‹ La muze historique;Chapitre 144 sur 221 · VÉRIFIÉE · texte numérisé non relu

VÉRIFIÉE

Princesse , il faut que je l'avoue , Je devrais avoir sur la joue :

Ma Muze est presque audézespoir, Car certainement, hier au soir ,

5 Au lieu de songer à la rime , Je joûay si tard à la Prime Que je dors encor tout debout , Et ne sçay pas bien par quel bout Je dois commencer ma copie ,

10 Tant ma pauvre ame est assoupie.

0 vous , raizonnables censeurs De tout ce que font les neuf-sœurs ; Vous, Messieurs, vous, Mesdemoizelles, Bonnes jet mauvaizes cervelles,

1$ Qui me dites pis que mon nom , Tantôt justement, tantôt non, Si vous daignez en frais vous mettre Pour tâcher devoir cette Lettre, Vous aurez de quoy censurer,

» Et j'oze icy vous assurer Que je vais en mainte manière Vous donner bien de la matière.

Dimanche , seizième du mois, Ce fut pour la dernière fois

»î Qu'on dansa durant la nuit brune, Où Ton voyoh soleil et lune , Ce balet pompeux et royal Qu'on dit qui n'ût jamais d'égal.

Vous, cardinaux, princesses, princes,

30 Gens de Paris, gens de provinces, Ambassadeurs et rèzidens, Prézidentes et prèzidens , Conseillers et maîtres des comptes , Femmes de ducs, marquis et comtes ,

h Abbez, prieurs , bénéficie» , Directeurs, banquiers, financiers, Polis, galans, coquets, coquettes, Marchandes , bourgeoizes, soubrettes , Qui, pour plus aizément passer,

40 Vous laissiez un peu caresser; Vieilles, vieilliards, puceaux, pucelles,

Enfin , tous ceux et toutes celles , Et moy tout aussi bien que vous, Qui d'un plaizir tout-à-fait doux

45 Eûmes l'aimable jouissance , Voyans ce balet d'importance Dans un auguste et brillant lieu , Dizons-luy pour jamais adieu.

Adieu donc mervqjlleux spectacles,

jo Adieu donc la Cour des miracles , Adieu les mélodieux sons Des muziques et des chansons ; Adieu jeune et mignonne bande Qui dansâtes la sarabande;

j j Adieu démons laids et cornus, Adieu Diane , adieu Vénus , Adieu ravissantes machines Qui paraissiez chozes divines; Bref, adieu beau Soleil royal,

60 Et vous , jeune astre oriental , Les deux plus adorables frères Qui soient sous les deux hémisphères; Veuillent les favorables Dieux Vous élever de mieux en mieux,

*s Et permette la Destinée Qu'encore la suivante année Vous dansiez un balet nouveau , Qui soit pour le moins aussi beau.

On tient pourchoze confirmée

70 (Ce qui fâchera fortl'Ormée) Que mardy , dans le Parlement , On vérifia hautement Le pardon , amnistie ou grâce , Que, pour avoir sa forte place ,

75 Ses munitions et canon,

On acorde au sieur du Daugnion , Auquel mesme encore on conféré, Pour sortir avec luy d'afaire, Maint grade et mainte dignité,

80 Qu'il auroit bien mieux mérité Si sa conduite eût été telle Qu'il eût toujours paru fidelle.

JS4

La Muzb historique. — Mars 165).

On luy baille aussi largement, Comme par dédommagement ,

s$ De grosses sommes de finance , Pour Broitoge, lieu d'importance!

Dont il étoit sous-gouverneur, Où Ton met cet homme-d'honneur Qu'on apelle monsieur d'Estrade ,

90 Duquel la Cour se persuade Qu'il sera constant et loyal A servir le party royal.

Sa Majesté , ce mardy même , Partant en diligence extrême ,

95 Fut glter à Fontainebleau,

Pour en ce lieu charmant et beau , Malgré le temps un peu revesche , Joûyr du plaisir de la pesche, Et ae plus avéque dessein

ioo De respirer l'air pur et sain ,

Dont les champ| sont bien plus fertiles Que les citez et grandes villes.

iJEminence l'accompagna, Et l'ocazion empoigna

105 (Assez favorable et propice) Pour prendre un petit d'exercice.

Pour ta Reine et Monsieur aussi , Ils restèrent tous deux ici , Chacun comme un précieux gage ,

1 10 Tant que dura ledit voyage.

La Reine et Monsieur sondh fils , Le lendemain , à jour préfix , Honorèrent de leurs vizites Les Feûillans et les Carmélites,

1 1 s Avec pluzieurs autres saints lieux , Et le tout pour gagner les deux ; Ausquels Feûillans, l'apresdinée De cette susdite journée, Joly prêcha fort joliment ;

(20 Mais j'en parle trop simplement.

L'illustre cardinal Antoine , Maint prélat, séculier et moine, Et pluzieurs dames de renom Admirèrent son beau sermon ,

1 a 5 Si moral et plein de science

Qu'on peut dire, avec conscience , Que ce que dit ledit Joly Passoit grandement le joly.

Nonobstant le vent et la pluye , 1 30 Le Roy, qui hors Paris s'ennuye , Quoy qu'il n'ût party que mardy , Ilrevint icy dés jeudy.

De Fontainebleau les Nayades , Les Driades, les Oréades ,

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Soupirèrent améremant De ce qu'un prince si charmant Eloignoit si-t6t sa prézence De leur pompeuze rézidence.

Certes , c'est un rare séjour, Et digne d'une grande Cour ; Il faudrait être un vray Malerbe Pour louer ce château superbe ; Le Roy ne s'y déplaizoit pas, Mais, quoy que ce lieu plein d'apas Ait des plaizirs en abondance, Paris emporta la balance.

On dit que le prince Robert, Homme à la guerre très-expert, Tant sur la mer que sur la terre, Et couzin du roy d'Angleterre, A finy son glorieux sort Par une trop soudaine mort , Dont sa majesté Britanique Est tout-à-fait mélancolique, Car c'est un point tout aparent Que c'êtoit un brave parent Qui le servoit de grand courage.

O quelle perte ! 6 quel dommage!

C'est tout-de-bon que le brait court Que monsieur le comte d'Harcourt A traité de telle manière Que, sans laisser rien en arière, Il est en cour très-bien remis Malgré les complots ennemis; Puis qu'on luy fait grâce ou justice, Je croy qu'il rendra bon service, Et que Marsin et Baltazar Pouront courir quelque bazar.

Pour découvrir bien des afaires, On a nommé des commissaires Afin d'examiner Croizj; A cet éfet on a choizy Monsieur le prézident Bèlièvre, Dont l'entendement n'est pas mîènt .

Mais solide et de bon aloy, Comme on a vu par maint employ; Monsieur Doujat , juge sincère , Et monsieur Sevin, son confrère, Homme, dit-on, des plus acords, Et bien-fait d'esprit et de corps.

Il ont déjà rendu vizite Au prizonnier deux fois de suite, Mais 00 ne m'a rien anoncé De ce qui s'est entr'eux passé :

Je me suis pourtant laissé dire

Mars 165 $.— Livre IV. Lettre XIII.

Qu'à tons momens presaue il soupire, Qu'il soufre un incroyable ennuy , Et que la prizon est pour luy Choze tout-à-fait indigeste.

190 Le temps nous aprendra le reste.

On atrape encor tous les jours De ces faizeurs de faux discours Et de ces personnes perverses Qui, par d'infidelles commerces,

195 Entreprennent à tous propos De troubler le commun repos.

Un certain marchand de dentelles, Qui, par des ruzes etcautelles, Etoit soigneux et diligent

aoo De faire tenir de l'argent

A quelques grands qui par le monde Sont encore armez pour la Fronde, Fut ces jours passez arété Et réduit en captivité.

*>s Et, de plus , souvent on enserre De ces messieurs les gens de guerre , Qui, pour nous trahir et braver,

Font icy leurs quartiers dlryver , Lesquels oficiers de milice

210 On pouroit en bonne justice, Pour être de Pautre party, Acommoder tout de rôty.

Mais faut-il que toujours ma Muze Sur ces matiéres-là s'amuze ?

21 5 Certes , je ne le puis celer, Je suis bien las d'en tant parler.

0 bon temps ! 6 paix dézirée !

Calme, repos, saizon dorée!

Si vous Rameniez les beaux jours,

220 Je ferois de plus longs discours; Ma Muzette, à prézent sauvage, Produiront un plus doux langage , Et la Princesse que je sers, Voyant de plus aimables vers?

225 Seroit beaucoup mieux satisfaite; Et c'est tout ce que je souhaite.

Ecrit d'un stile assez piteux, Au mois de mars le-vingt-et-deux.

LETTRE TREIZIÈME

Du [samedi] 29 Mars.

BIKNVEIGNÉE.

Princesse, qui vers Rothomage Allez encor faire voyage , Et qui conduisez avec vous Cette dame dont l'esprit doux

5 Est prizé par toute la terre, Jadis abbesse de Saint-Pierre , Mais qui de la bonne-façon L'est maintenant de Maubuisson; Puis-que vous êtes donc en voye ,

10 Trouvez-bon que je vous envoyé A Rouen , ou par les chemins, De mes vers dix ou douze vingts, C'est-à-dire les deux centaines Que je fais toutes les semaines ,

: $ Sans jusqu'icy m'être lassé; Lequel nombre est souvent passé Déplus de trente, je vous jure; Mais c'est pour la bonne mézure.

J'avois fait, sur un faux raport, 20 Monsieur le prince Robert mort; Mais la nouvelle êtoit frivole, Je vous en donne ma parole ; On dit qu'il se porte fort-bien Et qu'il a conduis bien du bien, 2$ Sur les Anglois, ses aversaires , Et sur divers autres corsaires , Sçavoir un bel et riche amas De velours, satins et damas, De tapis , de tapisseries , De droeues et a'épiceries, D'exceUens ouvrages , dit-on, De lin , de soye et de coton , Bref, plain de grands ballots ou balles. Des raretez orientales.

Enfin, de ce prince royal, Au monarque Anglois si loyal,

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La Muzb historique. — Maisi6f}.

Je mis donc la mort toute nette Dedans ma dernière Gazette, Plaignant hautement son mal-heur; 40 Mais, à cauze de sa valeur ,| De son sang et de son mérite , De bon cœur je le ressuscite.

On me dit , je ne sçay plus où , Que monseigneur le duc d'Anjou,

4$ Mardy , qu'il étoit bonne feste , Sentit quelque douleur de teste ; La Cour s'en atristoit déjà , Mais doucement on le purgea , Et depuis on m'a juré, certe,

50 Qu'on l'avoit vu aru , sain , allerte , Et bref, cju'il se portoit des mieux:

Dieu sçait combien j'en fus joyeux !

Car l'autre-jour, ce prince aimable, Cependant qu'il étoit à table ,

$j En prézence (mesme) du Roy, Parla cinq ou six fois à moy.

Monsieur d'Ambrun , prélat insigne , Etant par la Cour jugé digne D'un honorable et grand employ,

éo Est allé de la part du Roy Assurer l'Altesse Royale D'une amitié sainte et loyale, Tant de la Reine que de luy , Qui, sans mentir , ont de l'ennuy

6( De voir que l'Altesse susdite , Dont ils honorent le mérite , Soit si longtemps éloigné d'eux ; Et je les pleigerois tous-deux D'avoir l'intention très-bonne

70 Envers son illustre personne.

Sans faire à Blois séjour plus long , Monsieur Gaston, revenez-donc , Leurs Majestez vous en convient, Les vrais François vous en suplient;

7$ L'Espagnol en enragera , Mais Paris s'en réjoûyra, Cette ville si renommée , Où Vôtre Altesse est tant aimée ; Retournez , dis-je , au premier jour

80 Dans vôtre pompeux Luxembour ; Mais r'amenez Mademoizelle , Je commence à m'ennuyer d'elle.

Certain conseiller de Bordeaux Qui toujours par complots nouveaux, 8$ Brigues, caballes et menées, De tous gens-de-bien condannées , Débauchoit et rendoit aigris

Pluzieurs habitans de Paris, Pour cauzer bruit, noize et castiSe, 90 Fut mis jeudy dans la Bastille.

0 François espagnolisez!

Démons en hommes déguisez !

Pervers , ingrats , malins courages!

Ne deviendrez-vous jamais sages?

9$ Hier vendredy, Sa Majesté, En témoignant sa piété , Ayant à Saint-Rocn oûy la messe, Où se trouva bien de la presse , Pour commencer un bâtiment

100 Qui sert illec d'assortiment , Après qu'on eut creuzé la terre , Y poza la première pierre , Dont dudit lieu le marguillîer , C'est-à-sçavoir un conseiller ,

ioj D'ame bonne, sincère et franche, Nommé monsieur de Malebnnche, Luy fit sur le champ compliment, Dont il s'aquha dignement En moult honnête et beau langage,

1 10 Car il est bon François et sage.

Monsieur de Maizons, prézident, Ayant perdu par accident , Malheur, mégarde ou négligence, Un diamant ae conséquence ,

nj Vallant, selon pluzieurs témoins, Dix mille bons francs, pour le moins» Un laquais, par un heur étrange, Le r'amassa parmy la fange Au carefour Saint-Innocent ,

i2o Où des gens, déjà plus de cent, Avoient foulé des pies à terre Cette riche et brillante pierre, Qu'une heure après on luy raidît; Et quand on luy rendit, il dit

125 Qu'encore que la Destinée Parût contre luy déchaînée, Il en étoit en ce moment Traité très-favorablement.

Ce fut à peu prés les paroles

130 Qu'il tint en donnant dixpistoles Au laquais , lequel bien et beau Luy restitua son joyau Quil releva sur son passage, Venant de me faire message ,

i j$ De par madame des Maréts , Laquelle l'envoyoit exprés Me dire pour bonne nouvelle Que j'alasse dîner chez elle.

Messire Alphonse du Plessis,

Mars 1653. — Livre

40 Ayant des ans soixante-et-six,

Selon les bruits les plus vulgaires ,

Est décédé depuis n'aeueres;

Si ce bruit n'êtoit que du vent ,

Comme il arive bien souvent , i4î Et si sa mort n'est pas certaine ,

On le sçaura l'autre-semaine ;

D'autre façon j'en parleray,

Etjeleressusciteray

Dans les suivantes lettres nôtres :

Mo J'en ay ressuscité bien d'autres.

L'archévesque aussi de Rouan, Qui, pour le moins depuis un an Avoit réziné ce grand titre , Son rochet , sa crosse et sa mitre ,

rss Est décendu semblablement,

Comme un autre homme, au monument ; Son grand sçavoir, sa belle barbe, Ny l'ambre-gris , ny la rûbarbe, Nv de Gaillon l'air sain et beau ,

160 N'ont pu l'exempter du tombeau.

L'ancien évesque d'Avranche Est aussi mort depuis dimanche ; Il avoit des biens tant et tant, Et Sa Révérence pourtant 1*$ A par la Parque été détruite :

Voilà bien des morts tout de suite.

On a tenu quelques propos

Que cette insolente Atropos ,

Fiére et redoutable carogne, 170 Avoh fait ravage en Pologne ,

Quelques-uns ayans fait raport

Que le roy d'illec ètoit mort

Et que les traîtres du royaume

Avoient fait de grands feux de chaume •7f Touchant tèt important trépas.

Mais, Dieu-mercy, cela n'est pas.

Aujourd'buy, dans PH6tel-de-Ville,

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