‹ La muze historique;Chapitre 112 sur 221 · RARE · texte numérisé non relu

RARE

Princesse, puis qu'un cruel sort En France entretient le discord , Et que pour nous la Paix s'endort, Dont j'en suis en grand déconfort .

5 Demeurez, s'il vous plaît, d'acord, Fussay-je cent fois plus acort, Que je ne puis faire raport De chozes qui vous plaizent fort; Et pour vous témoigner d'abord,

10 0 mon trés-illustre suport !

Que je n'ay pas beaucoup de tort, Je commence par une mort.

Le Sort, plus barbare qu'Hérodes,

A ravy madame de Rodes, ij Sans en elle avoir respecté

Tant d'esprit et tant de beauté,

Dont, au raport de qui l'a vûô,

Elle étoit richement pourvue;

La vive fraîcheur de son teint » N'est plus qu'un lis pâle et déteint,

Ses apas et ses autres charmes

Ne sont plus que sujets de larmes ;

Et cet objet rare et vainqueur

Qui, pour conquéter plus d'un cœur, 1$ fremployoit qu'une seule oeillade ,

Ne fut que quatre jours malade.

Elle pa»a lundy, la nuit ,

Et par la Mort, qui tout détruit,

Elle se vid exterminée îo En sa trente-quatrième année,

Et tous les intrigues aussy

Qu'elle avoit en ce monde icy.

0 Beauté périssable et fresle !

Puis que le moindre coup de gresle n Vous peut pousser dans le cercueil,

Pour quoy montrez-vous tant d'orgueil ?

Ne laites plus tant la piafe ,

Et songez à cet epitafe :

Celle qui gh sous ce tombeau 40 Fut une aimable créature,

Mais tout ce qu'elle eut de plus beau N'est maintenant que pouriture.

[ De la beauté tel est le sort Après les rigueurs de la mort. 1 4j 0 toi donc qui crois être belle!

Excuze-moy si je te dis Qu'elle fut comme toy jadis, Et qu'un jour tu seras comme elle.

Deux députez du Parlement

50 Allèrent voir dernièrement

Monsieur le Chancelier de France , Auquel ils firent grande instance De reprendre tout de nouveau Le trés-noble uzage du seau ,

$$ Duquel sa prudhomie insigne Le rend si capable et si digne.

Mais cet illustre magistrat, Dont les vertus ont tant d'éclat , A cette obligeante semonce

60 Déclara pour toute rëponce Que le Roy pouvoit seulement Par absolu commandement, S'il jugeoit ses soins nécessaires, Le remettre dans les afaires.

6; C'est à peu prés comme il parla.

0 que j'aime ce discours-là.

Las ! si tout le monde étoit sage A l'égal de ce personnage, Louis , surgeon de tant de rois ,

70 Seroit mieux servy mille fois.

Jeudy, Son Altesse Royale, Monté sur cheval ou cavale, Et d'un bel escadron suivy, Dont le peuple étoit tout rayy,

7$ Partant de son beau domicilie, Et traversant toute la ville , Alla quérir les députez Qui, par ordre des Majestez, Pour la paix, ce dit-on, édore,

80 Restoient à Saint-Denis encore.

La Muze historique. — Juillet 1652.

Mais enfin il les Ramena , Et cette raizon il donna, Que pour les publiques afaires Ils êtoient icy nécessaires.

s* Du Foûilloux et de Manciny Le sort est tout-à-fait finy, Et ce sont des nouvelles vrayes [playes. Qu'ils sont tous deux morts de leurs [Après la mort de ce neveu,

90 Qu'à Paris on a plaint fort peu , Chacun croyoit que l'Eminence Feroit au Roy la révérence Et s'eniroit bien loin d'ici.

Et Froullé, le croyant aussi,

9î Alla lui rendre témoignage , Avec un assez beau langage, Que sa retraite et son départ, Perçant son cœur de part en part, Luy causoient un regret extresme.

100 Le Cardinal, à l'heure mesme, Luy dit, ayant ainsi parlé :

« Mes botes, monsieur de Froullé, (Tants'enfautqu'ellessoient chaussées), Ne sont pas encore graissées. »

io; Ce dit, soudain le quitta là.

Le courtisan, voyant cela, Ayant un peu Pâme interdite, Rengaina sa belle eau bénite.

Et qui fut après bien raillé?

I to Ce rut mon dit sieur de Froullé. ]

Par une instance un peu pressée De la Courtrés-embarassée, Guénegaud est allé grand train, Comme agent, vers le duc Lorrain ,

I I $ Pour essayer, par ce voyage ,

D'aréter ce fâcheux orage, Assavoir son camp ou son ost, Qui doit icy fondre bien-tost :

Et, pour obliger cette Altesse 120 D'avoir pour nous quelque tendresse, J'ay sceu de madame de Vie Qu'on luy veut bailler Moyenvic.

Pour délibérer des afaires

Et pour détourner les mizéres is$ Dont les François sont menacez,

Le Parlement, ces jours passez,

A tenu diverses séances,

Fait pluzieurs graves remonstrances,

Allégué de fort belles loix, 1 jo Tant pour l'Estat que pour les rois.

Mais quoy! toutes leurs tentatives,

Ny leurs voix délibératives, Nv leur pieux et grand soucy, nW rien opéré jusqu'icy.

mj Toutefois, hier la matinée (On me le dit l'aprés-dînée), Monsieur, prince bon et loyal , Fut fait lieutenant général De l'Estat, royaume ou couronne;

140 Et, touchant l'illustre personne De Condé, l'honneur aes humains, D'autant que ses guerrières mains A vaincre sont acoûtumées, On le créa chef des armées,

145 Et Beaufort, lors et maintenant, Fut proclamé son lieutenant.

Le jeune sieur comte de Selle Alloit fiancer la pucelle Si digne d'estime et d'amour,

ijo Dont j'avois parlé Pautre-jour, Assavoir la belle d'Etampe, Riche, aimable et de bonne trampe; Les parens d'aize trés-comblez, Etoient déjà tous assemblez

ijj Chez le sage et prudent Betune, Digne d'une grande fortune , Si la richesse et le bon-heur N'étoient que pour les gens d'honneur (Je puis bien de ce personnage

160 Tenir en passant ce langage):

Les parens donc ètoienttous là Lors que, par grand mal-heur, voilà Qu'une fièvre prompte et cruelle Ataqua ledit sieur de Selle.

ié$ Ainsi l'hymen tant déziré Fut pour quelque-temps diféré.

Je ne sçay si la fiancée Montra le fonds de sa pensée, Mais la fièvre de son amant

170 Ne luy plût, je croy, nulemant; Car de pareils délais, je pense, Donnent bien de l'impatience.

Mombas le jeune, et non l'àtoé, Tout -à-fait bien-fait et bien-flé,

17J Vaillant, spirituel et sage, Est décédé, dont c'est dommage, Etant malade dans Melun , Plaint et regreté de chacun; Et, pour dire le vray, moy-mesme

180 J'en sens un dêplaizir extresme; Contre le Sotf j*ay murmuré, Et mon cœur en a soupiré ; Car cet aimable gentil-homme,

Juillet 1652. — Livre III. Lettre XXIX.

Ce généreux, cet bonnette homme, il; Digne et vray serviteur du Roy, Avoit quelque estime pour moy.

La Cour, aucunement errante.

S'achemine, dit-on, vers Mante; Mais j'ay sceu d'un sonneur de cor 190 Qu'à Pontoize elle étoit encor.

Princesse trés-digne de gloire , Toujours emprainte en ma mémoire,

Icy finit mon répertoire ,

Et ne sçay plus aucune histoire,

19$ Du moins qui soit un peu notoire.

Je ferme donc mon écritoire , Et , premier aue manger et boire, Je m'en vais aroit à l'Oratoire, Prier devant le saint ciboire

aoo Pour les âmes de Purgatoire.

Fait le vingt-et-un de ce mois, Ayant pris haleine sept fois.

LETTRE VINT-NEUVIÉME

Du [dimanche] 28 Juillet.

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