‹ La muze historique;Chapitre 153 sur 221 · CONSULTÉE · texte numérisé non relu

CONSULTÉE

En commençant de vous écrire, Je suis obligé ae vous dire

Su'aucun sujet de faire rire ê s'ofre et prézente à ma lire; 5 Cela me fait soufrir martire, J'en dezespérè, j'en soupire, Et certes, si Phébus m'inspire , Ce n'est pas comme je dézire; Mais, 6 Princesse que j'admire!

to Ne laissez pas pourtant de lire.

Du prézent mois le vmgt-et-deux, Quelques courtizans hazardeux Combatirent contre une laye Au château Saint-Germain-en-Laye;

is A pluzieurs ce fier animal Ne fit ny de peur ny de mal , Mais quelques-uns , outre la crainte , Receurent mainte rude atainte Et furent Âprement mordus,

» Pour foire trop les entendus.

Les brèves héros qui parurent En cet assaut (ce dit-on) furent Beaumont , la Fûeillade et Saucourt , Et d'autres dont, pour couper court,

»s Les noms icy point je ne fixe , De peur d'être un peu trop prolixe.

Saucourt fut assez mal-traité Pour s'être trop avant posté ; Il y perdit plus d'une basque ,

jo Et certes la beste fantasque . Tout son habit lujr détrancha, Mais à la chair point ne toucha.

Le Roy, dans ce danger extresme , Le voulut secourir luy-mesme,

js En prince d'honneur et de bien :

Car c'est un Roy oui ne craint rien , Et l'on dit qu'il a au courage Comme Alexandre et davantage.

Mais sa jeune ardeur on retint ,

40 Et lors la Fûeillade y survint, Lequel , s'étant mis dans la teste

Qu'il occîroh ladite beste,

La frapa d'un grand coup d'estoc;

Mais sa peau, dure comme uft roc,

4$ N'en fut un seul brin pénétrée :

La beste en fut pourtant outrée , Et blessa, je ne sçay comment, Le sieur Lnuilier cruellement Après l'avoir porté par terre.

(o Mais le plus fort de cette guerre Fut le combat sans parangon Dudit sanglier et du dracon, Lequel dragon, à ce qu'on conte, N'y trouva nulement son compte:

$ s Ledit sanglier le renversa , Força, froissa, pinça, perça, Et, prenant l'intérest, peut-être, De Maizons, son précèdent maître, Qui l'avoit, dit-on, élevé,

60 Eut volontiers Beaumont crevé, Par instinc de reconnoissance, Qui le portait à la vengeance.

Dieu ne le permit pourtant pas, Il le prézerva du trépas;

6$ Mais il eut mainte estafilade Dont il est encor fort malade.

Enfin, messieurs les courtizans, Etans fâchez et déplaizans De voir que l'éfroyable beste

70 Les poussoit de cul et de teste Et leur montrait à tous les dents, De peur de plus grands accidents, Toutes leurs forces Rassemblèrent , Et finalement l'acablérent ;

7$ Il fut par Vilequier blessé , Et, lors que l'on l'eut terrassé , Deux chevaux-légers de la garde L'occirent à coups d'halebarde.

Le dragon duquel j'ay parlé »

80 Autrement Beaumont appelle , De Saint-Germain est capitaine.

Cela s'est fut cette semaine,

La Muzb historiée. — Juin i6$j.

Mais de quelle sorte et comment, Je ne le sçay pas netement.

8j L'autre-jour, ariva l'esclandre, Dans Mets, que vous allez entandre.

Deux gens de guerre , luthériens , Ou plutôt deux méchans vauriens , Par une noire félonie ,

90 Insolence , rage et manie, Voyans l'image en quelque lieu De la Sainte Mère de Dieu, De deux pistolets la percèrent, Dont tous deux fort-mal se trouvèrent,

9$ Car Schonberg, gouverneur de Mets, Grand chrétien s'il en fat jamais , Les fit soudain chercher et prendre, A dessein de les faire pendre ; Mais sa trés-aimable moitié ,

100 Ayant conceu quelaue pitié De l'un des deux , lequel proteste Que son action il déteste, Interpoze fort son crédit Pour sauver cet homme interdit,

ioj Mais avec cette clauze expresse Qu'il faudra qu'il aille à confesse, Aujourd'hui plutôt que demain , Et qu'il soit toujours bon Romain.

Mais, auparavant que ce foire ,

1 10 Cette duchesse débonaire ?

Pour ne faillir en cas pareil , A trés-sagement pris conseil De maint docteur iréprochable Touchant son projet charitable,

1 1 j Que plus d'un scrupuleux barbon Ont trouvé méritoire et bon.

Le plus grand plaizir de la dame , Ce seroit de gagner une ame, De l'instruire et de la sauver.

tao Dieu la veuille bien conserver .

Car jamais femme prude et beÛe Ne l'a si bien mérité qu'elle.

QuelquHm m'a dit et confirmé Que dans Sorbone , à point nommé,

121 Mercredy , l'on fit des obsèques Du dernier mort des archevesques, Sçavoir feu monsieur de Lyon.

Ce fat madame d'Egirillon Qui, par pieux et bon ofice,

1 50 Luy rendit ce dernier service.

Monseigneur l'évesque de Dol, Ayant un beau rochet au col , Esprit, comme on sçait , fort célèbre , Fit illec l'oraizon fanébre ,

ih Qui satisfit extrêmement

Tous les hommes d'entendement; On admira la rétorique De son charmant panégyrique , . Sur tout en chaque endroit et lieu

140 Qu'il parioit du grand Richelieu, Dont par tout encore on révère Le feu glorieux ministère , Et dont le nom fameux et beau N'entrera jamais au tombeau.

ut Onques je ne vis le vizage De ce merveilleux personage , Il ne me fit jamais nul bien , Et toutefois je l'aimois bien.

Que la choze soit vraye ou vaine

1 jo On a bien dit cette semaine Que les Holandois. sur la mer, Qui s'êtoient tant fait estimer Par leurs précédens avantages, Ont receu d'extrêmes dommages

in En certain grand choc ou duel Contre les gens de Crommuél ; Mais d'autres dizoient: a Voire , voire, Les Anglois ont eu la victoire Au commencement du combat:

iéo Aucun ce point ne leur débat; Mais on a vu lettre qui mande Que messieurs les gens de Holande, Ayant repris des cœurs nouveaux, Et ralié vingt-cinq vaisseaux

t6$ Qui s'êtoient un peu mis au large , Etoient retournez à la charge , Avoient montré de la vertu , Avoient vaillamment combatu , . Sur l'Anglois fait mainte conqueste,

170 Et , bref, remonté sur leur beste. * Voilà les deux bruits diférans Qui sont à-prézent sur les rangs; Mais en vain la choze on déginze , Les navires de la Tamize

17J Ont fait un étrange fracas De ceux de Messieurs les Etats ; On dit bien qu'ils prendront revanche Avant qu'il soit trois fois dimanche, Mais tel cas me semble douteux;

180 Atendons, pourtant, le boiteux.

Hier, on mit dans la Bastille Maint oficier et maint soudrille Qui levoient cauteleuzement Des gens à faire un régiment 185 Pour servir le party contraire , Action folle et téméraire ,

Juillet 165). — Livre IV. Lettre XXIV.

Et dont, avant que d'en partir, Ils pouroient bien se repentir.

On dit que le Plessis-Belliére 190 Avançant sa marche guerrière Avec maint brave bataillon Dans le comté de Roussillon, Les Espagnols, sçachans la choze , En grande hâte ont quité Roze , i9) Sans sonner ny tambour ny cor, Et l'oncroid qu'ils courent encor.

Sans avoir l'ame refroidie

Des restes de ma maladie,

Princesse , il faut que je vous die soo Qu'ayant fait cette rapsodie,

De grand-cœur je vous la dédie ;

En puissiez-vous être ébaudie.

0 Gazette, plate ou hardie,

Que j'ay rimée à l'étourdie !

*>s Partez donc, je vous congédie;

Allez-vous-en en Normandie.

Fait et compozé tout d'un vol, La veille Saint-Pierre et Saint- Pol.

LETTRE VINGT-QUATRIÈME

Du [samedi] 5 Juillet.

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