III. Lettre XXX
100 Envers une race étrangère Qui voudrait voir le feu par tout Et pousser cet empire à tout.
De feu monsieur Arnaud la veuve, Ouoy qu'elle ne soit pas trop neuve,
ao) S'étant déjà, du moins, deux fois Soûmize aux conjugales loix , Veut, pour essayer d'être grosse, Convoler en troiziéme nopce.
Pour cet êfet elle a choizi
aïo Un homme qui n'est pas moizi , Mais verd, galant et de bel âge, Bien-fait de corps et de vizage, Frondeur comme défunt Arnaud, Et nommé monsieur Clérambaut.
215 Enfin le sieur comte de Selle Possède maintenant sa belle*, Etant accepté pour mary, Deux jours après qu'il fut guéry :
Et l'épouze sage et bien née,
220 Loin d'apréhender l'hymenée, Quand il fallut en verur-là, De bon cœur se dezabilla.
Et moy, du meilleur cœur du monde , Princesse où tout mérite abonde, 22j» Avec vôtre permission, Par forme de concluzion, N'ayant plus rien sur mon mémoire, Je vous souhaite honneur et gloire.
Fait dans ma chambre, tout seulet, 2)o Le vingt-huit du mois de juillet.
LETTRE TRENTIÈME
Du [dimanche] 4 Aoust.
P1TEUZE.
Belle Princesse, d'humeur gaye, Certes, c'est en vain que j'essaye De faire de mes mains sortir Rien qui vous puisse divertir; s Ce n'est plus d*un style grotesque, Ny facécieux, ny burlesque,
Que l'on doit parler en ce temps Si fertile en grands accidens, Mais d'un accent mélancolique 10 Et d'un ton tout-à-fait tragique.
Ainsi donc cet ouvrage icy Vous semblera froid et transy ;
La Muze historique. — Aoust 1652.
Vous le pouvez, s'il vousplah, Kre, Mais vous n'y verrez rien pour rire.
1 5 Pour entretenir des soldats, Tant à pied que sur des dadas, Cette ville a, dit-on, subie La taxe du temps de Corbie , [deur, Dont maint bourgeois, quoy que fron-
20 Devient pourtant un peu grondeur.
Gens de porte cochére ou ronde, Qui murmurez contre la Fronde, Et tant d'ardeur aviez jadis, Qui vous rend donc si refroidis ?
>5 Cessez, cessez vos doléances, Il faut obéir aux puissances.
Ce fut mardy tout justement Que, par un triste événement, Nemours et Beaufort, quoy que frères,
jo Pour je ne sçay quelles chimères, Ou plutôt charme empoizonneur Qu'on apelle le point-d'honneur, Assez commun dans nôtre France, Se bâtirent à toute outrance,
j$ Jusques-là que ledit Nemours Y vid la fin de ses beaux jours ; Prince, comme on sçait, jeune d'âge, Et dont l'esprit et le courage, Que pluzieurs gens estimoient fort,
40 Méritoient un plus digne sort.
Beaufort, le trop vaillant beau-frére, A tous momens se dézespére, Et ce rude et cruel mal-heur Luy fait sentir tant de douleur
4$ Que jamais sa triste mémoire Ne se souvient de sa victoire Ou de ce cher sang répandu Sans en être tout confondu.
Quelqu'un mesme nous fait entendre
(o Qu'en mémoire de l'amour tendre Qui se forma jadis entr'eux, lise vouloit rendre Chartreux.
Touchant la déplorable veuve, Hélas! nuls discours jene treuve
$ j Qui puissent son deuil imiter Ny ses larmes reprézenter :
Quand j'essaye à tracer l'image Du sanglant ennuy qui l'outrage Et de ses tourmens inhumains,
60 Le pinceau me tombe des mains.
Le lendemain, un autre encombre, Mais non si lugubre et si sombre, , Au comte de Rieux ariva ,
Qui très dêplaizant se trouva:
6$ Car, dans un transport de colère, Ce comte ayant ozé déplaire, Et le respect n'ayant cardé A ce lion nommé Condé , Il reçeut de luy quelque outrage, 70 Et de plus on le mit en cage, Etant à ce point-là réduit D'eue à la Bastille conduit; Et sa rézistance fut vaine, Quoy que du beau sang de Lorraine.
7j Ce n'est seulement dans Paris Qu'on void tout plein de gens aigris; Mais dans Rouan, cité Normande, Survint aussi noize très-grande:
Car on m'a mandé de Magny
80 Oue le prézident Mégrigny, S^tant emporté de colère Contre Bigot, un sien confrère, Le soufleta réellement A la face du Parlement.
85 Le Parlement, pour cette ofence, Par un arêt ou bien sentence, Ordonna qu'au susdit Bigot, Qui toutefois n'est pas bigot, Mégrigny, teste déralée,
90 En prézence de l'assemblée, Diroit : « Monsieur Bigot, mercy »; Et qu'à faute d'agir ainsi , Quoy qu'il sort homme de mérite, Sa charge seroit interdite.
95 Quelqu'un me dizoit, l'autre jour, Que monsieur le comte d'Harcour, Général d'armée en Guienne, En fin finale , a rendu sienne, Après un siège de deux mois,
100 La Ville-neuve d'Agenois:
Conqueste, dit-on, d'importance, Et dans laquelle en «abondance Il a fait de riches butins , Et sur tout de blez et de vins,
ioj Dont s'est bien treuvé son armée, Qui commençoit d'être afamée.
A parler pourtant franchement, Ce n'est pas grand soulagement Pour le mal-hçur de cet empire,
no Qui croit toujours et devient pire; Ce progrés contre le Frondeur Ne fait rien à nôtre grandeur; Telles prizes ne sont que prizes De chozes qui nous sont aquizes,
115 Car, selon Dieu, raizon et loy,
Aoutt 1652. — Livre
Toute la Guienne est au Roy.
Mais, quand j'entens qu'en Catalogne
On fait trés-mal nôtre bezogne,
Et que CazaI est assiégé, 110 Certes, j'en suis presque enragé.
Si l'Espagnol nôtre aversaire
Agissoit seul en cette afaire,
Il ne feudroit pas en pleurer;
Mais ce qui fait dézespérer, isY C'est de voir que des François mesmes
S'atirent ces hontes extresmes,
Et l'on peut contr'eux arguer
Que, bien loin de contribuer
A rendre moins puissante et riche mo La superbe maizon d'Autriche,
Ils procurent viziblement
Son fatal agrandissement
Et nourissent cette arogance
Opozée au bien de la France, i)5 Qui pouroit bien peut-être un jour
Nous faire quelque mauvais tour.
Nôtre Roy Louis quatorzième.
Le premier d'aoust , ou le deuxième,
Etant séant en son Conseil, 140 Pour treuver mieux quelque apareil
Aux maux que la Maizon royale
Soufre quazi sans intervale,
Propoza, dit-on, hautement
De taire à Mante un Parlement , 145 Non point de vrais Jeans-de-Nivelles ,
Mais de ces prudentes cervelles^
Qui font à tous momens estât
De veiller aux biens de J'Estat.
Que la choze ou non soit utile, 150 Je ne suis pas assez habile
Pour voir mes sentimens receus
Si je m'expliquois là-dessus.
Les cohortes du roy d'Espagne , Dézolans toujours la campagne, 15$ S'aprochent fort d'icy, dit-on, Et cela ne dit rien de bon Pour Paris ny pour les provinces ,