VÉRIFIÉE
Ame noble , belle et charmante , J'ay dit des fois plus de quarante , Et le dis encore aujourd'nuy , Que c'est sur le raport d'autruy 5 Que j'écris toutes mes nouvelles ; Et, quand elles ne sont pas telles Que Ton y doive ajouter foy , Il ne s'en faut pas prendre à moy.
Lors que j'ay tait quelque béveûe,
10 Ma Muze en est {pourtant émeûe Autant comme si j'avois fait Quelque grande faute ou forfait.
Aussi , certes , elle est exacte , Et si volontiers se rétracte
if Quand elle n'a pas débuté En faveur de la vérité , Qu'en ces vers que vous allez lire Je commence par me dédire.
Celuy qui me dit que la Mort w Avoitfcut son dernier éfort
Contre monsieur le duc ée Chaune Avoit trop bû du vin de Beatme, Car pour lors il n'en êtoit rien.
Ce n'est pas qu'il se portât bien :
2$ Il êtoit rudement malade , Il ne mangeoit chair ny salade , Il ne bûvoit vin ny demy , Et j'ay sceu d'un nommé Remy , Qui revenoitde Picardie 30 Et n'est point personne étourdie, Qu'il n'est mort éfectivement Que depuis trois jours seulement.
Quhaut ; par une fièvre averse , Est aans son lit à la renverse ; %% Et s'il n'est sagement traité Par messieurs de la Faculté , Qui sont les enfans d'Esculape, On ne croit pas qu'il en réchape.
La belle Nuéillan , Pautre-jour ,
40 S'alla métré , en quitant la Cour (Encor qu'elle y soit très-chérie), Aux Filles de Sainte-Marie , Jusqu'à tant que son serviteur, Sa bonne maman et sa sœur
4 j (C'en est le sujet , ce me semble) Soient un peu mieux d'acord ensemble.
Ce qui peut-être arivera, Et peut-être que non- fera.
Ainsi cette chère enfermée,
jo Cette mignonne tant aimée , Ne verra plus les beaux polis , Sinon à travers des treillis.
Pour l'amour d'elle, je souhaite Que dans cette sombre retraite
n Elle n'ensevelisse pas Trop long-temps ses jeunes apas:
Car, sans doute, une triste grille N'est pas Pélément d'une fille Qui prétend avéque raizon
60 Irêtre un jour dame de maizon , Et dont les biens et le vizage Sont trés-dignes du mariage.
A deux ou trois cens pas d'un lac ,
Lussen et le comte d'Olac , es Tous deux gens de monsieur le Prince,
Pour sujet, dit-on , assez mince ,
Se transportèrent sur le pré ,
Qui de leur sang fut diapré.
D'Olac êtoit un personnage 70 Remply d'adresse et décourage;
Mais Lussen tant s'évertua ,
Qu'en fin finale il le tua.
Ce Lussen , dit-on , est un brave
Qui n'est ny lent , ny froid , ny grave , 75 Mais jeune , beau, galant , bien-fait ,
Si bien qu'après ce grand éfet,
Les dames et les demoizelles,
Dézormais rezisteront-elles
Contre cet aimable vainqueur, to A moins que de donner le cœur?
La Muze historique. — May 165}.
Mardy, le Roy fut à Versailles , Non pour prendre perdrix ny cailles :
Ce fut des renards qu'il chassa ; Il en courut , il en força ;
8* Puis dans cette innocente guerre S'êtant exercé tant-que-terre , Par un retour assez succint , Dés le jour d'après il revint Loger vers le soir dans son Louvre ,
90 Où de jour en jour on découvre Certains rayons d'honneur en luy , Qui font juger dés aujourd'huy Qu'il a toutes les belles marques Des grands et généreux monarques.
9$ On dit qu'enfin on a donné Au bien-heureux abbé d'Aine , Par grâce et faveur spéciale, L'archevesché primatiale De Lyon , la grande cité,
100 Prézent digne d'être accepté, Et pour luy d'autant bonne afaire, Qu'on sçait bien que monsieur son frère, Le sage et prudent Vileroy, En est gouverneur pour le Roy.
105 Monsieur de Navailles achepte (Non pas sans créer mainte debte, Quoy qu'au rane des bons ménagers) La charge des chevaux légers.
Il fout bien qu'il ait des ressources
no Et qu'il emprunte en bien des bources. . On ne sçauroit nier cela :
Car pour ces belles charges-là, Comme elles ne sont pas communes, On ne les a pas pour des prunes.
1 1 5 Laubardemont , homme d'Etat , Duquel on faizoit de l'état, A senty son heure mortelle.
Il eut ladis crosse querelle Avec les diables de Loudun ,
no Dont il fit enrager plus d'un Lors que, par un arêt trafique, Grandier fut en place publique Brûlé, bien ou mal-à-propos.
Mais laissons les morts en repos.
1 25 Bellegarde , à ce qu'on raporte , Est bloqué de si bonne sorte Que, sans un notable secours, llfaut dans quinze ou seize jours (De la façon qu'on le calcule)
i)o Que la garnizon capitule.
Le sieur maréchal de Gransé , Qui jadis eut maint os froissé En servant le feu Roy son maître , La nature l'ayant fait naître
in Presque aussi fier qu'un Rodomont, S'en va commander en Piémont, Et d'Hoquincourt en Catalogne , Qui n'est pas petite bezogne.
S*ils y réussiront, ou non,
140 Avec l'èpée ou le canon,
La Renommée, avec sa trompe, Quoy qu'assez souvent elle trompe, En poura mander quelque mot A l'historien Renaudot,
m$ Qui nous instruira de lachoze Avec sa belle et bonne proze ; Et la Muze prendra soucy D'en discourir peut-être aussy.
Touchant les bruits d'autre manière,
1 jo Je n'en ay pas trop de lumière.
Je n'ay nen apris des Anglois, Je ne sçay rien des Bordelois; Pluzieurs jurent que Marsin traite Et que sa paix est quazi faite,
1 5 5 Et celle-mesme , ou peut s'en faut, Du duc de la Rochefoucaut; D'autres, qui passent plus de trente, Dizent que monsieur ae Tarente A ses parens avoit mandé
160 Qu'il quitoit son maître Condé; Que Sillery fait le semblable, Et chaque jour jure le Diable Ou'il veufcen son particulier S*àcommoder de Damvillier ; l&c ,
16$ Que pluzieurs, craignans qu'on les wan- Branlent terriblement au manche ; Bref, qu'on voit bien des pervertis Par le jubilé convertis.
Mais tout n'est qu'un bruit populaire,
170 Et, si la choze êtoit bien claire, Il est certain que j'en ferois Quantité de signes de croix.
Un fils du feu roy d'Angleterre, En nos côtes ayant pris terre
17$ Par les ordres de Crommuël, Qui, s'êtant rendu moins cruel, Luy fit donner pour son voyage Trois mille écus et davantage, Ariva dans Paris jeudy,
180 A cinq heures après midy, Dont la reine, sa bonne mère, Le roy d'Angleterre, son frère,
May i6$j. — Livre IV. Lettre XIX,
Et le duc d*Yorc mesmement, Eurent bien du contentement;
iSf Encor qu'il soit petit et mince!
On dit aue ce trés-joly prince Est agréable au dernier point.
Et que c'est ne le flater point De publier à sa louange
190 Qu'il est beau comme un petit ange. Ledit prince fut vizité De la part de Sa Majesté Par Saint-Agnan, ce noble comte, Dont partout on fait tant de conte
i*f Pour l'excellence et la vigueur De son esprit et de son cœur, L'un étant plein de politesse, L'autre d'honneur et de prouesse , Bref, l'un et l'autre ravissant;
aoo Je ne dis cecy qu'en passant.
Un neveu de Son Eminence, Ayant passé par la Provence Sans que pas^un l'ait enlevé, Est enfin en Cour arivé.
»$ Sa Majesté luy fit caresse,
La Reine, très-bonne princesse»
Le receut favorablement, Monsieur luy parla tendrement, Son oncle luy fit grande chère,
210 Monsieur de Mercœur, son beau-frére, Sa couzine et ses chères sœurs, Luy dirent très-bien des douceurs , Douze ans sont environ son âge, Il a bon air et beau vizage,
ai} La Cour en demeure d'acord, Et l'on dit qu'il ressemble fort, Entre tous ceux de sa lignée, A madame sa sœur aînée.
Après qu'aux principaux aspects
2»o II eut témoigné ses respects, Si les courtizans s'empressèrent, Si pour le voir ils se poussèrent, Si chacun le complimenta , Le salua, le vizita,
221 Ma foy, ma Princesse, m'amie, Je croy que vous n'en doutez mie.
Fait le vingt-et-quatre de may, N'étant encor ny sain ny gay.
LETTRE DIX-NEUVIÉME
Du [samedi] 3 ! May.