‹ La muze historique;Chapitre 145 sur 221 · IV. Lettre XIII. \tf · texte numérisé non relu

IV. Lettre XIII. \tf

D'une façon toute civile ; Les consuls et les échevms,

180 Avec quantité de bons vins Et des poissons en abondance , Ont fait un banquet d'importance , Et qui coûte maint bon florin A monsieur Jules Mazarin,

185 Lequel toute la compagnie Receut avec joye intime.

Outre les mets délicieux Qui délectoient mesmes les yeux, On joua du plat de la langue ,

190 Car on luy fit mainte harangue, Maint beau discours et compliment Qui l'élevoient au firmament.

0 cens mutins! 6 gens de Fronde (S'il en est encor par le monde) !

!9S Qui grondez encor aujourd'buy, Et qui de vos froideurs pour luy Avez grand'peine à vous défaire , Que dites-vous de cette afaire?

Quatre courtizans de la Cour

300 Furent atrapez l'autre-jour (Dont ils sont encor taciturnes) Par messieurs les voleurs nocturnes , Qui leur prirent jusqu'aux canons.

S'il vous plaît de sçavoir leurs noms ,

10$ J'en vais mettre icy trois ensemble: Sçavoir Patyûau , ce me semble, Sçavoir Vitry, sçavoir Brancas; Pour l'autre, il ne m'en souvient pas.

Mes vers , allez avec vitesse 210 Vous prézenter à la Princesse Pour taauelle je vous ay faits.

Vous n'êtes pas des plus parfaits, Au contraire, foiblets et minces; Mais tout est bon dans les provinces.

21 $ En mars , le dernier samedy : Croyez-le , puis-que je le dy.

La Muze historique. — Avril 1653.

LETTRE QUATORZIÈME

Du [samedi] 5 Avril.

JUBILIZÉE.

Princbsse, dont en conscience Je regrette déjà l'absence , Et qui sans doute des Normans Recevez de beaux compliraans, 5 Comme aussi cette illustre abbesse que leur a mené Vôtre Altesse ; Si vôtre esprit est curieux , En ce temps saint et sérieux , De scavoir les bruits de la ville , io 0 tres-aimable Lonçueville !

En voicy quelque échantillon Que vous porte le postillon.

Schonberg , ce maître débonnaire Dont je suis le pensionnaire,

.j Aussi sage et remply d'honneur Que pas-un autre grand seigneur, Duc , pair ou maréchal de France, Avoit un procez d'importance Contre le sieur de Sérignan,

20 Qui trainoit depuis plus d'un an Devant nos sénateurs augustes , Dont les arèts sont bons et justes, Duquel grand afaire ou procès Il eut enfin heureux succès ;

15 Mais ne faut pas qu'on s'en étonne : Sa cauze êtoit tout-à-fait bonne.

Ce seigneur est plein d'équité, Et puis j'avois solicité.

Pour nouvelles de l'Aquitaine îo On nous contoit cette semaine Qu'un pater avoit comploté De procurer la liberté A Bordeaux, ville my-partie, Pour y recevoir l'amnistie; h Mais il n'a pas bien réiissy, Et mesmes le bruit court icy Que sa faute a paru si grosse Qu'on l'a mis dans un cu-de-fosse.

A parler pourtant franchement , 40 On croid qu'indubitablement

Cette cité , pleine d'allannes, Par la raizon ou par les armes Poura dans quelque temps changer, Malgré le secours étranger 4j Qui l'a jusqu'ky maintenue; Mais son heure n'est pas venue.

Aussi-tôt que l'astre du jour, Mercredy, par un beau retour, Aparut sur nôtre hémisphère,

50 Le Roy, monsieur d'Anjou , son frère, Pour jouir, comme de raizon, Des douceurs de cette saizon, Se transportèrent à Versailles, Pays de bois et de brossailks

5j Et très-propre pour s'exercer A courir, sauter et chasser.

L'Eminence fut du voyage , Avec d'autant plus de courage Que mondit-sieur le Cardinal

60 Ne chasse pas, dit-on , fort mai.

De cette courte promenade Fut aussi certaine brigade De gens triez sur le volet :

Sçavoir des joueurs de Palet,

éi Quelques capitaines des gardes, PTuzieurs porteurs de hakbardes, Dez commandeurs, des ofiders, Et mesmes des bénéficiers, Bref, maint courtizan nécessaire,

70 Soit pour servir ou soit pour flaire. Loin d'être obscur et variant, L'air êtoit gay, doux et riant ; Mais quoy que le temps fut propice Pour prendre aux champs de l'exercice,

75 II est toutefois très-certain Qu'on revint dés le lendemain.

De la Reine , à Paris restée, Mainte églize fut vizitée Durant que le Roy fut absant ; 80 Mes yeux la virent en passant,

Avril 1653

Elle, sa suite et son escorte, Ainsi que j'êtois sur la porte Par où l'on entre en nôtre hôtel :

Et mon hon-heur raesmes fut tel , [sj Et mon avanture si belle , Que je fus lors regardé d'elle Et de madame de Mercœur, Que je salùay de bon cœur.

Guerchy, la blanche demoizeile, 90 Qui m'a toujours semblé fort belle Et pleine d'atraits et d'apas, Quoy que connu je n'en sois pas, A demandé cette semaine Congé (ce dit-on) à la Reine 9) De se retirer de la Cour, Ce qu'elle obtint le mesme jour, La Reine étant persuadée Que cette grâce demandée (Comme elle a l'esprit assez sain) 00 Etoh pour quelque bon dessein.

Saint-Mégrin, autre aimable fille De la mesme belle famille , Doit épouzer bien-tôt, dit-on, Un certain amoureux Breton

10) Que monsieur de Broutet l'on nomme, Riche , brave et franc gentilhomme , Qui certes vanter se poura , Alors <ju'il la possédera , De voir réduit en sa puissance

no Un des plus jolis corps de France.

Vendiedy dernier, un garçon Jeune et d'assez bonne façon Put condamné par la justice Pour un énorme et sale vice ;

iij Pluzieurs fainéans Ramassez, Dont cette ville abonde assez , A voient dessein de le recourre ; Mais ces coquins eurent beau courre , A la justice on l'immola ,

do On le pendit, on le brûla.

Du saint jubilé l'ouverture Change icy mainte créature , On ne voit que processions De ceux qui font les stations ,

iij Et pluzieurs charmantes dévotes , Qui , sans apréhender les crotes, Marchent à pié et sans valets, Toujours dizans leurs chapelets Avec ferveur et modestie ,

110 Pour mieux mériter l'amnistie

Page 1