‹ La muze historique;Chapitre 150 sur 221 · IMITATRICE · texte numérisé non relu

IMITATRICE

Encor que, par un pur bon-heur, Ma Gazette ait souvent l'honneur De plaire à des gens d'importance, A des gens d'illustre naissance , s Et dont certes l'entendement Passe le mien infiniment, Ma Muze , n'en sois pas plus vaine , Mais plutôt donne-toy la peine D'envoyer quelques nouveaux vers :© A la Princesse que je sers; Quoy qu'ils manquent de politesse Ils (avertiront Son Altesse , Car hors Paris cet entretien Vaut toujours un peu mieux que rien.

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Un des jours de cette semaine , Quelqu'un fit râport à la Reine

(Dont elle eut au cœur du regret) Que par un atentat secret, Procédant de haine ou d'envie,

20 On avoit abrégé la vie, Par auelque subtil réagal, Du fils du roy de Portugal.

Ainsi, belle Infante d'Espagne, Que tant de mérite acompagne ,

2$ Vous perdez par cet accidant Un brave et jeune prétendant, Puis-qu'on dit que ce personnage Songeoit pour vous au mariage ; Mais toutefois consolez-vous,

jo Vous ne sçauriez manquer d'époux :

Car, étant du beau sang d'Autriche, Vous êtes si noble et si riche Que le prince le plus charmant

aCfOII VOMTOCiS VOUc ; ^^y

jj Et,silc Destin êtoh juste, Vous auriez, 6 Princesse auguste!

Ce Roy, miracle de nos jours , Qui fut vos premières amours.

Quoy qu'eacor rarement je sorte,

40 Sinon à trois pas de la porte, Le bruit est venu jusqu'à moy Que, mardy, le frère du Roy Sentît une fièvre légère, Et qui ne fiit que passagère;

as lien devmt chagrin d'abord, Car le mal ne luy plaît pas fort ; Mais quantité de demoiselles, Sçavantes en Part des prunelles, Qui le sceurent de main-en-main ,

$0 L/allérent vizher soudain,

Et par leurs complaizans langages, Leurs beaux yeux, gorges et vizages, Le mûrirent de sa langueur En Tuy réjouissant le cœur.

5 $ Ce Prince , qui chérit les belles , Reprit lors des forces nouvelles , Il se sentit ressusciter ; liais auels maux pouroient rèzister, Quand mesme ils auraient pris racines,

60 A cle si rares médecines?

Ce mesme jour, qu'il faizort beau, Plusieurs courtizans, en cadeau (Mais tous gens qui lèvent la paille), Firent entr^eux grande ripaille,

65 Et se remplirent fort les flancs Près du beau séjour de Conflans.

Des oyzeaux de petite taille, Agneau , veau , mouton et volaille , Avec des entre-mets divers ,

70 Artichaux, asperges, pois-vers, Furent servis en abondance En ce crapule d'importance ; Mais, comme on ait par tout de nous Que les François tant un peu fous

7$ Et qu'ils aiment fort le dézordre.

Ces messieurs, êtans las de mordre, Mêlèrent comme en un cahos Le fruit, la chair, les pois, les os, Cassèrent maint flacon et verre,

80 Et jetèrent fraises par terre ,

Aucuns d'eux (mesme) ayans dormy Sans dire aâmus ny demy.

A la main droite , ou bien à gauche , Ils avoient durant leur débauche,

85 Dans des bateaux larges et longs,

Là Mu» BisTotiQQx. — Mqr >6fi-

Les vîogMf-quatre violons, Qri mille beaux airs fredonnera* Pour vingt justes qu'ils leur donnerai Mais, pour dire la vérité,

90 J'ay beaucoup de témérité De tracer ky cette histoire; Je n'en auray ny Los ny gloire :

Car, enfin, pour conduaon, J'avoue, à La confusion

m De ma Muse, assez souvent plaie, Qu'une main noble et délicate En a fait un plaizant tableau Plus que le mien mille fois beau.

Je tais le nom du personnage

iM Autheur de ce charmant ouvrage :

Car, quoy qu'il débite en maints Beox Le sacré langage des dieux Avec des grâces sans-pareilles, C'est la moindre de ses merveilles.

105 Lorsque Chaunefat décédé, Comme je vous Pavois mandé, Monsieur le chevalier son frère (Qui n'en fut pas trop en colère), Par droit de sustitution,

no Prit du duché possession, Et l'on a depuis eu nouvelle Qu'il doit céder sa citadelle, Qu'à monsieur de Bar l'on remet, Auquel nouveau duc on promet,

us Pour cette cession notable, Dourlan, place considérable, Valant presque en gros et menu Vingt mille ëcus de revenu.

Pour la belle et charmante veuve,

i*> Qui car deux fois a fait épreuve Combien on a le cœur mâry Quand on a perdu son mary, Elle est à Paris revenue; Et, comme on voit dans une nué

13$ Le soleil se cacher souvent, Elle s'est mize en un convent Pour cacher quelque temps an moode Le bel éclat dont elle abonde ; Mais Cm je ne m'y connois pas)

i?o Les4grfmens et les apas

Dont on dit qu'elle a si grand nombre Ne seront pas long-temps à l'ombre.

De madame Piémont l'époux , Ces jours passez, périt dessouz 1 jj Sa maizon, qui tomba par terre, Et qui comme un coup de tonnerre L'écraza sans nulle mercy

ÛCL

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Jtp* i6jj. — Livr* IV, Lettre XX.

Et sa çbém servante aussy.

Soit qu'elle fflt ou laide ou belle , 140 II avoit pluzieurs enfans d'elle, Que du fracas Dieu prézerva :

Leur innocence les sauva ; Et l'on peut sur ce cas funeste Penser ce qu'on voudra du reste.

14 $ Le Roy tous ces jours a chassé , Mais illec ne s'est rien passé De remarquable pour écrire , Sinon qu'on auroit lieu de dire Que, si le Roy par monts et vaux

150 CXasse à prézent les animaux,

Le temps viendra bien-tôt, sans doute.

Qu'il voudra prendre une autre route Et ses ennemis chassera.

Le bon Dieu sçait quand ce sera.

15s Les Bordelois acariâtres (C'est encor pis qu'opiniâtres) Veulent (dit-on) prendre des lois Des Espagnols ou des Anglois, Pourvu que vers eux on acoure

i«o Et que soudain on les secoure.

Infidelles et faux sujets, Sçavez-vous bien que vos projets Forgent eux-mesmes les entraves Par qui vous deviendrez esclaves ,

lis Si le Roy vôtre souverain, Pour qui vôtre cœur est d'airain, Par ses grands progrez ne renverse Vôtre infâme et honteux commerce.

Croyez-vous trouver si léger

170 L'indigne joug de l'étranger?

Hâ! dénaturez que vous estes , Que vous êtes ^étranges bestesj

Le sieur abbé de Vilarsceaux , Qui. s'il avoit d'or plein vingt sceaux Et d'argent trente bourses pleines , Les vuideroit dans trois semaines, Fit l'autre jour un grand festia Dans le pais nommé Véxin, Et fit voir aux dames des chasses

180 Non de moineaux nv de bécasses, Non de hérons ny de butors, Mais de beaux grands cerfs à dix cors, Outre mainte autre beste fauve ; Et l'on m'écrit, ou Dieu me sauve,

18 j Que le seigneur abbé susdit, Tant argent comptant qu'à crédit, En tels ébats a fait emplettç (Luy qui n'a pas dans sa pochette Le plus souvent trois quart-d'êcus)

190 Pour le moins de six cens écus.

Une certaine aimable dame, Que j'ayme de toute mon ame , Depuis peu m'a mandé cecy Et prié de le métré icy.

W Vôtre Altesse conolt icelle , Elle a pour vous beaucoup de zèle , Et son bon-heur est à tel point Que vous ne la hayssez point; Elle est bonne, sage et modeste ;

aoo Devinez, s'il vous-plait, le reste.

Fait précisément le dernier De may, le beau mois printanier.

LETTRE VINGTIÈME

Du [samedi] 7 Juin.

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