‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 74 sur 84 · MORTELLE · texte numérisé non relu

MORTELLE

Cette Fièvre, avec tremblement, Que je sentis dernièrement, Qui mit mes Voizins en allarme.

Qui, dans mes sens, fit du vacarme, ^i me cauza grande langueur,

Et m'ataqua jus(^ues au cœur, N'ôtoit qu'une Fièvre éphémère.

Dont l'infirmité, plus qu'amére.

Me poussa seulement à bout, 10 Vingt-deux heures, et puis c'est- tout.

Décembre 1664. — Livre XV. Lettre LI.

Au raport de mainte Personne, Ma Lettre en Vers en fut moins bonne; Mais le moyen d'écrire rien (Quand on ne se porte pas bien)

1 5 Qui puisse, par quelques merveilles^ Délecter les fines oreilles Dans un si dificile employ/ Je le baille à plus fins que moy:

Mais, à mon aimable Princesse,

20 Objet Illustre, en qui, sans cesse, Je songe et médite le plus.

Après ces nropos superflus, Qu'icy je devrois bien obmettre.

Je vais continuer ma Lettre,

2 5 Jendy, Tun des célèbres jours

Que l'Année aye en tout son cours, Durant cette Nuit solennelle Que Nuit de Noèl on apelle, Nôtre Sire, à ce qu'on m'a dit, ^o Le divin Service entendit, En rèzonance muzicale, Dedans sa Chapelle Royale:

Ensuhe, il fut le lendemain, Dans sa Paroisse Saint-Germain,

3 5 Avec un cœur pieux et tendre,

Le Sermon et Vespres entendre ; Puis alla le reste du jour, Avec une assez belle Cour^ Viziter la Reine sa Mère, 40 Dedans son Royal Monastère; vai- Auquel Lieu, par* dévotion, <*e-c«c«.

Comme par inclination.

Cette Reine, en bonté parfaite, Fait, aux grandes Festes, retraite.

45 Enfin, nous voyons exaucez Les vœux qu'on avoit adressez A la Maiestè Souveraine, Touchant la santé de la Reine: Cette Fièvre dont la rigueur

50 Combatoit sa jeune vigueur, En l'afligeant d'une soufrance, Par qui soufroit toute la France, Cédant aux volontez d'En-haut, Comme à l'Art de Monsieur Guènaut,

5 5 A délogé (la criminelle)

De ce poste trop beau pour elle.

Fièvre^ dont la cruauté Ne respecte, ny Rovauté, Ny rang, ny beauté, ny jeunesse,

60 Dignité, vertu, ny sagesse, Exerce sur des Ganelons, Sur des Scytes, sur des Gelons,

Sur des Bandits, sur des Tartares, L'éfet de tes ardeurs barbares:

65 Exerce tes èforts pervers

Sur des maudits, sur des pervers.

Sur les personnes inutiles Tant des Villages, que des Villes, Et ne réduis plus aux abois

70 Ce qui vient du beau Sang des Rois.

Mais en vain je me romps la teste, La Fièvre, qui n'est qu'une beste,^ Pour tous mes discours, ny mes soins.

N'en fera, ja, ny plus, ny moins.

7j Comme dans cette vie humaine.

Bien-souvent la joye et la peine.

Se suivent de prés, tour-à-tour.

Tout récentement, nôtre Cour Est dans le deuil et la tristesse,

80 Pour nôtre petite Princesse, Madame. Dont hier au soir. Dame Clothon Trancha le fatal Peloton.

Ainsi, cette Fille de France Survivant, d/e peu, sa naissance,

85 Est, prézentement, dans les Cieux Un Ange, un Astre radieux, Qui, dans la sainte multitude, CUms l'immense Béatitude Jouit de l'Immortalité,

90 Et de l'Etemelle Clairté

Dont l'Omnipotent recompence L'Enfantine et pure innocence.

Qu'à bon droit je nomme, et je dis Le Passeport du Paradis.

9 ; Par un Arét irévocable

D'un Sénat grave et vénérable,

Et qui s'est assez signalé.

Monsieur Foucquet est exilé.

Si du Sort de ce Personnage 100 On veut s'instruire davantage,

Diverses Gens de bonne-foy,

En pouront iazer mieux que moy.

De l'Art de (a Judicature

Je n'ay pas la moindre teinture, 10; Chez Tèmis je n'ay point d'accez,

Je n'ay vu, ny lu son Procez;

Bref, pour en faire icy mémoire

Je ne sçay pas bien son Histoire.

Je puis, pourtant, dire cecy, 1 10 Comme un point assez éclaircy.

Qu'on le mène, avec bonne escorte.

Dans Pignerolle, Place forte.

Qu'on tient être en fort bon état;

Et que par des raizons d'Etat,

La Muze historique. — Décembre 1664.

Monsieur

de Monuubao.

Conseiller

au Parlement

de Toulottzc.

Mère de Henry le Grand.

1 1 5 (OÙ se soumet tout Homme sage) On a dispersé son Lignaee, C'est ce Que chacun va aizant:

Et plus n en sçait le Dépozant.

Un Huguenot de conséquence,

1 20 Renommé pour son éloquence, Ministre et Pasteur de Tonneins, A, depuis peu, baizé les mains (Dont son Party n'est pas trop aize) Aux défunts sieurs Calvm et Béze;

125 Où, pour parler plus clairement, Il abjura, dernièrement, L'erreur d'iceux Héréziarques; Donnant alors toutes les marques D'un cœur contrit et repentant,

I jo D'avoir diféré, tant et tant.

Ce public et solennel Acte Qu'il fît d'une manière exaae, Ala grande eloire de Dieu, Es mains de rEvesque du Lieu, Que Ton peut nommer, d'assurance, Un des sages Prélats de France, Grave Docteur, ^rand Orateur, Admirable Prédicateur, Et dont les soins et saintes veilles,

1 40 Sur son Troupeau, font des merveilles.

Ledit Ministre Converty, Des plus fameux de son. Party, Pour parler sur toutes matières, A tout plein de rares lumières:

14; Il compoza d'aussi beaux Vers Qu'aucun Autheur de l'Univers; Il n'est point de belle science Qu'il ne sçache par excellence, Son esprit, remply de vigueur,

150 Sçait tout Aristote par cœur, Et discourt avec énergie De tous points de Tèologie.

Ce docte Homme, nommé Coras, Est de race de Magistrats,

1 5 5 Son Ayeul, du cAté du Père,.

Dont le nom encor* on révère. Ayant (et de belle-hauteur) Dans Toulouze été Sénateur, Et par un titre encor plus rare.

Chancelier, dit-on, de Navare, Sous la Reyne Jeanne d'Albret, Dont il fut Oficier discret.

Ainsi, cet Homme scientifique, Prézentement grand Catolique,

165 Etant, dit-on, à tout moment, Ravy d'un si beau changement, N*est pas né de Personnes rustres,

Mais dècendu de Gens illustres.

Enfin, par sa réduction,

170 C'est-à-dire Conversion,

(Mais Conversion bien précize) Coras est dans la vraye Eglize:

Et l'on dit que Monsieur Pelot Magistrat prudent et dévot,

175 A beaucoup de part au mérite De la Conversion susdite.

Intendant de Justice

en Caycnnt,

En prenant, aujourd'huy, le soin, De parler encor de plus loin.

Je airay pour dernier Chapitre,

180 De cette mizérable Epltre,

Qu'on parle presque assurément De Paix et d Acommodement, Entre l'une et l'autre Couronne De la Castille et de Lisbonne;

18; C'est de Badajox qu'on le sçait, Mais cela n'est pas encor fait.

Du Pays d'Afrique, ou je meure.

Je ne diray rien pour cette-heure.

Mais toute choze ayant son tour,

190 J'en pouray jazer quelque jour.

Dans l'Italie, en chaque Ville, Tout est en un état tranquile.

Selon les vœux des Gens-de-bien, Le Saint-Père se porte bien.

195 Le Noble Sénat de Venize, Dont par-tout la sagesse on prize, Songe a toujours se maintenir Contre les Turcs; à l'avenir.

Ces lâches Tourneurs de cazaques,

200 Les fiers et factieux Cozaques, Faizans quelquefois les mutins, Ne font qu'empirer leurs destins:

Car souvent, pour leur inconstance, Ils sont tapotez d'importance;

205 Et les Moscovites aussi,

Qui n*ont pas trop bien réussi En leurs entreprizes guerrières Dans les deux Campagnes dernières.

Les Hongrois murmurent toujours

210 De voir Neuhauzel et ses Tours N'apartir plus à l'Empire, Chez-eux tout bon cœur en soupire; Car voir les Turcs si proches d'eux.

Le cas est un peu hazardeux.

2 1 5 Dans Stokolm et dians Copenhague Chacun a r'engainé sa dague.

Mais Breda, l'Ëcluze, Amsterdam, Utrech, la Haye et Roterdam, Ne souflent, à présent, que guerre,

220 Et que feu contre l'Angleterre,

Décembre 1664. — Livre XV. Lettre LI.

Dont les Vaisseaux (par crands mal- Ontprisplusd'octantedesleurs.[heurs)

Je n'en diray pas davantage; Ce Chapitre est quaz^r l'image

22{ De l'état où sont, maintenant, Non le Levant, ny le Ponant, Mais les Régions de l'Europe, Où, plus soudain qu'un qui galope, Je fais, à peu prés, en tel jour,

230 Au bout de l'An, un petit tour.

Pour, à mes Lecteurs débonnaires.

Dire en abrégé les Afaires Des Princes et des Potentats, Des Royaumes et des Etats,

2^5 Qui ne sont pas loin de la France, Et dont nous avons connoissance.

Que cecy, donc, sufize : car

Pour parler de Madagascar, De la grande Isle des Cyclades,

240 Des Abissins, ou àes Barbades, De la Chine, du Potozy, Où, si tu veux de l'or, vas-y, De l'Egipte, ou d'Ethiopie, Où l'on n'a jamais de roupie,

245 Et, bref, des Climats reculez, Soit des glacez, soit des brûlez, Je n'en sçaurois prendre la peine, Car je me sens tout hors d'haleine.

Adieu, Princesse, excuzez-moy, 250 Je suis plus que las, par-ma-foy.

Fait le jour d'après St Estienne, Par moy qui n'ay chien, ny chienne.

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