‹ La muze historique;Chapitre 111 sur 221 · SOLIDE · texte numérisé non relu

SOLIDE

Comme un prédicateur, souvent, Durant le Caresme ou l'Avent?

De pluzieurs points que, pour instruire, Il doit en son sermon déduire, Pour n'être trop long, ne fait choix Que d'un , ou ae deux, ou de trois; J'en fais de mesme des nouvelles, Tant d'Etat que de bagatelles,

Qui se débitent dans Paris 10 Par les grands et petits esprits; Car je n'en ptfens que quelques-unes, Et quelquefois des plus communes, Pour en compozer le discours Que je vous fais tous les huit jours.

1 5 Autrement faudrait que ma plume Fit chaque fois un gros volume,

Juillet 1652. — Livre III. Lettre XXVII.

Qui lerok m trop grand labeur Pour un si médiocre auteur; Et, certes, j'ozeray bien dire, 20 Si le plus grand joueur de lire Entreprenoit de dire tout, Qu'il n'en viendrait jamais à bout; Mais, ô mon illustre Princesse, C'est icy que l'exorde cesse.

s; Après la mort de Saint-Maigrin , Le neveu du sieur Mazarin Fut fait par le Roy nôtre sire, Gratis, cela s'entend sans dire, Lieutenant des chevaux-légers,

?o Charge sujette à cent dangers : Car, quand quelque combat s'allume, C'est de tout temps l'ordre et coutume Que tant les chefs que cavaliers Donnent toujours des fins premiers;

îj Le Roy donc ayant été large Jusqu'à luy donner cette charge, Il en fit à Sa Majesté Le serment de fidélité; Mais ce fut dans son lit ou couche,

40 Car il receut si rude touche Le funeste jour du combat, Qu'il en est encore au grabat.

Le cornette comte d'Olonne, Mary d'une belle mignonne,

4j Avoit quelque' prétention Au degré d'élévation ; Et voyant qu'avec préférence Ledit neveu de l'Eminence L'avoit obtenu par sus luy,

so II en conceut si grand ennuy Et s'emporta de telle sorte (A ce que l'histoire raporte), Bref, pesta si fort et si haut, Qu'enfin monsieur de Guénegaud ,

s s Par l'ordre du Roy nôtre maître, Et de la Reine aussi , peut-être , Qui n'aprouvoient pas son couroux, Luy dit : « Monsieur, retirez-vous. »

[J'oubliay, dedans ma dernière, fa Encor qu'elle eût peu de matière,

Que Soycourt , riche et grand seigneur,

En qualité de gouverneur

Avoit fait son entrée à Rué,

Place importante à luy vendue f $ Par le seigneur de Tifiadet,

Non point monté sur un bidet,

Mais sur un grand cheval d^Espagne ,

Avec un habit de campagne

Qui presque valott un trézor, 70 Car il étoit tout brodé d'or.

Le peuple de ladite ville,

D'humeur, dit-on, assez docile,

Le harangua , le mitonna

Et hautement le canonna.

7j Monseigneur d'Elbeuf , duc ai prince,

Le gouverneur de la province,

Y faisant un voyage exprés

Le visita trois jours après ;

Et ledit Soycourt, qui se pique 80 D'être abondant et magnifique,

Le régala d'un grand repas

Auquel on ne s'épargna pas.]

On dit que le duc de Loraine Son armée encore r'ameine,

8j Sans se soucier aujourd'huy De ce qu'on peut dire de luy, Ny craindre que quelque poète Le compare à la giroûéte , Laquelle, au gré du moindre vent,

90 Vire et revire si souvent; L'archiduc et Fûensaldagne Se sont aussi mis en campagne Pour se joindre , tambour bâtant, Audit prince piroûétant.

9$ Hélas! j'en ay l'ame atendrie, Car j'ay bien peur que ma patrie Ne sucombe sous les fureurs De ces diables de picoreurs.

La reine et le roy d'Angleterre,

100 Par eau leur bagage , eux par terre , Sont enfin sortis de Paris , Téraoignans être trés-mâris De voir la discorde civille Régner dans cette grande ville,

105 Qui jadis êtoit un séjour

De paix, d'abondance et d'amour, Un téatre de grands spectacles, Un recueil de charmans miracles, L'abord sans périls ny dangers

1 10 Des plus curieux étrangers , Le centre du plus beau commerce Qui dans tout l'univers s'exerce, Le bureau des plus saintes loix, La brillante Cour de nos Rois,

11 j Une ville enfin sans seconde, Et, bref, la merveille du monde.

Maintenant son bon-heur fait flux, On ne la connoh presque plus , Sa splendeur est quazi ternie,

130 La liberté s'en voit banie,

La Muze historique. — Juillet 1652.

Et l'on peut dire avec raizon Qu'elle est une grande prizon D'où n'oze plus sortir personne, Non pas seulement pour Charonne,

125 Bagnolet, Saint-Cloud. Saint-Denis, Et mille autres lieux infinis , Où, lès festes et les dimanches.

Les bourgeois, les mains sur les hanches, Alloient humer un air nouveau

1 jo Quand lé temps ètoit clair et beau. Depuis trois ou quatre ans je prône Que le peu d'amour pour le Trône Pouroit un jour dans la cité Cauzer grande perplexité;

s»s Mais j'ay beau prier au'on me croye, Je suis la Cassandre de Troye Qui de loin les chozes voyoït , Et jamais on ne la croyoit.

Pour être au rang des Pairs de France, 140 Rohan fit jeudy grande instance

A nosseigneurs de Parlement

Qu'il solicita puissamment;

Mais, s'il est vray ce qu'on raconte,

Il n'a pas encor eu son compte ; 145 II espère, dit-on, pourtant

Avoir bien-tôt ce qu'il prétand.

On a dit, pour choze certaine, Aux députez , cette semaine, Que le Roy consentoit enfin

1 jo EVéloicner le sieur Mazarin , Aimé de fort peu de provinces, Pourvu que messeigneurs les princes, Pour pacifier tous débats Missent soudain les armes bas;

1 5 5 Prions Dieu qu'à tous il inspire , Pour le salut de cet empire, Un esprit d'acommodement

Qui puisse calmer promptement Les diférens et les querelles

160 De tant d'ames grandes et belles , Dont l'heureuze réunion (Du moins c'est mon opinion) Dans peu de temps et d'intervale Cauzeroit la paix générale,

Us Par un agréable revers Dont a bézoin tout l'univers.

[triolet.

Princesse d'excélent mérite, Voilà mon ouvrage achevé; Ma Gazette enfin est écrite, 170 Princesse d'excélent mérite, . Et, dussay-je uzer de redite, Après avoir longtemps rêvé, Princesse d'excélent mérite, Voilà mon ouvrage achevé.

Le quatorzième de juillet J'ai fini par ce triolet.

APOSTILLE

On tient icy pour choze sûre Que de Mancmi la blessure Le raeine et conduit à grands pas

180 Tout droit au chemin du trépas, Et que Jules ne fiait qu'atendre Que la Mort le soit venu prendre, Pour prendre aussi-tôt le chemin De Pignerol ou bien du Rhin;

i8{ D'autres partons de cette afaire Ont un sentiment tout contraire.

Juillet 165a. — Livre III. Lettre XXVIII.

LETTRE VINT-HUITIÉME

Du [dimanche] 21 Juillet.

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