‹ La muze historique;Chapitre 154 sur 221 · INCERTAINE · texte numérisé non relu

INCERTAINE

Princesse , que presque j'adore Et que Rouen retient encore , Quoy que nous soyons aux longs jours Où la grande ardeur fait son cours ,

s Ma Muze toute débifée N'en est guéres plus échaufée ; Je mets pourtant la plume en main ; Mais je suis encore incertain Si les vers que je m'en vais faire

10 Pourront vous plaire ou vous déplaire, S'ils seront plats ou relevez , S'ils seront Dons ou réprouvez, S'ils seront ou forts ou débiles , S'ils seront féconds ou stériles ,

1$ S'ils seront doux ou médizans , S'ils seront chagrins ou plaizans, Bref , s'ils seront ou foux ou sages , Ny combien ils tiendront de pages.

C'est tout-de-bon, à cette fois, so Que Mademoizelle est à Blois,

Dont Saint-Fargeau n'est pas bien aize;

Mais Saint-Fargeau , ne fuy déplaize,

Encor qu'il soit beau bâtiment,

H ne l'est pas sufizamment s$ Et sent un peu trop le village

Pour nympne de si haut parage,

Tubeuf fit, lundy, grand régale

A toute la Maizon royale

Dans Ruël , célèbre et beau lieu ,

»o Qui fat à défunt Richelieu.

La cotation y fut grande , Et mesme extrêmement friande ; Mais je me pourois bien tromper, Je croy que c'était un souper,

)$ Car l'astre journalier du monde Avoit déjà caché dans l'onde Sa belle et brillante clairté Quand on dit Benedicite.

Le charmant Monarque de France

40 Y mangea, dit-on, d'importance; De la Reine les belles mains, Objet adorable aux humains, N']r parurent pas paresseuzes, Mais furent trés-oficieuzes;

4j Monsieur d'Anjou , cet éveillé Qui rend chacun émerveillé De son esprit et gentillesse , Y fit aussi voir sa prouesse , Car il ne hait , ce dit-on , pas

50 Les bons , les longs , les beaux repas. Monsieur Jules, quoy qu'homme sobre, Ne crût point encourir d'oprobre De boire illec mainte santé , Et , nonobstant sa gravité ,

$$ Noyer pour un temps dans le verre Les soucis de paix et de guerre.

Mais sur tout ces objets vainqueurs, Qui sont l'aspect de tous les coups , Ces belles nymphes sans-pareille* ,

60 De la Cour les rares merveilles , Ne s'oublièrent nullement A manger copieuzement, Car toutes les jeunes poitrines , Tant des brunes que aes blondlnes,

é( Aiment mieux festins et banquets Que les fleuretes des coquets.

Enfin , on ne s'endormit guère , Toute la Cour y fit grand' chère , On v bût frais , quoy qu'il fit chaud ,

70 Et ron y brifa comme il fout.

Ensuite la Troupe Royale Reprézenta la pastorale Que l'on nomme l'Amarillis , Dont les intrigues sont jolis

7$ Et dans laquelle la Baronne, Une assez aimable personne , Au cinq ou sixième feuillet, Joue un assez plaizant rollet.

Mais, outre maints autres spectacles

80 Qui pouvoient passer pour miracles , Le libéral monsieur Tubeuf Leur fit voir un balet tout neuf.

Qui n'avoit qu'un récit crotesque , Mais si boufon et si burlesque

s* Que, vray comme je vous le dy, CKacun en fut tout ébaudy.

Le sujet de la mascarade , Qui plût grandement d'abordade, Et dont Beaubrun, peintre d'honneur,

90 Etoit , dit-on , l'entrepreneur, Fut que l'infante Baguenaude , D'esprit niais , d'humeur badaude , Acceptoit gracieuzemant Badelory pour son amant ;

9$ Là leurs nopces se célébrèrent , Les jeux de cartes s'y trouvèrent , Trèfle , Pique , Cœur et Careau , Qui dansèrent un air nouveau ; cKaque danseur ou personnage

100 De bien caprioler fit rage.

Enfin , mainte personne a ry Dudit seigneur Badelory, Et j'ay sceu de la voix publique Que ce balet badelorique

io( Donna du divertissement Assez badeloriquement.

Enfin , après tant de délices , De plaizirs , d'ébats , d'exercices , De passe-temps , de jeux, de ris,

LK MUZ* HJ3TORKLUE. — JuOlQt l6j}.

o La C*ur s'ea revint à Paris Une heure ou deux avant Paume, Où de prézent elle est encore.

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Beaumont, que le sangliet blessa, Depuis quatorze jours en ça, De pluzieurs cruelles morsures, Se porte mieux de ses blessures.

Mais , à propos de ce sanglier, QuelquesHins, pour m'humiKer, Se sont raillez de ma Muzette, Qui ne dit rien dans la Gazette Du brave monsieur Saint- Agnan, Plus preux qu'un héros de roman , Lequel fit une large playe A cette furibonde lave, Et l'ût occize tout d'un train , N'ètoit qu'il vid le Souverain N'avoir pour l'heure aucune envie Qu'on abrégeât si-tôt sa vie.

Ceux qui le cas m'ont récité Me turent cette vérité.

Mais cjuoy ? cet injuste silance Ne fait nul tort à sa vaillance :

Il a bien employé son bras En de plus importons combats; En maint hazard , guerre et pcofûce, Il a si bien servy son Prince, Il a si bien servy l'Etat, Et ses vertus ont tant d'èdat , Que son beau nom ny sa ménwir Ne manqueront jamais de gMn.

Jeudy dernier, monsieur d'Anror (Mais je ne sçay pas bienpourqooy), Avec des gens six-vingts et douze, Enleva d'icy son épouze Pour la mener tout droit, dit-on , Au fin-fond du climat Breton.

Quoy aue toute femme prudante Doive être au mary complaizante , On dit que celle-cy, pourtant, Pleurant, soupirant, lamentant Et s'égratignant le vizage, Fait à regret ce long voyage.

Mais quoy? la femme, jour et naît, Fait pour rien souvent plus de fanât Que cinq ou six tambours de basque; Son humeur altiére et fantasque Contrarie autant qu'elle peut, Et ne veut jamais ce qu'on veut.

Il en est toutefois de sages, Et qui sous d'aimables vizages , Aimez et respectez de tous,

Juillet 1655. — Livre IV. Lettre XXIV.

Ont des esprits soumis et doux

Qui pouroient charnier des barbares ;

Mais ces personnes-là sont rares.

165 D'ailleurs, à parler bonnement, Je ne condamne aucunement Ny la tristesse ny les larmes De la dame qu'à force d'armes On transporte en pals lointain :

170 Car, comme je suis incertain Si l'on l'enlève avec justice Ou si c'est par un pur caprice, C'est agir en homme de l>ien Que de n'en déterminer rien.

17J Hier, je portay ma teste en Grève ,

De sorte qu'avant que j'achève

Cette versification,

Il faut faire un peu mention

De son très-beau feu d'artifice, i8o Bien plus joyeux et plus propice

Que l'autre feu de l'an passe ,

Dont on se fût fort bien passé.

L'on fit dedans l'H6tel-de-Ville

Réception grande et civile itj Au Roy, lequel avec sa Cour

S'y rendit vers la fin du jour.

Après lé souper magnifique.

Il eut comédie et muzique;

Ensuite dequoy, parmy l'air, «90 Quoy qu'il fît encor un peu clair,

On vid mainte ardante fuzée,

Prenant une haute vizée,

S'élever vers le Zodiac,

Puis, retombant, foire crac! crac!

m Après, le château d'artifice

Fit gaillardement son ofice:

Saucissons, serpenteaux, pétards,

Bruyoient illec de toutes parts ;

Pièces moyennes et bâtardes ,

mo Boêtes, canons, grosses bombardes, Trompettes, tambours et clairons, Qui donnent du cœur aux poltrons , Faizoient un concert éfroyable , Et toutefois fort agréable.

aoj J'ay déjà dit que j^êtois-là; Ainsi donc je vis tout cela Bien assis et bien à mon aize , Payant des sols nonante-et-saize,

1 10 Pour une fenêtre et tapis Sur laquelle je me tapis.

Après avoir vu ces spectacles Sans embaras et sans obstacles, Sans faire autrement le longis, Je revins soudain au logis , 31$ Où je soupay d'une aumelette; Puis je commençay la Gazette, D'un stile qui n'est pas trop fin , Dont, Dieu-mercy! voky la fin.

Le cinq de juillet, cet ouvrage s» Fut fait en burlesque langage.

Apostille.

Dés jeudy, le bruit a couru Qu'enfin l'Espagnol a para Avec grande flote navale; C'est à vous , Vendôme et Candale , De maintenant si bien agir Que rien ne vous fasse rougir.

CEassez cette flote importune , Ou dans l'empire de Neptune Métez-là c'en-dessus-destous; La France atend cela de vous.

La Muzb historique. —Juillet 165).

LETTRE VINT-CINQUIÉME

Du [samedi] 12 Juillet.

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