‹ La muze historique;Chapitre 155 sur 221 · AMPLE · texte numérisé non relu

AMPLE

Aujourd'huy j'ay plus de matière Qu'il n'en faut pour la feuille entière : Belle Princesse, excuzez donc Si le compliment n'est pas long.

5 Comme la Reine est assez bonne Pour obliger mainte personne, Elle fut , un de ces matins, En l'églize des Bernardins :

La princesse aimable et tres-chére

10 Dont monsieur de Chévreuze est père Fut sacrée abbesse en ce lieu, A la grande gloire de Dieu; On 7 dit mainte litanie , Et, certes, la cérémonie

î* Tous les cœurs grandement toucha ; L'abbé de Tonnerre y prêcha De fort bonne et beDe manière:

C'ètoit sa harangue première , Et pourtant , de plusieurs je sçay

*o Qu'on admira son coup-d'essay.

La Reine , qui n'est jamais lasse •(Quoy qu'elle soit tant soit peu grasse) D'aller viziter les saints lieux Pour y prier le Dieu des Dieux,

1$ Ayant donc oûy messe et matines , Fut à vespres aux Capucines Avec Monsieur, le cher puîné De Sire Louis-Dieu-donné.

Après que l'on eut fait l'ofice ,

jo Autrement le divin service , Elle vid en sombres atours La triste dame de Nemours Et se condolut avec elle Sur son afliction cruelle,

h Dont la Princesse, sagement, Luy fit humble remerciment.

Ensuite, son aimable aînée, Mignonne tout-à-fait bien née,

Sui d'apas est un cher trézor, âis qui n'a que sept ans encor,

D'un langage libre et sans çeine Fit son compliment à la Reine, Demandant sa protection Avec tant de discrétion

4$ Que (sans feinte et sans flaterie) La Reine en fut toute atendrie :

Car elle fit ce compliment Si doucement, si joliment, Qu'on eût dit , oyant cette belle,

50 Que les Grâces parloientpar elle.

Comme n'étant point sur les lieux, Ny mes oreilles , ny mes jeux N'en peuvent rendre témoignage; Mais ce fut une dame sage,

$s Et pleine de sens et d'esprit, Qui ladite histoire m'aprit.

Dans mes tablettes je rencontre Que l'autre jour, illec, tout contre, On fit une translation

60 Avéque vénération,

Pluzieurs tenans en main un cierge, De cette image de la Vierge Qui fit des miracles divins L'an passé prés les Capucins;

*s On la mit dans une chapelle Expressément faite pour elle; Un grand peuple , illec , on nombn , Monsieur le Nonce y célébra, La Cour s'j trouva belle et leste:

70 On peut s'imaginer le reste.

Mais, à propos, je me souvien D'un autre acte vrayment chrestien.

J'écrivis dans ma pénultième ?

En juin, le jour vingt-et-huitiéme,

75 Qu'à Mets un couple d'Alemans, Hérétiques et garnemans, A voient outre-percé, sans crainte, Un portrait delà Vierge sainte , De aeux grands coups de pistolet,

80 Lesquels lurent pris au colet,

Juillet 1655. — Livre IV. Lettre XXV. • 38$

Nous avions quelquefois castille;

Et conduits en prizon obscure Pour châtier leur forfaiture , Dont tous-deux se sont repentis , Et, s'ètans tous-deux convertis,

85 Ont joint à leur récipiscence Les larmes et la pénitence.

Mais, pour réparer envers Dieu L'oferice qu'en iceluy lieu Lesdits Alemans ont commize ,

90 Non seulement les gens-d'églize, La noblesse et milice , mais Tous les catholiaues de Mets, Au nombre de plus de six mille , Et , bref, tous les Corps de la ville,

95 Avec grande dévotion Firent une procession Si générale et solennelle, Si modeste et mesme si belle, Que les plus enclins aux péchez

1 00 En étoient émus et touchez.

Monsieur de Schonberg et Madame, Qu'un saint amour toujours enflârae , Parurent-là selon leur rang , Chacun avec un cierge blanc ,

ioj Lequel beau luminaire , ou cierge, Ils prézentérent à la Vierge , Ce que fit aussi le clergé , Etant en bel ordre rangé.

Mais, pour n'oublier point la suite,

1 10 Vous aprendrez qu'un jézûhe Atourné comme un criminel , Requit en ce jour solennel Pardon à la Vierge adorable , Et luy fit amande honorable.

1 1 f Propnanes cœurs ! gens dépravez! % Qui jamais de respec n'avez Pour saint, pour sainte, ny pour temple, Que cecy vous serve d'exemple!

Madame de Pr&iain , mardy , 1*0 Quelques momens après midy , Laissant mon ame dézolée, Vers Champagne prit sa volée.

Depuis ce temps je n'ay dormy , Ny bû, ny mangé qu'à demy, t *s Tant son départ me tarabuste ; Mais la cauze m'en semble juste , Car, quand elle êtoit en ces lieux Mes Gazettes en valoient mieux.

Elle me dizoit des nouvelles , 1 so Et souvent à mes bagatelles (Comme ayant un esprit de cour) Elle donnoit un joly tour. Soit qu'elle fut ou femme , ou fille ,

in Mais, malgré rigueur ou dédain .

Nous nous Raccommodions soudain.

Icelle, donc, étant absente,

Il ne se peut que je ne sente

Au cœur un déplaizir amer , 140 Moi qui fais gloire de l'amer.

0 vous , amis francs et fidelles .

Sui, pour aprendre des nouvelles, Dez en maint et maint bon lieu , Faites-m'en part , au nom de Dieu !

145 Envoyez-moy de bons mémoires , Des billets et des répertoires Exacts , corrects, mtelligens , Et vous serez de bonnes gens.

Le courageux Plessis-Béliére ,

150 Depuis son action dernière, Pour ne pas agir à demy , A pris Ampoulsur l'ennemy, Et le chevalier d'Aubeterre, Homme fort expert à la guerre ,

1$$ Ayant , par dessein ou hazard , Rencontré monsieur Baltazar, Le mal-traita si fort qu'ensuite Luy et ses gens prirent la fuite , Excepté trois cens trente-six ,

160 Qui sur le champ furent occis.

Messieurs de Vendôme et Candale , Supôts de la grandeur royale , Dans le territoire Gascon Ont repris Bourg, et tout-de-bon

i6j Je croy , si la chance ne tourne , Qu'ils reprendront bien-tôt Libourne, Dont pluzieurs sont plus étonnez Que s'ils avoient trois pies de nez.

Ainsi Bordeaux, ville si belle ,

170 Pour n'avoir pas été fidelle A son aimable et jeune Roy, Va tomber en grand dézaroy.

Espagnols et Crommuëlistes, Que vous ont donc fait les Ormistes ,

17$ Qui vous tendoient à tout moment Les bras si cordialement ?

Pourquov raillez-vous des mizéres De tant ae prétendus confrères t Ingrats! cruels! auoy! lairez-vous

180 Périr ces mizérables fous, Dont par vos promesses frivoles Vous étiez les chères idoles!

O Bordelois! pauvres démons!

Qui faiziez tant les Rodomons

1S5 Bourgeois, jurats , serpens , vipères ,

La Muze historiée. — Juillet 165 j.

Dignes des célestes colères, Gens factieux en cramoizy, Une autrefois fiez-vous-y !

Un des jours de cette semeine,

190 Le vaillant monsieur de Tureine Ayant campé devant Rhetel , Son progrez ou bon-heur Ait tel Que, sans stratagème ou fallace, lia reconquis cette place,

191 Malgré ses ramparts et ses tours, En moins de trois ou quatre jours.

Tant de succez si favorables

Me sont tellement agréables Que, si j'avois plus de loizir,

200 Je m'ètendrois avec plaizir Sur de si charmantes nouvelles, Qui ne sont pas des bagatelles :

Mais, nonobstant ma volonté, J'ay pris un temps si limité

20s Lorsque j'ay commencé d'écrire, Que c'est tout ce que j'en puis dut.

Monsieur de Maizons, avant hier, Quoy que prézident au mortier, Eut ordre de faire retraite,

no Laquelle retraite il a faite :

Car. obéissant promptement Auah ordre ou commandement, Il partit en fort bonne conche Pour aller demeurer à Conche ;

ai) Et pluzieurs gens m'ont raporté Qu'avec tant de sérénité llreceut le susdit message Qu'il ne changea point de vizage.

Un commandeur de Malte écrit , »ao Soit pour égayer son esprit , Ou soit que la choze soit telle , Une assez bizare nouvelle :

Il dit que sur les bords du Nil (Repaire de maint crocodil) 115 Certain enfant a pris naissance De prodigieuze prestance ;

Il est excessivement banc, Ayant six pies plus qu'il oc faut Pour être de taille commune,

i)o Et sa teste, soit blonde ou brune, A du moins trois pies de longueur, Où (si le conte n'est moqueur) Parott, d'une étrange manière, Une corne ou pointe au derrière;

su Le reste du corps est fort beau, Hors-mis que cet enfant nouveau, Qui n'est pas chrétien , mais etnkjue, N*a qu'une pauvre jambe unique, Qui ne ressemble pas trop mal

240 A celle, dit-on, d'un cheval.

Très-belle est madame sa mère , Mais pas-un ne se dit son père, Et, pour pousser la choze à bout, On ait qu'il n'ai a point du tout;

m$ De plus, n'ayant que très-peu d'âge, Sçavoir un mois, non davantage, Il a rendu fort ébahis Tous les pédans de son pais :

Parlant du ciel, nôtre couvercle,

ajo De la quadrature du cerde, De la nature des démons, Desbestes, des plantes, des monts, Du destin fatal ou fortune, Des taches <joi sont dans la hme,

a$y Bref, des vices et des vertus, Il fait tout le monde y ictus.

Cecy n'est pas évangélique, Mais c'est un discours chimérique Qui depuis trois ou quatre jours

260 En divers lieux a pris son cous; » Et, pour bien parler de ce conte, Par-ma-foy, je n'en fay nul conte.

Princesse, je suis harassé, Je sens que j'ay l'esprit lassé.

16$ Permétez-donc que je fasse habe Après ce beau conte de Mahe.

Fait au mois de juillet, le douze, En mangeant une talemouze.

Juillet i65j. — Livre IV. Lettre XXVI.

LETTRE VINGT-SIXIÈME

Du [samedi] 19 Juillet.

ENTRELASSÉE.

Princesse, avant que commencer, Il fout icy vous anoncer Que je ne voy sur mes mémoires Aucunes plaçantes histoires, s Mais celle du temps simplement, Dont je m'en vais ingénuément, En bon et sincère langage, Vous tracer la naïve image.

D'Oleron l'évesque et pasteur, 10 Et de Dieu fort grand serviteur, De cœur doux et d'esprit afable, Pieux, aumônier, charitable, Est mort depuis un mois en ça, Et certes, quand il trépassa, ij Des gens plus de trois cens et seize Pleurèrent dans son diocéae.

Monsieur d'Ambrun, encore un coup, Prélat qu'on estime beaucoup, Le dernier de l'autre semaine,

jo De par le Roy, de par la Reine, Partit pour aller voir Gaston Et pour l'assurer, ce dit-on, D\me bienveillance sincère Tant des Enfans que de la Mère.

m Encor qu'il soit assez discret Pour n'avoir pas dit son secret , Je croy pourtant que le voyage Dudit excélent personnage Se peut, sans répréhention,

$0 Nommer négociation.

Monsieur l'évesque de SenUs, Dans la propre maizon des lis (La maizon des lis, c'est-à-dire La maizon du Roy nôtre sire), m Quoy qu'il parte alaigre et sain, Tomba mort en un tourne-main, Dont tous ceux qui là se trouvèrent Excessivement s'éfrayérent.

Comme il êtoit un peu replet , 40 Et sexagénaire complet, On tient que ce décez tragique Luy vint d'un mal apopléxique.

Aprenez de cecy, mortels!

Que les coups ae la Mort sont tels

Que mesme au pais des couronnes Ils n'ê

l'épargnent nulles personnes.

Certes, des trépas si soudains Devroient mieux toucher les mondains Où le vice et l'orgueil abonde 50 Que les plus beaux sermons du monde.

Les Seigneurs des Treize Cantons,

Ces fidelles colintampons,

Veulent, dit-on, avec la France

Renouveler leur aliance, n Quelques-uns l'ayans déjà fait,

Dont l'Etat est trés-satislait,

Car cette nation sincère

Est plus que jamais nécessaire

Pour opozer en bel-aroy fc> A ceux qui font la guerre au Rpy.

Le Roy partit en diligence ,

Acompagné de l'Eminence

Et de la pluspart de sa Cour,

De ce mois le seizième jour.

6) Il s'en va passer vers la Fére

Pour acommoder quelque afaire;

Mais il n'y séjournera pas,

Car il dresse de-là ses pas,

A ce que dit la Rénommée, 70 Podr voir sa belle et grande armée.

S'il croyoit son cœur martial,

On le verroit sur un cheval,

Au milieu des troupes guerrières,

Des campagnes toutes entières:

75 Mais le sage et prudent Conseil

De ce Monarque sans-pareil

Essaye à modérer sans cesse

)&8 LA ftfUZB HISTORIQUE,

Cette noble ardeur de jeunesse x Et Ton espère son retour 80 Pour le moins au quinzième jour.

VJ

La Reine est en ce lieu restée, Qui ne petft être mieux postée Qu'à Paris, un des plus beaux lieux Qui soit sous la voûte des deux ; 8s Et, de plus, avec elle y reste Monsieur, ce prince aimable et leste, Et que les beaux yeux de la Cour Ne regardent qu'avec amour.

Ce mesme jour, la mesme Reine, 90 Quoy qu'il fit fort chaud, prit la peine

(Et tout plein de dames aussy,

Que je ne nomme pas icy,

Quoy que dames de grands mérites)

D'aller aux grandes Carmélites,

NAtre-Dame du Mont-Carmel

Rendant ce jour-là solennel.

Un bon Père de l'Oratoire ,

Excèlent en l'art oratoire,

Y prêcha, dit-on , comme il faut,

Et ce fut le Père Sénaut.

[me J'ay sceu d'un certain honnête hom-

Que, le seize de juin, à Rome,

Monsieur Maféo Barberin,

Qui , pour posséder maint florin , a

D'un trés-nche homme est la copie ,

Epouza madame Olimpie,

Fille , ayant un bien infini ,

Du prince Justiniani,

Et oe par son père ou sa mère

La nièce de nôtre Saint-Père.

Cet illustre hymen s'acomplit,

Depuis l'autel jusques au lit,

Avec grande cérémonie ,

Et mesme avec joye infinie.

Tous les cardinaux mesmement

En eurent du contentement,

Horsmis ceux du party d'Espagne,

Qui sortirent à la campagne

Remplis d'un dépit intestin, 20 Et ne furent point du festin.

Saubeuf, selon la voix publique, A fait mainte action bellique Prés la ville de Périgueux.

Ce général, un peu fougueux, L'ayant tout autour investie , Ou pour le moins une partie, Venant à bout de son projet,

IOJ

Page 1