‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 70 sur 84 · CONSOLANTE · texte numérisé non relu

CONSOLANTE

Ha que j'ay de peine à me mettre A faire, aujourd'huy, nAtre Lettre!

En la froide humeur où je suis Je difére autant que je puis ; 5 Et cette froideur^ ou froidure, N'est point pour moy de bon augure.

Dans TArt dont je me mêle un peu, II faut assurément du feu, Non pas un feu de cheminée,

10 Dont l'activité n'est bornée Q^u'à chaufer les piez et les mains Des Humaines et des Humains; Mais un feu dont la pure flàme N'ait d'aaion que dans nôtre Ame.

1 5 Or, comme cette noble ardeur Qui donne aux noms de la splendeur Par ses lumières non-vulgaires.

Maintenant ne m'échaufe guéres.

Je croy que mes Vers n'auront pas

20 Pour ma Princesse assez d'apas :

Princesse, dont l'Ame charmante Est si claire et si pénétrante, Que l'Ouvrage le plus joly.

Le mieux orné, le mieux poly,

25 Et de la meilleure cervelle, Ne seroit pas trop digne d'Elle :

Mais comme j'ay dit pluzieurs fois.

Depuis cent quatre-vingts dix mois, Cette Altesse a, pour ma science,

)o Tant de douceur et d'indulgence, Que mes Vers, bien ou mal conceus.

Sont toujours d'Elle bien receus.

Sur cet espoir, donc, qui me flate, Ma Lettre dût-elle être plate,

j 5 Et mon crédit diminuer, Je m'en vais la continuer.

De Dieu, la Bonté Souvereine, Prenant pitié de nôtre Reine, Commence de la soulager, 40 Du moins, elle est hors de danger, On void à ses dures soufrances

De remarquables allégeances; Les secours vrayment précieux^ Tant de la Terre, que des Cieux,

45 Ont combatu la maladie Dont la cruauté trop hardie, Durant mainte nuit et maint jour.

Fit soupirer toute la Cour, Et, mesmement, toute la Ville,

50 Qui, pour lors, étoit peu tranquile De la voir en ce triste état:

Mais, sur-tous, nôtre Potentat, Dont les soins , les douleurs, les larmes.

De son cœur montroientlesallannes.

5 5 Brave et Grand Roy, s'il en fut onc, Aujourd'huy, consolez-vous, donc.

Consolez-vous, ô Reine-Mére, En faveur d'une Bru si chère, Qui de vôtre auguste amitié

60 Possède, presque, la moitié.

Consolez-vous, Maizon Royale, Consolez-vous, Cour sans égale.

Consolez-vous, ses Oficiers, Tant Nobles, que Bénéficiers:

65 Enfin, avec réjoûyssance, Consolez- vous, toute la France; Et vous, ô quantité de Gens, Qui fûtes prompts et diiigens (Plaidant une Reine si belle)

70 De faire au Ciel des vœux pour Elle, Acomplissez, mes bons Amis, Ce qu à Dieu vous avez promis; Acomplissez vos pénitences ; Vos jeûnes et vos abstinences,

75 Vos aumônes, vos charitez.

Et, bref, tous desseins concertez De prières et de sufrages, Et de dévots pèlerinages; Dégagez-vous en temps et lieu

80 De vos promesses envers Dieu ; Acomplissez vos vœux, vous du-je, A cela l'honneur vous oblige.

Car prométre et ne tenir pas

Novembre 1664. — Livre XV. Lettre XLVll.

Est un procédé lâche et bas, 85 Et, de plus, mesmement, je pense Qu'il y va de la conscience.

On dit que le Duc de Beaufort, Que les Mores redoutent fort, Leur a pris, assez loin de terre, 90 Un notable Vaisseau de fi;uerre, Plein de richesses et de biens, Qu'ils avoient pris sur les Chrétiens :

Lequel Vaisseau considérable^ Et de grandeur presque admirable, 95 (A ce que j'en puis coliger) Se nommoit l'Amiral d'Alger^ Et, s'il est vray ce qu'on en conte, Armé de cent canons de fonte.

Cétoit dans certains Manuscrits

100 Que j'ay cette victoire apris.

Que l'on peut dire, en conscience.

Etre d'extrême conséquence^ Puis-que ces Corsaires maudits Pires sur Mer que des Bandits,

105 Et dont la force déchaînée, Sur la Mer Méditeranée, Va nuit et jour piroûétant.

En seront afoiblis d'autant.

Dés la précédente semaine,

1 10 Comme d une choze certaine, Pluzieurs Gens faizoient mention De cette héroïque action.

Je l'apris, mangeant d'une tourte.

Maïs comme ma mémoire est courte,

1 1 5 Par mégarde je l'oubllay.

Et point je ne la publiay.

Un Quidan, aussi, m'est venu dire Qu'un certain Maître de Navire (Maître, c'est-à-dire Patron)

120 Que l'on nomme sieur Pateron, Voyant un Brigantin d'Afrique Qui luv venoit faire la nique.

Loin (Te reculer, ou bouquer, Il l'alla luy-mesme ataquer,

125 Le combatit à toute-outrance, Et fit si bien par sa vaillance, Que dans un combat hazardeux Il en bazourdit vingt-et-deux.

Et mit le reste dans les chaînes,

i)o Sçavoir environ deux douzaines De ces pervers Mahométans, Qu'il vendit à deniers comptans Dans Ligoume, en place publique, Où d'Esclaves Turcs on trafique,

I } 5 Pour, ensuite, les échanger

A des marchandizes d'Alger.

Une Lettre assez bien dictée,

Du deux de Novembre datée,

Autrement un certificat 1 40 Qui vient d'où vient le vin muscat, PronUgnan.

Me donne avis, vaille-que-vaille.

De cette petite bataille

Où lesdits Turcs furent défaits.

C'est pourguoy, volontiers, j'en fais 145 Un récit digne de croyance :

Car j'aime si peu cette Engeance

De Pirates et de Voleurs,

Qui sont de vieux tralne-mal-heurs,

Et les fléaux du pauvre monde 1 50 Tant sur la Terre, que sur l'Onde,

Que moy, qui ne suis point cruel.

Mais plutAt d'un doux naturel,

Voudrois que par toute la Terre

On leur livrât si forte guerre 1 5 5 Que tous Brigands, grands et petits.

Fussent pendus, ou convertis.

Ces jours passez, certain jeune homme.

Que l'on dit être Gentil-homme,

Mais dont le nom m'est inconnu, 160 Voyant, d'un esprit ingénu,

Une route bien plus certaine

Dans la Religion Romaine

Pour aller au séjour divin,

Que dans celle de feu Calvin 165 (Qu'il avoit par acoûtumance

Professé depuis sa naissance)

Dans les Capucins l'abjura, ^^^f**

Et dans cet instant dézira Fiai-boarg

Par des vœux dévots et sincères ^- •'■^"«»- 170 Prendre l'habit de ces bons Pérès,

Lequel habit fut acordé

Aussi-tAt qu'il l'ût demandé.

La Reine- Mère ètoit prézente

A cette Action excélente, 175 Avec des Gens de la Cité

En assez grande quantité;

Et je l'ay sceu d'une Voizine,

Qui me r<iprit dans sa cuizine.

Laquelle y fut prézente aussy, 1 80 Et qui m a dit la choze ainsy.

Alexandre, n6tre Saint-Pére, Que toute TEglize révère.

Ces jours passez, en sa santé, Ressentit quelque infirmité 185 Etant dans son Château-Gandolphe, Qui n'a d'autre ryme que golpbe; Mais ce mal n'a pas eu long cours.

La Muze historiq^ue. — Décembre 1664.

Et n'a duré que quatre jours, Ce qui calma toute la crainte 190 Qu'en avoit eu Rome la sainte.

J'ay sceu d'un prudent Citadin, Que Monseigneur Aidobrandin, Qui passe pour fort honnête Homme Entre les Cardinaux de Rome,

19J A, comme un point tout assuré, Depuis quelque-temps déclaré Q^u'avec respect et concordance Il étoit Amy de la France, Et de nôtre Roy Très- Chrétien;

200 Et, certes, tous les Gens-de-bicn, Toute ame juste et raizonnablé Jugeront qu'il est convenable Qu'il ait beaucoup d'afection Pour une illustre Nation,

20$ Dont les assistances sincères

Ont servi Rome et les Saints-Péres, Et serviront d'un cœur constant, L'ocazion s'en prézentant:

Toutefois, je supoze entr'Elles

2 1 Des bienveillances mutuelles, Car toute vraye afection Prétend réciprocation.

Que je souhaite, en franc Bon-homme, Etemelle entre France et Rome^

2 1 5 Selon que j'ay sceu de pluzieurs De ces trés-habiles Messieurs, Le Roy, dont l'ame est si bien née, A continué cette année, Aux sçavans Esprits de ce temps

220 (Dont ils sont ners et trés-contens) Le pay'ment de notables sommes, Dont ces Grands, ces illustres Hommes, Gens de mérite et signalez.

Furent Tan passé régalez,

225 Non pour obliger leurs Génies A des louanges infinies En faveur de Sa Majesté, Mais c'est que son cœur est porté A faire dons et recompenses

2)0 Aux Excélens dans les sciences, Car si c'ètoit pour à jamais Faire étemizer ses beaux faits, J'en connois Tel, qui, ce me semble, A plus écrit qu'eux tous ensemble

2)5 De ses augustes actions, Et des rares perfections Qu'on void briller en sa Personne, Et, pourtant, rien il neluy donne; Ce n'est donc point par ce motif,

240 Par ce motif excitatif.

Que cette Majesté Royale Est envers eux si libérale :

Mais seulement pour témoigner Que sçachant comme il faut régner,

245 II aime les Sciences belles, Et fait couler, en faveur d'elles.

Des dons, des grâces, des douceurs Dansles mainsdesgrandsProfesseurs, Par un discernement très-}uste,

2 5 o Comme on faizoit du temps d'Auguste.

Madame, en commençant ces Vers, Fagotez à tors et travers, N'ay-je pas dit à VAtre Altesse Qu'ils n auroient que de la foiblesse?

2 5 5 Mais ayant si mal réûssy, Ma Grande Princesse, sy Je n'ay pas été bon Poète, J'ay, du moins, été bon Prophète.

Fait la veille de Saint André, 260 N'étant ny frizé, ny poudré.

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