Maison de Ville
Aoust 165$.-*- Livre IV. Lettre XXVIII.
Dont il en a fait doléance ; Etpluzieurs ont cette croyance 8f Qu il ne sera pas bon marchand D'avoir ainsi fait le méchant.
Le valeureux Plessis-Belliére , Poursuivant toujours sa cariére, Selon un mémoire que j'ay, 90 A, dit-on, Gironne assiégé.
On tient au'ils sont en cette ville Des gens au moins quatre ou cinq mille, Qui, craignans pour leurs pauvres corps, Voudraient bien en être dehors.
o< Bref, dans toute la Catalogne , Les Castillans à jaune trogne N'ont pas sujet, grâces aux Dieux, De faire trop les glorieux ; Et, sans les rebelles de France, 100 Ils souhaiteraient, d'assurance, Par traitez et non par combats, Métré fin à tous nos débats , Dont s'ensuivroit en fin finale Une bonne paix générale.
'oj J'ay sceu depuis quatre ou cinq jours Qu'en la grande églize de Tours Pliizieurs gens dévots à la Vierge , Ayans prézenté quelque cierge Et dit ae saintes oraizons,
no A voient receu des guérizons (Leurs langueurs étant périlleuzes) Qui passoient pour miraculeuzes :
Si bien que depuis quelques jours Le peuple, avec un grand concours,
"$ Y venoit dire maint sufrage Devant la vénérable image De llieureuze Mère de Dieu , Qu'on honore fort en ce lieu.
On m'a dit que ceux du Chapitre
» Et celuy qui porte la mitre Etaient sur ce point en débat Jusqu'à faire quelque sabat.
Chacun d'eux dit que sans obstacles, A l'éfgard des susdits miracles ,
ni Ils doivent par procez-verbaux Décider s'ils sont vrais ou faux.
Le Prélat croid en conscience Qu'on luy doit cette déférence ; D'autre-part, le Chapitre tient
130 Que ce droit-là leur apartient.
Ce droit est assez d'importance Pour être mis dans la balance ; Mais quelqu'un m'a dit aujourd'huy Qu'ils se régleront sur autruy,
ijj Et que ce diférend notable Se vuideroit à l'amiable.
Louis quatorzième, nôtre Roy, Ayant Jules auprès de soy, Après avoir vu son armée
140 Belle , grande et bien animée , Et fait mesme en ce camp royal Des fonctions de général, Après qu'au milieu de la plaine Le brave monsieur de Tureine
145 Et maréchal de la Ferté Lurent splendidement traité, Il revint a'une traite habile , Jeudy dernier, en cette ville.
Par un doux et tendre projet,
in La Reine alla jusqu'au Bourget Donner à ce jeune monarque Une belle et ridelle marque De sa joye et de son amour Au point de son heureux retour.
t fo Monsieur fit aussi ce voyage, Et, dés qu'il eut vu son vizage , Le Roy, dans le mesme moment , L'embrassa cordialement.
De Gaston la première fille
160 Fut l'autre-jour voir à la grille , Dans son monastère ou maizon , L'aimable Mère Loûizon, Qui fut de la Royale Altesse Jadis l'agréable maîtresse,
i«$ Elle luy fit de l'amitié Et témoigna quelque pitié De voir iUec si retirée Cette belle claquemurée.
Elle eut un cuneux soucy
170 De voir son cher enfant aussy, Et, le voyant, cette princesse Sentit pour luy quelaue tendresse , De bons pois sucrez luy donna , Avec elle à Blois l'emmena ,
17$ Et l'on dit mesmes qu'elle espère Prier si bien monsieur son père , Qu'il avouera ce beau garçon Pour un enfant de sa façon.
Entre nos braves volontaires , 180 Quelquefois un peu téméraires, Le sieur chevalier de Rohan , En son dix-neuf ou vingtième an , A montré tant de hardiesse, Tant d'ardeur et tant de prouesse r isj Et s'est si fort en danger mis*
En combatant les ennemis,
Qu'on tient par tout fort bon langage
De son grand et gentil courage ;
Et, comme la France a bezoin 190 D'extirper ou chasser bien lofai
Cette quantité d'aversaires
Qui sont à la paix si contraires,
Je voudrois que ce jeune Mars,
Qui méprize ainsi les bazars, 195 En ce temps de guerre où nous sommes *>$
Domptât et vainquit autant d'hommes
. — Aoust 165J.
Que sa mère , au teint gracieux, En a vaincu par ses beaux yeux.
Princesse , ornement de Neustrie, La Muze à jointes mains vous prie, Si ces vers ne sont pas charmans, D'en excuzer les manquemans; Tels qu'ils sont je vous les envoyé, Et vous souhaite honneur et jqye.
Fait au mots d'aoust, le jour second, Par moy, qui ne suis blanc ny Moud.
LETTRE VINGT-NEUVIÈME
Du [samedi] 9 Aoust.
MALHEUREUZE.
Princesse , qui dans ma pensée Etes toujours des mieux placée , Je ne sçaurois déterminer Si ce que je vay grifoner t Vaudra la peine de le lire ; Cecy seulement puis-jedire Que je *sens bien que moy, rimeur, Ne suis pas en trop bonne humeur.
Celuy qu'à prézent l'on regarde 10 Comme vainqueur de BeUegarde, A sçavoir monsieur d'Ëpernon , Homme d'honneur et de renom , Brave seigneur, guerrier habille , Mardy, revint en cette ville, if J'en puis parier comme certain , Car je le vis et tout son train.
Si d'avanture on me demande Si sa suite étoit belle et grande , Je diray qu'en chevaux et gens , ao Serviteurs , cavaliers , agens Et ceux qui menoient le bagage , Ils étoient cent et davantage.
Un conseiller nommé Maguin , Ne pouvant fuir son destin , as Allant de Tool , l'autre-semaine , Justement à Mets en Loraine, Avec sa trés-chére moitié , Des gens cruels et sans pitié,
if
De quelque espagnole brigade, Luy dressèrent une embuscade Où par grand malheur il tomba , Et son escorte y sucomba.
Elle combatit à merveilles ; Mais, ses forces n'étans pareilles A celles desdits ennemis , Tout en dézordre illec fat mis.
La conseillère , avéque larmes, Durant ces étranges vacarmes, Se retira (presque aux abois)
40 Dans l'épaisseur d'un petit bois.
Son époux , en pane pour elle, Suivit cette dame fidelie , Qui de loin luy tendoit les mains; Mais ces ty grès, ces inhumains ,
4t Ces voleurs , ces cœurs de Médire, Le blessèrent d'une harquebuze.
Au bois pourtant il se sauva , Mais un garnement l'y trouva Qui le transperça de sa lame Dans les bras mesmes de sa femme, Sans aue de cet objet charmant Les pleurs versez abondamment , . Ny sa beauté touchante et rare, Pussent adoucir ce barbare.
n Ensuite ce damné coquin , Ayant ainsi tué Maguin, Rejoignit sa troupe féroce , Qui pilloit pour lors le c
Aoust 165}. — Livre
Pois , pour le vendre et les chevaux , 1 *> L'emmena par monts et par vaux.
La belle et déplorable veuve, Faizant une sensible preuve De toute l'amére douleur Que pouvoh cauzer ce malheur, 6s AÎ'ayde de quelques personnes Courtoizes , charitables , bonnes , Conduisit à Mets son époux , Mais non pas sans de mille coups , Au fort de son humeur chagrine, 70 Mal-traher sa blanche poitrine.
Je parlerais plus amplement De ce tragique événement , Mais il faut que je m'en déziste , Car il est trop long et trop triste.
7 s Plus de cent Gascons ont mandé
Qu'à la fin Bordeaux a cédé,
Et qu'il rend humble obéissance
A la souveraine puissance.
Ils ont vu que les Espagnols 80 Etoient trop tardifs ou trop mois
Pour apuyer leur félonie ,
Ou plutôt damnable manie.
Les Marsins et les Baltazars,
Ayans plié leurs étendars , 8$ Se retirent en leurs familles
Et rfont plus soldats ny soudrilles.
Monseigneur Armand de Bourbon ,
Qui si long-temps a tenu bon ,
Et les deux charmantes princesses 90 Qui d'illec étoient les déesses ,
Iront plus aucune autorité
Maintenant dans cette ché.
Maintsfrondereaux, maintsfripesausses,
Maintiennent ces nouvelles musses 9$ Et les dizent d'autre façon;
Mais le marquis de Montéçon
Et le comte de Mérinville,
Venus exprés en cette ville,
Comme ambassadeurs ou hérauts, too De la part des deux généraux ,
Les ducs de Vendôme et Candale ,
Dans le Louvre , rooizon royale ,
Ont publié , dés mercredy,
Les chozes comme je les dy.
105 Aux Jézûites, ce jour-mesme,
Fut avec apjareil extresme
Un saint sujet réprézenté.
J'aperceus-là Sa Majesté
Tout contre la Reine sa mère, no Et proche de Monsieur, son frère,
IV, Lettre XXIX.
Etant justement entre-deux, Son Eminence étoh prés d'eux , Et pluzieurs personnes fort belles , Tant princesses que damoizelles
1 1 s (La pluspart très-dignes d'amour), Et quelques seigneurs de la Cour Qui sont fort en mes bonnes grâces , Prirent illec aussi leurs places.
Je voyois de l'autre côté
120 Sa Bntanique Majesté,
Et çrés de luy, vers la sénestre, Le beau petit duc de Glocestre.
Enfin , jetant par tout les yeux, Je vis briller en pluzieurs lieux
lis Des beautez , tant blondes que brunes, Dont je ne hay pas quelques-unes.
Le téatre fut admiré :
Il étoit grand et bien paré ; On prit plaizir aux intermèdes ;
1 jo Les danses n'en étoient pas laides , Ny les fables et fictions , Et c'étaient des inventions Qui parurent assez gentilles Que voir danser un Jeu de Quilles.
us Pour le poème qu'on récita , Aucun d'entr'eux ne hézita ; Grâce à quelque maître d'école Qui leur servoit de protocole , Environ deux ou trois acteurs
140 Agréèrent aux spectateurs.
Dioclétian y fit rage ; Mais une vierge jeune et sage , Dont le cœur étoit pur et saint , Avoit des mouches sur son teint
14$ De formes rondes et longuettes , Ainsi qu'on en void aux coquettes, Que, mesme à l'heure du trépas, Ladite sainte n'ôta pas :
Car. auand d'une sanglante épée
1 jo Sa oetle teste fut coupée
Pour n'adorer pas les faux Dieux , J'aperceus de mes propres yeux Ces mouches de couleur de more Qui sur sa joue étoient encore ;
in Et regardant de toutes parts Je vis de bons frères frapars Qui, loin d'jr trouver à redire , S'en étoufoient presque de rire.
Le sujet qu'on réprézentoit,
iéo Selon mon jugement, étoit Tiré du saint martyrologe.
Je ne fais point icy l'éloge Des vers qui furent récitez Par les écoliers concertez :
La IfUZB HISTORIQUR.
165 Loin d'être incongrus et barbares , Je veux croire quota ètoient rares ' Et (ju'ils ne manquoient point d'apas ; Mais je ne les entendois pas.
On dit que le Plessis-Béliére,
170 Qui ne laisse rien en ariére Pour, dans son glorieux employ , Servir sa patrie et son Roy, Serre et presse de telle sorte Gironne , ville belle et forte ,
175 Qu'on croid qu'à bout il en viendra Et que bien tôt il la prendra. Parmy ses gens et sa milice On remarque tant de police Qjie les Catalans, satisfaits
180 De son bon ordre et de ses faits, Ont plus que jamais pour la France Et d -ardeur et de bienveillance.
0 France! mon plus cher soucy, Je ne puis m'empècher icy
ts; De dire que de tes entrailles Sont sortis d'infâmes racailles, Tout-à-fait indignes du jour, Qui n'ont pas pour toy tant d'amour, Mais qui plutôt , comme vipères ,
190 Au lieu de finir tes mizéres, Voudraient épuizer de ton flanc La dernière goûte de sang.
On sçaitde pluzieurs gens bien tristes Que les Lorains et Condéïstes ,
19$ Cravates, Flamans, Espagnols, Exercent quantité dé vols Et mainte funeste incendie Dans le pais de Picardie.
Loin d'ataquer le camp royal
i*> D'un cœur vaillant et martial,
Dont on dit qu'ils êtoient fort proches , Ces braves soldats à mains croches Ont tourné leurs aciers luizans Contre de chetife païsans,
*>$ Qui, pour rézister à leurs armes , N'ont aue les soupirs et les larmes Dont ils tâchent de les fléchir ; Mais leurs pleurs ne font que blanchir.
— Aoust 165).
Quand Cézar, mahre de la terre , Faizoh, au temps passé, la guerre, Cet exemple des vrais guerriers, Ce grand moissonneur de lauriers, Ne s'amuzoit pas aux pillages De quelques mal-heureux villages Tremblans, larmoyans et soumis; Il alloit droit aux ennemis.
Par luy ses troupes animées Cherchoient nuit et jour les années.
O ! que les héros d'aujourdlray Agissent autrement que luy !
On ne void plus le cimeterre Aller qu'à la petite guerre; Fuir un incertain danger, Yvrogner, piller, fou rager, Sont Tes actions militaires De pluzieurs de nos aversaires ; Mais on dit en beaucoup de lieux Que nous ne faizons guéres 1
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Quoy que ce beau party d'Espagne Semble maître de la campagne , Depuis ce matin un bruit court Qu'entre Clermont et Liencourt, Trois cens de ces coureurs de vaches, Nonobstant leurs grandes moustaches, Ont été chargez tout-de-bon Par monsieur l'atné Saint-Simon, Lequel , sans autrement s'enquerre , En a renversé morts par terre, Au milieu des bleds et des champs, Cent trente-deux des plus médians.
Princesse d'esprit angâique , La démengeaizon politique A rendu cet ouvrage icy Plus sérieux et plus trânsy ; Enfin, ce n'est pas un régale De construction joviale ; Mais je vais pourtant le dater , Et puis après l'empaqueter.
Fait du jour Saint-Laurens la veille, En mangeant des œufs à l'ozeiHe.
Aoust 1653. — Livrb IV. Lettre XXX.
LETTRE TRENTIÈME
Du [samedi] 16 Aoust.