‹ La muze historique;Chapitre 151 sur 221 · RÉPARÉE · texte numérisé non relu

RÉPARÉE

Durant qu'en ma chérq patrie, A sçavoir la grande Neustrie, Vôtre Altesse demeurera, La Muze toujours soin aura De vous envoyer avec joye , Par la poste ou par autre voye, Les vers (quelquefois un peu foys) Qu'elle enfante et produit pour vous ;

Mais lorsque moy-mesme çp pçftonne Il faudra que je vous l$g donne, Comme bien-tôt je lç prétens , Mes vœux seront bien plus contens :

Car, quand je vous les entçns lire, Et qu'ils vous font tant-soit-peu rire, Certes, pour vous en bien parler, Mon plaizir ne peut s'égaler.

La Muzb historique. — Juin i6jj.

Le PéreBagot, jézûhe, Qu'on avoit fait pour son mérite , Prûdhomie et capacité , ,

m Confesseur de Sa Majesté, S'est excuzé sur la foiblesse Qui suit en tout-temps la vieillesse , Si bien qu'en sa place l'on met Le Révérend Père Dinet,

%s Autre jézûite capable

De cet employ trés-honorable , Lequel dimanche il commença; A luy le Roy se confessa , Puis fut aux Feùillans à la messe,

;o Auquel lieu, méditant sans cesse, Il receut trés-dévotement Le saint et divin sacrement, Ce qu'aussi fit Monsieur son frère, Qui d'un cœur contrit et sincère

h Dit Domine non sum diznus , Quand il vid aprocher VAznus.

La Reine ailleurs tourna la face , Car elle fut au Val-de-Grace j Par hazard j'entray dans ce lieu,

40 Non pas tant pour y prier Dieu Qu'ann de bailler la Gazette Que j'avois nouvellement faite A la sage dame Souvray, Laquelle, pour dire le vray,

45 Etant oficieuze et bonne, A la Reine toujours la donne.

Mais, parier ne luy pouvant pas, Un jeune objet remply d'apas, Martinozi, seconde nièce,

jo Après avoir lu cette pièce Avec un joly ton de voix, Un langage humain et courtois, Une douceur très-obligeante, Une civilité charmante,

5j S'engagea de la prézenter,

Et, quand (sans trop complimenter) Je luy dis : « Prendrez-vous la peine De la faire voir à la Reine ? »

Cette belle Martinozi

60 Répondit soudain : Segnor, si

Monsieur l'abbé de la Rivière, Qui d'une assez propre manière Porte l'Ordre autour de son col, Rendit dans l'Eglize Saint-Pol, es Avec une dépense extresme, Lepain-beny ce jour-là mesme.

Trompettes, hautsbois et tambours, Qu'on oyoit presque des fauxbours, Firent dans la cérémonie

70 Eclater leur grande harmonie ; Et trente-et-six nécessiteux , Choizis entre les plus honteux , Que d'un cœur charitable et large Ilrévétit de bonne sarçe ,

7) Paroissoient illec, en deux rangs, Ayans tous de beaux cierges blancs, Avec pièce, petite ou grande, Pour aller porter à Pofrande, Qui fort haut , dit-on , se monta

80 Par les justes cpi'on prézenta; Si bien qu'en justes et pistoles, Habits, pain-beny, banderoles, Hautsbois, clairons et cierges blancs, Il luy coûta neuf cens bons francs.

s? Celle qui porta le gros cierge Ne fut point quelque belle vierge, Quelque objet aimable et riant , Quelque vizage un peu friant, Quelque demoizelle proprette ,

90 Ny mesme une jeune soubrette, Mais, ce m'a dit un jeune fou, Une dame qui rime en /ou, Qui ce jour, jusqu'à la cbemize, Etoit fort leste et fort bien nrize ;

*s Aussi se flt-eUe touzer, Bien êbarber et bien razer, Et l'on m'a juré Sainte-Barbe Qu'elle n'avoit nul poil de barbe.

Elle avoit entr'autres habits

100 Une robe de vieil tabis , Qui peut-être étoit de louage , Un beau cotillon à ramage, Une paire de gands cirez , Deux bas d'estame bien tirez,

10$ Deux grands patins brodez de sarge, Qui n'avoient qu'un empan de large, Avec maint nœud incarnadin ; Sur son chef, qui n'est pas blondin, Paroissoit-là, comme en son trAne,

110 Sa grande cotfe de matrone, Et sur son col un mouchoir clair Qui laissoit voir sa belle chair.

Mais c'est un mensonge qu'on forge Quand on dit qu'elle ouvrit sa gorge,

uy Car quantité de gens-de-bien M'ont juré qu'il n'en étoit rien.

Le lendemain de Pentecoste, Du Louvre le principal hoste, Et que l'on peut certainement 120 Nommer son plus rare ornement, Avec une suite assez gaye Partit pour Saint-Germain en Laye,

Juin 1655. —Livre IV. Lettre XX.

Où quelques sangliers il chassa Et le temps assez bien passa ,

uf Goûtant d'innocentes délices, Et tout plein d'autres exercices.

Mardy, monsieur le Cardinal En certain lieu nommé le Val Luy fit un souper magnifique ,

1 ?o Qjioy que l'ordre en tût italique, C'est-à-dire rien de profils, Point de services superflus, Ny cette importune abondance

Sue l'on voit aux festins de France.

,w ôstre-dit Sire, avec sa Cour, Revint mercredy, non de jour, Mais durant la nuit claire-brune, Auauel temps madame la Lune, Et les brillans Astres des deux , 140 Se tenoient fiers et glorieux D'avoir l'honneur et privilège D'éclairer un si beau cortège.

Monsieur de Saint-Agnan étant

Dedansson lit fébricitant, i4i Quand je vais souvent à sa porte

Pour aprendre comme il se porte,

D'un ton de voix toujours égal

On me dit qu'il se porte mal ;

Et , comme en ce siècle barbare i$o C'est un seigneur de vertu rare

Et fort estimé de son Roy, .

J'en suis trés-dolent , par-ma-foy !

Depuis douze jours, dans Grenoble, A L'Ediçuiéres , duc trés-noble,

1 5 s Est arive grand accidant Par un embrazement ardant Qui se prit dans son domicile , Et n'épargna nulle ustendle, Cofres, cabinets, ornemens,

160 Ny précieux emmeublemens, Ny tableaux excellens et rares, Jusques-là que ces feux barbares Donnèrent , par un cruel sort , A cinq ou six des siens la mort;

165 Enfin, cet impréveu ravage Fit à ce duc bien du dommage, Et cet élément sans raizon Gâta fort sa belle maizon.

Je n'en puis dire icy la source,

170 Non, je ne la puis dire , pource Que ceux qui m'ont conté ce cas .

Eux-mesmes ne la sçavoient pas.

A tous les gens-de-bien il tarde

Qu'on ait démoly Belle-garde ; 175 On n'en a point encor raizon ; Mais , comme cette garnizon Ne peut espérer aucune aide , Il faudra bien-tôt qu'elle cède.

L'aîné de messieurs les Créquis, 180 Après l'avoir long-temps requis, Et le franc Gascon Roquelftre, Dont le nom rime à matamore , Gens assez verds et non caducs, Sont à prézent déclarez ducs ; 185 Et ceux qui volontiers courtizent.

Les vont voir chez-eux et leur dizent, En leur jetant maint doux regard :

«Monseigneur le Duc, Dieu-vous-gard!»

De Lormont la prize subite .

190 Dans Bordeaux tant de bruit excite Que pluzieurs pensent bonnement Qu'on y verra au changement Et qu'il faut qu'elle se soumette ; Dieu le vueille, Dieu le permette !

195 Jeudy, monsieur le Cardinal Fut au Deau colege royal , Nommé vulgairement Navarre, Auquel lieu tenant bien sa carre > Comme en étant grand provizeur,

200 Maint docte et sublime cauzeur Luy fit complimens et harangues, Du moins en trois ou quatre langues , Mais le plus ce fut en latin; Bref, quelqu'un m'a dit ce matin

ao; Qu'on l'y receut le mieux du monde , En dépit de toute la Fronde.

Princesse de très-rare esprit, Avant que finir cet écrit , Il faut encor que je vous die

210 Que, dans la Dasse-Normandie, Une dame assez de renom , Qui dame de Saint-Pierre a nom, De six enfans est acouchée :

C'étoit une belle nichée;

21 ; Mais ce qu'on trouve de plus beau En cet événement nouveau (Et dont la famille est ravie) , C'est qu'ils sont tous six pleins de vie, Et que chacun d'eux, ce dit-on, '

220 Prend de très-bon cœur le teton.

Fait en juin, le septième jour, En attendant vôtre retour.

La Murs HIIT0IU4PC. —Juin 165).

LETTRE VINGT-UNIÈME

Du [samedi] 19 Juin.

PRÉPARATIVE.

Votre Altesse est icy venue, Comme elle en ètoit convenue; Mais vôtre retour si soudain , Qui sera, dit-on , dés demain

s (Ce qui nous semble un peu bien rude), Nous donne autant d'inquiétude Que nous eût donné de plairir Le temps de vous voir à loizir.

Toutefois, puisqu'il vous agrée

to D'aler en une autre contrée.

Et que le meilleur des papas A pour vous d'atrajrans apas, En tout et par tout je souhaite Que vôtre volonté soit faite ;

1$ Mais, atendant vôtre départ, Oui n'ût jamais été trop tard S'il eût suivy ma fantaizie, Recevez cette po&rie.

Diverses gens m'ont récité

10 Que. le jour de la Trinité, Maubuisson receut son Abbesse Avec grand' amour et tendresse.

D'abord qu'elle entra , son aspect Inspira partout le respect ; Et , quand avec sa belle suite Elle nit illec introduite, Chaque mère, nonain et sœur La receurent dedans leur cœur, Où les vertus et la sagesse De ladite nouvelle abbesse Avoient déjà, certainement, Un glorieux apartement.

Belle fut la cérémonie, Et belle aussi la compagnie;

H Sur tout on y vid quantité De personnes de qualité, Jusques-là que plusieurs princesses Furent ce soir-là ses hôtesses, Qu'on traita magnifiquement.

40 Cela ne se peut autrement ,

JO

Car, en pain, vin, frart et viaade, La dépense, certes, fat grande.

Ce jour-là, le sieur de Matroj Traita Monsieur, frère du Roy,

4f A Saint-Oûyn, séjour délectable, Où l'on rangea dessus la table Quantité de prédeux mets Qui, je vous jure et vous promets (Ce dizent ceux qui s'y trouvèrent),

(o Abondamment contribuèrent Aux chères délices du bec; Tout ètoit délicat illec, Non seulement fruits et potages, Mais neuf ou dix jeunes visages,

jj Qui, de Monsieur suivant les pé, Eurent leur part de ce repas.

On 7 vit l'aimable ptézence Des nièces de Son Eminence ; Les Filles de la Reine aussy

€0 Y montraient comme un racourcy De toutes les grâces divines Dont Amour charme les poitrines.

La ravissante Mortemart, Qu'icy je nomme un peu trop tard,

65 Y parut fort fraîche et fort belle, Ayant sa cadette avec die, Dont la beauté , digne d'un Dieu, Brillok doucement en ce heu, Non pas comme une fleur èclore,

70 Mais comme un beau bouton de me.

Nui homme illec ne fat assis Que le maréchal du Plessts , Gouverneur de ce prince aimable, Et d'ailleurs homme assez notable,

7j Puis-que jadis prés de Rbétel Il s'aquit un nom immortel.

Après ce dîner d'importance , Qui remplit mainte belle pi Ilfalut encore s'assoir

80 Pour colationner le soir;

Juin !Ô5j, — Liyri IV. Lettre XXI.

La table fut fort bien servie, Et Pan y fit si bonne vie Qu'on n*ût pu se réjouir mieux A h table mesmes des Dieux.

s* Bief y neuf ou dix bouches vermeilles , Qui de manger firent merveilles, Jurèrent pluzieurs fois leur foy Que le susdit sieur de Mauroy Et Têtu , qui servoh sur table

90 Avec un ordre incomparable, Scavoient l'art, trés-assurément, Rajouter agréablement La friandize à l'abondance, Pour régaler un Fils de France.

95 Saint-Agnan n'est plus languissant, Car la fièvre , au teint jaunissant , Qui régnoit dans ses nobles veines , Et métoit pluzieurs gens en peines, A cédé favorablement

100 A son heureux tempérament; J'en ay l'ame toute ébaudie; J'ay parlé de sa maladie , Je croy que c'est donc la raizon De parler de sa guérizon.

10$ Bellegarde enfin , cette place Qui par deux fois, pleine d'audace, N'a gardé ny respect ny foy A son maître, seigneur et roy, Depuis dix jours est reconquize,

1 10 Et s'est trés-humblement soumize A la valeur, force et canon De monsieur le duc d'Epernon , Secondé de ce vaillant homme Que le marquis d'Uxel on nomme.

1 1 $ Le bruit s'épand de toutes pars Que ses murailles et remparts, Suivant les maximes de guerre, Seront razez rez-pieds, rez-terre, Et qu'on ne feroit qu'un hameau

1 m De ce lieu jadis fort et beau.

Il pouvoit durer davantage :

Les soldats avoient du courage , Le commandant êtoit gaillard, Ils avoient encor bien du lard ,

t*s Du vin plein quantité de pipes, • Pour humecter gorges et tripes; Des fèves, des pois, des oignons, Pour repaître les compagnons; De bons blez. tant moulus qu'à moudre,

i*o Et quantité de fine poudre; Mais, d'ordinaire, il est mal A tout séditieux vassal,

Après quelque temps de divorce, De céder par crainte ou par force.

13s Plus il atend , plus il a tort, Et plus il empire son sort.

Bordelois ! perfides engeances !

Qui dans vos vaines espérances Avez été cent fois déceus ,

140 Prenez exemple là-dessus.

On m'a dit qu'en icelle ville, La populace la plus vile Ne parle qu'avec mots tranchans Aux gros bourgeois et gros marchans ;

14s Que Te Jurât jure à toute heure : « Cap-de-Diou ! l'Espagnol nous leurre D'Un secours pour nous maintenir, Mais il est bien-long à venir. »

D'autre part, le Clergé renasque

I jo De ce que le peuple fantasque

Au grand Crorarauël tend la main, Qui n'est papiste ny romain ; Les oficiers de la justice Donnent au Diable la milice,

I I $ Qui fait qu'en ce lieu les procez

N'ont presque au bareau plus d'accez ;

L'ivrongne a des frayeurs étranges

Qu'on ne fasse point devandanges,

Et les gens de toutes façons 160 Qu'on ne fasse point de moissons ;

Enfin, la noize est générale

Dans cette cité déloyale.

Mais d'où vient l'obstination

De cette étrange nation i 16; Etant quazy comme investie ,

Que ne prend-elle l'amnistie ?

Car, à raizonner sainement,

Puis-que le Monarque est clément,

Les destins de cette infidelle , 170 Bons ou mauvais, dépendent d'elle.

Jeudy, je vis commodément Passer le trés-saint Sacrement, Suivy de la Maizon royale, Et de la pourpre cardinale ,

175 Et de neuf manteaux violets , Aucuns dizans leurs chapelets, Et d'autres, la vue abaissée, Ne prians oue de la pensée.

Tel spectacle me sembla beau ;

180 J'ôtay de bon cœur mon chapeau Quand j'aperceus le Dieu de gloire Au travers d'un brillant ciboire ; Chacun l'adora comme moy, Et pluzieurs bénissoient le Roy,

185 Touchez d'une sainte allégresse

)tf

La Muzi historique. —Juin 165 j.

De voir son aimable jeunesse Avec un trés-dévot maintien Suivre nôtre maître et le sien.

L'on dit une fort bonne choze,

190 C'est que l'on a secouru Roze De vivres, d'argent et de gens, Dont on oit que les assiégeans , Grondans comme belle tempeste , Ont juré cent fois Ventre et Teste,

191 Et les assiégez réjouis

Chanté cent fois: « Vive Louis! »

Talemant, maître des requestes ,

Su'on met entre les bonnes testes , omme d'esprit et de discours , 300 A pris soin de ce grand secours.

On parie de mettre en ménage Luzignan, dont le beau vizage Promet aux fiâmes d'un époux Des plaizirs bien chers et tien doux, aoj Oûy, l'on m'a dit qu'on la marie

Cette pucdle tant chérie , Et mesmes l'on m'a dit à quy, Assavoir à l'heureux Créquy, Dont la naissance et bonne mine, )io Les biens et la nouvelle hermine, Luy font mériter ce trézor, Qui vaut mieux que s'il étoh d'or.

En ce lieu ma Gazette expire; Aussi bien suis-je las d'écrire,

ai s Du Ciel je n'ay plus de secours. Princesse, excuzez ce discours:

On y voit du doux, du critique, Du salant et du politique, Du folâtre et du sérieux,

a» Du simple et du mistérieux; Mais, quand vous le voudrez rdire , Prenez le bon, laissez le pire.

Fait le quatorzième de juin, N'ayant bû ny bière ny vin.

LETTRE VINGT-DEUXIÈME

Du [samedi] 21 Juin.

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