ASTROLOGIQUE
Chère Clion, que j'ay choizie Pour exercer ma Poézie, Autrement, ce naif instinc.
Que depuis des ans, trois fois cinq, 5 J^cupe à rimer des Nouvelles. ' Afin de divertir par elles L'Altesse à qui, moy, nommé Jean,
Ecris cinquante-et-deux fois l'An.
Ma Muze, ou, plutôt, ma Déesse, 10 C'est, donc, à toy que je m'adresse, Pour,aujourd'huy,qu'il fait peu chaud , M'enflàmer l'esprit comme il faut.
Pour prôner en stile Historiq^ue Les Mémoires que l'on m'indique,
Janvier 1665. — Livre XVI. Lettre IIL
1 5 Dont j'en vais mettre un en avant Qui me vient d'un Homme sçavant.
Condé, ce Prince illustrissime.
Dont par-tout on fait tant d'estime; Monsieur le Prince de Conty, 20 Qui des vertus tient le Party; Monsieur le Duc, dont la jeunesse Est pleine d'esprit et d'adresse, Et plusieurs Seigneurs de la Cour, Se trasportérent, l'autre-jour,
2 $ Au Colége de Saint Ignace,
Qui, comme un autre MontParnasse, Dés Sciences est l'aliment, (Ce seroit mieux dit l'élément) Pour entendre la Conférence 30 De pluzieurs Gens de conséquence Touchant la Comète qui luit Dans les airs, le long de la nuit, Comète errante, dont la queue N'est pas incarnate, ny bleue :
3 5 Mais d'une certaine couleur.
Qui tient un peu de la pâleur, Sur qui ces Gens Astrologiques, Qui sçavent les Matématiques Mieux que je ne sçay mon Pater,
40 Entreprirent de disputer.
Entre ces Héros d'Astrolabe, Tous Chrestiens, et pas-un Arabe, Etoient le Père d'Harroùis, Qui vaut son pézant de Loiiis,
45 Homme de bonne renommée, Qui possède fort Ptolomée, Esprit laborieux, actif.
Spéculatif, démonstratif, Par qui la jeunesse est instruite,
50 Et qui, de plus, est Jézûite; Item, le Père Grandamy, Des Sciences le cher amy, Autre Jézûlte Confrère, Qui sçait parfaitement la Sphère.
5 5 Monsieur, aussi, de Roberval, Qui dans le Colége Royal, Avec esprit, avec adresse.
Les Matématiques professe.
Et, mesmes, le sieur Phélipau,
60 De Holande, et non pas de Pau, Chacun d'eux étant fort célèbre Touchant l'uzage de l'Algèbre.
Iceux parlant et discourant Pour le moins cinq heures durant,
65 Dirent cent chozes curieuzes.
Mais, toutefois, contentieuzes, Entr'euxpeu, ny point s'acordant,
Et du fait rien ne décidant.
Quelques-uns d'icelle pelote
70 Etoient pour l'avis d'Aristote, Le plus sublime des Autheurs, Et d'autres, pour les Novateurs.
Les trois Princes, qui de lumières Ne manquent point sur ces matières,
75 Parurent assez satisfaits
Des beaux discours qu'on avoit faits Sur la naissance et la durée De cette Comète étérée, Répondans, par raizonnemens,
80 Souvent, aux plus fins argumens.
Et par leurs clairtez naturelles Charmans les plus doctes Cervelles:
En éfet, les Bourbons sont tels.
Que Ton void fort peu de Mortels
85 Pour qui les Lettres et les Armes Ayent tant d'apas et de charmes.
Enfin, les Docteurs susnommez, De tous les Sçavans estimez, Qui s'entendent mieux en la Sphère
90 Cent fois que je ne sçaurois faire (Moy qui n'y comprens rien du tout) Poussèrent (comme on dit) à bout Tout ce que les Gens de leur Robe Peuvent dire touchant le Globe:
95 Mais, comme j'ay tantôt écrit, J'ay sceu d*un excélent Esprit, Lequel paya de sa prézence En cette illustre Conférence, Que Messieurs les Déclamateurs 100 Eurent beaucoup d'Admirateurs, Que sçavamment ils discoururent.
Mais nen, pourtant, ils ne conclurent :
Bénévoles Lecteurs, ainsy, Tout ce que j'en raporte icy 105 Dans une heure précipitée, Se peut nommer crème foùètèe.
J enténs quelquefois sermonner, Argumenter et raizonner Sur ce flamboyant Météore, 1 10 Qui fait pâlir mainte pécore;
Mais on tient que son triste aspect, A quantité de Gens suspect.
Etant de l'air un pur ouvrage.
Rien de mal-heureux ne prézage, 1 1 5 Ou, si par quelque sort maudit, Quelques dommages il prédit.
Ce ne sera point sur l'Europe, (Ce dit un Faizeur d'Horoscope) Mais qu'il répandra ses poizons 1 20 Sur tout plein d'autres norizons, Vers le Nil, le Gange et l'Eufrate,
JOO
La Muze historique. — Janvier 1665.
Où faut que sa malice éclate.
Mercredy, le Frère du Roy (Je ne sçay pas trop bien pourquoy)
1 2 5 Fut avec une noble Suite,
Comme Prince de haut mérite, En cette Chambre de renom, Qui Chambre des Comptes a nom ; Où cette Altesse débonnaire, 1 30 Avec cette grâce ordinaire Dont son esprit rare et parfait, Fait dignement tout ce qu'il fait, Entretint la sage Assemblée (De grand respect pour luy comblée)
1 3 5 Des volontez du Potentat,
Touchant quelque Afaire d'Etat^ De Politique et de Finance, Qui n'est pas de ma connoissance.
Ilfiit, en cet auguste Lieu
140 Acudlly comme un demy-Dieu; Les honneurs point neluy manquèrent, Les Magistrats le haranguèrent.
Ladite Chambre concéda Ce oue requit et demanda
1 45 Ce cher et charmant Personnage; Et je n'en sçay pas davantage.
Je vien d'aprendre d'un Billet
Qui ne tient qu'un quart de feuillet,
Qu'une Demoizelle de Nante, 1 50 Jadis obstinée et sçavante
Dans les Maximes de Calvin,
Recevant un Rayon divin
De cette surprenante Grâce,
Que l'on doit nommer éficace, • 1 5 5 Lundy, fit Abjuration
Avec toute dévotion
De l'opinion erronée
Que nfttre Eglize a condamnée ;
Et ce fut Monsieur de Melo, 160 De Nante, et non de Saint-Malo,
Prestre, grand Docteur et Chanoine,
A de telles chozes idoine.
Qui dans cette Abjuration
Luy fit faire Profession, 165 (Sàon l'ordinaire pratique)
De la sainte Foy Catholique, [mens Comme on voit presque à tous mo-
De tels ou pareils changemens,
Cecy n'est qirazi pas nouvelle :
170 Mais dautant aue la Demoizelle
(A ce qu'on m en a récité)
Est Personne de qualité.
Et dans Nante trés-estimée,
J'ay senty mon ame animée
175 De faire un petit mention De sa sage Conversion :
Et si dans le succint Mémoire Que l'on m'a fait de son histoire On m'avoit son nom déclaré,
180 Je l'aurois, sans doute, inséré.
Pour, à mes Lecteurs et Lectrices, En donner de plus clairs indices.
Loin de respecter le Traité Qu'on fit vers la fin de l'Eté
185 Entre le Croissant et l'Empire, Les Turcs n'en font quazi que rire, Commétans des hostilitez, Dont les sieurs Hongrois iritez Qui soufrent des maux éfroyables,
190 Donnent la Paix à tous les Diables :
Ce qui cauze quelque terreur Aux Ministres de 1 Empereur, Et quelque espèce, aussi, de honte.
Car ils n'y trouvent pas leur compte.
195 Un certain bruit avoit couru (Qui toutefois a disparu) Que lesdits Turcs, que Dieu maudie, Avoient pris et surpris Candie; On s'en afligeoit fort icy,
200 Mais il n'est pas vrajr Dieu*mercy :
Oûy bien qu'un certain tremble-terre.
Pire quelqiiefois que la guerre.
Ayant quelque temps agité Cette belle et noble Cité,
205 A renversé, par ses malices.
Grande quantité d'édifices.
Halles, Marchez, Tripots» cioizons, Des Palais, de simples maîzons, Mais il épargna les murailles,
210 Les Bastions et les Tenailles,
Les Glacis, les Ramparts, les Forts, Les Demy-lunes, les Dehors, Les lieux où sont les Couleuvrines, Les Tours, les Dongeons, les Courtines,
2 1 5 Corps-de-gardes et Parapets, Qu'il laissa, ce dit-on, en paix.
La Paix s'en-va fuïr, belle-erre.
Des Etats et de l'Angleterre; Car eux, autrefois grands amis, 220 Ont tant d'hostilitez commis.
Que toute sage Créature Prévoit une grande rupture Entre ces farouches Voizins, Qui font de nombreux magasins
Janvier 1665. — Livre XVI. Lettre IV.
ÎOI
225 De FniitSyde Grains, de Vins^deBiéreSy De Bayonnettes, de Rapières, De mèches, Poudres et Bouleu, D'Harauebuzes, de Pistolets, Et de doubles Canons de fonte,
2^0 Que par piuzieurs milliers on compte.
Ce ne sont déjà qu'atentats L'Anglois a pris sur les Etats (Prize tout-à-fait importante) Des Vaisseaux jusou'à cent soixante;
255 Et le Vice- Admirai Ruïter, Homme, dit-on, à redouter, A fart aussi, ce dit-on, prize Sur les Peuples de la Tamize, De deux considérables Forts,
240 Ou, plutôt, maritimes Ports, Non sur la Mèditèranèe,
Mais vers les Côtes de Guinée^ Sçavoir Cap-Verd et Saiet-^inkè, Où maint Vaisseau lut èfoadré.
245 Enfin, une Guerre assurée N'est pas encore déclarée, Mais il en faudra venir-là, Si le Giel n'y met le bola.
Si cette Gazette fBl mauvaise, 2(0 Princesse, ne vous en déplaire Ayez, s'il vous plah, la borné D^en excuzer la duceté; Le froid est grand cette semaine, Jeicroy qu'il a glacé ma veine.
2 5 5 Par moy , le dix-sept de Janvier, Qui n'ay Mare, Etang, ny «vivier.
LETTRE (QUATRIÈME
Du [samedi] vingt-quatrième Janvier.