‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 64 sur 84 · LETTRE QUARANTE · texte numérisé non relu

LETTRE QUARANTE

Du [samedi] onzième Octobre.

AVANTURIÉRE.

MuzETTE, oui me fais rymer, Certes, je te dois bien aimer.

Car bien souvent tu me procures D'assez heureuzes avantures, 5 Avec l'estime et la bonté De bien des Gens de qualité.

D'esprit, d'honneur et de naissance, Qui d'une entière bienveillance.

Qui d'une afection sans fard 10 Me font généreuzement part, Et me reçoivent chez-eux, comme Si j'étois un fort honnête Homme :

Or-devant Témoin ce Monsieur Duménil, dM cïrdei Qui, de la Seine jusqu'au Nil, de Monsieur Ne voit personne qui l'égale de Sïty. A bien dispozer un Régale, Et oui vers l'heure de midy.

Me têtoya si bien Mardy, Que jamais en jour de ma vie 20 Je n'As l'ame si bien ravie.

Or Muzette, mon cher soucy, Lors que l'on me régale ainsy.

Et qu7)n me fait quelque caresse.

C'est à toj que cela s'iadresse; 2 5 Je t'en fais, donc, en ce moment Un honneste remerciment.

Et le prie, au nom du Parnasse, Me faire toujours cette grâce

De m'inspirer, de mieux en mieux,

}o Au gré des Lecteurs curieux.

Des Majestez des Rois, des Reines, Des Princes, des Cours Souveraines, De la Noblesse et des Bourgeois, Et des Latins et des Grégeois,

) j Mais sur tout, de cette Ame belle, Sous les auspices de laquelle Les Lettres en Vers que j écris, Plaizent à quantité d'Esprits.

Par une gloire sote et vaine

40 Cecy ne sort point de ma Veine, O Lecteur je t'en fais serment ; Mais pour témoigner seulement, Qu'étant à Pamitié sensible. Je fais tout ce qui m'est possible

45 Pour rendre l'honneur que je doy Aux Personnes dont j'en reçoy.

Voila mon ame déchargée.

Ou du moins un peu soulagée :

Sans, donc, biaizerd'un moment,

50 Ecrivons historiquement

Lundy, quand on vid dansVincdnes Tant d'Oficiers et Capitaines, Le Roy prétendoit bien alors Retrancher des Gardes du Corps :

55 Mais à la faveur et prière

Octobre 1664. — Livre XV. Lettre XL.

Des deux Reines, Epouze et Mère, Pour lesquelles Sa Majesté A grande tendresse et bonté, A leurs vœux se rendant conforme,

60 II n'a pas fait grande réforme :

Mais il leur a tait seulement, Tout de nouveau prêter serment.

Ainsi, hors quelque petit nombre, Sur lesquels a tombé l'encombre,

65 Et qui seront recompensez, Peu d'entr'eux ont esté cassez; Je n'en sçay pas, pourtant, le compte, Mais c'est ainsi qu'on le raconte.

Samedy, quatre de ce mois,

70 Jour du bien- heureux Saint François, Sa Feste fut solennizée.

Et sa vertu timpanizée Par tout plein de grands Orateurs, Qui plus, qui moins» Prédicateurs,

75 Sur- tout, aux Récolets d'Irlande, Dont TEglize n'est guère grande, Et leur Convent, en vérité.

Plus remplyde nécessité.

Manquement, soufrance et mizére,

So Que pas-un autre Monastère, Dénué, pauvre et languissant ; Et cecy soit dit en passant Pour exciter les saintes âmes Des Gens pieux, des bonnes Dames,

85 D'employer leur zélé chrétien A leur faire, ou donner du bien.

Ce fut, donc, dans ladite Eglize, Qu'avec une éloquence exquize, Le sçavant Abbé de la Mont,

90 Rn doctrine (dit-on) profond, Débita les belles louanges De ce Saint, plus saint que les Anges.

Outre des Gens en quantité.

De mérite et de Qualité,

95 Ce jeune Miroir ae sagesse.

Cette aimable et charmante Altesse Dont trois Lys d'or font l'Ecusson, Mademoizelle d'Alençon, Pour qui ma Muze a bien du tendre, 100 Alla ledit Sermon entendre.

De plus, cette Belle voulut Etre tout du long au Salut :

Puis, chez-elle raizant retraite, Parut grandement satisfaite IC5 De voir en un si petit lieu Servir si dévotement Dieu.

On m'a dit, pour choze certaine,

Qu'un des jours de cette semaine.

Le Chevalier d'Amaulfiny, 1 10 Que l'on tient être aussi muny

De courage et d'une ame forte

Que Gentil-homme de sa sorte.

Et lequel est, comme je croy,

Des Grands Mousquetaires du Roy, 115 Se piquant d'aller en Afrique,

Dont maint autre Brave se pique.

Voulut, avant son partement,

Subir le divin Sacrement,

Dont le sacré saint caractère 120 Nous purifie et régénère;

De saint Hutle il fut arozé.

C'est-à-dire, il fut bâtizé.

Pour aller au rivage More,

Car il ne l'êtoit pas encore, 125 Quoy qu'au raport des Gens sensez.

Il eut vingt-et-deux ans passez.

Il eut pour illustre Maraine

La Dame-d'Honneur de la Reine; ,^ duchesse

Et pour Parain son Commandant, * de"" 150 De pluzieurs dépôts. Intendant, Momozier.

En qui la Cour a confiance d'Anaignao.

Et l'un des vigilans de France.

Ce fut au Faux-bourg S< Germain,

Que ce jeune et vaillant Humain 1 5 5 Receut ce Sacrement propice.

Dans l'Eglize de saint Sulpice,

Où, pour la rareté du fait

Se trouvèrent, de compte fait,

Des Personnes plus de deux mille, 140 Tant du Faux-bourg, que de la Villa.

Nôtre Reine-Mère du Roy, * Qui dans les vertus de la Foy, Passe, du moins, la Reyne Blanche, Fut au Val-de-Grace, Dimanche,

145 Séminaire de pureté,

Et dont (grâce à Sa Majesté) Le Dôme, de figure ronde, Est un des beaux qui soient au Monde.

En ce saint Lieu, donc, elle alla,

1 50 Dautant qu'on faizoit ce jour-là.

Dans ce Monastère splendide, La Feste du grand Saint Placide, Un des saints, que le plus souvent On invoque au susdit Convent.

1 5 5 Elle honora de ses vizites Aussi, les grandes Carmélites, Le Duc de Valois, et de plus.

Les benoîts Pères de Picpus, Où le Provincial de l'Ordre,

160 Et lesdits Pères, en bon ordre,

La Muze historique. — Octobre 1664.

La receurent avec respect, Et témoignèrent à l'aspect D'une si sublime Princesse, Une vraye et sainte allégresse.

Ayant en mots assez exprés Dit les nouvelles d'icy-prés, Faizons un tour à la Campagne ; Premièrement, en Alemaçne, Où Ton se trémousse toujours,

170 Pour donner secours, sur secours, De quantité de Gens de solde Au noble Empereur Leopolde, Dont les superbes Otomans, Qui n'aiment pas les Alemans,

175 Menacent de leurs barbaries, Les Etats et les Seigneuries.

Dans Paris on s'étonne fort De ce que sont si peu d'acord Les Généraux de son Armée;

180 Car on sçait de la Renommée

Que ces deux hazardeux Guerriers, Tous deux si dignes de lauriers, Messieurs de Serin et de Souches, Dont plus d'un million de bouches

185 Ont timpanizé la valeur.

Par un déplorable mal-heur, Nonobstant cent actions belles, Qui seront sans-doute immortelles, Paroissent depuis quelque-temps

1 90 Et refroidis et mécontens.

Voudroit-on payer leurs services D'ingratitudes, d'injustices.

Au heu de les récompenser.^ Kâ non, je ne le puis penser;

195 Je juge mieux, en conscience, De l'Impériale prudence.

Je croy qu'elle a pour Conseillers Des Gens sages et sin^liers.

Et maintes cervelles bien saines ;

200 Toutefois, ces deux Capitaines, Après mille et mille beaux faits, Ne sont pas, dit-on, satisfaits.

Depuis deux ou trois jours on mande D'Angleterre et de la Holande,

205 Que ces deux Peuples pointilleux, cest-à-dire un peu chatouilleux, Sçachans bien que la Politique Veut qu'un Etat soit pacifique, Paroissent un peu moins ardans,

210 Plus doux et plus condécendans Touchant la discorde entr'eux née Sur les débats de la Guinée.

L'étrange peste d'Amsterdam,

Fléau de la race d'Adam, 2 1 5 Qui paroissoit presque enragée,

Est maintenant plus mitigée ;

Un vent purifiant du Nord

A diminué son éfort,

Et l'on conçoit grande espérance 220 D'en avoir bien-tôt délivrance.

J'ay sceu d'un Clerc nommé Henry, Que (a Place de Gigery, Autrefois Etniaue et Payenne, Prèzentement Donne chrétienne,

225 Et dont le Roy prend grand soucy, Est en bon état, Dieu-mercy; Elle a pour Commandant un Prince Digne d'une grande Province ; On a foumy ses magazins

230 De noix, de figues, de raizins :

Elle a des poires et des pommes, Elle a quantité de bons Hommes ; On m'a dit que Ton boit léans, Des vins d'Arbois et d'Orléans;

23 5 D'huile on a plein quarante cruches, Trente barils pleins de merluches.

Des bœufs morts et des bœufs vivans.

Des parasols, des paravans, Deschevaux doux,aeschevaux rogues,

240 De quatre cens sortes de drogues.

Des blez où [l'jon a mis le taux.

De poudre k canon vingt quintaux.

Six-vingts boêtes de merroeiades Pour ceux qui deviendront malades,

24) Vingt-et-deux boisseaux de màrons, De la graisse pour les cirons.

Des rondeaux pour faire des tartes.

Des échecs, des trictracs, des cartes.

Des bûches, cotrets et fagots :

250 Mais, en ce lieu, peu de Cagots, Qui sont dans la Paix et la Guerre Les males-pestes de la Terre.

Mais quoy que l'on ait tout cela.

Comme on n'a pas grand Terrain là

2 5 5 Pour planter, semer et produire.

Et pour Forts et Fortins construire, On envoy'ra de temps en temps.

Dans les Etez, dans les Printemps, Cent chozes pour la subsistance

260 De ces braves Guerriers de France, Qui pour la gloire et pour la Foy, Pour la Patrie et pour le Roy, Pleins de génèreuzes envies, Vont bazarder leurs belles vies.

Octobre 1664. — Livre XV. Lettre XLI.

26 j Si cette Lettre en Vers, n'a pas Pour vôtre Altesse, assez d'apas,

F%»: *:^^ ^* j I IX

D inventions et de lumières^ Eccuzez le peu de matières.

Fait auazy comme en m'ebatant, 270 L'onze du mois, jour inconstant.

LETTRE Q UARANTE-UNE

Du [samedi] dix-huitiéme Octobre.

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