‹ La muze historique;Chapitre 104 sur 221 · TIMIDE · texte numérisé non relu

TIMIDE

Le bel esprit de Vôtre Altesse, Qui chérit tant la politesse , Et aui possède excélemment Le beau don du discernement , j Ne verra dans cette missive , En ce fâcheux temps de Qui vive 1 Nul discours charmant et poly, Ny peut-être rien de joly.

Mais , 6 rare et divine fille !

10 Si l'élégance icy ne brille , Et si ces chapitres n'ont pas Des termes assez délicats , Ny de jargon assez rizible, Quand le temps sera plus paizible ,

ij Je rimeray d'autre façon, Et je diray mieux ma leçon.

J'avois dit dans ma précédante Que , samedy, la Cour errante Se vint fixer à Saint- Germain.

20 Or je dis que , le lendemain , La reine et le roy d'Angleterre, Pour tâcher d'apaizer la guerre , S'y transportèrent promptement ; Ausquels , après le compliment,

2$ On nt colation très-grande , Abondante en fruit et viande, Et mainte excélente liqueur Dont ils burent de fort bon cœur. .

Durant cette illustre crapule

50 On s'y réjouit sans scrupule , Et Monsieur le frère du Roy, Qui n'a rien que d'illustre en soy, Ravissant tous les cœurs d'emblée , Au gré de toute l'assemblée ,

H Qui l'admiroit avec raizon , Y fit l'honneur de la maizon.

Pluzieurs personnes d'importance , Ducs, pairs et maréchaux de France,

Vindrent aussi de tous costez 40 Pour saluer Leurs Majestez; Enfin la Cour devint fort belle, Et mesme, au cercle, à la chandelle (J'ay tort , il faut dire aux flambeaux), On vit pluzieurs objets fort beaux, 4$ Des yeux brillans , des gorges pleines, Et, de plus, deux rois et deux reines.

Chavigny, Goulas et Rohan, Tous trois, malgré monsieur Sathan, Diable ennemy de la concorde

$0 Et démon de sac et de corde, Etoient allez avec beau train Audit château de Saint-Germain, Pour illec, à toute avanture, Faire de paix quelque ouverture;

n Mais lesdits seigneurs députez Revindrent un peu dépitez Pour n'avoir pu de l'Eminence Obtenir l'exil ny l'absence.

Depuis, le mylord Montaigu,

60 Dévot, sage et d'esprit aigu, A fait encor quelque voyage, Pour tâcher, par son beau langage, D'induire la Reine et les grands A terminer leurs diférants

6j Par quelque humaine et douce voye Qui comblât les peuples de joye ; Mais , las ! son zélé et son souty N'ont rien opéré jusau'icy.

Il est bien vray que les années

70 Ne sont pas beaucoup animées; Elles vivent entr'elles bien Et ne s'entre-demandent rien; Point d'animozitez farouches , Point d'embûches ny d'escarmouches,

7$ Et cela fait croire à pluzieurs, Et mesme à de sages messieurs

May 1652. — Livre III. Lettre XVII.

(Mais d'une croyance imparfaite), Que possible la paix est faite, Et que pour quelques secrets cas 80 On ne la déclare encor pas.

On dit aue le duc de Lorraine Quantité ae troupes ameine, Et qu'il doit ariver demain ; Mais on n'est pas encor certain t{ En auoy son grand dessein consiste , Et s*il est prince ou royaliste, Car, pour en parler franchement , Il marche énigmatiquement.

La veille monsieur Saint-Philipes,

90 Quelques gens et quelques guenipes Ayans des sentimens mêchans Contre le Prévost des marchands Avec une troupe assez grosse L'ataquérent dans son carosse ,

9j A dessein de l'exterminer, C'est-à-dire l'assassiner ; Mais , par bon-heur ou par adresse, Il êchapa de cette presse , Et chez un voizin se cacha ,

100 Qui sa mort funeste empêcha ; Lors la troupe , ardante au pillage , Pleine de fureur et de rage , Avec des haches et couteaux Mit son carosse en cent morceaux,

10) Après quoy ladite canaille S'en alla faire ailleurs ripaille.

Mercredy, sur la fin du jour, On fut aussi chez Bénicour, Marchand de toute sortes d'armes, no Où l'on fit d'étranges vacarmes ; Mais, comme il vit que sans raizon On vouloit piller sa maizon , Il en envoya sous la tombe Quatre ou cinq à grands coups de bombe.

"j Monsieur le baron de Marré, Qui fut dernièrement navré En ce jour de sang et pillage Où Braille perdit son bagage, Et monsieur d'Hoauincour aussy,

'*> Est maintenant pâle et transy, Et mort enfin , non de migréne, Mais d'une impiteuze gangrène, Dont ceux qui iuy donnoient secours Ne purent arêter le cours.

"t C'étoit un vaillant personnage, Et par conséquent c'est dommage.

Je veux mettre aussi dans mes vers, Parmy tant d'accideas divers Et de diférantes espèces,

130 Que mademoizelle Despesses, Qui n'a pas quantité de bien , Mais de l'esprit jusqu'à très-bien , Outre beauté, grâce et sagesse Qui valent mieux que la richesse,

ij$ Se fiança, jeudy dernier,

Au trés-riche monsieur Garnier, Beau, jeune, et frère de deux dames Qui sont deux fort charmantes femmes Et desquelles l'on fait grand cas,

140 La Doradour et la Brancas.

L'abbé d'Efiat, amy fidelle De la susdite demoizelie, Et l'un de ses proches parans, En donnant trente mille francs

145 (Action bonne, belle et sage), A procuré ce mariage.

Mademoizelle, en vérité, Revint hier en cette cité Pour y faire éclater ses charmes,

ijo Qu'Orléans regrette avec larmes .

Or l'on ne verrait dans Paris Que plaizirs, que jeux et que ris, Si cette Altesse qu'on adore , Ainsi qu'une briflante aurore,

iss Etoit, selon nos bons souhaits, L'avant-couriére de la paix; Sans doute que ces deux déesses Produiraient de grandes liesses, Ce retour grand et glorieux

160 Rendrait tout le monde joyeux, Et ce serait choze fort belle Que la paix et Mademoizelle.

Avec passe-port de Monsieur, Que Fromond signa de bon cœur,

16s La maréchale de la Mote, Avant pris sa plus belle cote, Alla , je vous jure ma foy, Voir jeudy la Reine et le Roy, Et ne faut pas qu'icy je taize

170 Que, pour les voir mieux à son aize, Un valet de chambre discret Luy prézenta le tabouret, Dont son cœur, sa rate et son foye Sentirent une extrême joye,

17s Et ladite exultation,

Luy cauzant quelque émotion, Ne fit qu'augmenter davantage L'incarnat de son beau vizage.

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Pour conclure agréablement, 180 Princesse, j'ay mis justement

En ces derniers vers cette histoire :

Car, cette belle ayant la gloire 190

D'avoir part en vôtre amitié,

Vous aimerez mieux de moitié 18$ L'épitre cjue je vous aporte ,

De la voir finir de la sorte.

Fait le cinquième jourde niay, D'un stile qui n'est pas trop gay.

— May 1652.

Apostille.

[Neuillant, belle et jeune personne, Et tout-à-fait blanche mienonne, Tombant l'autre jour de cheval, Se fit si cruellement mal Qu'on dit que cette créature, Si ce n'est grand coup d'aventure, Est à la velue du trépas Avec tous ses charmans apas.

Froulié faisant en cour voyage, On luy prit argent et bagage ; Mais, sans mentir, on a voit tort, Car il avoit un passe-port.]

LETTRE DIX-HUITIÉME

Du [dimanche] 12 May.

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