‹ La muze historique; (volume 2)Chapitre 77 sur 84 · GLACIALE · texte numérisé non relu

GLACIALE

Servants, faites-moy bon feu, Ne diféree ny point, ny peu. Il me feut sous ma cheminée Rimer toute l'aprés-dlnée, Tôt, tôt, du feu, je suis gelé^ Voila midi sonné, balle ; Pour faire une Gazette fréche.

Il est temps que je me dépèche, Quitons-donc tout autre soucy, L'Altesse à qui j'écris cecy Mérite bien d'être servie.

Et c'est la plus pressante envie Que j'aye en ce mesme moment De m'en aquiter dignement :

1 5 Mais voila mon feu x}ui s'alume.

Ça, courage, prenons la plume.

A peu ptés, vers la fin derl'n, La noble Dame de Grignan, Miroir d'honneur et de sagesse, 20 Et Sœur d'une illustre Duchesse, Dit au Monde m dernier adieu, Et rendit sa belle Ame à Dieu, La Cour en répandit des iannes, Car ses vertus ayans des chimnes.

2 5 Sa belle réputation,

Sa naissance et condition, Luy procuroient la bienveillance Des plus honnestes Gens de France.

Son corps est, donc, dansie tombeau, ;o Et son esprit solide et beau, Digne de cent et cent ioûan^, Est maintenant avec les Anges, Dansil'augiiste et divin Séjour Où hi Trinité tient sa Cour.

3 5 Samedy, j'oubliay de dire

Ce que ma plume vient d'écrire Dans ce mien prècéckent discours ; On ne se souvient pas toftpurs De s'aquiter du mécessoioe :

40 Mais, puisqufenfiii il hthaiAbe, Je rens cét<ofiee>pieuK A ce nouvel Astre des Qienx.

Cet Cidre >noble\etfiiéBénhle»

Autrefois si' considérable, 45 Et di^e<d'un ks^sétead,

SçavoirTl'ûnbe de Saim^MlQU, Etant plein, jpBritropd'mdaignce, De Gens. die peu deconséquniae.

Et <|iri posdédoient cet honneur

La Muze historique. — Janvier 1665.

50 Moins par vertu, que par bon-heur, Nôtre judicieux Monarque Réglant mieux cette belle Marque, En a, de son propre bon sens, Retranché plus de quatre cens,

5 5 Dézirant par un meilleur ordre Q^ue les Chevaliers dudit Ordre, Par un Institut plus décent.

Ne seroient dézormais que cent.

Qu'avec une exacte prudence

60 On éliroit par préférence.

Ainsi que l'on faizoit jadis; C'est pourquoy Monsieur de Sourdis, Un des Grands de la Cour de France, Marquis d'honneur et de naissance,

65 Et Chevalier, de bonne-foy, De tous les deux Ordres du Roy, Etant, dans cette grand' Afaire, Etabiy comme Commissaire, Comme Directeur, autrement,

70 Doit, avec son bon jugement.

Examiner et reconnaître Ceux qui seront dignes de l'être :

Car Monsieur le Comte d'Auteûil, Qu'à la Cour on void de bon œil,

75 Gentilhomme sincère et sage.

Et plein d'esprit et de courage, A, si bien (ce m'a-t'on conté) Persuadé Sa Majesté Du mérite et de l'importance

80 De ce premier Ordre de France, Qu'ennn, ce Louis-Dieu-Donné A fort sagement ordonné, Qu'afin d'éviter tout dézordre.

On n'admétroit dans ledit Ordre,

85 Non pas tous Comtes, ou Marçiuis, Mais que Gens de mérite exquis, Remarquables par leurs services.

Experts dans les beaux Exercices, Et qui dans les rares talens

90 Paroltront les plus excéiens.

C'est dont le Monarque de France A donné, dit-on, espérance.

Après avoir, dans un fauteuil, Oùy haranguer ledit d'Auteûil,

9) Qui par des paroles puissantes.

Et diverses raizons pressantes Qu'avec piaizir on écouta, Et que Sa Majesté goûu, Discourant avèque lumière, 100 Sur l'Institution première, Obtint la Réformation Dont j'ay fait icy mention.

De la façon qu'on le raconte.

Par les soins, donc, du susdit Comte,

105 Cet Ordre, autrefois si vanté.

Ordre de grande dignité, Angélique, Royal, illustre.

Va reprendre son premier lustre :

Quelqu'un du Faux-bourg S< Germain

i 10 M'ayant (mesmes) dit que demain.

Trois Personnes ({ualifiées Doivent être gratifiées De l'excélent Ordre susdit :

Mais il ne m'a nulement dit

115 Les noms, les qualitez, ny grades, De ces trois nobles Camarades, Qu'on a triez sur le volet.

Dont, si j'ûsse eu quelque billet, J'aurois d'eux et de leur naissance,

1 20 Donné volontiers connoissance.

Des Gens sages et bien sensez M'ont dit qu'un de ces jours passez.

Jour de la Chaire de Saint Pierre, Au gré du Ciel et de la Terre,

125 La Demoizelle Mompinçon, Une des belles d'Alençoa, D'une ame gaye, et non pas triste.

Abjura l'erreur Calviniste, Dont les Prétendus-Réformez,

I )o D'un dépit vizible animez, Parurent fort mélancoliques :

Au contraire, les Catholiques Dedans leurs cœurs dévotieux, Comme les Anges dans les Cieux,

I ; 5 Eurent une joye infinie De voir cette Ame réunie Dans le sacré sein maternel De l'Epouze de l'Etemel.

Toutes les Dames de la Ville,

140 Qu'on tient être d'humeur civile, Escortans, de belle façon. Cette aimable de Mompinçon, Mille et mille douceurs luy dirent.

Et par honneur la conduizirent

145 Avec bien de l'afection Au lieu de l'Abjuration Qu'elle fit ample, exacte, entière.

De la belle et bonne manière.

Et non en mots intérompus,

1 50 Es mains d'un sage Episcopus, Qui la bénit; et puis, ensuite.

Un Reaeur Père Jèzûite, Dont on ne m'a pas dit le nom, Fit sur ce sujet un Sermon

1 5 5 Par qui fut conclue et finie Cette auguste cérémonie.

Janvier 1665. — Livre XVI. Lettre IV.

Ceux de l'autre Religion, Durant cette sainte Aaion, Qui mit leurs esprits en allarme, 160 Firent, dit-on, quelque vacarme ; Mais la Justice s'en mêla, Qui les en fit demeurer-là.

Puis-que je suis sur ces matières Qui sont, pourtant, peu Gazetiéres,

165 Je vais encor parler icy.

D'un pareil sujet ; le voicy.

Le dernier jour de Tautre année, Une Femme assez obstinée.

Non à suivre l'instinc divin,

170 Mais l'opinion de Calvin, En fit, par motif Catolique, Une abjuration publique Dedans la Ville de Sedan, Où très-bien des Gens, à leur dam,

1 7 5 Suivent cette fausse croyance Qui, jadis, vexa bien la France.

J'ay sceu de quelques Courtizans Que cette Femme a cent six ans :

Et la Faction Huguenote,

180 Jure tout-franc qu'elle radote Depuis ils ne Bçavent combien :

Mais au raport des Gens-de bien Desquels cette Femme est connue, Elle est sage, elle est ingénue,

185 Et dans son ariére-saizon Ne raizonne qu'avec raizon ; Elle a jugement et mémoire.

Et raporte fort bien l'Histoire Des premiers, qui par ^rand mépris,

190 Des Images firent débris.

Qui faizoient aux Prestres la guerre, Et qui métoient les Croix par-terre Aux lieux où régnoit leur pouvoir; Mais cessons de r'amentevoir

195 Ces violences, ces insultes.

Et ce temps remply de tumultes ; Dieu-mercy, ce temps est passé, Nos Saints n'ont plus le nez cassé,

Grâce à Madame la Rochelle, 200 Ce Party-là n'est plus rebelle.

Ses éforts sont diminuez.

Et ses plus grands coups sont riiez.

Mais je ne sçay pourquoy ma Muze A de pareils discours s'amuze, 205 Ce que je dis n'est pas mauvais; Mais il peut passer pour niais, Pour moy, je le trouve inutile, Et, de plus, si fort inhabile, Qu'il ne peut (à n'en point mentir) 210 Ny convertir, ny divertir.

Princesse, à qui de cet Ouvrage, Je fais un volontaire hommage, N'ayant aucuns avis certains Des Pays et Climats lointains,

215 Ny de la Cour, ny des Ruelles, Pour en ajuster les Nouvelles Dans mon ordinaire jargon.

Qui n'est ny Picard, ny Gascon, Faute de temps et de matière

220 Je vais terminer ma carière;

Depuis plus d'une heure il est nuit, Et, de plus, mon Rost s'en va cuit, Sçavoir une bonne Poularde, Que de manger, moult il me tarde.

225 Fait (mon ventre étant aplaty) La veille Saint Paul Converty.

APOSTILE

Il me reste pluz^eurs Mémoires, Non de faits d Armes, ny d'Histoires, Oûy-bien de Bals et de Balets 2^0 Qu on m'a fait sçavoir par Billets, Mais dont (pour les afaires nôtres) Je n'ay vu les uns, ny les autres ; Je ne parle, donc, point d'iceux,

I Non pas pour être paresseux

• 2^5 D'exercer nôtre Poézie,

Mais pour ne donner jalouzie.

La Muze historique. — Janvier 166$.

LETTRE CINQUIÈME

Du {samedi] trente-unième Janvier.

COPIEUZE.

Haute Princesse de Nemours, A oui dq)uis cinq mille jours J'adresse ea Vers Epistolaires, Mes Ouvrages Hebaomadaire;, 5 Qui, sous raveu de vôtre Nom, Ont, dans le Monde, du renom :

Puisque l'Astre qui me domine A vous servir toujours m'encUne, 11 faut, tout le reste du jour,

10 Sur Parnasse faire ma Cour

Aux trois-fois-trois Doctes Pucelles, Pour essayer d'obtenir d'elles Des lumières, des notions.

De belles inspiration^

1 5 De l'ardeur, ae la politesse.

Pour satisfaire Vôtre Altesse, Et par les miens Discours suivans Plaire un peu mieux aux Gens sçavans:

Mais qu'à mes dézirs raizonnables

20 Elles soient, ou non, raizonnables, Sans les invoquer derechef, Je VAIS commencer, de mon chef.

Nouvelles sont icy venues De Venize, et non pas des nues,

25 Que le Comte de Richelieu, Dècendu d'un illustre Lieu, Est mort dans sa fleur de jeunesse, D'inquiétude et de tristesse* Comme il étoit Noble et vaillant,

)o Et d'un cœur actif et bouillant, Afin d'exercer son courage.

Il s'étoit mis en équipage, Pour, en qualité de Guerrier, Ombrager son front de Laurier :

} 5 Espérant avoir vent en poupe, Il avoit levé mainte Troupe De Gens montez sur des Dadas, Et de Fantassins, ou Soldats, Dont il avoit fait la dépense

40 Par permission et Dispense Qu'il obtint de Sa Sainteté

En faveur de Ja Chresûfimé, Pour laquelle il avoit envie De risquer son sang et sa vie

45 Contre les Gens du Grand-Sultan, Aux Chrestiens, pire <iue Satan; Mais cette Trêve, ou Paix fourée, Des Gena-de-cœur peu dézûée, Eunt contraire à %ts desseins

50 Que l'on trouvoit justes et saints.

Voyant déchoir son entreprize.

Il se retira dans Venise, Où, lors, n'ayant aucun Eo^loy Contre l'Ennemy de la Foy«

S 5 Ny pour luv, ny pour sa Brigade.

De regret if devint malade; Et ce jeune et brave Seigneur, Qui pour aquerir de l'honneur.

Et contenter son ardeur prompte,

60 D'Abbé, s'ètoit fait nommer Xlomte, Finit en assez peu de jours, De ses ans le rapide ^ours; Mort, certainement, ^plocable.

Il ètoit d'esprit agréable,

65 De la gloire il fut amoureux.

Doux, libéral et généMUX, Le cœur bien placé,J'ame lionne.

Et fort bien fait de sa Personne.

Il avoit amitié pour.JAoy,

70 II m'estimoit, et c'ost jpourquo^ Voulant à moy-mesme complaire, £t ma tendresse satisfiûre Touchant cette soudaine mort Qui m'a mis en grand déconfort,

75 J ay voulu consacrer sa gloire Dans le journal de nôtre Histoire, Luy dézirant par mes souhaits Au Ciel une étemelle paix.

Un Balet, beau par excellence, 80 Où règne la magnificence, Tout pompeux et tout éclatant.

Mais que je n'ay pas vu, pourtant.

Janvier 1665. — Livre XVI. Lettre V.

Se danse trois fois la semaine, Non chez le Roy, ny chez la Reine, 85 Mais dans ce noble et charmant lieu, Digne séjour d'un demy-Dieu, Jaais,con$truitpar un Grand Homme, Et que Palais-Royal on nomme.

Au raport de ceux qui l'ont vu, 90 Ce Balet Royal est pourvu De toutes les chozes galantes.

De toutes les chozes charmantes, De tous les nobles agrémens, Bref, de tous lès assortimens 95 Q^u'un Balet de cette importance, Qu^un Balet de la Cour de France, Et parfaitement éclairé, Doit avoir pour être admiré.

D'une façon toute excélente,

100 Nôtre Monarque y reprézente Ce brave et fameux Conquérant Messire Alexandre-le-Grand :

Et Monsieur d'Orléans son Frère, (Altesse qui nous est si chère)

105 Y copié, au gré de la Cour, Le bel Astre du Point-du^our.

Madame, avec son divin geste, Y parolt en Vénus céleste.

Capable de tout enflàmer,

1 10 Qui, sortant du fonds de la Mer, Embraze, non seulement l'Onde, Mais l'Air, le Ciel, et tout le Monde; Par ses grâces et ses beautez, Les plus nobles Cœurs sont domptez;

1 1 ) Et lors que tous ceux du rivage

Ont adoré son beau vizage, Elle s'élève dans les Cieux, Afin d'y charmer tous les Dieux, Jugeant cette erande victoire 1^0 Seule convenaole à sa gloire.

Auparavant que d'y monter, Neptune la fait escorter Par douze aimables Néréides, Divinitez des dots liquides,

1 2 5 Dont les vizages atrayans

Sentirais, délicats et rians^ Qui font la Cour à cette Belle, Et dansent un air avec Elle, Avec des grâces et des pas,

I jo Où l'on remarque des apas

Qui passent toute autre cadance ; Ensuite de laquelle Dance, d* rôuf* PJ'^^sphore, Amant de ses atréts, " *"'* Des Dieux, en ayant ordre exprés,

1 } 5 Conduit cette Beauté divine Dans une superbe Machine,

Digne Trône d'un si beau Corps, Qui parut fort brillante alors.

Ayant avec Elle quatre Heures,

140 Qui, comme ses Inférieures, La suivent agréablement Dans les routes du Firmament, Durant que les Dieux Maritimes, De leurs voix douces et sublimes,

145 Font un concert mélodieux

Digne de Dieux, ou demv-Dieux.

Mais, pour contenter davantage Ceux qui liront ce mien Ouvrage, Après avoir narré cecy,

1 50 Je vais mètre les noms, icy, (En Vers passablement fluides) Des Heures et des Néréides:

Il faut premièrement nommer Les Néréides de la Mer,

1 55 Toutes dignes d'être estimées:

Puis les Heures seront nommées.

Primdy Madame de Bouillon, Qui d'amour est un èguillon.

Et qui, dès sa plus tendre enfance,

160 Charmoit toute la Cour de France.

La jeune Princesse d'Elbeuf, Pour qui, feu Monsieur de Brèbeuf, Comparable à défunt Pindare, Esprit aussi galant que rare

165 Qu'il en fût dans tout l'Univers, Ivauroit pas fait d'assez beaux Vers.

Créquy, dont les beautez illustres De la Cour sont les plus beaux lustres.

Et dont la prudence et pudeur,

170 Sont par tout en très-bonne odeur.

La Jeune Dame de Vivonne, Excèlente et sage personne, Que l'on estime infiniment.

Mais qui danse assez rarement.

175 Du Plessis, charmante Comtesse, Qui dans la fleur de sa jeunesse.

Outre sa grâce et son bel air, A l'Esprit pénétrant et clair.

Gramont, l'agréable étrangère,

1 80 Dont la beauté rare et sincère A fixé, par son air brillant, Le cœur d'un notable Galant.

De Vibraye, aimable Marquize, Toujours leste, propre et bien mize,

185 Et que l'on peut, en vérité.

Nommer un trézor de beauté.

Brancas, cette chère Personne, Toute belle, toute mignonne.

Admirable pour sa fraîcheur, 190 Et qui parott, par sa blancheur,

La Muze kistoriq^ue, — Janvier 166$.

Tant elle plait, Unt elle brille, Plutôt un Ange, qu'une Fille.

De Pons, oui peut, avec raizon.

Se vanter de bonne Maizcn,

195 Et qui, pour danser à merveilles, Ne void guéres de ses pareilles.

Mademoizelle Castelnau, Douce comme un petit agneau, Mais que Ton croid fiére et cruelle

200 A ceux qui sont amoureux d'elle.

Dampierre, bel et noble Objet,

Qui, certes, n'a pas de sujet

De se plaindre ae la Nature,

Puis-qu'elle est une créature

205 Dont les atraits font avouer Qu'on ne la scauroit trop louer.

Mademoizelle de Fienncs, Une de nos belles Chrétiennes, (D'aucun, cela n'est contredit]

2 10 Et dont la gorge, à ce qu'on ait. Est infiniment ravissante Par sa blancheur éblouissante.

^Iffî^eT* ^ "^'^'^ ^^™^ ^^ Crussol, Qui vaut son pézant d*écus sol,

2 1 5 Comme étant une aimable Illustre, Di^e du Cercle et du Balustr.^, Qui, selon l'ordre de la Cour, Ne luy peuvent manquer un jour.

La belle Comtesse de Guiche,

220 Sur qui les yeux point on ne fiche Sans l'aimer et sans l'admirer, Non pas (mcsmes) sans soupirer.

Montespan, Merveille vizible.

Pour oui nul cœur n'est insensible,

Z2^ Astre d'honneur, Astre d'amour, Et l'un des plus beaux de la Cour.

Enfin, voicy pour la dernière, De la Cour une autre lumière, Sçavoir la belle Rochefort,

2^0 Que tout le monde estime fort.

Outre ces seize Nobles Dames, Aucunes Filles, d'autres Femmes, L'aimable et charmante Sully, Au teint jeune, frais et poly ;

23 5 Et Sévignj, dont le vizage

Charmeroit le cœur du plus sage, Sont aussi de ce beau Balet,

Et dansent chacune un Rollct.

Mais, comme il faut cesser d*écnre,

240 Je ne sçaurois plus vous rien dire De ce charmant Balet susdit, N'ayant encor' eu le crédit D'avoir de place, ny d'entrée Dans cette Royale Contrée :

245 Mais si j'y puis aller Mardy, Ou le lendemain Mercredy, Je promets, à toute avanture.

D'en recommencer la peinture, Car je ne suis pas satisfait

250 De ce qu'aujourd'huy j'en ay fait :

Ainsi, que je cesse de vivre, Si j'en ay rien vu que par Livre:

J'ay fait des Vers jusqu'à très-bien, Et si je n'ay quazi dit rien,

2 5 5 Adieu, mon Illustre Princesse, Mon travail encor point ne cesse.

Car, quoy que las de babiller, 11 faut encor' apostiller.

Ecrit auprès d'un feu de braîze, 260 Trois jours avant Monsieur S. Blaize.

APOSTILE

ChersMessieurs.quiquevoussoyez, Qui, le Vendredy, m'envoyez, (Qu'il est quazi nuit toute noire) Un très-ample et très-long mémoire

265 Avec trois cahiers imprimez.

Où très-bien des Gens sont nommez, A dessein que je les écrive Dans ma Lettre en Vers, ou Missive, Je voudrois bien vous contenter;

270 Mais pour rimer, pour ajuster,

En discours qui soient un peu sages, Le contenu de treize pc^es, De la soirée au lendemain, Aprenez que l'esprit humain

275 De ce faire n'est point capable A moins que se donner au Diable. Depuis deux ans et quelques mois J'ay de vous ^rit par trois fois Avec honneur, zélé et franchize;

280 Messieurs, que cela vous sufize.

Février 1665. — Livre XVI. I.ettke VI.

LETTRE SIXIÈME

Du [samedi] septième Février.

RAIZONNANTE.

Ayant rêvé de tous cftter, Je ne voy point de nouveautez.

Dont, aujourd'huy, je me souvienne Pour en remplir la Lettre mienne:

5 Plaize à monseigneur le Destin Qu'il m'en arive ce matin; De tout mon cœur je le dézire, Puis-(ju'enfin il me faut écrire:

Car si, pour ne rien sçavoir,

to J'allois manquer à mon devoir Envers cette blonde Princesse A qui mes Nouvelles j'adresse.

Mon Imprimeur rechigneroit, Tout Paris s'en indigneroit,

1 5 Je frustrerois de son atente La Cour à qui je les prézente; Ceux, tant du Midy, que du Nord, Me ju^eroient malade, ou mort :

Certains, à oui je fais ombrage,

20 En riroient de tout leur courage;

Mes Amis seroient consternez,

Et moy j'aurois un pié de nez.

Pour, donc, éviter ce dézordre,

. Et ne point trop donner à mordre

25 A des Censeurs et Gens mordans, Et pour complaire aux atendans, Qui, la plus-part, sont sages Hommes, Discouronsdutempsoùnoussommes ; Pour ce faire, je vais m'asseoir.

^o Possible, avant qu'il soit ce soir, J'auray Billet, Lettre, ou Message ; DonC; ne tardons pas davantage.

Comme durant le Carnaval (Soit que l'on fasse bien, ou mal)

) 5 Pluzieurs vivent d'une manière Qui n'est pas toujours coûtumiére, Il est trés-certain que Paris, Séjour desplaizirs et des ris, Est remply de réjoûyssances,

40 De Cadeaux, de Bals et de Dances, D'admirables Cotations,

Contenant des profuzions De bons vins et de limonades; Bref, de diverses Mascarades:

4$ Mais (à parler ingénument) Le plus grand Divertissement, Tant de la Cour, que de la Ville, Et qui, seul, en vaut plus de mille, C'est le Balet vrayment Royal,

50 Que l'on danse au Palais-Royal, Où viziblement on remarque L'adresse de nôtre Monarque, Et de Monseigneur d'Orléans, Le Maître et Patron de léans.

5 5 Là, plus de dix-huit, ou vingt Belles, Qui sont les aimables Modelles Des plus adorables apas, Y font admirer leurs beaux pas, Leurs grâces, leurs jolis corsages,

60 Et les charmes de leurs vizages Qui ravissent, qui moins, qui mieux, Les âmes, les cœurs et les yeux.

Outre leurs beautez et leur Dance, Leurs qualitez et leur naissance

65 Inspirent, au premier aspect, Moitié flâme, et moitié respect: .

On void entr'elles des Comtesses, Des Marquizes et des Duchesses, Et des Princesses, mesmement,

70 Qui sont un rare assortiment Au susdit Balet; Et pour celles Qui ne sont encor que Pucelles, Ces Objets mignons et brillans, Divinitez de cent Galans,

75 Que par elles l'Amour régente.

Sont de belles Tables-id 'atente Pour augmenter le nombre, un jour, Des hautes Dames de la Cour:

J'ay vu trente Balets en France,

80 Mais en ceux de plus d'importance, (Que je meure si je vous mens) Je n-ay point vu d'habillcmens Plus riches, superbes et lestes,

La Muzb HiSTORiquB. — Février i66$.

Mademoiselle 4e Fienacs,

FUIe 4'Honaear de Madame.

Mr le Oac.

MadeoM-

selle deVcrpré.

Madenoi*

lelle

delaBaiit»

ICademoi*

selle

Hilaire,

ItodeBoi*

selle de S.

CkiiHOFlie.

Que lears jupes, robes, ou vestes, Et leurs escarpins, mesmement.

Où l'on vopit maint ornement; Tout édatoit de broderies, D'argent, d'or, et de pierreries.

Qui revêtant de si beaux corps, A)OÛtoient trézors sur trézors; Et leurs fronts, plus-que de coutume, Ombracez de bouquets de plume.

Mêlez a'infinis diamans, Paroissoient encor plus charmans.

Madame, de tous admirée, Qui reprézentoit Citérée, Et pour rtoier sur tous les Dieux, S'élevoit de la Mer aux Cieux, Etant indispozée, ou lasse, A cédé sa brillante place A certaine aimable Beauté Dont tu Tois le nom à côté, Qui, comme jeune, belle et sage.

Joué assez bien ce Personnage.

Outre la majesté du Roy, Qui danse des mieux, croyez-moy, Et Monsieur son unique Frère, A qui le juste Ciel confère Toutes les belles qualitez

Su'on souhaite aux Prindpautez, n Prince du beau Sang de France Parolt aussi dans cette Dance, Et pluzieurs Ducs, Comtes, Marquis, Tous Seigneurs de mérite exquis, Audit Balet se laissans joindre Par des Gens de qualité moindre, Mais, pour bien danser, les meilleurs Tant du Royaume, (^ne d'ailleurs :

Mais, sur-tout, certaine Pucelle Fait dire à ceux qui parient d'elle, Qu'onn'en void pointdessouslesQeux Qui danse et capriole mieux.

La Mozique et la Svnfonie Y font une grande harmonie.

Dont LuUy (ce croy-je^ est Autheur, Et pluzieurs, de beile-oauteur, Dizent que jamais les oreilles N'oûirent de douceurs pareilles.

Mais ce qui ravit plus te cœur.

C'est certain An^que Chœur Formé des voix justes et belles, De trois illustres Demoizelles, Dont, selon mon opinion, La douce et charmante union Fait goAter aux oreilles fines Des voluptez presque divines.

Le Sujet, ajusté des mieux

Excellent lof^meur.

Par un Esprit judicieux, "^Jf ^

Dont l'honneur, les Lettres, les Armes Aigiun 140 Sont les plus véritables charmes.

Sujet par qui nous sont connus

Les faits d Amour et de Vénus,

N'est pas un Sujet véritable,

Mais un des plus beaux de la Fable.

145 Le Téaue et ses omemens,

Ses machines, ses changemens,

La Mer, ses rochers et ses rives.

Qui sont de longes perspectives.

Donnent un plaizir infiny, 1 50 Grâces au Sieur Bigarany,

De Modéne, et non pas ae Rome,

Et fort habile et ^lant Homme.

Enfin, pour fimr mon rolet

Touchant ce spiendide Balet, 1 5 5 Les Vers en sont fort beaux à lire.

Car Bensserade (c'est tout dire)

Qui du Parnasse est grand Docteur,

En est, ce m'a-t'on dit, l'Autheur.

Jeudy, bien des Gens y coururent, 160 Nos deux sages Reynes y furent

Environ vers la fin du jour.

Avec une assez noble Cour,

C'est-à-dire Mademoizelle,

Sa Sœur d'Alençon avec elle, 165 Et pluzieurs Princes, mesmement.

Tant Princes du Sang, qu'autrement.

Un fort honneste et galant Homme

Qu'il n'est pas bezoin que je nomme,

Homme,envers-moy,decœurhumain, 170 Et mon amy, de longue-main,

(Que Dieu gard de toute infortune)

M'y plaça sur une Tribune,

Où je fus mille fois ravy

Des belles chozes que je vy.

1 7 5 Mais c'est assez que ce chapitre

Tienne trois parts de mon Epitre,

Prenons maintenant pour objet

Un plus saint et pieux Sujet,

Tout crêtien et tout catolioue, 1 80 Et qui n'est point camavauque.

Au Royaume de Loango,

Voizin de celuy de Con^o,

Des Capucins Missionnaires,

Par leurs procédez débonnaires, 185 Par leurs sages enseignemens^

Areumens etraizonnemens

Judicieux et convenables.

Ont fait des progrez si notables»

Qu'on void aans cette Région 190 Fleurir nôtre Religion.

Février 1665. — Livre XVL Lettre VIL

Ils ont, par loirs saintes paroles, Détruit le culte des Idoles, Malgré les Sacrificateurs De ces Marmouzets Imposteurs,

195 Ils ont déraciné des Ames Leurs superstitions infâmes, En plus de mille et mille endroits Ils ont fait arborer la Croix ; Bref, le Roy, dans un zélé extrême,

200 Ayant receu le saint Bàtème,

Tous les grands Seigneurs de sa Cour, Et de tous les lieux d'alentour, Ecoutans les discours sincères De ces bons et Révérens Pérès,

205 Se font par eux catéchizer, Et pareillement bàtizer.

Ainsi, parmy ces Idolâtres, Jadis, assez opiniâtres, Belzébut, ny Léviatan,

210 Ny le fin et ruzé Satan,

De tous les grands Diables le pire, N'ont plus oe vogue, ny d'Empire: Mesme, on dit que le Roy du heu, Converty, tout-à-fait, à Dieu,

2 1 5 A d'un stile soumis et tendre, Ecrit au Saint-Pére Alexandre, Le priant, par afection, De Dénir sa Conversion, Et d'envoyer en sa Contrée,

220 Oi^ l'on leur permet libre entrée.

Un renfort de Prédicateurs, De Docteurs et de Directeurs.

Le Capucin, Père trés-digne

Qui de Dieu cultive la vigne 22 j Aux Pays Méridionaux,

Gilles faux Dieux sont bien penauds.

Est, dit-on, un fort capable Homme,

Qu'un manuscrit, que j^ay vu, nomme

Père Bernardin d'Hungaro, 2)0 Qui rime à feu Louis (THaro,

Ministre d'heureuze mémoire;

Et la terminaizon fait croire

Que ce Père, de Mission,

Est Espagnol, de nation; 2)5 Pour le moins, c'est-là ma pensée;

Que si quelque Ame mieux sensée

En fait un autre jugement,

Je n'en apelle nulement.

Princesse, la Lettre présente 240 Qui devant vos yeux se prézente, Quoy Que j'ûsse d'autres projets.

Ne roule aue sur deux sujets, Sçavoir d un Balet magnifique, Pour la Dance et pour la Muzique, 245 Et de divers Jeux assorty; Et d'un Royaume Converty.

Si quelque Lecteur, d'un ton aigre, Dit que cette Gazette est mai^e.

Pourvu que de ce que j'ay fait 2J0 Vous ayez l'Esprit satisfait.

Que le Censeur gronde, ou munnure, le me riray de sa censure.

Fait, en dépit des Envieux, Le sept du mois, jour pluvieux.

LETTRE SEPTIÈME

Du [samedi] quatorzième Février.

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