‹ La muze historique;Chapitre 147 sur 221 · IV. Lettre XVI · texte numérisé non relu

IV. Lettre XVI

Or, s'il en est ainsi du reste, Vid-on jamais rien de plus leste ?

J'ay sceu de quelqu'un du fauxbourg 90 Que l'on avoit secouru Bourg De munitions et de vivres Pour plus de trente mille livres Et fait le semblable à Bordeaux ; Si ce bruit est certain ou faux , 9$ Certes, je ne le sçaurois dire Pour tous les écus d'un empire.

Trancas et ses associez , Que Bordeaux avoit envoyez A Crommuël parlementaire , 100 N'ont fait que de l'eau toute claire ; Crommuël leur a répondu :

« J'aimerois mieux être pendu

Su'avoir secouru vos murailles; Sez , vous êtes des canailles.

105 Je n'ay déjà dessus les bras Que trop ae fâcheux embaras; Dites librement à l'Ormée Que je n'ay point pour eux d'armée. »

L'ambassadeur Trancas revint ,

1 io Ayant des ennuis plus de vingt.

C'est ainsi que l'on le raconte, Mais peut-être n'est-ce qu'un conte.

La triste dame de Nemours Est dans Issy depuis six jours ,

115 Toujours les pleurs sur le vizage , Et ae-là doit faire voyage ( Son médecin le trouvant bon ) Pour boire des eaux de Bourbon.

Cette inconsolable princesse,

i2o Qui soupire presque sans cesse (Suivant ce qu'aucuns m'ont apris) , N'a point entré dedans Paris, Ce beu luy semblant plus funeste Que s'il êtoit tout plein de peste.

uj On ne sçauroit dire combien On void icy de gens-de-bien Et d'âmes jadis débauchées A prézent saintement touchées Durant ce temps de jubilé ;

ijo Chacun en est émerveillé.

Maints courtizans , et des plus lestes, Inspirez des grâces célestes, Font tout-à-tait profession D'être dans la dévotion ,

13$ Et , si cette ferveur leur dure ( Qui serait grand coup d'avanture ) ,

La Muze historique. — May 1655.

Messieurs Satan et Belzébut,

Qui de tout-temps ont eu pour but

D*atraper les plus galans hommes ,

140 Perdront beaucoup de gentils-hommes, De barons , comtes et marquis , Qu'ils croyoient bien avoir aquis.

Certes , les charitez sont telles Des messieurs et des demoizelles

14$ Que chaque soir les troncs sont pleins De multitude de douzeîns, Et mesme , outre cette monoye , On y trouve encor avec joye Non pas beaucoup de quar-d'écus ,

1 $0 Mais quantité de Deaux ècus, Des justes d'or et des pistoles , Et de fort riches babioles Qui semblent venir de grand lieu ; Sur-tout aux troncs del'Hôtel-Dieu

1 $ j On a trouvé des pierreries Et de rares orfèvreries.

Sans mentir, si bonne action Mérite en rétribution D'avoir paradis en partage,

160 Et, ce qui m'en plaît davantage, Les autheurs de ces charitez Ne s'en sont nulement vantez.

Monsieur le Tellier, homme sage , Est party pour faire voyage

iéj Vers Gaston , de la part du Roy ; Mais on ne m'a point dit pourquoy.

Avec passion je souhaite Que le susdit voyage, ou traite , Puisse avoir un heureux succez

170 Et les mettre hors de procez.

Aujourd'huy , l'on m'est venu dire Que le Roy, nôtre très-cher sire, Etoit grandement r'adoucy, Et monsieur son Conseil aussy, 175 En faveur de ces huit confrères Qu'on a banis depuis n'aguéres , Et qu'ils doivent assurément Attendre un meilleur traitement.

Quoy que mon esprit , b Princesse!

180 Soit presque abatu de faiblesse, J'ay tant rêvé, j'ay tant songé, Et le bout de mes doigts ronçé , Que j'ay fait , ne vous en dépurize , Cette Gazette assez mauvaize;

i8j J'avois lieu de m'en dispencer, Et pourrais mesme icy tracer De mes maux un long formulaire, Mais le lecteur n'en a que faire.

Le dix de may cecy fut fait , 190 Dont je ne suis pas satisfait.

LETTRE DIX-SEPTIÉME

Du [samedi] 17 May.

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