‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 63 sur 84 · FORTUNÉE · texte numérisé non relu

FORTUNÉE

Cher Phébus, Père des saizons.

Seigneur des célestes Maizons, Autant bon amy des Poètes Qu'ennemy juré des choûétes.

5 Astre éclatant et radieux, Enfin, le plus brillant des Dieux :

Pour versifier et pour plaire, Ton ardeur m'êtant nécessaire

La Muze historique. — Octobre 1664.

Je quite aujourd'huy tout tracas, 10 Les raizins communs et muscas, Les gâteaux, les tourtes, les tartes, Les Rois et les Reines de cartes, La lecture, ou les entretiens Des Livres Payens, ou Chrétiens, I j Pour implorer ton assistance A m'inspirer quelque élégance Touchant les Vers bons, ou mauvais, Qu'enfanter maintenant je vais De nôtre Veine assez féconde, 20 En faveur de L'Altesse blonde A laquelle, de tout mon-cœur, Tant que j'auray quelque vigueur Pour ses vertus rendre immortelles, J'écriray Lettres et Nouvelles.

25 Le Roy, dont l'Ame assurément, D'un sage et grand entendement Est naturellement pourvue, Fit Lundy dernier, la Revûé, (En fort noble équipage alors)

30 De tous les Gardes de son Corps, Dans l'enclos du Parc de Vinceines, Où leurs illustres Capitaines, Lieutenans, Ensei^es, Exempts, Se trouvèrent aussi prézens.

35 Je ne sçaurois pas bien vous dire L'intention de nôtre Sire, La raizon, pourquoy, ny comment.

Se fit ce ^and Assemblement; C'étoit (dizent les bruits vulgaires)

40 Pour ôter des surnuméraires :

Pluzieurs Gardes seront fixez.

D'autres déboutez et cassez.

Qui seroit pour-eux choze dure, Et moult déplaizante avanture,

45 Et dont on pouroit soupirer ; Mais il n'en faut pas murmurer, Car comme ce Monarque Auguste A dessein d'être droit et juste, Croyons çiu'il fait comme les Dieux;

50 C'est-à-dire, tout pour le mieux.

Ce Prélat de degré sublime.

Nôtre Archévesque illustrissime, Grave et sage comme un Caton, Mercredy dernier, ce dit-on,

5 5 Allant dans l'Ile Nôtre-Dame,

Prézens maint homme et mainte fem- Dévotement et saintement, [me, Poza le premier fondement.

Autrement la première pierre,

60 (Dans un fond creuzé dans la terre)

Au gré des Peuples réjoûys.

Pour l'Eglize de Saint-Louis, Paroisse de l'Ile susdite, Où sont bien des Gens de mérite.

65 Monsieur le Curé dudit lieu, Homme docte et qui sert bien Dieu, Receut de la bonne manière Ce Pasteur remply de lumière.

Dont la Prélature et l'aspect

70 Comble les cœurs d'un saint respect, Et luv fit (teste découverte) Une narangue si dizerte.

Que ce Prélat, certainement, lyoûit avec contentement,

7$ Dont il lujr rendit témoignage Par un civil et doux langage.

L'ancienne Eglize où ce Prélat Fit son entrée en grand éclat, Etoit si richement parée,

80 Qu'elle en fut d'abord admirée; Un Autel étoit au milieu Construit à la gloire de Dieu, Orné d'une façon adroite.

Ayant un Trône à la main droite,

85 Où, du Roy, l'Image, ou l'Extrait, Ou (pour mieux parler) le Portrait, Tiré par une main sçavante, Avec cette mine charmante Qui le rend par tout si prizé,

90 Etoit superbement pozé; Au dessus du susdit Image Brilloit un Dais de riche ouvrage, Non d'argent, de soye, ou d'azur, Mais d'un certain beau drap d'or pur ;

95 Et s'il est vray ce qu'on en prône, A gauche étoit un autre Trône, Couvert (ce dit certain billet) D'un Dais de velours violet.

Semé de Fleurs-de-Lis sans nombre,

100 Sous lequel se mit, comme à l'ombre.

Ce noble Prélat, susnommé.

Qui dans la Cour est tant aimé.

On luy rendit cent déférences, On luy fit mille révérences;

105 Car outre les Sieurs Marguillers, Quantité de Particuliers, Gens de Noblesse et de Justice, Gens de Commerce et de Police, Et, mesme, jusqu'à des Seigneurs,

1 10 Luy firent d^extrèmes honneurs.

En belle et grande Compagnie, Il fit, donc, la Cérémonie, Dont j'ay tantôt fait mention, Dans une circonspection

Octobre 1664. — Livre XV. Lettre XXXIX.

1 1 $ Digne de son saint caractère,

Et convenable à tel mistére.

Non pas comme agissant de soy Mais il la fit au nom du Roy, Qui pour un si pieux Ouvrage 1 20 Commit ce rare Personnage, Qui, dit-on, s'en aquita bien Au gré de piuzieurs Gens-de-bien.

Les Syndics de ce grand Commerce, Que nôtre Roy veut qu'on exerce,

1 2 5 Piquez d'un important soucy ,

Firent porter Jeudy, d'icy.

Un Bateau rempiy de Jeunesse, S'en allant avec allégresse, Au Havre-de-Grace embarquer, 1 50 Pour s'enrichir et trafiquer.

Et (comme on dit) busquer fortune, Courant sur le dos de Neptune, Aux Iles de Madagascar, Où ne fut jamais feu Cézar.

1 3 5 MaintsPrestresvont,degrandcourage,

Pareillement audit voyage Pour instruire et pour baptizer, Prêcher et christianizer.

Avec des discours salutaires,

140 Les mizérables Insulaires,

Qui, n'ayans nuls rayons de Foy, Ne connoissent ny Dieu, ny Loy.

Ils partirent sans dire gare.

Au clair son de mainte fanfare,

145 A l'aspec d'infinis Bourgeois, Qui leur crioient à haute voix :

> Courage, le Ciel favorize

> Vôtre généreuze Entreprize,

> Allez à la garde de Dieu,

150 > Adieu, brave Jeunesse, adieu.

Certes si j'étois dans un âge A faire encor un lon^ voyage.

Au lieu de tant poetizer, Je voudrois argonautizer :

155 Et si le Destin, qui m'est chiche, M'avoit fait opulent et riche, Et que j'ûsse oien des Ducats, Je hazarderois, en ce cas, (Flaté d'une belle espérance)

160 Un, ou deux tiers de ma finance :

Mais y pourois-je songer ? non, Car je n ay point d'argent mi^on ; Et c'est tout ce aue je puis faire Que subvenir à Pordinaire

165 (Encor bien maigrement, ma-foy) De ma Gouvernante, et de moy :

Quand je mets, icy, Gouvernante,

C'est-à-dire antique Servante.

Si j'ennuye en dizant cecy 170 D'un stile assez froid et transy,

Vous, Créatures humaines.

Qui lizez toutes les semaines

Mes Vers, avec atention,

Excuzez ma digression, 175 Mon devoir, aujourd'huy, m'impoze

De vous dire quelqu'autre choze.

Craignant d'irriter le Divan, Si de Newhauzel et de Gran Les Chrétiens faizoient la conqueste,

180 Et de peur, aussi, de sa teste,

Le Grand-Vizir, Homme hazardeux,

A secouru toutes les deux.

De poudres, de boulets, de mèches,

Dedards,d'épieux,d'arcsetdefléches,

185 De piuzieurs nouveaux Régimens, Et de tous rafratchissemens.

Je sçay bien que peu de personnes Trouveront ces nouvelles bonnes.

Mais un fidelle Historien

1 90 Doit tout dire, et n'obmétre rien.

Les Peuples de la Silézie Ont de frayeur l'ame saizie, Ayans peur que les Turcs méchans Ne ravagent leurs tristes champs,

195 Et que leurs Troupes Infidelles, Par leurs hostilitez cruelles.

Ne fassent de leur propre sang Mainte rivière, ou large étanç :

Car ces Démons, car ces Barbares

200 Aussi-bien eux que leurs Tartares Qui sont de dangereux paillards.

Massacrent enfans et vieillards, Et font soufrir à tout le reste Une servitude funeste.

205 C'est à Vous, ô Grand Empereur, D'opozer à cette fureur, Dont vos Pais sont les amorces, Vos Confédérez et vos Forces :

Mais c'est à moy de rimailler,

2 10 Et non pas de vous conseiller.

Entre l'Angleterre et Holaftde, La froideur est toujours fort grande.

Et si ces deux Etats puissans Ne vont bien-tôt adoucissans 2 1 5 Par un Traité suivy de brindes, Leurs diférens touchant les Indes, On verra que ces deux Partis Faizans gémir Dame Tétis, Loin de sa bonne Sœur, la Terre,

La Muze historique. — Octobre 1664.

220 Avec leurs grandsVaisseaux de guerre, Ils auront, sur les flots salez, Entr'eux d'horribles démêlez.

Outre ces funestes semences De guerres et de violences, 225 Qui menacent de grands mal-heurs, Ces deux Puissances ont, d'ailleurs.

Les très- périlleuzes Racines De malignitez intestines :

L'Angleterre a des Factieux, 2^0 (A tous Etats pernicieux;)

Et l'Holande, une ardante peste.

Qui fait un ravage funeste |

Non pas, je aoy, dans Roterdam, Mais, ce dit-on, dans Amsterdam, 2)5 Où ce fléau de l'Humain Lignage A fait sucomber souz sa rage, Tant Citadin, que Gastadour, Quatre cens personnes par jour.

Etant tard, ce triste Chapitre 240 Sera la fin de mon Epltre, Atendant des sujets plus doux, Princesse, et plus dignes de Vous.

Fait à Paris, et non à Rome, Lequart du moisqu'Oaobreon nomme

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