‹ La muze historique;Chapitre 156 sur 221 · IS · texte numérisé non relu

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— Juillet 165).

La Gazette aura grand sujet De le bien placer dans l'Histoire; Mais faut atendre sa victoire, Et, s'il fait l'ennemy bouquer, Le laurier ne luy peut manquer.

Les peuples de l'Andalouzie Ont de frayeur Pâme saizie, A cauze que les Portugais., Devenus plus prompts et plus gais Par leurs précèdens avantages , Font déjà sur eux des pillages, Et les ont nuit et jour à dos, Ayans assiégé Bajados, Place belle, forte et guerrière, Qui leur sert, dit-on, de frontière; Mais ce bruit, dans Paris semé, N'est pas encor bien confirmé.

Pour l'Angleterre et la Holande, Chacune la paix se demande; D'autres dizent que leur débat Requiert encor quelque combat, Et qu'ensuite chaque aversaire Verra ce qu'il luy faudra faire.

Pour les Holandois, je les plains, Car des malicieux humains Ont semé tant de zizanies Parmy ces Provinces-Unies Qu'on croid que leur dhriaoo Cauzera leur perdition.

Les Flamans„ou peuple Bdghpe, Et mesme aussi la Germanique, Sont bien las du tracas de Mars, Et murmurent de toutes parts Contre ceux-là qui dans leur tare Entretiennent discortle et guère.

On dit qu'aussi les Catalans, Qui sont de terribles galans , Ayans pour l'Espagnole engeance Toujours dédain et répugnance, Ont en pluzieurs lieux et maisons Coupé la gorçe aux garnizons:

De sorte que leur grande armée, Qui devoit secourir l'Ormée, Barcelone en ayant bezoin, Ne l'assistera que de loin.

La grande cité Bordeloize, Plus grande dix fois que Pontoire, Trempe à prézent un peu son vin.

Elle a consulté le dèvm,

Juillet 165J. — Livre IV. Lettre XXVII.

Qui dit qu'en vain elle recule , Et au'avant que la canicule Ait finy son cours enflambé , ite II faut qu'elle vienne à jubé.

On dit que Pévesque de Xaintes , Dont les intentions sont saintes , Traite d'un pardon général Pour ce peuple fier et brutal.

:8* Certes, leur ofense est extrême Vers celuy qui du diadème Est juste et digne possesseur ; Mais la clémence et la douceur De son grand et royal courage

19e L'est extrêmement davantage.

Princesse, qui lizez cecy Et qu'on atena bien-tôt icy, Sçachez qu'en ces rymes nouvelles, Oui sont assez bonnes et belles

195 (Car plus de trente gens-de-bien Dizent que je ryme assez bien), Je consacre à cette sagesse Dont vôtre belle ame est hôtesse , Aujourd'huy, qu'il est samedy,

aoo Ce que j'ay sceu depuis lundy.

Recevez ces fruits de ma veine En atendant l'autre semeine.

Fait par moy, poète assez douillet , Le dix-neuf du mois de juillet.

LETTRE VINGT-SEPTIÈME

Du [samedi] 26 Juillet.

COLLIGÉE.

Mon illustre et belle Princesse , On m'avoit dit que Vôtre Altesse Avoit conceu quelque soucy De revenir bien-tôt icy ; s Mais, fausse étant* cette nouvelle, Je vais, 6 charmante pucelle !

Dont les cheveux sont de fin or, A Rouen -vous écrire encor.

La noble comtesse de Suze, 10 Qui fait des vers mieux qu'une Muze, Dame de grande extraction* Fit, dimanche, abjuration (Après que l'on l'eut bien instruite) Des erreurs qui l'avoient séduite, n Quand jadis son esprit divin Uzoit défunt maître Calvin, Outre qu'elle avoit dés l'enfonce Toujours suivy cette croyance.

Ce ne fut moine ny cure jo (De cela j'en suis asseuré) Qui receut une ame si belle En sa profession nouvelle, My nul docteur, en vérité, De la dame Université;

ij Mais je vous dis et vous annonce

Que ce fut monseigneur le Nonce.

L'endroit, si j'ay bien retenu ,

Où ledit cas est avenu,

Et que j'ay mis sur mes tablettes, *o Ce tut réçlize des Bilkttes.

La Reine îllec se transporta ,

Et de tout son cœur assista

A cette action solennelle.

La cérémonie y fut belle.

m La Reine et le frère du Roy,

Trés-charmant prince, par ma-foy,

Menèrent en grande allégresse

Jusqu'à l'autel cette comtesse.

Pluzieurs gens , en ce sacré lieu , 40 En rendirent grâces à Dieu ;

Quantité de cœurs s'atendrirent,

Et les anges se réjouirent

De voir en un état meilleur

Un esprit beau comme le leur.

4$ Le second fils de ce sage homme Que monsieur de Méliand on nomme.

Environ six jours il y a, .

Mal-heureuzement se noya.

390 La Muze historiqp*

Il vouloit par simplesse extresnie (o Gouverner un bateau luy-mesme;

Mais , un autre choquant le sien

Et luy ne se tenant pas bien ,

D'une assez étrange manière

I) tomba dedans la rivière , to$

s s Sans qu'au fonds, ny rives, ny bords,

On ait pu retrouver son corps ,

Quoy qu'avec crocs, bâtons et perches,

On en ait fait maintes recherches.

O dieux ! qu'on est prés de la mort 60 Quand il plaît à monsieur le Sort !

Certainement cette avanture

Etonne toute créature ,

Et quand on me la raconta,

Le cœur me fit cent fois ta , ta.

* $ Mais, grands Dieux du Ciel ! que de-

Oyant que madame Cominge, (vins-je

Nonobstant ses rares appas,

Avoit pensé passer le pas !

Après douleur, peine et tranchée, 70 D'une fille étant acouchée ,

Une ôcheuze infirmité

Avoit ataqué sa santé ;

Une fièvre ardente et cruelle

Avoit décoloré la belle 7$ Et diminué de tout point

Sa fraîcheur et son en-bon-point;

Les agrémens de son vizage

Avoient suspendu leur uzage ;

Ses yeux, si doux et si rians, 8e Etoyent beaucoup moins atrayans;

Amour languissoh auprès d'elle.

Mais enfin, pour bonne nouvelle,

On m'a dit, dont j'en suis joyeux,

Qu'elle se porte à prézent mieux ; * sj Que cette dame sans-pareille

Reprénoit sa couleur vermeille;

Que ses yeux êtoient plus brillans ,

Ses regards plus étincelans,

Sa belle gorge et mains grassettes 90 Plus charmantes et plus doucettes,

Et, bref, que toute sa beauté

Revenoit avec sa santé.

Monsieur de Vendôme et d'Estrade Ayans, par mainte canonnade,

0$ Le mur de Libourne percé, L'ennemy, se voyant pressé, Demanda très-humblement grâce, Capitula, rendit la place , Qu'on avoit réduite aux abois,

100 Etla pluspart des Irlandois,

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r — Juillet 165).

De long-temps n'ayans mangé sapa, Se retirèrent dans nos troupes.

Bien par de-ià le Roussilloo , Nous avons repris Castilton, Grâces au sieur Plessis-Beltiére, Qui d'une si belle manière Cette forte place ataqua, Qu'enfin l'Espagnol, qui bouqua Après quelque honte subie, Se sauva vers Fontarabie.

On m'a fait voir dans un journal Qu'Antoine, ce grand cardinal, A perdu tout son équipage , Sçavoir cofres, meubles, bagage , Hommes, carosses et chevaux :

Car, comme il traversoit les eaux De la mer Méditerranée, De Turcs une troupe damnée Les assaillit un beau matin , Et de tout fit un grand butin.

Ceux qui cauzérent cette perte Etoient corsaires de Bizerte, Mais qui ne firent aucun mal A mondit sieur le cardinal (Ses amis n'en soient point en peines): Car une galère de Gènes En sûreté le voitura, Du susdit danger le tira , Et ne soufrit aucun dommage Que celuy de son équipage.

J'apris jeudy d'un postilkm Que madame de ChâtiUon (De tant de cœurs la chère idole) Avoit la petite vérole.

Hâ! que 1e plaindrais son destin Si ce mal hideux et mutin Laissoit quelques marques en eDe De sa férocité cruelle !

Dieux ! que de chagrins infinis Si ses atraits en sont ternis Et si les traits de son vizage En reçoivent quelque dommage!

Carenfin, avant ce mal-là, On pouvoit maintenir cela Qu'elle avoit l'air et contenance D'une des plus belles de France.

De Bordeaux on nous mande fcy Que les Pères de la Mercy, Du moins les principaux de l'Ordre, Allèrent en assez bel ordre

Juillet 1653. — Livre IV. Lettre XXVII.

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Trouver le prince de Conty, Le second grand de son party, Et luy firent, en nôtre langue , A peu prés semblable harangue :

« Prince , qui paraissez si doux , Helas! ayez pitié de nous Et mesmes de toute la ville ; Renvoyez le sieur Bateville , Car nous jugeons plus à propos, Pour le bien et commun repos , Et par motif de conscience, D'implorer du Roy la clémence Que d'aucun secours étranger, Lequel nous feroit enrager,

ié) Et, par son pouvoir tiranique, Crohroit la mizére publique. »

C'est ainsi qu'en sondant le gué, Par ces cens-là fut harangue.

Lors on leur répondit : « Mes Pérès,

170 Ce ne sont pas-là vos afaires ; Vos discours ne sont que du vent.

Retournez en vôtre convent. »

Le lendemain, toute troublée, La Ville fist une assemblée Dedans la Maison des marchands, Et, n'ètans plus guéres médians, Tous les plus gros bourgeois s'unirent, Et, s'unissans, hautement dirent Qu'ils ne vouloient aucun secours ,

80 Et que tout le but et recours De leur ville, presque investie, Etoit d'espérer l'amnistie.

Lors monsieur de Fiesque survint, Qui le discours suivant leur tint :

8$ «Peuple inconstant! âmes de roche!

Hé quov ! le secours est si proche , Il n'a plus à faire qu'un pas, Et vous ne le recevriez pas!

Par mon esprit, mes soins, mes brigues,

ijo Je vous amène des Rodrigues, Des dotn-Pédres , des dom-Fernands ,

Des Radagas , des Ferdinands , Maint Aragonois nommé Sanche , Plus de cent Guichots de la Manche,

195 Des Furtados, des Cortados, Des Scarababombillardos, Bref, une flote qui fourmille Des plus braves de la Castille , Gens à tout tuer et brizer;

aoo Et vous voudriez les refuzer!

Vous avez tort, ou Diou-me-sauve !

Messieurs , l'Ocazion est chauve ; Ces gens viennent pour vôtre bien , Servez-vous-en , vous ferez bien. »

*>s La harangue estoit belle et bonne , Mais elle ne toucha personne, Et le peuple, plus que jamais, Cria : « La Paix! la Paix! la Paix! »

Le Roy, de belle et riche taille,

a 10 A vu son armée en bataille; De ses yeux il la parcourut.

Tel spectacle beau luy parut; D'ailleurs, sa face tres-aimée Charma cette brillante armée.

215 Ils avoient pareils sentimens, Et l'on oyoït à tous momens Aux discours , tant du Roy que d'elle : « Dieux ! qu'u est beau ! Dieux ! qu'elle [est belle! »

D'autant que j'avois par hazard a» Commencé ces vers un peu tard, Sçachez, ma trés-noble Princesse, Que j'ètois en grande détresse.

J'ay perdu repos et repas, Ayant peur de n'achever pas 22s Aujourd'huy ma pauvre Gazette; Mais, Dieu-mercy, la voilà faite.

Fait, tant debout, couché, qu'assis, En juillet, le jourvingt-et-six.

LA MUZB HISTORIQJIE. — AOUSt 165}.

LETTRE VINGT-HUITIÈME

Du [samedi] 2 Aoust.

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