‹ La muze historique;Chapitre 103 sur 221 · FINE · texte numérisé non relu

FINE

Princesse sage et bien sensée, Le Ciel , qui connolt ma pensée, M'est un infaillible témoin Que je prens toujours un grand soin

s D'insérer dedans mes Epîtres De plaizans et joyeux chapitres , Pour vous divertir un peu mieux En les prézentant à vos yeux ; Mais, puis-qu'en la saizon prézente

>© Autre choze ne se prézente

Que sujets d'horreur et d'éfroy, Croyez que c'est bien malgré moy Que rien de gay je n'ay pu mettre Dans cette cent-quatrième lettre.

On fit mercredy, ce dit-on, Rompre le pont de Charenton , Pour, par un étrange ménage, Empêcher au Roy le passage.

On diroit aussi que les saints

La Muze historique. — Avril 1652.

ao S'opozent à ses bons desseins, Car depuis des jours trois ou quatre, Sans se faire aucunement batre , Saint-Cloud, Saint-Mauret Saint-Denis Tiennent pour les Princes unis.

25 Je ne sçaurois icy me taire

De ce fameux apoticaire

Qui , prézens plus de quinze-vingts,

Sans comprendre les échevins,

Avec un esprit trés-habile io Harangua dans l'Hôtel-de-Ville.

Vertu-chou ! qu'il avoit bon bec !

Comment, diable! il crachoit du grec!

Il sçavoit par cœur Tite-Live,

Amadis, Palmerin d'Olive, j$ Les historiens, les docteurs

Et quantité d'autres autheurs.

Certes , on dit que l'assemblée ,

D'admiration trés-comblée,

Fit durant ses narations 40 De grandes exclamations.

Pluzieurs dizoient que sa boutique

Méritoit bien de la pratique,

Concluant entr'eux sagement,

Puisque son haut raizonnement 45 Debitoit de si beaux prologues,

Qu'il avoit d'excélentes drogues.

Encore que quelques boufons

Raillassent ses discours profons

Avec une injustice étrange, j 0 D'autres publioient sa louange ,

Et quelqu'un, quoy que peu sçavant,

Fit pour luy le sixain suivant.

0 merveilleux apoticaire !

Je veux de toy prendre un clistaire, n M'en dût-il coûter un écu ;

Je n'en plaindray point la dépence:

Tu m'as montré ton éloquence, Et je te veux montrer mon eu.

Requiem , dame aimable et belle 60 (Au moins on me l'a dite telle) , Quoy qu'avec ses attraits vainqueurs Elle pût ravir tous les cœurs, Fut, par une infortune extresme, L'autre-jour ravie elle-mesme ©y Par ces soldats fiers et mêchans Qui de prézent courent les champs.

Une autre jeune demoizelle (Mais je ne sçay comme on l'apelle), Avec tous ses charmes charmans,

70 Fut prize aussi des Alemans.

Quelques gens m'ont fait la peinture

De cette belle créature,

Dont j'ay fait, comme en racourcy,

Le petit crayon que voicy :

75 Premièrement, sa face est ronde,

Ses cheveux sont de couleur blonde,

Son front d'yvoire bien poly,

Son maintien tout-à-fait joly,

Ses yeux doux, ses lèvres vermeilles, 80 Sa gorge admirable à merveilles,

Et son teint plus blanc que satin.

0 quelle proye! ô quel butin!

[Outre ces deux tristes captures, Qui sont d'étranges aventures,

8; Mademoizelle de Fouilloux, Pucelle aimable aux yeux de tous, A fait un funeste naufrage , Car, en suite d'un long voyage, Etant à la veille du jour

90 Que l'on l'attendoit à la Cour Pour être fille de la Reine, Au lieu de la Roche du Maine, Voyant après elle courir Des soldats , aima mieux mourir

9$ Que voir ses beautés délicates Entre leurs insolentes pâtes.

Si bien que, se jetant dans l'eau , Elle y rencontra son tombeau.]*

De la belle Guerchy le père 100 (Non certes sans grand vitupère Des officiers et généraux) Fut mal-traité par les royaux, Et l'on a fait un tel pillage Dans 5a maizon et son village, ioj Qu'en vins, grains, chevaux, quart-d'ê- II a perdu dix mille êcus. [eus,

Le manchot marquis de Leuville En a perdu plus de trois mille, Dont il enrage à chaque pas ; Mais qui n'en enragerait pas !

Le jour Saint-Marc Pévangéliste On alla prendre à l'improviste, Chez luy, monsieur l'abbé Fouquet, Qu'on trouva saizi d'un paquet, 1 1 j Contenant lettre non signée, Que son frère avoit çrifonnée Pour atirer la Cour îcy.

Ce mesme jour on prit aussy , En suivant la mesme rubrique,

no

Avril 1652. — Livre III. Lettre XVI.

x» Un gentil-homme domestique De monsieur le prince d'Harcour, Qui négocioit pour la Cour.

La reine et le roy d'Angleterre, Pour tâcher de finir la guerre,

u$ Efroyable source de pleurs, Et de mille horibles mal-heurs, Par des discours pleins de sagesse Ont fait à Sa Royale Altesse , Dans Luxembourg, son beau palais,

i)o Quelques ouvertures de paix, Eux ayans été par la Reine Conjurez d'en prendre la peine .

Il répondit bénignement Qu'il le diroit au Parlement.

i)iO Paix ardamment dézirée De la pauvre France êplorée , Reviens prézenter à nos yeux Tes agrémens délicieux !

Veuille pour nous du ciel descendre!

140 Hélas 1 tu te fais bien atendre.

Ces jours passez, dans le logis Du sage monsieur de Concis, Il a couru quelque nouvelle Qu'on délogeoit Mademoizelle

14$ (Par un royal commandement) De ce superbe apartement, Dont la riche magnificence Est si digne de sa naissance.

Cette belle habitation

i;o En mouroit d'apréhention, Et les nymphes des Tuilleries En étoient déjà trés-mâries ; Mais on pense qu'un meilleur temps Réunira les maf-contens;

•M Que bien-tôt ce dézordre étrange, Par l'éfet de quelque bon ange , Sans doute se dissipera , Et que dans la France on verra Revenir sa splendeur première,

>6o Et chacun dans sa chacuniére.

Gaston, de nos maux étant las, Députa Rohan et Goulas, Vendredy dernier, ce me semble, Afin d'aller tous deux ensemble

«*f Pour écouter de bonne-foy Lespropozitions du Roy Touchant la fin de cette guerre, Qui fait tant de maux sur la terre.

Ces messieurs étans de retour,

170 On sçaura d'eux, au premier jour,

Ou , pour le moins, du bruit vulgaire, Comme aura réussi l'afaire.

La duchesse de Châtillon, Dont sans amoureux aiguillon

17J Le plus sevére et le plus sage Ne sçauroit lorgner le vizager, Ayant (sans ceux de son beau corps) Pour le moins quatre passe-ports (Choze en ce temps assez utile),

180 Est revenue en cette ville, Acompagnée , en bel-aroy , Des gens des Princes et du Roy.

Mais, outre ces braves gens-d'armes, Dix mi le Amours, dix mille charmes,

18 j Dix mille atraits , dix mille apas Lasuivoient aussi pas-à-pas; Et ce fut avec cette escorte Moitié charmante et moitié forte, Ainsi que pluzieurs m'ont apris,

190 Que la belle entra dans Paris.

Princesse, je ne puis, pour l'heure, Vous écrire choze meilleure:

C'est bien ce qu'on dit, à peu prés, Tant en ce quartier qu'au Marêts;

19$ Mais je doute fort que ma rime Assez heureuzement s'exprime.

J'aime tant à vous divertir, Que j'oze icy vous avertir, Si les chozes qu'on m'a contées

mo Ne sommas plaizamment traitées, Que j'en suis confus et fâché Comme quand j'ay fait un péché :

Car en moy le soin de vous plaire Est tout-à-fait extr'ordinaire.

aoj Fait en avril, le vingt-et-huit, Avant que mon souper fût cuit.

Apostille.

■ Le Roy, la Reine et tout leur train Sont arivez à Saint-Germain, Où, pour le repos de la France, 210 On traite, dit-on, d'importance.

Autre.

Monsieur l'évesque de Belley, Prélat pieux et trés-zélé

2}8 La Muze historique. — May 1652.

A secourir les mizérables, ! 21 $ Chrestiennement et saintement,

Décéda dans les Incurables, I Vendredy dernier, justement.

LETTRE DIX-SEPTIÉME

Du [dimanche] 5 May.

Page 1