‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 62 sur 84 · LETTRE TRENTE-HUIT · texte numérisé non relu

LETTRE TRENTE-HUIT

Du [samedi] vingt-septième Septembre.

MÉMORIALE.

Altesse, que mon cœur révère, Et dont, jusqu'en l'autre Hémisphère, Mes Vers qui portent vôtre Nom, Ont publié le beau renom ; 5 Puis-que pour vous rendre immortelle Je prens toujours un soin fidelle, Après avoir receu de moy.

Oui vous écris de bonne-foy plus de sept cens Lettres rimées, 1 En mille et mille endroits semées^ Voyez d'un vizage adoucy.

S'il vous plaît, encor celle-cy.

Le Roy^ qui toujours considère Monsieur, comme son très-cher Frère,

1 5 Partit Dimanche, et non Lundy, De Vincénes après midy, Pour aller rendre une vizite A ce Prince de haut mérite.

Et, mesme, à sa noble Moitié,

20 Qui tous-deux dans son amitié, Danssoncœur,dans ses bonnes grâces, Ocupent deux des bonnes places.

Le Roy, par un temps assez frais, Alla, donc, à Villers-Cotrais,

2 5 Escorté, dans ledit voyage, De quatre Objets de haut parage, De quatre Objets de qualité, Et dont l'esprit, grâce et beauté, Les rendent, sinon adorables,

^o Du moins infiniment aimables.

Je ne puis assez dignement Exprimer le ravissement Que dans le profond de leur ame Receurent Monsieur et Madame,

^ 5 De voir dans leur noble séjour L'élite et la fleur de la Cour.

Le Monarque, à son ordinaire, Leur parut un Dieu tutelaire, Et sa Troupe, un illustre amas

40 D'atraits, de charmes et d'apas.

N'ayant, d'une feste si telle

Receu Mémoire, ny modelle,

Et Personne d'illec venu,

Ne m'en ayant entretenu, 4^ Je n'ay pas assez de lumière

Pour aire de quelle manière

On traita quatre jours durant,

Ce Magnanime Conquérant,

Et de quelle agréable sorte 50 On fêtoya sa belle Escorte :

Mais de çiuelques-uns nous tenons

Que Molière et ses Compagnons,

Y firent de leurs jeux comiques

Rire les plus mélancoliaues, 55 Et de tout ce qui se fit-là,

Je n'ay (ma-foy) sceu que cela ;

Mais rien n'est de plus manifeste

Que tout ce que j'ay dit du reste.

Le Roy revint, dit-on, Jeudy, 60 Et Monsieur reviendra Lundy.

Comme de lointaines nouvelles.

Et de Relations fidelles,

Je suis friand et curieux,

J'ay sceu d'un Billet sérieux, 65 Que le Fils de ce noble Comte,

Dont en Flandre on fait tant de conte.

Assavoir le Comte d'Egmond,

Qui de biens possède un grand fond,

Fut avec une pompe extrême, 70 Tenu sur les fonts de Baptême,

Par ce noble et brave Seigneur *•' l« M»r-

Qui de la Flandre est Gouverneur, cancéne.

Et par son Epouze et Compagne,

Au nom des Majestez d'Espagne, 75 Qui d'eux pour cela firent choix;

Et ce fut le quinze du mois

Qu'une solennité si belle

Se fit en la Cour de Bruxelle,

Laquelle (à ce qu'on m'a conté) 80 Est une très-noble Cité.

Mademoizelle Caracéne,

Aimable comme une Chiméne,

La Muze historique. — Septembre 1664.

Pucelle trés-digne d'honneur.

Et Fille dudit Gouverneur, 85 D'une grande suite escortée, Dont elle étoit fort respectée, Dans un apareil trionfant Conduizit le susdit Enfant Jusqu'en la Chapelle Royale, 90 Revêtu de Robe Ducale, Ayant son Chef déjà paré.

Non d'un bonnet d'or, ou doré, Mais d'une Couronne brillante, De maints Diamans éclatante.

9$ C'est donc ainsi qu'il fut porté.

Environné de la clairté (Comme le Fils de quelque Sire) De deux cens gros flambeaux de cire, Plus de vingt carosses remplis

100 Depluzieurs Objets acomplis, Avec quantité de Noblesse Qui faizoient une grande presse, (Ainsi t^u'un petit demy-Dieu) Le suivirent jusqu'audit lieu,

105 Jusqu'audit Lieu, cela s'apelle Jusqu'en la susdite Chapelle Où cet Enfant on baptiza, Auquel alors on impoza Les hauts Noms, les noms héroïques,

Il o De Leurs Majestez Catholiques, Avec des respects très-profonds Dessus les saints et sacrez Fonts:

Enfin, quand la cérémonie De ce Baptesme fut finie,

115 Les canons d'icelle Cité, Qui sont, dit-on, en quantité, Bou-bous,d'un grand oruit éclatèrent, Et toutes les cloches sonnèrent.

Et cela fut réitéré

120 Durant le Festin préparé Dans une sale bien parée, .

Et parfaitement décorée De Dufets et meubles fort beaux, Et de plus de huit cens flambeaux ;

1 2 $ Sale, où l'honorable dépence, La pompe et la magnificence. Les entremets et les desserts.

Mêlez d'agréables concerts, La propreté, la politesse,

1)0 Bref, où l'abondance et largesse Régalèrent, à qui mieux-mieux.

Le goût, les oreilles, les yeux.

Un Bal, et des feux d'artifices.

Furent les dernières délices

I } j Oue consacrèrent, en ce jour, L/honneur de ce petit Amour,

Nay d'un sage et généreux Père, Et d'une illustre et digne Mère :

Enfin, dont tu vois à côté 1 40 L'âge, le titre et qualité. °° ^^^^^

de Gj^tc

Hier, comme j'êtois dans la rué, ^^ j j^f.^^

Où je faizois le pié-de-grué.

On me vint faire mention

Qu'un Homme de condition 145 Fit aux Minimes de Vinceines,

En prèzence de nos deux Reines,

Et de pluzieurs Gens de la Cour,

Abjuration, Tautre-jour,

De la croyance Calviniste 1 50 Où dans Charanton on persiste.

Les Révérends Pères du Lieu

Si trés-zélez à servir Dieu

Dans cette espèce d'Hermitage,

Qu'il ne se peut pas davantage, 1 5 5 Montrèrent grand contentement

De cet important changement.

Par lequel une Ame égarée

Du feu d'Enfer est retirée.

Chers Prétendus, excuzez-moy, 160 Je parle icy selon ma foy.

Qui m'aprend, (cela vous sufîze)

Que hors la véritable Eglize

Que Dieu pour son Epouze élut.

Il n'est ny gloire, ny salut.

165 Ce Converty, d'illustre Race,

Est prèzentement en disgrâce

Vers tout ce qu'il a de Parens,

Qu'on dit être fort aparens :

Mais le Roy qui le considère, 170 Et le Ciel, où son Ame espère.

Le voyant des siens, dézormais.

Ne l'abandonneront jamais.

Gilbert de Veny, dit d'Arbouze, Que Dieu de ses grâces arouze,

175 Evesque à prèzent de Clermont, Homme d'esprit sage et profond.

Qui des bons Prélats suit la trace, Fut sacré dans le Val-de-Grace, Par l'Archèvesçiue de Paris,

1 80 Y prézens pluzieurs beaux Esprits, Et mesmement la Reine-Mère, Fondatrice du Monastère, Qui métant sa félicité Aux œuvres de la charité,

185 Et dans les actions pieuzes.

Fut chez d'autres Religieuzes, i-es Dans le Fauxbourg de S . Germain, mîzI Où de sa propre et belle main

Octobre 1664. — Livre XV. Lettre XXXIX.

Plus blanche que de fine toile,

1 90 Elle donna le sacré Voile A certaine jeune Beauté, Qui méprizant la vanité Des frêles plaizirs de la Terre, Qui font aux chastes cœurs la ^erre^

195 Fait dessein, dans ce dévot Lieu, De se consacrer toute à Dieu, Maintenant sa plus chère amorce; Et c'est cette aimable de Gorse Dont les beaux yeux furent, jadis,

200 De mille autres le Paradis.

De Gigery, l'on nous indique Que quatre cens Mores d'Afrique Faizans un merveilleux éfort Pour ataquer un petit Fort

205 Que trente François défendirent, Vingt d'iceux François ils occirent.

Dont fut, par un funeste échet^ Le sieur Chevalier du Tronchet, Commandant dans ladite Place,

2 10 Et dont on plaint fort la disgrâce ; Car pour ses bonnes qualitez On 1 honoroit de tous cotez.

C'êtoit un Guerrier plein de zélé; A son Prince toujours fidelle,

215 II fut en tout temps, en tout lieu, Grand ennemy de ceux de Dieu.

Ce n'étoit ^uefeu, que courage.

Toutefois, il étoit fort sage, Sincère, conscientieux,

220 Et toujours dévot et pieux.

D'un mousquet, le boulet barbare.

Nous enleva cet Homme rare.

Mais après un si triste sort On vangea hautement sa mort ;

225 Car le brave et hardy Gadagne

Se métant soudain en campagne.

Les sudits Mores atrapa, De ses Gens les envelopa.

Et l'on tient pour chozes certaines 2}o Qu'il en tua vingt-deux douzaines.

On dit que le Sieur Grand-Vizir Ne voulant pas laisser moizir Ny son ardeur, ny son courage, Prépare un afreux équipage,

235 (Assisté de quelques Renrorts) Pour faire de nouveaux éforts A repasser ce fameux Fleuve Où aes Fcançois il fit épreuve, Et, mesmement, servir d'écran

240 A la bonne ville de Gran,

A oui le preux Comte de Souches A déjà donné quelques touches.

Ce brave et vigilant Seigneur Du siège étant l'Entrepreneur.

245 Mais s^l n'y fait pas ses afaires, Ny luy, ny les Auxiliaires, Et que le Vizir vienne à bout (Y métant le tout pour le tout) De rompre son projet superbe,

250 Cela prouvera le Proverbe

Qui ait, Qu'on a bien souvent tort, De réveiller le chat qui dort.

C'est assez pour ce jour. Madame, Que sans diminuer la flàme 2 5 5 Qui de la Ryme est Tèlèment, Ou, du moins, en est l'aliment ; Prenant congé de Vôtre Altesse, Voila, donc, mon travail qui cesse.

J'ay fait et parfait ces Vers miens, 260 Le jour du Saint des Chirurgiens.

Page 1