‹ La muze historique;Chapitre 113 sur 221 · CIRCONSPECTE · texte numérisé non relu

CIRCONSPECTE

Princesse d'illustre renom, Dont Orléans est le surnom , Quand la guerre sera passée (Que j'ay toujours dans la pensée),

5 EtTors-que nous aurons la paix (Au moins si nous l'avons jamais), Ma Muze, un petit plus folette, Loin de mettre dans la gazette * Aucun fâcheux événement,

10 N'écrira que gaillardement :

Mais, durant nos fâcheux orages, Me dûssiez-vous casser aux cages, Je ne vous puis faire aujourd huy Que des discours comme cetuy.

1 s Monsieur Saint-Thibard, homme rare, Qui pourtant est un peu bizare Tant en ses dits comme en ses faits, Et qui, mesmes, ne fut jamais (A ce qu'on dit) ny janséniste,

ao Ny déïste, ny royaliste, Maj's, selon le commun raport.

Qui fait toujours fort l'esprit-fort, Fut pris l'autre-jour, vers Péronne, Justement à l'heure de Nonne,

25 Par des jwyzans assemblez, Dont on avoit gâté les blez; Lesquels le portèrent par terre, Saizirent son grand cimeterre Et le firent leur prizonnier,

jo Ce qui le fit bien renier.

Noiron , fille agréable et sage , Et dont les yeux et le vizage A voient des atraits infinis , Mourut dimanche à Saint-Denis ,

j5 Gizante , dit-on, sur la paille.

Et n'ayant ny denier ny maille Pour fournir aux nécessitez Qui l'acabloient de tous cotez.

La Fortune, envers elle chiche,

40 Ne l'avoit pas fait naître riche; Mais, touchant l'esprit et le corps, Elle avoit de rares trézors.

Enfin , étant jolie et belle, Pluzieurs soupirèrent pour elle;

4j Et quelques galans de la Cour Aimèrent, sans doute, d'amour Cette charmante infortunée, Mais non pas jusqu'à l'hymenée.

La belle princesse d'Harcour jo Prétendoit Sortir, l'autre-jour,

De Paris (une autre Ninive)

Où mainte personne est captive ;

Mais, ayant dêguizé son nom,

Le corps-de-garde luy dit : « Non ! » $j Et son issue ou sa sortie

Ne fut nulement consentie.

Son procédé sembla suspect,

Et, sans violer le respect

Que tant honnêtes gens que rustres 60 Doivent rendre aux dames illustres ,

La Muze historique. — Juillet 1652.

On la remena promptement Jusqu'en son propre apartement ; Et le grand Conaé , ce jour mesme , Montrant sa courtoizie extresme,

6 s Chez elle Palla viziter Et saintement luy protester Qu'il n'avoit part en nulle sorte Au susdit refus de la porte , Et que , loin d'en être l'auteur,

70 II êtoit fort son serviteur.

Schonberg et son aimable épouze Sont partis , non pas pour Toulouze , Pour Rouen, ny Pontoize , mais Pour leur gouvernement de Mets,

7j Où, durant ce temps militaire, Ledit seigneur est nécessaire Afin d'y taire avec honneur Sa fonction de gouverneur.

Leur départ me mit en allarme ,

80 Et j'en ay jette mainte larme.

Quoy que Descars et ses apas , Qu'on sçait bien que je ne nay pas, Me soit encore icy restée , J'ay pourtant l'ame inquiétée

8$ Du trop soudain êloignement De ce couple illustre et charmant ; Déjà leur absence m'ennuye Plus-que quatorze jours de-pluye , Car ce sont gens que j'aime bien ,

90 Non seulement comme chrestien, Mais comme étant pensionnaire De ce couple trés-aebonnaire , Dont les vertus et les bontez , Par qui tous cœurs seroient domptez,

95 M'inspirent une ardeur fidelle Qui sera sans doute éternelle.

Monsieur le comte des Marets, Ayant de la Cour ordre exprés De quiter son séjour de Brie,

ioo Où demeure sa seigneurie, Pour se jeter dedans Beau vais, Dont les murs sont assez mauvais, A délaissé son domicilie Pour se rendre en icelle ville,

105 De laauelle il est gouverneur

Pour le Roy, son maître et seigneur.

Selon comme on nous le raporte, Cette place n'est guéres forte; Mais je ferois un grand serment

1 10 Qu'il agira si sagement , Si la ville êtoit ataquée, Qu'elle pouroit être manquée.

Le prézident de Thou , dit-on, Vray tiercelet du grand Caton ,

1 1 5 Fils d'un fameux et sage père , Et frère d'un excélent frère, Va prendre le titre , ou l'a pris, De garde des seaux de Pans ; Je croy toutefois que c'est fable,

tao Mais , si le cas est véritable , ' 0 défunt prézident de Thou !

Qui n'étiez aucunement fou , Mais grand François , grand politique, Et dont la haute retorique

125 Rendoit souvent trés-interdks Les beaux ligueurs du temps jadis ; Ame belle et des plus prizées Qui soient dans les Champs Elizées, Quel sera ton joyeux transport

130 Lors que l'on te fera raport, Comme dfune heureuze nouvelle, De cette dignité nouvelle Dont ton filz aura la splendeur, Apuyé du party frondeur.

in Mais, esprit oui n'est plus qu'un ombre Brillant clans le royaume sombre , Ne sois aucunement séduit Par ce vain et frivole bruit; N'ayant pas l'épaule assez large,

140 Ton fils n'aura pas cette charge : Et j'ay sceu (mais ce ne fut qu'hier) Que le grand monseigneur Séguter, Etant très-fort de la cabale De l'Altesse vrayment Royale ,

145 Va s'escrimer tout de nouveau Tant du petit que du grand seau.

Maizons , expert dans la finance , Va r'avoir la Sur-Intendance, Dont depuis un an il est veuf;

i $o Et l'on tait directeur Tubeuf , Secrétaire d'Estat Viole, Sans en débourser une obole, Chavigny, ministre électif, Et Fiesque, d'esprit très-actif,

ijj Raillerie ou non raillerie, Grand-Maître de l'artillerie.

On dit que le cas va fort mal Du sieur comte de Bonneval, Qui vouloit mettre en ses cassettes

160 Tout l'or et l'argent des receptes Du haut et du bas Limozin , Dont il eût fait grand magazin; Mais du pafe la populace , Jugeant l'acte plein de fallace,

i<! Pour n'être pas conforme aux loix,

Aoust 1652. — Livre

Et craignant de payer deux fois.

Dont elle eût été couroucée , S'étant par troupeaux Ramassée, A ledit Bonneval siégé, 170 Dont il est si fort afligé

Qu'il demande avec grande instance Du sieur Baltazar l'assistance, Pour voir terminer ses mal-heurs ; Mais il est empêché d'ailleurs. .

175 Les soldats de Fûensaldagne, Tous gens sujets du roy d'Espagne, Ayans pris et pillé Chauny, Qui n'etoit pas des mieux garny, Ces ennemis, à toute outrance,

tSo Du pauvre royaume de France Ravageans par tout les moissons, Alloient pour investir Soissons; Mais Tméne, qui les observe, Avançant son gros de rézerve,

i8j Les a fait plus loin reculer, N'étans pas gens à batailler, Mais à sacager et surprendre Tout ce qui ne peut se défendre.

Quand on m'en devrait assommer,

190 Ces gens-là je ne puis aimer.

Comme bon François, je souhaite Qu'ils fassent promptement retraite, Et que, par quelque heureux progrés, On leur cuisse casser du grés.

19$ Le souhait que je viens de faire N'est point à la vertu contraire ; La raizon point je ne trahis :

Chacun doit aimer son païs Et témoigner haine et colère

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