‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 75 sur 84 · PREMIÈRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE

Aimable iUesae, Ame ezcélente, En mon Esprit souvent prézeote, Depuis dix, onze, ou douze jours Apollon retrace a<Mi cours, 5 c'est-à-dire il le renouvelle.

Courant sur ia Voftte éternelle; Or, comme ce luizant Baron Qui des Rimeurs est le Patron, Ce Dieu de flàme et de lumière,

10 Recommence au Ciel sa cariére.

Logeant dans diverses Maizons, Pour mieux commencer les Saizons; M07, qui suis nay sous sa Planette, Et qui suis (mesme) un peu Poète,

1 5 Je dois recommencer, aussy, lies travaux et Tardant soucy Que j'ay de tirer de ma veine Deux ou trois cens Vers par semaine.

Afin de divertir par eux

20 Vôtre esprit rare et généreux, A qui, de grand cœur, je souhaite Une joye entière et parfaite, (Qui des Dieux est un beau Prézent) Non-seulement dans l'an prézent;

25 Mais (Princesse des plus Illustres) Encor plus de quatorze lustres,

Avec une heureuze santé.

Tant en H vver, comme en fité ; Car, sans la santé, la Richesse,

30 La Naissance, n]r la Noblesse, Les précieux habillemens.

Les sui>erbes emmeublemens, La glorieuze renommée.

L'honneur dç se voir estimée,

) 5 Les Livres, ny les beaux Bijoux, N'ont rien de plaizant, ny de doux, Mais, possible, on trouvera rude Que je fais un %\ long Prélude; Je m en vais donc le terminer,

40 Et sur d'autres sujets prôner.

Samedy dernier, fut célèbre ' Par la grande Pompe funèbre.

Dans laquelle, Gens infinis Conduizirent à Saint- Denis

4j Avec soupirs et doléance, Le Corps de Madame de France, Dans un grand carosse de deuil Où l'on voyoit, la larme à l'œil, L'une et l'autre Dame charmante,

50 Gouvernante et Sous-Qouvemante, La Maréchale d'Houdancour,

La Muze historique. — Janvier 1665.

le Curé de S. Germain l'Auxerois.

Mr le Prince

et Mr le Duc d'Anguien.

Un des Omemens de la Cour, Et Madame aussi de Venelle Dont l'Ame est infiniment belle.

lilec, étoient encor, de plus, De Coutance, VEpiscopus, Mais c'est l'Ancien que je veux dire, Qui, des Prélats, n'est pas le pire; Avec Monsieur nôtre Curé, Qui doit-étre aux bons comparé.

Je vous en donne ma parole, Portant à son col une Etole, Et revêtu d'un Surpelis Plus fin et plus blanc que les lis.

Deux des Princes duSang deFrance, Dans une grave contenance.

Et pluzieurs Grands de chez le Roy, Etoient de ce triste Convoj; Et, mesmes, bien des Ordinaires, Chevaux- Légers et Mousquetaires, Valets-de-pié, Pages aussi, Chacun d'eux paroissant transi.

On entendpit par intervales, Des Trompettes et des Tymbales, Dont les sons, ou les tristes voix Atendrissoient les bons Bourgeois.

Pour donner plus grande lumière Au Convoy, devant et derrière, Flambeaux, en grande quantité, Faizoient par tout, de la clairté, Etans formez de cire blanche; Et pluzieurs me dirent. Dimanche, Que passant prés des Innocens On en avoit compté sept cens.

Durant cette Marche lugubre L'air étant froid et peu saïubre, Je ne la vy, ny point, ny peu.

Car j'étois au coin de mon feu.

Où, de l'ordinaire manière.

Je faizois ma Lettre dernière; Mais pluzieurs Gens qui furent-là^ M'ayans verbalizé cela, J'ay voulu seulement écrire Ce qu'il leur a plû de m'en dire.

Le Roy fiitaux Feûillans, Jeudy, Quelques momens avant midy, oh fut aussi Monsieur, son Frère, Dont, en Cour, l'Altesse est trés-chére, Et ces deux Princes, de haut Rang, 100 Condé, d'Enguien, Princes du Sang, Et l'Eminence Barbérine, Vers qui mon cœur toujours encline, Pour sa vertu, pour sa bonté.

Douceur et générozitè.

s. Gabriel.

105 De plus, en ce lieu se trouvèrent.

Qui d'assez bonne-heure arivérent, Près de cinauante Chevaliers, Ayans au col leurs ^ands Coliers, Faits avéque magnificence,

1 10 Qui firent humble révérence A la plus Noble Majesté Qui famais Couronne ait porté.

Le Dom Prieur du Monastère, j^^°^^ Qu'on tient habileet prudent Père, d°c "*

1 1 5 Et quatre-vingts Religieux Saluèrent ce Roy pieux.

Tous ensemble, à teste inclinée, Luy souhaitans la bonne Année, Le Prieur, singulièrement,

120 Qui fit un sage compliment Compozè de propos sincères.

Au nom de tous les autres Pérès.

La Messe ensuite on célébra En laquelle Messe on nombra

1 2 5 Plus de trente Gens de Muzique,

Dont la concordance harmonique Enchanta, charma, délecta, Toute oreille (}ui Técouta.

Le mesme jour, ce Mattre Sire, 130 Dont trop de bien on ne peut dire, En granoe Compagnie alla Au Temple de saint Loyola, Où cet Evesque docte et sage, Mr d'Amiens.

Dont si fécond est le langage,

1 3 5 Et Prédicateur de renom.

Fit un admirable Sermon, Avec esprit et bienséance.

Qui contenta fort l'Assistance.

L'Ambassadeur d'Espagne, en Cour,

140 Prèzenta, dit-on, l'autre-jour.

De la part du Roy Catholique, Qui d'un bon naturel se pique, A Monsieur nôtre cher Dauiin, Pour un Don merveilleux et fin,

145 Six Chevaux de rare mérite.

Mais d'une taille si petite. Qu'on les fit passer, franc et net, Dedans la Chambre, ou Cabinet De la très-bonne Mère-Reine,

I {0 Sans le moindre embaras, ou peine:

On ne pouvoit, certainement, Les lorgner sans contentemcjit :

Cette Illustre et Grande Princesse Admira fort leur petitesse:

1 5 5 Et certain Esprit in^nu.

De Bordeaux, depuis peu, venu.

Et d'assez raizonnable trogne.

Janvier 1665. — Livre XVI. Lettre' II.

Dit que les Bidets de Gascogne,

Du prix d'un écu d'or, ou deux,

160 Sont des Géans à l'égard d'eux.

A ce Prince, de trois années,

Le cher Mignon des Destinées,

Soi ne va par monts, ny par vaux, faut de semblables Chevaux :

165 Mais quand en sa fleur de jeunesse.

Plein d'ardeur et de hardiesse.

Il voudra, comme Conquérant Passer Alexandre-le-Grand, Dans ses actions martiales, *

170 II iuy faudra des Bucéfales.

La Déclaration du Roy, Qui met le luxe en dézaroy, Va bien réformer chez les Belles Des Guipures et des Dentelles,

175 Dont les Galans et les Maris Ne doivent pas être maris :

Car bien-souvent pour ces parures, Ces dorures, ces bigarures.

Afin d'apaizer les Marchands,

180 II faut vendre des prez, des champs, Ou prendre de l'argent à rente, Sotize assez impertinente, Et qui met à bas les Maizons De ces Bénets, de ces Oizons,

185 S'atirans, par ces bagatelles.

Des repentances éternelles.

Mais je suis un peu trop censeur, J'écris aujourd'huy sans aouceur^ Il vaut mieux abréger ma Lettre,

1 90 Que rien de trop sévère y mettre.

J ay quelque chagrin dans l'esprit Qui me l'ofusque et me l'aigrit.

Je n'ay vizions, ny pensées Qui me paroissent bien sensées;

195 Je suis bouru, je suis lassé,

L'An est par moy mal-commencé, Et l'on peut voir dans la prézente Que, de moy, la Muze est absente; J'avois quelques jolis sujets 200 Qu'aujourd'huy je rendrois abjets Par une expression indigne, Qui paroitroit de ligne en ligne.

Princesse, honneur des beaux Esprits, Je ne sçay plus ce que j'écris, 205 II faut qu'icy tout court je coupe. Aussi bien faut-il que je soupe.

Poussé d'un asssez foible instinc, J'a)r fait cette Lettre un peu briéve, Le jour de Sainte Geneviève, 2 10 L'an mil six cens soixante-et-cinq.

APOSTILE

aux Lecteurs.

J'aurois parlé de* la Comète, Dont très-bien du Monde caqueté.

Mais n'étant (encore qu'Auteur) Ny Philozofe, ny Docteur,

2 1 5 Ny sçavant dans l'Astrologie Pour traiter avec énergie.

Au gré des Lecteurs curieux, D'un Chapitre si sérieux:

D'ailleurs, sentant bien que ma veine

220 Ne coule, à prézent, qu'avec peine, Je n'ay pas voulu bazarder D'en écrire, ou d'en clabauder.

Que cecy serve de réponcc A ceux oui m'en ont fait semonce;

2 2 5 Ayant d intervales meilleurs.

Possible parleray-je ailleurs De ce caprice de Nature, Mais ce jour, trêve d'écriture.

LETTRE DEUXIÈME

Du [samedi] dixième Janvier.

PRESTIGIEUZE.

Altesse, en qui les Dieux Amis, Cent rares qualitez, ont mis, Et qui fîtes choix de ma Muze

Pour, avec sa science infiize, 5 Vous dire et débiter en Vers Les Nouvelles de l'Univers :

La MU2e HISTORIQUE. — Janvier 1665.

Je n'en sçay pas en abondance Des autres lieux, ny de la France, Possible qu'on m'en aprendra?

10 Mais atendant qu'il m^en viendra, Il faut qu'icy je me dépêche D'en dire une qui n'est pas frèche, Dont, toutefois, depuis l'A vent, Bien des Gens ont parlé, souvent,

1 5 Aucuns en Vers, d'autres en Proze; Ecoutez, donc, voicy la choze.

La Comète qu'on void en l'air, Quand le temps est serain et clair.

Et dont la moitié de la aueué

20 Est de plus de cent une lieu£, A bien exercé dans Paris Les foibles et les forts Esprits.

Le bas Peuple parle en pécore De cette vaste Météore;

25 Et le sçavant et le profond, D'admirables discours en font Lizans (le Compas sur le Globe) Strabon, Ptolomée et Macrobe, Les Nostradamus, les Cardans,

}0 Les Copemics, les Arcandans, Les Gaussendis, les Zoroastres, Gens experts en matières d'Astres.

J'ay souvent entendu pluzieurs, Pluzieurs de ces doctes Messieurs,

3 5 De ces modernes Astrologues, Paizans ent'eux des Dialogues, Aparemment contentieux.

Sur ce grand Feu prestigieux, Témoifimans, dans leurs controverses,

40 Etre d opinions diverses.

Touchant ses progrés et son cours.

Dont on tient diférens discours :

Mais comme ces Gens de Doctrine Ne parloient qu'en Langue Latine,

45 Je croquois, illec, le marmot, Et n'y comprenois pas un mot, Car parler en nostre prézence En franc langage de Térence, De Sénéque, ou de Cicèron,

50 De Tite-live, ou de Néron,

C'est, pour moy, jargon Arabesque, Got, Samaritain, ou Tudesque; Ainsi, quand j'en devrois mourir, le ne sçaurois bien discourir

5 5 De cette Comète enflàmée Dont si grande est la rénommée.

Outre les sieurs Horoscopeurs Dont la pluspart sont gens trompeurs, Le Roy, les Princes, les Princesses,

60 Marquizes, Comtesses, Duchesses, Gens ignorans, Gens de sçavofr.

Tout le Monde l'a voulu voir.

Pour lorgner sa lueur blanchâtre, Les tuiles servoient de Téatre,

65 Les lucarnes, les hauts planchers.

Les terrasses et les clocners; Et comme les nuits h^emales Aux Forains sont toujours fatales, {Id est, à ceux qui sont dehors)

70 Plus de cent trente mille corps, Et possible encor plus grand nombre, Respirans un air iroid et sombre.

Sont enrûmez, en vérité.

Tant dehors, que dans la Cité,

75 Et la pluspart (foy de Poète) A cauze d icelle Comète, Dont moy, qui vous parle à prèzent.

N'en suis aucunement exempt.

Ce bel Esprit, cet Esprit rare,

80 Qu'aux plus excéiens on compare, Sçavoir La Mothe-le-Vayer, Dézirant encor essayer.

En l'an octante de son âge.

Les douceurs d'un saint Mariage,

85 Epouza, dit-on, l'autre-jour,

(Pressé du trait d'un chaste amour, Qui dans son cœur avoit fait playe j Mademoizelle de la Haye, Fille de naissance et d honneur,

90 Et qui possède le bpn-heur (Parmy les Esprits raizonnables) D'avoir cent qualitez aimables.

C'est-à-dire ces chers Trézors Qui font aimer l'ame et le corps,

95 Que cette charmante Personne A ce sage Epoux abandonne. Par afection et bonté; Lequel Epoux, de son c6té, Luy communique, avec largesse, 100 Ses Loûis-d'or, et sa sagesse.

Dont il est, dit-on, mieux pourvu Qu'Autheur qu'on ait de long-temps vu.

De tout mon cœur je félicite Ce Couple de rare mérite, 105 J'aprouve fort leur liaizon:

Car, soit qu'on soit jeune, ou grizon.

Un concert de constantes fiâmes.

L'union de deux belles Ames, Goûtans des plaizirs innocens, 1 10 Sont les vrais biens, selon mon sens.

Cette Princesse aussi féconde

Janvier 1665. — Livre XVI. Lettre II.

Que Princesse qui sort au Monde,

â^âvoir Madame de Soissons,

Dont par bon-heur nous connoissons

1 1 5 Les qualitez considérables.

Et les grâces plus qu'admirables.

Après avoir mis, tour-à-tour, Qnq beaux petits Princes au jour, Acrût son illustre Famille

1 20 Le premier de Tan, d'une Fille, Qui fut un plaizir assez doux, Tant pour le Prince son Epoux, Que pour cette charmante Brune, Qui, dit-on, en souhaitoient une.

125 La Minerve de nAtre Cour, La Reine-Mére, Tautre-jour, Ayant, ce dit-on, avec Elle L Altesse de Mademoiselle, (Qui dans les voyages pieux

I ;o Des E^lizes et des saints Lieux, N'abandonne dézorniais guère Cette dévote Reine-Mére) Alla dans l'illustre Couvent vai- Qu'elle vizite si souvent, <ie-Crace.

1 3 5 Avec sa bonté singulière.

Entendre la Messe première De l'Abbé d'Abécour-GenHs, Cordial Serviteur des Lys, Et doué de prudence exquize

1 40 Pour mériter d'être d'Eglize; Il s'en aquita dignement, Il célébra modestement, Et comblé d'un respect extresme.

Communia la Reine mesme.

145 Ensuite, elle oiiit le Sermon

D'un Abbé, dont Lange est le nom.

Lequel eut l'honneur et la gloire De toucher fort son Auditoire.

Des Gens de Cour (et plus de trois) 1 50 M'ont conté que le Jour des Rok, Le Roy fit somptûeuze chère A la Reine, sa bonne Mère, Qui se porte bien, Dieu-mercy, A Monsieur et Madame, aussy; 1 5 5 Bref, la Troupe fut grande et belle, On vid, illec, Mademoiselle, Briller de la bonne façon ; Son aimable Soiur d'Alençon, Et quantité d'autres Princesses, 1 6ô Et de ravissantes Duchesses,

(Mais dont les noms je ne sçay pas) nirent de ce charmant Repas ; Où Ton compta quatorze Illustres,

Qui , de la Cour, sont les beaux Lustres.

16s Jamais Banquet ne parut mieux Etre un Banquet hit pour les Dieux; Et l'aprét en fut si superbe, Que jecroy Qu'il n'est pointd'Adyerbe, Qui ne soit bas, rampant et plat,

170 Pour exprimer son grand èciat.

Avant cette chère Royale, Une Pièce en Vers, TéatraFe, Charma, ce dit-on, à son tour.

Cette noble et splendide Cour.

175 La Pièce est belle et délicate.

Et se nomme, je pense, Astrale^ <*oj{ «« Dont l'excèlent mérite est tel, MrQulnauit.

Que les grands Acteurs de l'Hôtel, de Qui dizent mieux que des Oracles, Bourgogne.

180 La faizant valoir à miracles, Atirent chez-eux tous les jours Un si grand et nombreux concours De beaux Esprits, de belles Ames, De grands Monsieurs, de grandes Dames,

185 Que depuis Qu'ils l'ont mize sus, Vous diriez de petits Crèzus.

Enfin, aprè$ cette merveille Qui flate fort, dit-on, l'oreille.

Au gré de maint noble Intestin,

190 On commença ce grand Festin, Qui finit la cérémonie Du beau soir de l'Epifanie.

Comme on est en une saizon, Où dans chaque riche Maizon

195 On se réjouit â merveilles^ Avec les Bals et les bouteilles, Chacun s'érigeant en gaillard.

Je vien d'aprendre (mais trop tard) Que Monseigneur de la Vieuville,

200 Un des plus Grands de cette Ville, Donna chez-luy le Bal, Mardy, (Non, j'ay tort, ce fut Mercredy) Et, mesme, un Souper d'importance, Où la plus-part des Grands de France,

ao5 Et tout plein de Gens signalez Furent receus et régalez :

Mais pour l'ordre et magnificence Des apréts et de la dépence, Je n'ay point été sur les lieux

210 Lorsner le tout de mes deux yeux, .

D'ailleurs, n'en ayant nul Mémoire, Si j'engageois^mon Ecritoire A traiter un si beau sujet, Je serois fou dans mon projet :

2 1 5 Car quand on ignore une cnoee.

On doit avdr la bouche dwe;

La Muze historique. — Janvier 1665.

Il fant, donc, me tirer de-là, Mais je vais, au lieu de cela, Vous raconter une avanture 220 D'une étrange et triste nature.

Un Infâme, un déterminé, Un Quidan, que je tiens damné, L'autre-jour, allant chez un Homme Auquel il devoit grosse somme,

225 Assavoir six cens Loùis-d'or,

Prêtez-moy (luj[ dit-il, encor) Cinq cens ècus, je vous conjure.

Car par une male-avanture J'ay perdu mon argent au jeu;

2 ;n > Mais je me promets que dans peu Je remonteray sur ma beste, Si quelque bon amy me preste Les cinq cens écus que je dis.

Jurant ma part de Paradis

235 » Que je me rendray bien-tôt quite De Tune et l'autre somme dite.

Ou je sois à jamais maudit.

Le sieur Presteur^uy répondit ; Je me moque de vos paroles,

240 » Vous n'aurez plus de mes pistoles.

Vous n'en avez que trop, aèja.

L'autre, de colère enragea, Et luy dit » Je vais faire en sorte Dans le couroux qui me transporte,

245 » Que rien ne vous sera rendu.

Et que vous perdrez vôtre dû.

Ce dit, 6 choze détestable !

O Dessein plus qu'épouvantable !

En courant plus vite qu'un dain,

250 II alla se pendre, soudain,

Et s'y prit de telle manière, Qu'un Doureau d'humeur camaciére.

Qui l'auroit pris et bien sanglé, Ne l'auroit pas mieux étranglé.

255 Un certain Billet qui m'indique Ce trépas honteux et tragique, Ne m'aprend le nom, ny le lieu.

De cet Homme maudit de Dieu; Ainsi, Lecteurs de cet Ouvrage,

260 Vous n'en sçaurez pas davantage.

Princesse,adieu j'ay froid auxdoigts, J'écriray mieux une autre fois.

Cette Lettre en Vers fut finie Cinq jours après l'Epifanie.

APOSTILE

Je conjure l'aimable Absente, Qui d'une Missive excélente, Ecrite en beau stile doré.

M'a, ces jours passez, honoré, D'excuzer, non pas ma paresse,

270 Mais la langueur et la foiblesse Q^ui m'ont retardé jusqu'icy De prendre le juste soucy De taire une exacte réponce Touchant les sujets qu'elle énonce.

275 Depuis ce temps, j'ay sur les bras Pluzieurs diférens embaras, Qui m'ont empêché de la faire.

Mais je prétens y satisfaire.

Non pas dans deux jours, ny dans trois,

280 Mais (aidant Dieu) dans tout ce mois.

LETTRE TROIZIÉME

Du [samedi] dix-septième Janvier.

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