Livre IV, Lettre XIV
Que Dieu promet en ce saint-temps Aux cœurs contrits et pénîtens.
Sarlat, évesché de Gascogne, De sa révolte ayant vergogne, i j) A repris le party du Roy; On ait aussi que Sainte-Foy Et Bergerac ont fait de mesme,
Sui seroit un bonheur extresme; îais ce bruit, par Paris semé, 140 N'est pas encor bien confirmé.
Princfcse, encore qu'il m'en fâche ,
Il faut prendre un peu de relâche
La semaine qui va venir
Et ne vous point entretenir M) Par mes écrits et mes gazettes
D'inutiles historiettes ;
Il faut vaquer à l'oraizon
Et remetre en autre saizon
Les ocupations mondaines ; 1 )o II faut confesser ses fredaines,
Il faut prier Dieu pour l'Etat,
Pour la paix , pour le Potentat,
Pour la sainte Foy , pour l'EgUze ;
Suprimer toute csdllardize, i)) Entendre, en dépit des démons,
Les ténèbres et tes sermons,
Et bref, méditer sur la gloire ,
Sur l'enfer, sur le purgatoire,
Et vaincre la tentation , 160 Pour éviter damnation.
0 princesse ! lecteurs, lectrices !
Ames de mes vers amatrices!
Sans autre forme de discours ,
Adieu donc, jusqu'à quinze jours.
i^) Fait par moi Jean, et non pas Jac- La veille des premières Pasques. [que»,
APOSTILLE
Le prizonnier Croissy-Fouquet , Retenant un peu son caquet, Et craignant fort de se confondre , 170 N'a point voulu du toflt répondre A nosseigneurs les députez Touchant les crimes imputez > Tant par soupçon que témoignage, Au susdit capffi personnage;
j6o La Muzk historique. — May 165;.
i7J Dont ensuite le Parlement, I Entend qu'ailleurs on le transfère,
Pour dlcerner plus clairement Les circonstances de l'afaire ,
I Entend qu'ailleurs on le traiu Si bien qu'on le transférera ; 180 Puis il promet qu'il parlera.
LETTRE QUINZIÈME
Du [samedi] ; May.
RADOUBAS.
Princesse, pour qui, prés et loin, Mon esprit a toujours grand soin, J'ay soufert durant trois semaines Maux, chagrins, langueurs inhumaines,
5 Qui par leurs éforts rigoureux M'ont fait les veux tout-à-fait creux, M'ont aplaty les pauvres hanches Et m'ont rendu les mains bien blanches; Mais, durant cette afliction ,
10 J'ûs cette consolation
De voir mainte ame prude et bonne S'intéresser pour ma personne , Entr'autres, monsieur de Montmor, Qui, par ses soins et par son or,
m Bonté, franchize et bien-veillance, M'a rendu bien de l'assistance.
Mon esprit, alors de travers, Ne faizoit ny proze ny vers , Et mesmement n'en eût sceu faire
ao Pour tout l'or de l'autre hémisphère; Il faut maintenant faire essay Si faire encor des vers je sçay.
Mais, 6 Princesse que j'honore , Je ne sçaurois vous dire encore
aj (A parler en rimeur loyal) Si je m'y prendray bien ou mal.
Durant que mon ame acablée
Des susdits maux êtoh troublée ,
Il s'est passé des accidens jo Propres à mettre icy dedans;
Mais j'en ay perdu la mémoire.
Je sçay seulement cette histoire
Qu'on exila huit conseillers
Pour quelques cas particuliers ?s Que le Conseilla le bien prendre)
Ira pas daigné me faire entendre.
A pied, et d'un cœur trés-zélé,
Le Roy faizoit son jubilé, Et Monsieur son frère de n
40 Lors que j'ètois malade et blesme, Et la Reine semblablement, Mais ( dit-on) si dévotement Que dedans chaque églize ou temple Elle servoit d'un rare exemple;
45 Elle vizita l'Hôtel-Dieu,
Et i quoy qu'on sente en ce saint Geo Des exhalaisons un peu fades, Elle vid mourans et malades; Tous les lits elle parcourut,
$0 Et là, certes, elle parut, Par une vertu plus qu'humaine, Aussi charitable que reine.
En ce temps , madame la Mon, Qui toujours pique et toujours moni,
o Ataquoit d'un assaut bien rude La mignonne infante du Lude; Mais Amour, qui par ce trépas Perdoit tous ses plus doux apas , Prenant intérêt que la belle
60 Efritast l'atainte mortelle , Fit à la Mort un tel discours :
« Parque, n'abrège point les jouis De cette aimable créature , Ne la mets point en sépulture ,
*s Et sçache que, si sa beauté Revient en parfaite santé, Ses yeux, pleins de feux etde charmes, Mieux que tes homicides armes, Rempliront de ttistes amans
70 Les cercueils et les monumans, Sans que nul Dieu les en délivre, Et, pour un qu'elle fera vivre, Croy-moy, qui parle de bon sens, Qu'elle en fera mourir cinq cens, *
7j La Mort, entendant ce langage,
May 1653. —Livre IV. Lettre XV.
Adoucit son ire et sa rage, Etquhant le cruel dessein De transpercer un si beau sein, S'en retourna dans sa tanière ;
80 Soudain la saizon printaniére , Santé, vigueur, jeunesse , amours , Vindrent en foule à son secours, Et prirent un si grand soin d'elle Qu'elle redevint saine et belle ,
il Et parut si charmante aux yeux Qu'elle n'éclata jamais mieux.
Vers Calais, des vaisseaux d'Espagne S'étoient mis non pas en campagne (Car se seroit mal s'exprimer) ,
90 Mais s'étoient mis en haute mer Pour assiéger icelle ville ; Ils firent pourtant bien-tôt gile, Et l'on crût que lesdhs vaisseaux S'alloient joindre à ceux de Bordeaux,
h Qui réclamoient très-fort leur aide , Comme étant leur dernier remède.
Mais les Bordçlois vainement Ont atendu cet armement; Cet ondoyant et vain fantôme .
100 De peur de monsieur de Vendôme, Les abandonnant au bézoin , N'est aparu que de fort loin, Dont les Bordelois pleins de rage (Ce m'a dit certain personnage;
105 Par un dézespoir malheureux Ont signé l'union entr'eux; Au lieu d'accepter l'indulgence, Pardon , amnistie et clémence , Que d'un cœur tout-à-fait humain
no Leurofre leur vray Souverain, Ils ont par mer, et non par terre, Transmis Crantars en Angleterre , Lequel, loin d'être vertueux , .
Est un esprit tumultueux
11$ Oui ne fait que crier et braire.
Ilest escorte d'un libraire, Et pareillement d'un héraut , Pour dire à Crommuël tout haut Oue, si d'une prompte assistance
1» Iiles secourt contre la France, Qui leur fait bien de l'embaras, Peuple , citadins et jurats , Sans qu'on ait peine à les conquerre, Se donneront à l'Angleterre ,
125 Ames, corps, tripes et boudins.
Ne voilà pas de grands badins ?
Soit par une noire influence,
Soit par extrême négligence, Soit par hazard ou soit par dol ,
no Le magazin de Pignerol ,
Comme par un grand coup de foudre, Se réduizit luy-mesme en poudre Dés l'autre mois dernier passé ; Un boulevart fut renversé,
1 h Les corps de quatorze ou quinze âmes Périrent dans l'ardeur des fiâmes, Et tout cela dans un instant.
Or l'Espagnol , toujours guétant, Croyoit après ce prompt ravage
140 Profiter de nôtre dommage ; Mais, dans un si pressant bezoin , La Cour a pris un si grand soin De réparer icelle perte
Sue ledit Espagnol allerte , ônobstant ce triste accident , N'en cassera que d'une dent.
Ce blanc vieillard à barbe large, Mole, s'est démis de sa charge, Sçavoir de premier prézident,
1 10 En faveur a'un autre prudent , Très-politique et sçavant homme , Que monsieur de Béliévre on nomme, Et Champlâtreux, par ce moyen, Qui n'aura jamais trop de bien ,
ij s Qui tranche fort de l'honorable , Fils dudit barbon vénérable Et son principal héritier, Fut fait prézident au mortier.
Le seigneur cardinal Antoine, téo A toute bonne afaire idoine,
Neveu d'un pape et grand Romain, Ayant été de longue-main Serviteur de cette Couronne , Le Roy, pour ce sujet , luy donne 165 (L'ayant, certes, bien mérité) Une éminente dignité , Illustre et d'extresme importance, Sçavoir Grand Aumônier de France.
Le petit monsieur de Bourbon , 170 Qui n'étoit encor qu'au teton , Est défunt, et sa triste mère , Si sa langueur ne se modère, Est si près, dit-on, du trépas Qu'elle n'en rechapera pas.
175 Seine, Rône. Garonne, Loire, Qui prétendez fort à la gloire D'avoir agrément et beauté ,
La Muze historique. — May 165J.
Rengainez vôtre vanité :
Une incomparable Rivière,
180 De beauté rare et singulière.
Parut en Cour ces jours passez , Rendant tous beaux teints éfacez Par les rouges et blanches rozes Qu'en son visage on voit édozes,
tSj Qui parott un printemps nouveau, Tant il est frais , riant et beau.
Cette Rivière est une fille De fort bonne et noble famille , Qu'à la Reine l'on prézenta,
190 Qui l'œillada, puis l'accepta; Ses yeux la jugèrent très-belle, Et se contenta si bien d'elle Qu'elle eut tout soudain le bon-heur D'être au rang des Filles-d'honneur.
>9i Roy? Reine, Monsieur, Eminence, Et pluzieurs gens de conséquence , Jeudy dernier, jour assez beau, Partirent pour Fontainebleau.
On dit que l'Altesse Royale
mo (Ma joye en seroit sans égale)
Les doit viziter en ce lieu ; Cela seroit beau, plût à Dieu!
Mais las ! ce sont des bruks vulgaire, Où l'on 11e doit s'amuzer guéres.
*>j Dudongnon , depuis quinze jours, Demeurant au Plessis-les-Touis, Pour la décharge de son ame , De son amie a fait sa femme; Il Pèpouza publiquement ,
a 10 Montrant un mrand contentement, D'autant (ju'elle est aimable et belle, Et les trois enfans <ju'il a d'elle, Vêtus de neuf de pied en cap, Furent tous trois mis sous le drap.
21s Princesse, non sans quelque peine Ces vers sont sortis de ma veine , Que, malgré mon peu de vigueur, Je vous ay rimez de grand-cœur.
Le tiers de may , j'ay fait cecy, 210 Etant jaune comme un soucy.
LETTRE SEIZIÈME
Du [samedi] 10 May.
BENEVOLENTE.
Princesse, dont l'aimable aspect Comble de jove et de respect Quantité de femmes et d'hommes Au bien-heureux climat des pommes ,
s Pour vous dire la vérité , Ma trés-mizérable santé N'est que fbiblement r'êtablie; Mais il ne faut pas que j'oublie (Ou je serois un êtourdy)
10 Qu'il est aujourd'huy samedy Et qu'il faut vous écrire encore, Quoy que tout pâle et. tout landore.
Mais à cauze que je n'ay pas Sorty du logis un seul pas,
1$ Ny vu dames ny demoizelles, Je n'ay guère apris de nouvelles, Et je croy que ce discours-cy N'en sera pas beaucoup farcy.
Un bruit a couru par la ville ao Entre des gens d'esprit facile Qu'avant qu'il fût vingt jours passez Les nouveaux ducs seraient cassez; Mais je tiens la nouvelle fausse, Et je n'y voy ni sd ny sausse.
35 Nous ne sommes pont en un temps Pour faire de tels mécontans ; Ce n'est pas que la multitude Aux anciens ne semble un peu rade , Mais enfin on croid que ce bruh io N'est qu'un grossier et malin finit De quelaues gens encor de Fronde, Qui voudraient brouiller tout le monde.
J'oubliay l'autre jour d'abord Que l'aîné du duc de Beaufort, h Mercœur, gouverneur de Provence,
May 165}. — Livre
Allié de Son Eminence,
Ayant long-temps absent été ,
Etoit prés de Sa Majesté ,1
Qui luy lit acûeil favorable, 40 Et toute la Cour le semblable ,
Et sur tout sa chère moitié.
Qui luy porte grande amitié.
Je diray toujours du bien d'elle :
Car, outre qu'elle est sage et belle, 4j Quantité de gens m'ont apris
Qu'elle ne hait pas mes écrits,
Et qu'elle les lit avec joye
Quand à la Cour je les envoyé.
Le brave sieur de Miossens, 10 Homme dé cœur, homme de sens, Ayant par mérite et naissance Eté fait maréchal de France, Et mesme aussi monsieur Pallûau, Ont joint un titre tout nouveau s s A cette dignité nouvelle, Et souhaitent qu'on les apelle De deux noms qui sonnent plus haut , Sçavoir d'Albret et Clérembaut.
Dudongnon, sorty de Broûage,
60 Ayant receu mesme avantage (D'autant oue son traité, dit-on, Le rend tres-digne du bâton), A pris de mesme un autre titre, Et j'ay lu , dans certaine épitre
*5 D'un nomme qui n'est pas nigaut, Que c'est le maréchal Foucaut.
Saint-Maigrin, Fille delà Reine, A voulu prendre aussi la peine, En prenant monsieur de Brouté ,
70 De prendre une autre qualité, Car dézormais faut au'on l'apelle Madame, et non mademoizeÛe.
Pour faire honneur au sacrement, Elle a fait un ajustement
7j D'une belle et grande dépence Qu'on peut nommer magnificence ; Sans compter les draps fins et blancs , Son lit coûte sept mille francs ; Pour couvrir son beau sein d'albâtre ,
80 Dont son époux est idolâtre , Elle s'est fait faire un colet Lequel ne doit pas être laid , Car j'ai sceu d'un fort honnête homme Qu'il revient à très-grosse somme ,
8$ <?est-à-sçavoir cinq cens écus , Et pour le vin deux quar-d'écus ;