VOLONTAIRE
MuzE, abandonne le Parnasse, Je ne sçay quoy qui m'embarasse.
Et que je ne sçaurois dompter.
M'empêche à prézent d'y monter, 5 Laisse, pour un moment, ta Troupe, Quite ce Mont à double croupe.
Et, par un obligeant soucy, Vien m'inspirer jusques-icy.
C'est-à-dire jusqu'en ma chambre,
10 Aujourd'huy treize de Décembre:
Sois, donc, favorable à mes vœux.
Et consens, à ce que je veux ; Donne-moy vigueur et lumière Pour mieux acnever ma cariére,
1 5 Puis-qu'il est vray que, loin ou prés, Pluzieurs Gens atendent après; Et, sur-tout, la Princesse Illustre, Qui donne à noi Vers bien du lustre :
Tachons, donc, de la divertir,
20 Sans flater, feindre, ny mentir; La choze est souvent mal-aizée.
C'est, pourtant, toujours ma vizée.
On void encor, de jour en jour, Beaucoup de tristesse à la Cour, 2 5 Où chaque Personne est en peine De voir que n6tre jeune Reine, Du Sort éprouvant la rigueur.
Est si lonç-temps dans la langueur : Comme elle est tendrement aimée,
50 La France en paroît allarmée, Et dans chaque Eglize et maizon On fait mainte et mainte Oraizon, Afin que Dieu luy soit propice.
Et que bien-t6t il la guérisse:
3 S Et Madame, pareillement.
Dont le foible tempérament A jusqu'icy fait rézistance Aux maux qui viennent de l'enfance, Tantôt semblant presque expirer,
40 Et tantôt faizant espérer, En s'atachant à la mamelle, Quelque meilleur destin pour elle.
Par une pieuze action De zélé et ae dévotion,
45 Digne cent fois d'être louée, Elle fut, l'autre-jour, vouée A cet illustre et sacré Lieu, Auquel, de la Mère de Dieu, (Tant au Convent, que dans l'Eglize)
50 La pureté l'on solennize, Touchant l'Immaculation De sa sainte Conception, Pour, en suivant le Formulaire, Porter l'Habit et Scapulaire
5 5 De cet Ordre assez signalé,
les Récolectes
du FAuxbourg
S. Germain.
La Muzb historiq,ub. — Décembre 1664.
qui finira
Landj
prochain.
au
Réffiment
des Gardes t
Fraîchement en France instalé, Les trois premiers ans de son âge, Et, ce dit-on, point davantage.
Dans lequel saint et dévot Lieu, Huit doctes Serviteurs de Dieu, Prédicateurs, par excélence, Et qui se sont, par l'éloquence Aquis un immortel renom, Ont, chacun d'eux, fait un Sermon Sçavant, touchant, moral et grave, Durant les huit jours de l'Octave; Et voicy, mes trés-chers Lecteurs, Le nom desdits Prédicateurs,
Père Sénaut, digne de gloire, Et Général de l'Oratoire; Le dizert Abbé de Maruc, Dont les discours sont pleins de suc; L'Escalopied, que l'on sçait être Pour la Chaire un habile Maître; Monsieur Bizot, Monsieur Biroûat, Gens dignes de l'Episcopat; Sage et vénérable Personne Gooillon, Docteur de Sorbonne, La-Greffe, illustre Cordelier, Qu'on ne devoit pas oublier ; Et, bref, l'Abbé de Fromentiéres, Dont les qualitez singulières L'ont fait parvenir à son tour^ L'un des Prédicateurs de Cour:
Tous lesquels rares et grands Hommes, VraycommeenDécemorenous sommes^ L'un et l'autre ont jusques-icy Admirablement réûssy, Ayans eu toujours aflûence De Personnes de conséquence.
Un Quidan, d'honneur et de foy, Me dit, désMardy, que le Roy, UndesRois du siecleoù noussommes, Qui chérit mieux les Braves Hommes, Et fait trés-volontiers du bien A ceux-là qui le servent bien, A donné, dés l'autre-semaine, A Monsieur Pradel, Capitaine, Capitaine assez renommé.
Et, certainement, estimé Un des plus hardis du Royaume, Le Gouvernement de Bapaume, L'un de ceux dont, dans tout l'Etat, On fait plus de cas et d'état:
Cette ville étant régulière.
Importante, forte et frontière, Et, tant en gros comme en menu D'assez, dit-on, bon revenu.
Par la mesme bonté Royale, 1 10 Aux honnêtes Gens libérale.
Quand souvent on s*en doute moins, (Et bien des Gens en sont témoins ) Monsieur de Flavacourt-Foûilleuze, Homme de valeur merveilleuze, 1 1 5 Qui, pour l'honneur, a de l'amour Autant que pas-un de la Cour, Gentil-homme courtois et sage.
Qui joint à l'ardeur du courage La discrétion et l'esprit, 120 Est Gouverneur du Saint-Esprit, Autre Gouvernement notable, Autre Place considérable.
Et dont le nom est fort ancien Dans le Climat Languedocien.
1 2 { Voila donc, pour leurs bons services
Dans les martiaux exercices.
Et pour tous leurs travaux passez.
Deux braves Gens recompensez, Et c'est ainsy que la Noblesse I )o Qui par valeur et par prouesse.
Par zèle et par fidélité Aura servy Sa Majesté, (Dans tout l'Univers respectée) Doit espérer d'être traitée.
1 3 5 Outre la constance et la foy.
Deux aualitez de bon-aloy.
Outre le cœur et la vaillance.
Et, mesmes, la persévérance, Il faut, prés des Grands et des Rois,
140 Avoir du bon-heur, toutefois; Il faut que la Dame Fortune N'ait pour vous haine, ny rancune, Il faut n'avoir point d'envieux, Ny d'ennemis malicieux :
145 Mais quand un Brave etGalantHomme, Gentil-homme, ou non Gentil-homme, Se sera, de tout son pouvoir.
Bien aquité de son devoir, S'il est ordonné par les Astres,
I jo (Auteurs, dit-on, de nos dézastres) Qu'il ne reçoive nul guerdon, Octroy, grâce, faveur, ny don, S'il a vertu, s'il a courage.
S'il a de l'honneur, s'il est sage,
1 5 5 II faut, de tout ce qu*il a fait, Etre entièrement satisfait.
Et, par une prudence extresme»
Se aoit contenter en soy-mesme.
Mais quitons ces réflexions^
160 Faizons d'autres Relations:
Pour un Auteur de simple étofe C'est trop faire le Philozofe,
Décembre 1664. — Livre XV. Lbttrb XLIX.
Moy qui n'ay jamais lu Caton^ Non plus qu'Aristote^ ou Platon,
165 La semaine n'est pas féconde En grandes nouvelles du Monde»
Comme il parolt jusqûes-icj; Je diray seulement cecy, Que les Cohortes Polonoizes,
170 Dans la guerre assez peu courtoizes, Ont cassé, ce dit-on, le cou A très-bien des Gens de Moscou :
(Moscou veut dire Moscovie, Où, d'aller, je n'ûs, onc, envie,
175 Paris étant le seul séjour
Pour qui mon cœur a de l'amour) Bref, casser le cou c'est-à-dire Abazourdir, tuer, occire; Dix milliers d'iceux Ennemis
1 80 Ayans en déroute été mis.
Dont trois milleplus froids que glace, Demeurèrent morts sur la place.
Enfin, sur les flots azurez, Les Anglois s'éians déclarez,
185 Par une surprize assez grande, Contre les Messieurs de Holande, Ont enlevé, vieux, ou nouveaux Vingt-'et-quatre de leurs Vaisseaux, Non pas chargez de marchandizes
ï 90 Fines, belles, rares, exquizes.
Comme de velours, ou satins.
Qui seroient d'importans butins, D'or,d'argent,deplomb,n3rdecuivre, Mais de provizions pour vivre,
195 De chairs, de vins, poissons et blez, Qu'ils avoient exprez assemblez.
Outre quantité de fruitages, Outre quantité de fromages.
Outre quantité de biscuits,
200 (C'est-à-dire, pains deux fois cuits) De tabac, d'oignons, d'échalotes, Afin d'en mieux fournir leurs Flotes.
Dans ces aliénations.
Chacune de ces Nations
205 Se faizant dans l'Ame une idée Qu'en Justice elle est bien fondée, Ont été prompts et diligens D'envoyer icy des Agens,
Afin de raconter et dire 2 it> Au Roy nétre suprême Sire
Les droits et les motifs qu'ils ont De se faire ce qu'ils se font:
Car ledit Roy nôtre cher Maître Avoit, cy-devant, fait paraître 2 1 5 Qu'il eût déziré, bonnement, Entr'eux un Acommodement:
Mais, en semblable conjoncture.
Une si puissante rupture Doit produire des deux cAtez 220 De si ^andes dificultez,
Qu'il faudra (je croy) des miracles Pour débarassertant d'obstacles.
Monsieur, Frère unique du Roy, Mercredy, prenant un Employ,
225 Que, pour son extrême importance.
On ne donne qu'aux Fils de France, Assisté, dit-on, depluzieurs Très-considérables Messieurs, Magistrats, Cordons-bleus et Comtes,
230 Alla dans la Chambre des Comptes, Où l'on luy fit tous les honneurs Qu'on rend à de pareils Seigneurs, Toute l'honorable Assemblée Etant certainement comblée
2} 5 De respect, de zélé et d'amour, Pour cet Ornement de la Cour, Dont on ne peut voir sans tendresse La charmante et Royale Altesse.
Il y porta, de bonne-foy,
240 La Déclaration du Roy
Touchant les Rentes de la Ville, Qui comprend au long,' et compile En termes forts, ou délicats, Les raizons du Roy, sur ce cas,
245 Qui par moy ne sont point écrites, Car on ne me les a pas dites.
Princesse, et vous Lecteurs divers, Qui pour la mienne Lettre en Vers, Avez toujours eu bienveillance, 250 Excuzez-donc mon ignorance.
Fait, en stile un peu froid et dur, Le treize du mois, jour obscur.
La Muze histork^ue. — Décembre 1664.
LETTRE CINQUANTE
Du [samedi] vingtième Décembre.