ANTÉRIEURE
Princesse dont Pâme est remplie D'une vertu trés-acomplie, Aimable d'esprit et de corps.
Blanche dedans, blanche dehors,
s Et dont l'agréable sagesse , Penchant toujours vers l'allégresse, Marquent en vous bien clairement Un rare et beau tempérament, Avant qu'entamer les nouvelles
ro Avec mes rymes telles-quelles , Lesquelles rymes, Dieu-mercy, N'ont pas toujours mal réûssy, Maintenant que l'an recommence, 0 fille de rare excellence 1
15 J'ay mis icy ce petit trait De vôtre admirable portrait; Il sort fraîchement de ma veine, Acceptez-le pour vôtre étreine.
Le Roy se transporta mardy, 10 Une heure ou deux avant midy, Suivy d'une (wmpeuze escorte De grands seigneurs de toute sorte, Au saint tribunal de Thémis, 04 dignement il fut admis ij Par plus de cent robes vermeilles Qui le receurent à merveilles;
Son charmant et royal aspect
Inspirait en tous du respect,
Et , si quelques-uns sans tendresse
30 Virent la grâce et la jeunesse De cet aimable* souverain, C'étaient des gens à cœur d'airain.
Il parla fort peu, ce bon Sire :
Mais ce peu qu'il luy plût de dire
u Ausdits messieurs du Parlement, Il le dit admirablement.
Le Chancelier, dont l'éloquence A tant d'art et tant de science, Tant de force et tant d'ornement y
40 Harangua plus qu'humainement.
Mole , ce constant royaliste , Suivit ce grand-homme à la piste Par un discours plein de vigueur, Qui toucha mainte ame et maint cœur.
45 Bignon, qui cache une ame sage Sous un mince et petit vizage , Comme il est docte et copieux, Parla . dit-on, aussi des mieux; Les plus hupez de l'auditoire
fo Prizérent son sens, sa mémoire Et sa belle et grande action, Mais surtout sa concluzion.
Monsieur Talon, jadis du nombre
De ceux dont l'esprit n'est pas sombre, \ to$ $5 Etant" maintenant devant Dieu,
Ne se trouva point en ce lieu ;
Mais, par le droit de survivance,
Son propre fils y prit séance.
Illec on passa des édits éo Qui ne furent point contredits ;
Après, avec la mesme suite,
Sa Majesté fut reconduite, - Toujours beau , toujours éclatant,
Jusqu'au Louvre tambour-batant.
es Le Sur-Intendant des finances
Ne signera plus d'ordonnances ;
Il a terminé son destin
Et décéda jeudy matin.
Je pense que messieurs les Suisses, 70 Dont il payoit mal les services,
Quand ils aprirent son trépas,
Ne s'en dézespérérent pas.
* On a du sieur abbé d'Etrée Depuis peu la teste mitrée ,
7$ Car le Roy, vers la fin de l'an , Luy donna l'évesché de Laon; Sans qu'on en puisse rien rabatte Il a de l'esprit plus que quatre , Et, s'il veut, dans dix ans au plus
80 II sera grand episcopas.
Diverses gens de cette ville, L'un ignorant et l'autre habile, Jurent avoir vu dans les deux Un de ces feux prestigieux
85 Dont l'ardante et triste figure Est toujours de sinistre augure :
Le soliciteur, l'avocat, Le tavernier de vin muscat, Le comédien , l'antiquaire ,
90 L'opérateur, l'apotiquaire, Le clerc, le prestre, le curé, Le gros cerveau, l'évaporé, Le maître, le laquais, le page, Ceux du haut et du bas étage ,
95 Augustin, Martin, Rocantin, Phflis, Cloris, Cataut, Catin, Marote, Fanchon, Guillemette,' Disent tous : « J'ay vu la cornette » ; Et moy, pour parler franchement,
»« J'ay contemplé le firmament, Et sans nuë , ombrages ny voiles, Regardé toutes les étoiles, Mais je n'ay vu, faizant leur cours, Que les astres de tous les jburs ,
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— Janvier 1653.
Et cela que cornette on nomme (Sauf l'avis d'un plus honneste homme, Car je m'y pourois bien tromper) N'est autre choze que Vesper, Grande étoile , sans faute nulle , Qui suit toujours le crépuscule.
Pluzieurs rares prédicateurs , Tous, sans mentir, grands orateurs, Et remplis de sainte doctrine, Preschoient la parole divine Dans Paris, ce dernier Avent, Où j'allois , mais pas trop souvent; Leurs soins, leurs transports et leurs flâ- Travailloient à guérir les âmes, [mes Et, plus-que tous monsieur Joly (Qui passe vrayment le joly) Faizoït des sermons admirables, Mais il preschoit aux Incurables.
J'avois marié , dés l'autre an , Le jeune sieur de Montauban, Sur un bruit plein d'incertitude, A mademoizelle du Lude, Pucelle aimable au dernier jx>int; Mais cet hymen ne se fit point, Et maintenant ce personnage Courtize un autre beau vizage, Dont le nom rime à Nuremberg, Sçavoir l'infante de Schonberg, Cadette de monsieur mon maître; Et par-là l'on doit reconnaître Que c'est un party fort charmant Et qui mérite infinimant.
Princesse en bornez sans seconde Et des plus aimables du monde, Voicy le tiers an révolu Depuis que le Ciel a voulu Que par un sort assez propice J'aye fait pour vôtre service, Bien ou mal , à tors et travers Plus de trente-et-deux-mille vers, Lesquels vers (choze très-certaine) Ont bien couru la prétantaine , Scavoir aux climats Suédois, Chez les Flamans et Holandois, En Angleterre ou Grand' Bretagne, En Danemarc, Pologne, Espagne, Naples, Rome, Milan, Thurin, Sur le Danube et sur le Rhin; Et mesmes l'on m'a dit encore - Qu'ils avoient passé le Bosphore Et qu'on leur raizoit de l'honneur
A la Porte du Grand-Seigneur.
Pour dire vray, cep miens ouvrages Sont cent fois plus heureux que sages; Et, certes, l'on void dans Paris
iéo Des régimens de beaux esprits Dont les conceptions et rimes Sont infiniment plus sublimes , Et dont le mérite éclatant Ne fait pas tant de bruit pourtant ;
165 Je suis de la dernière classe, Je n'en voy point <jui ne me passe ; Leurs vers me ravissent le cœur Mieux, que la plus douce liqueur, Quand je les hs je les admire,
170 Et voicy ce qu'on en peut dire :
Ceux de Chapelain sont brillans, Ceux de Berisserade galans, Ceux de Saint -Amant admirables, Ceux de Corneille incomparables ;
i7j Ceux de Du-Ryer sont merveilleux, Ceux de Godeau miraculeux ; Ceux du sieur Gombauld sont augustes, Ceux de Bois-Robert nets et justes,
Janvier 1653. — Livre IV. Lettre II.
Ceux de Quilet forts et piquans,
180 Ceux de Colletet élégans.
Scaron n'est pas en cette ville :
Mais, au raport de plus de mille, Encor qu'un peu malicieux, Ses vers sont trés-facétieux;
i8( Ceux du sieur Ménage sont rares, Ceux de Sandricourt sont barbares, Ceux de Scudery sont charmans Aussi-bien que ses beaux romans, Ceux de Neuf-Germain sont crotesques,
190 Ceux de Dassoucy sont burlesques, Ceux de Marigny sont cruels , Ceux de Tristan sont immortels, Ceux d'un Tel sont mélancoliques, Ceux de Ségrais sont héroïques;
195 Les miens sont naïfs , et rien plus, Et c'est par-là que je conclus.
J'ay fait cette épttre nouvelle , Qui west pas trop spirituelle , L*anti-veille du jour des Rois, *x> L'an mil six cens dnquante-et-trois.
LETTRE DEUXIÈME
Du [samedi] 1 1 Janvier.
INTÉRINÉE.
Ha Princesse ! que j'ay de peine De faire aujourd'huy de ma veine Quelques pauvres rymes sortir Pour tâcher de vous divertir I
$ Mafoy, j'ay l'esprit en déroute, Et cette épttre icy , sans doute , Que je commence ,.en vérité , Avec grande dificuké , Ne contiendra rien qui vous plaize ;
10 Mais voyez-la, bonne ou mauvaize.
Lundy, monsieur de Montauban, Paré de maint riche ruban , Ayant le cœur en alégresse, Donna le bal à sa maîtresse , 1; Où d'aller furent diligens Un grand nombre d'honnêtes gens De toutes sortes de calibres,
Tant froids que gais, captifs que libres, ' Tant obstinez que complaizans,
so Tant de ville que courtizans , Tant dorez que vêtus de serge , Tant de plume auç de flamberge.
Pour les objets aoux et bénins Que l'on appelle féminins ,
aj On y vid pluzieurs beaux vizages Dignes de tributs et d'hommages , Des cheveux blonds, des cheveux bruns, Teints naturels et teints d'emprunts, Des humeurs douces , des hautaines ,
jo Des afables, des inhumaines, Des femmes d'âge , des tendrons , Mais point du tout de chaperons.
Bref, j'ay sceu d'un amy ndeile Que l'assemblée ètoit fort belle,
H Et mesmes, l'on m'a fait récit
Qu'on y représenta le Cid.
Puis , pour parachever l'ouvrage , C'est-àhdire leur mariage, Je tiens cecy de bonne main 40 Qu'ils doivent s'épouzer demain.
La Muze historique. — Janvier 165).
Favorizez la Normandie o (Car quoy que le sot peuple die , Les Normands sont des gens de bien), Et ce faizant, vous ferez-bien.
De Saint-Pierre de Reims l'abbesse, Dame si pleine.de sagesse, Et que les filles de léans Nomment madame d'Orléans ,
4i Etant pour Maubuisson nommée.
Abbaye en tous lieux renommée (Comme autrefois j'ay déjà dit .
L'ayant sçeu de gens de crédit;, De Reims n'est point partie encore ,
ço Et cette cité, qui l'adore, Apréhendant terriblement De perdre ce cher ornement , Les magistrats et le chapitre Ont êent mainte belle épître ,
j$ Et mesme aussi tout le convent A solicité très-souvent L'illustre duc de Longueville De la laisser dedans leur ville; Mais Maubuisson et ses voizins,
60 C'est-à-sçavoir les Pontoizins, Et toute ta terre Normande, Où Monsieur son père commande, S'impatientent en leurs cœurs Des remizes et des longueurs
6$ Qui retardent jusqu'à cette heure Cette aimable supérieure Depuis plus d'un mois, voire deux, De venir habiter prés d'eux. Le tiers-état et la noblesse
70 La réclament haut et sans cesse, Chacun d'eux en est afligé, Et pareillement le clergé ; Enfin pluzieurs capables testes Ont faut voir par maintes requestes
7f Sur ce sujet leurjassion.
O que cette émulation Est avantageuze pour elle.
De voir deux climats en querelle, Le Champenois et le Normand ,
80 Pour avoir ce trézor charmant !
O vous Madame Anne d'Autriche.
Dont l'ame est haute, et non pas eniche, Qui tenez en vos belles mains Le sort de quantité d'humains,
8) Mère de deux glorieux princes , Métez d'acord ces deux provinces; Mais sur-tout ne balancez pas, O Majesté pleine d'apas !
On m'a dit que Mademoizelle (Et j'aime bien cette nouvelle ,
9$ Car j'ay pour elle jjuelaue amour) De sa blanche main , Pautre-jour, Ecrivit (choze très-certaine) Une belle lettre à la Reine, De laquelle le contenu
100 N'est pas jusques à moy venu; Ainsi je n'en sçaurois rien dire, Mais de tout mon cœur je dézire Que ce soit le commencement D'un heureux r'acommodement.
10$ Jeudy, prélats et gens d'égtfze, Par une pieuze entreprize, Prenans à cœur les intérêts De Son Eminence de Rets, Haranguèrent le Roy de France
no Pour obtenir sa délivrance; Mais à tout ce que dit leur chef Le Roy répondit, derechef, Que , quand le bien de cet empire , Où sur tous il faut qu'il conspire,
115 Permétra, sans nul détriment, Le susdit élargissement, Il uzera de sa clémence; Mais, jusqu'en ce temps, patience.
Cela dit, messieurs du Clergé
120 Prirent honnêtement congé.
Un dévot de ma connoissance, Revenant de l'Isle de France , Me dit d'un ton tout êbauby Que monsieur le mylord d'Igby
11$ Se vouloit rendre catholique , Par l'instruction et pratique Du sieur éyesque de Beauvais.
Cela ne seroit point mauvais , Car, sacrifiant sa personne
ijo Comme il fait pour cette couronne, Le Roy, quana réduit il sera , Davantage l'en aimera.
J'apris hier d'un bruit de ville Que monseigneur de Longueville tu A fait filer, en bel-arroy,
Pour joindre les troupes du Roy, Quatre censauarante-et-quatre hommes, Levés dans le pais des pommes,
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Janvier 165 j. — Livre IV. Lettre m.
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aui ne sont point des bandoliers , ais de fort braves cavaliers.
Si, dans nôtre bezoin extresme, Tous nos grands en faizoient de mesme, L'Espagnol et ses partizans , Avant qu'il fût moins de deux ans , Nous craignant plus que lé tonnerre , Donneraient au diable la guerre.
Le Révérend Père François, Qui depuis trente ans et deux mois Etoh confesseur de la Reine , Est décédé cette semaine ; Il étoit de sa nation, Cordelier de profession , D'âge passant l'octogénaire , Enfin moral et débonnaire, Tant en ses faits comme en ses dits; Je croy qu'il est en paradis.
Peu s'en est falu que Candale N'ait troussé Baltazar enjmale ; Pour le moins fit-il de grands tas 160 De ses gens morts prés de Tartas.
Ce colonel , craignant la touche , Encor qu'il soit fier et farouche ,
Tourna dos au victorieux , Et jamais on ne piqua mieux ;
iés Mais son équipage et ses vivres , Et pour plus de cent mille livres De biens qu'il avoit mal acquis , Furent bravement reconquis ; Et luy, seulement quatorzième ,
170 Ayant le front tant soit peu blême, Dans Bazas se claquemura , Gronda , soupira , murmura, Et jura qu'il auroit revanche Avant qu'il fût trois fois dimanche.
17s Puis que moy, vostre humble rymeur, N'étois pas en trop bonne humeur, Princesse , excuzez si ces carmes Ne sont pas trop remplis de charmes; Il est vray qu'ils ne sont pas beaux ,
180 Mais pour le moins ils sont nouveaux. Un jour quelque rare matière M'inspirera plus de lumière Et mes vers auront plus d'apas , Mais pourtant je n'en jure pas.
1 8 ( Fait en janvier, justement l'onze , Sans avoir vu le Roy-de-bronze.
LETTRE TROIZIÉME
Du [samedi] 18 Janvier.
SOIGNEUZE.
Princesse , à prézent que mes vers Sont vus de cent lecteurs divers , Le métier qu'il fout que je fasse Bien plus qu'autrefois m'embarasse.
Quelques beaux esprits tempérez Souhaitent qu'ils soient modérez ; D'autres veulent que la Gazette Sente un peu l'épine-vinette ; Mais ces miens vers , quand ils sont Me font des ennemis mortels ; [tels , D'ailleurs ma ryme n'est point bonne Quand je n'égratigne personne ; Bref, mes vers, tant icy qu'aux champs, Sont méchouis s'ils ne sont méchans.
i Voyez quelle est mon infortune!
Si je pique un peu j'importune , Et lors que je ne pique pas Mes vers sont froids et sans apas.
Mais que les foux ou que les sages
ao Fassent la nique à mes ouvrages, Je méprizeray leurs mépris, Pourvu que ces petits écrits Sortans fraîchement de la presse Soient bien receus de Vostre Altesse.
25 Mais c'est assez, brizons icy; Voyez, s'il vous plaît, cétuy-cy.
On m'a dit que monsieur Bernage , Homme d'église et personnage Qui se pique de probité ,
La Muze jnsïcmiQU».
90 Propozoit à Sa Majesté (D'autant que ce cas-là le touche) De faire de sa propre bouche Aux évesques commandement D'aller tous généralement
h (Ouitans Pans et ses délices) Rézider en leurs bénéfices; Et, comme l'on eut raporté Que plus de trente , en vérité , Faizoient en ce lieu rézidence ,
40 Le Roy, blâmant cette licence , Dit, sans être inspiré d'aucun :
« Hâ ! ce seroit bien assez qu'un ! »
J'apris hier l'histoire étrange D'un démon folet , ou d'un ange ,
4$ Qui ne paroit pas trop pourry, En un logis vers Saint-Merry, Et la chose est à peu prés telle :
Cet esprit, de forme assez belle, Un soir, et non pas un matin ,
50 La chambrière allant au vin, Avec un semblant doux et grave Il l'aborde au fond de la cave Et luy voulut prendre la main, Mais elle recula soudain ,
n Et, méconnoissant le vizage Du susdit prézent personnage, Voicy comme elle luy parla :
« Hô ! Monsieur, qui vous a mis-4à ?
Venez-vous icy, comme yvrogne,
éo Boire nôtre vin de Bourgogne ? *> A ce discours grossier et sot Le bel esprit ne sonna mot; Au contraire , au lieu de luy nuire, Il s'ofritde la reconduire,
éj De luy-mesme et de son bon-gré , En montant les pas du degré , Qu'elle franchit avec vitesse, Et conta tout à sa maîtresse Avec un teint froid et blémy,
70 Sans aporter vin ny demy.
La maîtresse , oyant son langage , Luy dit qu'elle n'ètoit pas sage, Et la pensa batre quasy, Puis ait à sa fille : « Allez-y. *>
7$ La fille, prenant la bouteille Sans se faire tirer l'oreille , A la cave aussi-tôt courut , Où le mesme esprit luy parut, Qui luy fit , avec déférence ,
80 Une profonde révérence; Il luy jetta pluzieurs regards De ses yeux doux, et non hagards,
ioj
Iff
— Janvier 16 jj.
Sans toutefois ouvrir la bouche; Bref, il n'avoit rien de farouche.
Mais, quand il se mit à marcher Avec dessein de l'aprocher, Une frayeur saizh la fille , Qui trés-habilement fit gille.
La mère y décendit après ; Mais l'esprit luy cassa du créa, Il devint roze-croix pour elle.
Avec sa bougie ou chandelle Elle chercha de bout en bout, Et ne l'aperçeut point du tout; Elle hucha ftUe et servante.
Chacune fut obéissante.
Le spectre leur aparut bien , Mais la vieille ne voyoit rien :
Signe évident qu'en ce beau sexe, Dont l'amour si- souvent nous vexe, La jeunesse est de si grand prix [prits. Qu'elle est (mesme) aimable aux es- Enfin , cinq ou six jours de suite Cette maizon-là fut réduite (Sans pourtant autre lézion) A soufrir cette vizion , Dont au curé de la parroisse On fit narration expresse ; Et l'avis de ce bon pasteur, Que l'on tient assez grand docteur Touchant les cas de conscience, Fut (considéré son silence) Qu'à cet Harpocrate nouveau On prézenteroit bien et beau Encre et papier, afin d'écrire Ce qu'il sembloit ne pouvoir dire.
Ce conseil on exécuta, Ces choses on luy prézenta.
L'esprit ne les refiiza mie, Il écrivit ligne et demie; Mais cela les satisfit peu , Car ce fut en langage hébreu.
Je n'ay point apns ce qui reste Pour le mettre en ce manifeste ; Ainsi donc l'article prézant Ne sera pas trouvé plaizant; Mais il faut pourtant que l'on songe (Quand ce devroh être un mensonge) Qu'un aimable objet me l'aprit, Et qu'il est tout-à-fait d'esprit
Le Roy, croyant la choze utile, A fait chasser de cette ville Quatre messieurs du Parlement, Pour avoir témérairement, Et sans respect de la tribune,
Janvier iôjj. — «- Livr
témoigné leur vieille rancune A leur confrère Roquemont, Avec un langage iracond , Trés-caçable d'engendrer noize,
140 Jusqu'à luy reprocher Pontoize.
Ces quatre, ainsi qu'on m'a conté, Sont : Pont-Carré , Vilemonté , Le sieur Voizin , le Clerc-Courcelles , Grands amis, dit-on, de Brousselles.
i4j L'un à Châlons on a mené , L'autre à Saumur est confiné , L'un à Nantes, l'autre à Boulogne, Et tous faizans piteuzé trogne.
Ainsi, par un soudain revers,
ifo Ils sont en quatre endroits divers, Et je puis dire en quatre lignes Qu'enfin on les a jugez dignes, Encor qu'ils soient restez entiers, D'être mis en quatre quartiers.
«if On m'a dit depuis que la Reine Devenoit pour eux plus humaine, Et que , le premier Prézident, Si bon François et si prudent, Leur procurant une indulgence,
ifo Avant (]ue le printemps commence Ils reviendront de leur exil :
A tous hazards, ainsi soit-il!
Soit que cela soit véritable, Ou que ce ne soit qu'une fable ,
rtj La nouvelle court à Paris Que Châtçau-Porcien est repris , Sur la frontière de Champagne, Par les troupes du roy d'Espagne, Lesquelles troupes , sans mentir,
»7o On a tellement fait pâtir, Que du moins leur infanterie Est presque tout-à-fait périe.
La Flandre en a, dit-on, grondé Contre monseigneur de Condé;
»7i Les Espagnols, lents de nature, En ont aussi fait grand murmure.
Mais ce grand cœur, toujours actif, N'est pas comme eux long et tardif, Et, comme l'on dit que tel homme,
E IV. Lettre III. 535
180 Et mesmement tel gentilhomme, Est un diable dans les procès, On peut juger par maint succès Que ce lion, que ce tonnerre, Est un vray démon dans la guerre.
t8j Maint honorable prétendant, Pour devenir sur-intendant, Fait, dit-on, de très-grandes ofres Du plus bel argent de ses cofres; Les brigues vont par-cy, par-là,
190 Pour cetuy-cy, pour cetuy-là, Et dans le Louvre, pesle-mesle, Jeune, antique, mâle et femelle, Ne sont nulement endormis Pour rendre ofice à leurs amis.
195 Ce choix de si grande importance Est pourtant encor en balance, Et je ne sçaurois aujourd'huy Nommer précizément celuy (Dans le texte ny dans la marge)
aoo Qui sera pourvu de la charge.
Par le consentement du Roy, En assez bel et bon aroy De Fiesque la jeune comtesse Est allé trouver sa princesse,
x>$ Chez oui l'on doit au premier jour, Pour divertir un peu sa Cour, Réciter une pastorale Moitié gaye et moitié morale.
Outrelaize (aussi) volontiers
sio Va rézider en ces quartiers, Quoy cfkie pour sa charmante mine On la nomme à Paris divine, Et pour son rare esprit aussi j Au moins, on me l'a dit ainsi.
215 Je voy l'imprimeur qui me presse, Je vais donc nnir, ô Princesse I Il est sept heures demy-quard , Et cela s'apelle un peu tard.
Fait le jour d'après Saint- Antoine, 320 Par moy, qui n'ay nul patrimoine.
La Muzb HiSTOMCLUE. — Janvier 165 j.
LETTRE QUATRIÈME
Du [samedi] 25 Janvier.