r,evi-ve
Aussi, les ardantes prières De mille Familles entières, Les vœux pleins de zèle et de foy
180 De la Reine- Mère et du Roy, Et la régulière Neuvaine Qu'il fait pour son aimable Reine, ^-'"<- La Chasse que l'on a pris soin De dêcendre en ce grand bézoin,
18 j Les Processions entreprizes
Par plus de cent cinquante Eglizes ; De plus, les infinis deniers Pour délivrer les Prizonniers, Et faire mainte large aumône,
190 Ont parvenu jusçiues au Trône De Tadorable Trinité, Qui voyant d'un œil de bonté Cette Princesse languissante, Cette Reine quazi mourante,
195 Luy donne depuis quelques jours Un doux et vizible secours, Qui forme une entière espérance Dans tous les Gens-de-bien de France Qui pour Elle font oraizon,
200 lyune prochaine çuèrizon.
Et de voir refleurir en Elle Cette Jeunesse fraîche et belle, Dont l'aimable et charmant retour Réjouira toute la Cour.
205 . Le Roy, qu'un chagrin acompagne Pour les langueurs de sa Compagne, Luy voyant quelque amendement, Alla, par divertissement.
Voir les superbes Broderies,
210 Peintures et Tapisseries
Que l'on fait pour Sa Majesté En certain Logis écarté, Clair, plaizant, et pointdu toutsombre, Où des Ouvriers, en grand nombre,
2 1 j Travaillent THyyer et l'Eté Avec grande assiduité.
Et dont ce rare Personnage Auteur de maint charmant Ouvrage, Monsieur Le-Brun est Directeur,
220 Et le suprême Ordonnateur, Etant pour de pareils Ouvrages Un de nos plus grands Personnages, Et qui de 1 esprit et des mains, Fait de plus transcendans Desseins.
Ce Prince, qui par excellence A de tout grande intelligence, Admira tout ce qu'il y vid.
Ou plutôt cela le ravit ;
Et quoy que pour sa chère Epouze 2^0 11 eut des soucis plus de douze.
Il prit, toutefois, le loizir
De goûter-là bien du plaizir :
Mais il ne faut pas qu'on s'étonne
Si sa trés-auguste Personne 235 Eut, illec, des momens joyeux,
La Reine se portoit bien mieux.
J'ay sceu par le poly langage
D'un Billet de plus d une pa^e,
Que des Messieurs, en quantité, 240 Gens d'esprit et de qualité,
Gens éclairez, Gens nécessaires,
Ingénieurs et Commissaires,
Philozophes Démonstratifs,
Géomètres spéculatifs, 245 Et qui pour les eaux et Rivières
Ont des clairtez particulières
Suivant,d'un mouvement bien prompt,
La commission qu'ils en ont.
Commencent par leurs soins et veilles 250 De se trémousser à merveilles,
Pour conjoindre les flots amers
De Pune et l'autre des deux Mers.
C'est dans cette Province large, Langue joc.
Dont j'ay mis le nom à la marge, 2 5 5 Qu'on travaille à ce grand projet,
Lequel doit avoir pour objet
Le grand et merveilleux Commerce
Que le Roy prétend qu'on exerce :
Et de tous c est l'opinion 260 Que desdites Mers l'union
Est de la dernière importance
Pour tout le Royaume de France,
Qui par ce travail excèlent
En deviendra plus opulent :
26 5 Mais dans quelque autre mien Ouvrage
J'en pouray jazer davantage,
Afin d'en parler plus exprez,
Il faut atendre les procrez,
Car ce grand dessein ofont je traite 270 N'est pas encor afaire faite.
J'avois encor d'autres Billets Pour remplir plus de deux feuillets, Mais, ô Princesse que j'admire.
Il est temps que je me retire.
275 Ecrit, tellement-quellement, La veille Monsieur Saint Clément.
La Muze historique. — Novembre 1664.