OBTENUE
Princesse où tout honneur habite, Et dont l'esprit et le mérite Sont dignes d'un los immortel , Maintenant que dans vôtre hôtel s Pluzieurs viennent de bonne grâce Vous dire tout ce qui se passe, Je ne puis, moy, ny mon cerveau, Vous aprendre rien de nouveau; Toutefois, puisque les nouvelles 10 Vous semblent quelquefois plus belles Quand leurs sujets sont exprimez En vers passablement rimez, Si les neuf Muzes me secourent, Je vais rimer celles qui courent.
1 5 Un gentilhomme , vendredy, M'aprit que l'autre samedy Louis, nôtre aimable Monarque, Pour donner une sainte marque Que le cœur de Sa Majesté
jo Est au bien tout-à-fait porté,
Assemblant pluzieurs grands de France, Parmy lesquels il prit séance, Blâma les procédez cruels Des félons et sangians duels ,
2 5 Et protesta (comme le mahre), Si quelques-uns faizoient paraître D'être encor brutaux jusqu'au point Que de métré bas le pourpoint, De n'acorder à leur audace
30 Ny pitié, ny pardon, ny grâce.
Chacun aprouva cette loy, Et, pour suivre l'instmc du Roy, On aolt la semaine suivante Régler cette afaire importante.
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Enfin, on a réduit Bordeaux.
Ce bruit-là n'est ny vain ny feux.
La Fronde en a la gueule morte , Mais, dût-t'elle en crever, n'importe, En dépit d'elle et de ses dants , Monsieur de Vendôme est dedans ,
Ses gens et sa maison totale , Et monsieur aussi de Candale.
Un Gascon m'a juré sa foy Que l'on boit la santé du Roy, En tous les cantons de la ville, Chaque jour des fois plus de mille ; Et quelqu'un me dit avant-hier Que le Révérend Père Ithier, Qui , par la rigueur des Ormistes, 50 A passé des heures fort tristes , Malgré ces esprits furieux, Est à prézent Dien glorieux.
En tous lieux librement il prêche , Et le peuple , jadis revêche, Dont pluzieurs êtoient si4démons, Vont de grand cœur à ses sermons.
Je n'ay pas l'heur de le connaître, Mais , ayant souffert pour son maître , La honte , la prizon , l'éfroy, Si j'étois du Conseil du Roy, Je dis , finissant ce chapitre , Qu'il auroit bien-tôt une mitre.
Monsieur le prince de Conty, Se dézistant de son party,
6$ A transmis un sien capitaine Devers le Roy, devers la Reine , Pour jurer à Leurs Majestez D'éternelles fidélitez, Et de mesme à Son Eminence,
70 Dont le bon-heur et la prudence Met les chozes en tel état Qu'on ne craint plus tant pour l'Etat.
Du noble prince dont je parle, Qu'on nomme Armand, et non pas Char-
7$ Je voudrais que le frère aîné , [le, Ce héros , ce déterminé, Eût le mesme esprit pacifique , Et au'à la guerre il fit la nique , Ou bien , s'il vouloit guerroyer,
80 Que son bras allât foudroyer Et remplir d'alarme et de crainte
LA ftfUZB HISTORIQUE. — AOUSt 165J.
Les tyrans de la Terre Sainte.
L'acte serait grand et chrétien , Mais je croy qu'il n'en fera rien.
8) Dés jeudy, mondit sieur le Prince , Quhant la Picarde province, Monté sur un fort bon dada ,
Vers la Flandre rétrograda , Mais non pas sans laisser pour gages 90 Ouelques gens , canons et bagages.
Il court quelques bruits , mais divers , Qu'à Bruxelles et dans Anvers On a fait de grands feux de joye A cauze qu'il avoh pris Roye ,
9) Et que l'une et l'autre cité Le Te Deum en a chanté.
Je croy que l'Espagnol se moque.
Hé quoy ! pour prendre une bicoque Et la métré à quelque rançon , 100 Faut-il faire tant de façon?
Gaston et sa noble famille , Et mesmement sa grande fille , S'en viennent faire au premier jour Dans Orléans quelque séjour.
10$ Le prélat d'Ambrun leur propoze Chaque jour mainte bonne choze , Où je croy qu'il agit fort bien; Mais, comme il ne m'en mande rien , Je ne sjaurois encor vous dire
1 10 S'il obtiendra ce qu'on dézire.
Le bruit ne court pas à Paris Que Gironne soit encor pris , Mais on sçait sur cette matière Que monsieur du Plessis-Béliére
1 1 j (Comme j'ay dit en autre endroit) Infailliblement la prendrait.
Comme il a beaucoup de prudence , Il a pris par intelligence De Saint-Feliou le fort château ,
110 Port de mer, dit-on , assez beau.
Illec , une barque Espagnole, Ayant fait mainte caracole Sur le variable élément, Aborda familièrement
iij Dans ce port que je viens de dire , Croyans ceux du susdit navire Que ce lieu (tant ils étaient fous), N'ayant pas été pris par nous , Leur serait un lieu de franchize ;
1 10 Mais étrange fut leur surprize Et dirent pïuzieurs fois : « Hélas ! » De se voir tombez dans nos lacs.
Cette barque , petite ou grande , Etoh une barque marchande , Et par conséquent l'on y fit Un assez notable profit.
Inventoriant cette proye , On y trouva cent tas de soye, Cinq ou six balots de satin, Cent soixante aunes de quintin , Maint passement , mainte pistagne , Six-vingts paires de gands d'Espagne Et (ce qui les mit hors des gonds) Deux mille êcus en patagons , [Mais surtout quantité de sucre, Dont ils croyoïent faire un grand tooc
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En mangeant de nouveau i J'apris jeuay, d'un mien voizm, Que la fièvre faîsoit la guerre A l'illustre roy d'Angleterre , Dont il est dans le ht gizant.
Ce qui pour luy n'est pas plaizant.
Je souhaite qu'avéque joye Le Ciel sa santé luy renvoyé Et le rende un jour possesseur D'un sort plus rempty de douceur.]
Une troupe de cens comiques, Venus des climats italiques, Dimanche dernier, tout-dé-bon, Firent dans le Petit-Bourbon L'ouverture de leur téatre Par un sujet assez folâtre , Où l'archy-plaizant Trivdin,
?ui n'a pas le nez aquilin , Tt et dit tout plein de folies Qui semblèrent assez jolies.
Au raport de pïuzieurs témoins, Scaramouche n'en fit pas moins ; Mais, pour enchanter les oreilles, Pâmer, pleurer, faire merveilles, Mademoizelle Béatrix Emporta ce jour-là le prix.
Quoy que la langue Italienne Soit pour moy langue Arménienne , Et que mon esprit soit si sot Que je n'y comprens un seul mot, Je vais pourtant voir cette troupe.
Aimant mieux manger moins de soupe Et boire un petit moins de vin Que de ne pas voir Trivdin.
D'ailleurs , quand je suis dans leur salie, J'ay ce rare et charmant régale D'y voir des objets glorieux.
Dont quelques-uns, comme les Dieu,
Aoust 165). — Livre !V. Lettre XXXI.
i8j Mériteraient d'avoir un temple, Desquels objets , que je contemple , Mes yeux sont tout-à-fait ravis , Car je me mets tout vis-à-vis.
Mais, pour mieux êclaircir ces lignes, Sçachez que ces objets si dignes Sont (aussi vray que le jour luit) Le Roy, la Reine et ce qui suit.
On va bien-tôt métré en pratique , Pour la commodité publique ,
19s Un certain établissement
(Mais c'est pour Paris seulement) De boëtes nombreuzes et drues Aux petites et grandes rues , Où, par soy-raesme ou son laquais,
200 On poura porter des paquets, Et dedans à toute heure mettre Avis, billet, missive ou lettre, Que des gens commis pour cela Iront chercher et prenare-là,
*>j Pour d'une diligence habile Les porter, par toute la ville, A des neveux , à des couzins , Qui ne seront pas trop voizins , A des gendres, à des beaux-fréres,
210 A des nonains, à des coméres, A Jean, Martin, Guilmain , Lucas,
A des clercs, à des avocats,
A des marchands , à des marchandes ,
A des galands, à des galandes,
us A des amis , à des agens , Bref à toutes sortes de gens.
Ceux qui n'ont suivans, ny suivantes, Ny de valets , ny de servantes, Ayans des amis foin logez ,
sao Seront ainsi fort soulagez; Outre plus , je dis et j'anonce Qu'en cas qu'il faille avoir réponce, On l'aura par mesme moyen ; Et, si l'on veut sçavoir combien
22) Coûtera le port d'une lettre
(Choze qu'il ne faut pas obmettre), Afin que nul n'y soit trompé , Ce ne- sera qu'un sou tapé.
J'en donnerais bien deux cens trente 230 Pour que les vers de la prézente Eussent des charmes plus qu'humains, Puisqu'ils vont en vos belles mains.
O Princesse sage et polie !
Croyez-m'en, je vous en suplie.
2 j j Fait dans mon habitation , Le jour d'après l'Assomption.
LETTRE TRENTE-UNIÈME
Du [samedi] 23 Aoust.