiens et les Polonois, Les Suédois et les Danois, La Holande, Espagne, Angleterre, Cent autres Peuples de la Terre
265 Verront ariver à leurs Ports Quantité de rares Trézors De l'Orientale Contrée, Et la France en seroit frustrée!
Elle qui ne manque de rien,
270 Pour )oûir d'un semblable bien !
Hâ, foy d'Autheur simple et fidclle.
Cela seroit honteux pour elle.
Le temps devenant sombre et bas, Princesse, ne me permet pas 275 De m'étendre un peu davantage Sur un si notable avantage.
Je vais finir avec le jour.
Adieu ma Muze, adieu m'amour.
Levinetdu mois, fatal aux Vignes, J'ay fait les précédentes lignes.
Sq>tembre 1664. — Livre XV. Lettre XXXVIII.