‹ La muze historique;Chapitre 148 sur 221 · ADOUCIS · texte numérisé non relu

ADOUCIS

Pucelle en vertus éminente , Sage Marie , illustre absente , En continuant mon travail J'ûsse fait un plus long détail De ce qu'on dit parmy le monde ; Mais la saizon n'est point féconde En ces événemens divers Qui font faire de plaizans vers Comme j'en fis dans la Gazette Qui parloit de feue Michelette; De l'Ocddam à l'Oriant

On n'entend plus rien de riant ; Tous les jours je vais à La quête Et trés-soîgneuzement ra'enquête 1$ A quantité de gens-de-bien ,

Mais chacun dit : « Je ne sçay rien. » Il faut pourtant faire une Lettre , Et voicy ce que j'y vay mettre.

Lundy, le douze , et non le vingt , 20 Toute la Cour icy revint. Et le Roy vid sur son passage

May 16$ j, — Livre IV. Lettre XVII.

Des milliers de gens de tout âge Témoigner bien de la gay'té Du retour de Sa Majesté.

>5 Avec maint canon et bombarde , Le treize du mois , Bellegarde Fuj (si bonne mémoire j'ay) Sommé , pressé , bloque , siégé , Et la tranchée en fut ouverte

jo Sans , Dieu mercy, trop grande perte ; Avec de généreux éfortsj On a déjà pris les dehors Et rencoigné dans les murailles Ceux qui se eouvroient de futailles.

3 $ Que ce siéçe aille mal ou bien, Ilva devenir Pentretien De toutes sortes de personnes Dans le pais des deux couronnes ; Pour moy, tout ce que j'en sçauray,

40 S'il plalt-à-Dieu , je le diray.

Mercredy, l'on fit un ofice , Ou , si vous voulez, un service Qu'on nomme service annuel, Fort dévot et fort solennel .

41 Pour ce héros comblé de gloire, Le feu Roy, dlieureuze mémoire.

La Reine , à ce que dit l'on m'a , Au Val-de-Grace s'enferma ,

Le Roy mesme et Monsieur son frère, <o Pour dire à Dieu mainte prière Et maint Requiescat in pace En faveur dudit trépassé.

Ceux oui voudront faire un grand lu- Dans le doux commerce du sucre [cre

s s D'aller trouver soient diligens Le prince Robert ou ses gens :

Comme l'on peut voir sur ses livres, Il en a deux cens mille livres , Qu'en combatant sur l'Océan

60 II a conquis depuis un an Sur les Anglois , ses aversaires, Qu'il a traitez comme corsaires.

Or, comme ce prince Robert, Quand il n'a casque ny haubert ,

*s Est doux , humain , courtois , afable , Il en fera prix raizonnable.

Bordeaux est à prézent un lieu Sur qui la justice de Dieu Aparemment se manifeste :

70 Car la faim , la guerre et la peste , Et cent autres calamitez,

Les assaillent de tous cotez.

Je suis d'acord que mes gazettes Ne sont que de franches sornettes,

7j Mais en icelles pluzieurs fois J'ay prédit aux sieurs Bordelois Que leur malheureuze révolte N'auroit jamais d'autre récolte Que des maux et des châtimens

80 Et de tristes événemens ; Je ne sçay point l'astrologie , Je n'entens rien en la magie , Mais j'ay de long-temps pressenty Le mauvais sort de ce party

8$ Et de celuy de leurs semblables , Où l'on void tant de mizérables.

Le glorieux destin du Roy, Où j'ay toujours eu grande foy, Doit quelque jour métré, sans doute ,

90 Tous ses ennemis en déroute.

0 François, tant grands que petits !

Etans donc dûment avertis Par de tels et pareils augures, Prenez là-dessus vos mézures.

95 Pluzieurs m'ont dit de vive voix Que Mademoizelle est à Blois , Dont monsieur son père est bien aize , Et je maintiens (ne luy déplaize), Blois étant un séjour tort beau ,

100 Qu'elle est mieux-là qu'à Saint-Fargeau.

Il court, tant par mer que parterre»

Un étrange bruit d'Angleterre :

On a fait un grand changement Dans leur nouveau gouvernement.

10) Crommûel a levé le masque, Et dessus ce peuple fantasque Prétend un suprême crédit Qui ne soit de nul contredit ; Leur Parlement en a dans l'aile.

no Ce Parlement, traître, infidelle , Qui par un horible atentat Oza juger son potentat , On le purge avec de la casse , Et maizon-haute et maizon-basse

1 1 5 Au tribunal n'ont plus d'accez Que pour de fort petits procez ; Ils n'ozent plus lever les cornes ; Et l'on leur a donné des bornes , Oue quiconque les passerait

120 Châtié tout soudain seroit.

Ainsi , maudits parlementaires, Vous fîtes de pauvres afaires Quand, au nombre de plus de cent,

La Muze historique. — May i6$j.

Vous condamnâtes l'innocent, us Par un arét plein de fallace, Pour métré un tyran en sa place.

Ma-foy , si monsieur Crommûel , Que ron tient homme assez cruel , Vous faizoit sans mizéricorde i )o Tant soit peu danser souz la corde Pour punir vos vieux alibis , Messieurs les Raminagrobis, Aucune sage créature Ne pleureroit vôtre avanture.

ij) Le maréchal de la Ferté, Homme assez plein d'activité , Pour métré en repos la Loraine , A repris, dés l'autre semaine, Le chÀteau de Void , assez fort

140 Pour faire au pays bien du tort.

Les soudrilles d'icelle place AUoient très-souvent à la chasse Des hommes et des animaux , Comme moutons , bœufs et chevaux,

145 Outre qu'en leurs maudites courses Ils pilloient aussi force bourses.

Après pluzieurs mois de langueur Et quantité de maux de cœur Qui le rendoieut tout sec et jaune ,

iso Enfin, monsieur le duc de Chaune , Parvenant au dernier moment,

, Est mort, mais fort chrétiennement.

Durant cet état déplorable.

Sa femme , tout-à-mit aimable,

ijj Fut assidue auprès de luy, Et , pour mieux adoucir Pennuy De son humeur chagrine et sombre, Luy rendit des devoirs sans nombre.

Or, son époux étant party,

160 Elle est de prézent un party (Selon toute humaine aparence)

Pour quelque grand seigneur de France:

Car, encore qu'elle ait deux fois Suby les conjugales lois , ié; Elle est si charmante et si belle Qu'elle vaut presque une pucelle.

Le noble roy de Portugal , En bontez pour nous sans égal, A cauze de nôtre alliance,

170 Nous fait, dit-on, grande assistance De gens de guerre et de vaisseaux Et d'un bon nombre de réaux , Ducats et pistoles d'Espagne , Pour mieux passer cette campagne;

175 Et de plus , pour la rareté, Il envoyé aussi quantité De gands parfumez et d'eaux-d'anges, Et de ces fameuzes oranges Dont l'excellence est de tel prix

180 Qu'on les vend cent sols dans Paris. Ofcrave monarque des Indes !

Que je ferois pour toy de blindes , Nonobstant ma sobriété, Si j'avois un peu de santé!

185 De tout mon cœur j'afectionne Les amis de cette Couronne Et ses vrais serviteurs aussy.

Mais c'est assez : brizons icy.

La prézente épître confirme 190 Que je suis encor tout infirme.

Je ne le dis pas sans sujet ;

Certes , je suis un triste objet.

Ma langueur pourtant , 6 Princesse!

Me traite avec moins de rudesse, 195 Et je suis en meilleur état ;

O le grand bon-heur pour l'Etat!

Fait, non sans peine, et Dieu ie sçaô, Au mois de may, le dix-et-sept.

May 1655- — Livre IV. Lettrs XVIII.

LETTRE DIX-HUITIÉME

Du [samedi] 24 May.

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