‹ La muze historique;Chapitre 143 sur 221 · CLAIRE · texte numérisé non relu

CLAIRE

Comme on ne peut, en cas de vers, Contenter tous les goûts divers.

Quelques-uns de ceux qui me lizent De moy souvent se formalizent; Mes vers sont trouvés assez nets Dans la plus-part des cabinets; Je n'y passe point trop pour buze, Mais le vice dont l'on m'acuze Est de parler à tout moment Un peu trop politiquement *.

C'est-là mon défaut ordinaire.

Je voudrois m'en pouvoir défaire, Encor qu'il ne soit [pas méchant; Mais c'est tellement mon penchant, 0 Princesse , qu'en vain j'essaye De rendre ma Muze plus gave, Pour mieux gagner l'or ou l'argent Que je reçois de vôtre agent.

Ma lettre (dont je suis bien aize) N'est pas pourtant toujours niaize, Mais cela dépend , par-ma-foy, Bien plus du nazard que de moy.

Dimanche , le Roy fut malade, Mais ce ne fut qu'une passade, Et cela ne l'empêcha pas De gagner, entre deux repas,

Non point de simples babioles, Mais deux mil et sept cens pistoles En bel argent et bien comptant; *o Quelques-uns ne dizent pas tant, Mais du moins il est véritable Qu'il fit ce jour un gain notable.

Mommége enfin réelement A fait et prêté le serment h De capitaine des cent-suisses, Qu'à cauze de ses longs services Il a dignement mérité D'obtenir de Sa Majesté.

D'une considérable bande 40 D'Irlandois, qui venoient d'Irlande, Etans huit cens dans neuf bateaux, Pour se joindre à ceux de Bordeaux, Aucuns , en sortans de leurs barques, Furent sacrifiez aux Parques 4j Par monseigneur de Thoulongeon; Quelques-uns firent le plongeon Dans la mer, par grande disgrâce, Sans revenir sur sa surface, Et d'autres promirent leur foy 50 De servir désormais le Roy Contre la faction d'Espagne,

Mais i6jj. — Livre IV. Lettre XI.

Qui les avôh mit en campagne.

On leur donna quelque pourpoint (Car, hélas 1 ils n'en avoient point),

n Des chémizes et chémizettes, [tes.

Quelques mouchoirs, quelques manchet- Ouov qu'ils fussent un peu fougueux, lis étoient nuds comme des gueux; Ces mizérables fripe-sausses

60 Etoient sans souliers et sans chausses, On leur voyoit le trou-du-cu , Et n'avoient pas le quart d'écu.

Monseigneur le duc de Vendôme,

De l'Océan grand économe, éj Parût l'autre jour vers Bordeaux

Avec quantité de vaisseaux

Autour de sa nef amirale ,

Dont la veûe, aux mutins fatale,

Cauza grande apréhension, 70 Et mêmes consternation.

On dit pourtant qu'ils s'endurcissent ;

Mais, si bien-tost ils n'obéissent,

Les astres les menacent fort

D'un étrange et mal-heureux sort , 75 Sçavoir : d'assauts et de batailles,

Et d'un abatis de murailles.

Monsieur l'archevesque de Sens , Jadis grand ami de ses sens , Et qui métoit fort en pratique

80 La qualité de magnifique, Fait maintenant profession D'une ardante dévotion.

Et l'on me l'a dit à l'oreille Comme quelque grande merveille;

8j Toutefois cet événement Ne m'a surpris aucunement.

Si c'êtoit le comte de Maure , Persan , Marsin , ou Roquelaure , Si c'êtoit le dragon Beaumont ,

90 Ou le chevalier de Gramont (Je confonds icy les princistes Avec messieurs les royalistes), Si , dis-je , on m'avoh dit cela De quelqu'un de ces messieurs-là ,

9 s Ou choze aprochante et pareille , Certes j'aurois crié merveille; Si l'on m'ût dit le moindre mot Que Saint-Açnan est fort dévot, Et Créquy pieux comme un ange ,

100 J'ûsse trouvé la choze étrange; Autant de Rou ville et Brancas, Dame ! j'en eusse fait grand cas.

Mais d'un prélat qui dit la messe ,

Qui psalmodie et qui confesse', 10$ Et qui , s'il n'est prédicateur, Est du moins trés-noble pasteur, Me dire qu'il ressent dans l'ame Une dévote et sainte flâme , Je répète encor sur ce point Que cela ne me surprend point, 1 10 Et je trouve cette nouvelle Incapable de la ruelle.

Monsieur le conseiller Croizy, Frondeur, dit-on, en cramoizy,

it) Faizant dans Paris, en cachette, Mainte et mainte trame secrette, Fut arèté jeudy dernier, Et constitué pnzonnier Dans le fin-fonds de la Bastille ,

iso Où d'ire et de rage il pétille, Et maudit son sort nuit et jour, S'imaginant bien que la Cour Ne luy promet pas poires moles A cause de ses monopoles.

ia$ De chambre en chambre il se sauva ; Enfin pourtant on le trouva.

Mais, avant que se laisser prendre, Il eut loizir de métré en cendre , Par un embrazement subit ,

130 Des papiers d'étrange débit, Sçavoir : des lettres et mémoires Contenans, dit-on, chozes noires.

Pauvres François dénaturez, Qu'est-ce donc que vous espérez ,

in Faizant pratique sur pratique Contre la grandeur monarchique?

Je vous ay deux mille fois dit , Non seulement dit, mais prédit Que toutes vos correspondances,

140 Vos révoltes, vos manigances, Ne vous cauzeroient à la fin Qu'un triste et périlleux destin ; Ce que j'ay dit et dis encore , Maint exemple le corobore ;

145 Quitez-donc vos méchans projets , Redevenez loyaux sujets , Et sur tout croyez , je vous prie , Que cecy n'est point rêverie.

La Fille du Prince Thomas, 1 jo Qui de vertus est un amas ,

Sçavoir la Princesse Loûize,

Hier , au Louvre , fut sans remize

Fiancée effectivement

A certain grand prince Alemand 1 $ $ Qu'on nomme le marquis de Bade ,

JS*

La Muzb historique. — Mars i6$j.

Par le dief de son ambassade, Qui receutet donna la main De la part de son souverain.

Duchesses , comtesses , marquizes ,

ife Et tout plein de beautez exquizes , Que certes il faizoh beau voir, Parurent au Louvre ce soir, Avec une suite infinie, Pour voir cette cérémonie ;

165 J'espérois-bien la voir aussy, Mais j'avois lors trop de soucy :

Car quand cette afaire fut faite Je travaillois à la Gazette, Qui quelquefois, en vérité,

170 M*ôte-bien de ma liberté.

Monseigneur le jeune Grand-Maître, Qu'au bal on vid si bien paraître , Prit congé du Roy l'autre jour, Et mêmes de toute la Cour, 175 Pour aller chez Monsieur son père , Mais je ne sçay pourquoy c'est faire.

Damville, quelques jours après Receut commandement exprés, Par une disgrâce secrette , iSo De faire promptement retraite En son beau château de Vigny, Sdz entre Pontoize et Magny.

On m'a dit que Son Eminence Destinoit un fond de finance

185 Pour faire payer aux rentiers Je ne sçay combien de quartiers , Ce qui fait que pluzieurs familles Qui rampoient comme des chenilles, Reprénans un peu de vigueur,

190 Le bénissent de tout leur cœur.

Nôtre Saint Père , dit-on , arme Pour mettre Espagnols en allarme, •D'autant que leur monarque ou roy A refuzé je ne sçay guoy 19c Aux neveux du susdit Saint Père, Dont il est si fort en colère , Qu'il veut du moins leur faire peur ; Mais je tiens ce bruit-là trompeur.

L'action ne seroit pas belle , 300 Et quoy que ladite nouvelle

Coure en maints lieux le grand galop, Je ne la croy pourtant pas trop.

Dedans ma province natale , Dont Rouen est la capitale ,

*>( D'un cœur pieux et très-zélé , On a requis le jubilé , Lequel ledit Pape de Rome, Qu'Innocent dixième l'on nomme, Leur a concédé volontiers ,

210 Si bien que le quart et le tien Font maintenant leurs diligences Pour mériter les indulgences Par des jeûnes et stations Et de bonnes confessions.

215 Normands, mes chers compatriotes, Ames chrétiennes et dévotes , Souvenez-vous bien dézormais De demander à Dieu la paix ; Priez bien toute la semaine ,

220 Tant pour le Roy que pour la Reine, Pour leur Conseil pareillement , Et dites-bien dévotement Vôtre Oraizon dominicale Pour toute la maizon Royale ,

225 Sur tout pour vôtre Gouverneur, Qui cauze tout vôtre bon-heur.

Sans mentir, toute la province Est trés-obligée à ce Prince :

Car c'est un point tout évident

2)0 Que son esprit grand et prudent, Digne de laurier et de palme , A procuré le profond calme Dont joùyssent ses habhans Durant les orages du temps.

2)j Manans, bourgeois et gentils-hommes, Puis-qu'en paix vous mangez vos poo- Je vous solicite aujourd'huy (mes, De prier donc bien Dieu pour luy, Et pour sa Fille tant chêne ,

240 L'illustre Princesse Marie.

J'ay fait ces vers à la my-mars, Qui ne sont pas des plus mignars.

Mars i6jj. — Livre IV. Lettre XII.

ÎS*

LETTRE DOUZIÈME

Du [samedi] 22 Mars.

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