ENGAGEANTE
L'imprévue et soudaine mort D'un jeune amy que i'aimois fort, Et qui, certes, vaut tien la peine D'être plaint plus d'une semaine,
5 D'un triste et douloureux cyprès Me serre le cœur de si prés Et m'acable de telle sorte Que ma Muze en est comme morte.
Cela m'aflige au dernier point ,
10 Et, si je ne réussis point En faizant l'Epttre prézente, Pour avoir Pâme trop dolente A cauze d'un si grand malheur, Princesse, excuzez ma douleur.
1 $ Jamais on ne vid gens si tristes Que sont à prézent les Ormistes.
Ces barbares, cesviolens, Ces dénaturez insolens Sont tout-à-fait chagrins et mornes
20 Etn'ozent plus lever les cornes; Tous leurs oficiers sont cassez, Leurs soldats banis et chassez ; Chacun comme il peut se dérobe , Et leurs messieurs de longue-robe,
25 Leurs Fayards,Raimonds, Espagnets, Sont penauds comme des benêts, Le seigneur Trancas tout de mesme , Et mesmement monsieur Alesme.
D'autre-part, les bons Bordelois ,
îo Amateurs des rois et des loix, Après une longue tempeste, Commencent à lever la creste Et se dire avec liberté Serviteurs de Sa Majesté.
î$ Les prédicateurs, dans leur chaize, Prônent maintenant tout à Paize L'honneur, obéissance et foy Que les sujets doivent au Roy, Et que la révolte est un crime
40 Mahgnissime, atrodssime.
Sur toui , en ce rencontre icy, Les bons Pérès de la Mercy,
Avec des ferveurs non-pareilles Ont prêché, dit-on, à merveilles,
4 s Et converty pluzieurs Gascons Qui valoient pis que Lestrigons.
On void maintenant à la Bourse ' (Des mutins jadis la ressourse), Comme un ornement tout nouveau,
50 Du Roy le trionfant tableau.
On a mis , détestant la guerre, Les étandars rouges parterre; On porte illec , en tout quartier, Aux chapeaux des brins de papier;
n Les mignonnes, les damoizeues Et les plus charmantes pucelles , Faizans pour la paix milk voeux, Parent leur sein et leurs cheveux De rubans blancs en abondance ,
60 En mémoire du Roy de France , Qu'elles recoimoissent vainqueur Et des mutins et de leur cœur; Enfin , on traite , on capitule , Et, devant que la canicule
6j (Comme je dis un de ces jours) Ait tout-à-fait finy son cours , La grande ville Bordeloize Sera ville toute Françoize.
L'action de monsieur d'Auroy 70 A semblé si peu juste au Roy Quand il fit enlever sa femme , Et si hautement on le blâme De ce qu'avec sévérité Il la prive de liberté, 75 Qu'un exempt , dés l'autre semaine De par le Roy, de par la Reine, Alla , dit-on, luy commander De ne la plus tant gourmander ; Mais luy, bien loin de le promettre, 80 D'aquiécer, de se soûmétre , Et mesmes filer un peu doux, Mal-traha l'exempt en couroux ,