‹ La muze historique;Chapitre 160 sur 221 · CONFORME · texte numérisé non relu

CONFORME

Princesse de trés-noble race, Et dont la pure et blanche face La candeur des beaux lis éface , Aprenez par cette préface

5 Que , si les Muzes de Parnasse N'échauffent aujourd'huy ma glace, Les vers que maintenant je trace N'auront en eux ny eré, ny grâce, Et seront de nulle éncace ;

10 Mais, dûssay-je sur ma paillasse Faire mille fois la grimasse, Bien ou mal il faut que j'en fasse.

Le jeune prince Orléanois, Autrement comte de Dunois,

i) Fils de l'illustre Longueville, Dans Caén, la belle et bonne ville , L'autre-jour malade tomba, Mais au mal point ne sucomba.

Une fièvre ardante et félonne

20 Avoit ataqué sa personne ; Mais le Ciel luy donna secours, Et l'on a sceu depuis trois jours, Par le Courier jde Normandie , Qu'il n'avoit plus de maladie.

La Muze historique. — Àourt 165).

»s Dieu veuille avoir soin de son sorti Car cet enfant, qu'on prize fort, Peut par sa sagesse et vaillance Faire un jour honneur à la France.

La charmante Comminge aussy jo Est de sa langueur, Dieu-mercy , Depuis trois jours si bien remize Que cœur, liberté ny franchize , Wozeroient avoir rézisté Maintenant contre sa beauté.

* s Coeurs aux divins atraits sensibles , Qui d'amour êtes susceptibles , Pour vous sauver de ses apas , Croyez-moy, ne la voyez-pas ; Pour n'être vous-mesmes malades , 40 Evitez ses moindres œillades»; Bref, vous conseillant à propos, Il sufit pour vôtre repos De dire à vôtre seigneurie :

« La belle Comminge est guarie. »

4$ Lundy , les Êchevins nouveaux, Qu'on croid être assez bon cerveaux, Furent dans la maizon royale, Avec gravité magistrale , Faire devant Sa Majesté

50 Le serment de fidélité.

Si chacun son serment observe , Dieu les bénisse et les conserve!

Je leur souhaite tout bon-heur S'ils agissent en gens-d'honneur

5t Et sans faire aucunes fredaines ; Autrement, leurs fièvres quartaines.

Mardy , monsieur le cardinal, Par un aprêt vrayment royal , En plats d'argent et porcelaines ,

*> Traita le Roy, traita deux Reines.

Monsieur n'y fut pas oublié ; En son rang il fut suplié D'être de ce charmant régale ; La jeune princesse de Gale

*; Et le duc de Glocestre aussy, Qui depuis trois mois est icy.

Quantité d'aimables princesses , De grandes dames, ae duchesses (Dont d'aucunes je sçay le nom ,

70 Etdepluzieursd'entr'ellesnon), De cette belle feste furent Et splendidement y parurent.

Vendôme, Chevreuze, Mercœur, S'y trouvèrent de trés-bon cœur,

7j Et madame la Palatine,

Dont Pesprit et la grande mine Vallent mieux qu'un riche trézor, Et l'illustre duchesse encor Que dame de Chaune cm apelle, 80 Mais non pas la jeune et la belle. Item, madame Sénecé , Quoy que d'âge assez avancé, Et Souvray, dame sage et bonne,

Sui fort peu la Reine abandonne.

% coùrtizan m'a témoigné Qu'illec rien ne fut épargné Pour repaître avec abondance Les plus nobles bouches de Franre.

Après les friands alimens

90 Vindrent les divertissemens , Sçavoir d'excellentes muziques Et de beaux spectacles comiques ; Enfin , on s'y réjouit fort, Et pluzieurs, de commun acord,

9 s Protestoient que Son Eminence S'entend à la magnificence, Et qu'il sçait l'art tout à la fois De servir et traiter les rais.

L'autre-jour, l'armée ennemie, too Qui n'est pas toujours endormie, Côtoyant ta nôtre de prés, Quelques-uns des plus indiscrets Vindrent par de sécrètes pistes Se jeter sur les royalistes ; 105 Mais soudain on les rembara, On les battit , on les boura.

Comme c'êtoient cens de courage, Ils nous firent quelque dommage; Mais les plus avancez d'entr'eux, 1 to Par un destin malencontreux, Roides morts illec demeurerait, Et les autres se retirèrent.

Le seigneur marquis de Jerzé, Etant un peu scandalizé

h j De ce que le prince son maître Ne voufoit pas trop reconnaître Son zélé et sa fidélité, Depuis un mois l'avoh quité , Et mesme avoit pris pour azfle

120 Rocroy, petite et forte ville; Mais, depuis , par ordre du Roy, On l'a tiré dudit Rocroy, Apréhendant qu'il y pût nuire.

Et dans Reims on l'a fait conduire,

12$ Où fie n'en sçay pas la raizon) Il a la ville pour prizon.

On dit que le comte de Fiesque,

Aoust i6jj. — Livre

Voyant que le discours burlesque

Qu'aux Bordelois il avoit fait i ?o Ne produizoit aucun éfet ,

S'étoit mis soudain en campagne

Pour s'en retourner en Espagne,

Où, dés qu'on l'y verrait surgir,

Il recommencerait d'agir ; ijf Mais ses cabales et menées,

Dans le Louvre fort condannées ,

Jusques à prézent, Dieu-raercy ,

N'ont pas autrement réûssy.

Je plains ses soins et ses fatigues :

40 Car, avec toutes ses intrigues,

Il ne s'est point encore aquis

Tiltre de duc ny de marauis.

J'ay sceu d'un Gascon ae Gascogne ,

Qui revenoit de Catalogne , m; Que dans la cité de Bordeaux

Quelques mutins fous et brutaux,

Par manigances déloyales,

Formoient encor quelques cabales

Sur l'espoir de quelques secours; 150 Mais , pour interrompre le cours

Des lâches et perfides trames

De ces séditieux infâmes,

Aussi-tôt qu'ils sont découvers,

Ces perturbateurs, ces pervers, 1 j s Sont chassez , sans nulle remize ,

Comme de vrais peteurs d'Eglize;

Ils ont beau demander mercy,

Monsieur de Vendôme, endurcy

Contre cette maudite race, 160 Ne leur fait ny pardon ny grâce.

Je sçay que le Conseil du Roy

A cent fois plus d'esprit que moy,

Mais on voit par expérience

Que la trop facile indulgence tés N*a jusqu'icy rien opéré

Pour rendre l'Etat assuré.

J'ay vu certain écrit qui montre Que f'Anglois, ayant fait rencontre De monsieur Tromp, grand amiral,

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